DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGÉ XXXIII
» bien que, malgré l'époque assez récente de notre statue, » la doctrine qu'elle atteste est de toute antiquité en Egypte. » Les textes sacrés que j'ai employés pour la commenter et » pour l'expliquer sont de la XVIII® dynastie, c'est-à-dire » un peu antérieurs à Moïse. A cette époque, ces hymnes » font déjà partie du Rituel funéraire, c'est-à-dire qu'ils » ont déjà toute l'autorité d'un texte canonique en Egypte, » que, conséquemment, leur rédaction remonte à une époque » bien plus haute et que les doctrines qui les ont inspirés » font nécessairement partie du fond le plus ancien de la » mythologie égyptienne. Ce coup d'œil, si profond à quel- » ques égards, jeté sur l'essence divine, n'appartient donc » pas à une spéculation de la dernière époque philosophique, » comme on l'avait souvent avancé. » Rougé expliquait les conceptions monothéistes qu'il pensait discerner à la base des religions égyptiennes par une révélation primitive, dont la pureté, obscurcie au cours des siècles, transperçait par instants dans l'enseignement des prêtres. Il ne se dissimulait pas quelle hardiesse il y avait à soutenir cette thèse en présence des formes multiples que la divinité revêtait, et surtout si l'on songe au rôle considérable que la mère jouait dans l'évolution de la trinité égyptienne ; il ne réputait pas l'obstacle insurmontable, et il espérait qu'une étude plus approfondie lui permettrait de l'écarter. Jusqu'à son dernier jour, il crut au monothéisme primitif ; il l'enseigna comme un fait indiscutable et il établit sur lui tout le système des religions pharaoniques.
Je ne rappellerai qu'en passant le Mémoire sur quelques phénomènes célestes rapportés sur les monuments égyptiens avec leur date dans l'année vague, qu'il lut devant l'Académie des Inscriptions le 24 décembre 1852' : ces querelles de chronologie qui passionnaient alors les savants ne pré-
1. Publié dans la Revue archéologique ^ 1852, t. IX, p. 653 sqq.; tirage à part in-8*, chez Leleax.
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XXXIV NOTICE BIOGRAPHIQUE
sentent plus aujourd'hui qu'une importance secondaire. Aussi bien venait-il de faire dans le même temps une découverte des plus inattendues en révélant au monde le célèbre Conte des Deux Frères, et, du même coup, l'existence d'une littérature de romans en Egypte. L'écriture hiératique avait été beaucoup moins étudiée jusqu'alors, je ne dirai pas que les hiéroglyphes, mais que le démotique lui-même ; depuis ChampoUion, qui la connaissait bien, ainsi qu'on le voit par ses analyses des Papyrus Sallier, personne ne s'y était adonné sérieusement. Pourtant, les documents ne manquaient point. Le British Muséum, donnant en cela le bon exemple, avait publié le fac-similé de deux de ses collections les plus importantes, les Papyrus Sallier et les Papyrus Anastasi. Ces merveilleux albums des Select Papyri avaient provoqué quelques observations de Birch et de Hincks, puis Rougé les avait attaqués résolument à son tour, mais la paléographie rapide et compliquée de la plupart d'entre eux opposait im obstacle sérieux à ses études, et il n'en avait pas triomphé complètement lorsque, pendant l'hiver de 1851-1852, une dame anglaise de séjour à Paris, Madame Elizabeth d'Orbiney, lui confia un rouleau de papyrus qu'elle avait acheté naguères en Egypte. Il y discerna aussitôt les épisodes principaux d'un conte fantastique écrit sous le règne de Ménephtah, et il aurait voulu l'acquérir pour le Louvre, mais, l'argent manquant comme toujours, il dut renoncer à son projet; du moins obtint-il l'autorisation de le copier, de le transcrire, et d'en publier la traduction dans VAthénœum français ou dans la Revue archéologique^ Les membres de l'Académie d'alors durent à peine en croire leurs
1. Notice sur un Manuscrit en écriture hiératique, écrit sous le régne de Mer ienphtah, fils du grand Ramsès^ vers le XV' siècle acant tère chrétienne, lue à TAcadémie dans la séance du 16 juillet 1852, publiée dans la Reçue archéologique, 1852, t. IX, p. 385-399, tirage à part in-8*, de 15 p. et une planche, chez Leleux, et dans V Aihènœum français ^ 1852, 1. 1, p. 280-284, tirage à part in-12, de 24 p., chez Thunot.