‹ Œuvres diversesChapitre 174 sur 218 · SUR L* ARTICLE DÉ M. PRISSE · texte numérisé non relu

SUR L* ARTICLE DÉ M. PRISSE

très ancienne, comme on le voit par le groupe ? Jj cité

par ChampoUion, et que Ton trouve déterminé tant par un sabre que par Thomme renversé.

Quelque affinité qu'aient eue ces deux articulations, nous ne pourrions admettre cette valeur h, différente du crible khy s'il s'agissait d'un texte appartenant à la haute antiquités Vous savez, Monsieur, qu'un des reproches les plus spécieux que l'on ait faits à ChampoUion, et celui qui peut-être a produit le plus d'incrédules à ses résultats, consiste dans les permutations de consonnes qu'il se permet entre les articulations qui offrent une certaine affinité. Ces règles sont excellentes pour guider dans le travail philologique qu'exige la confrontation des mots hiéroglyphiques avec les thèmes radicaux qu'on leur compare; très bonnes en un mot, comme moyen de traduction, elles sont plus difficiles à admettre comme principe de lecture et de déchiffrement. Comment penser que le même signe de consonne pouvait se lire par plusieurs articulations, voisines sans doute, mais fort distinctes : h et kh, sch et kh, etc. ? L'Orient nous offre partout des voyelles vagues, c'est-à-dire des voyelles non écrites et des nuances d'aspirations qui devenaient, dans certains ais, véritables mères de la lecture ou signes de voyelles, mais des consonnes vagues me paraissent un monstre linguistique. Lorsque nous trouvons plusieurs formes d'un même mot écrites par des articulations voisines, par exemple :

^^'^'''*^, ^^ J\\ et ^^'^^'"^ {jO'tfif tjaibi et ketfi, reptile,

je suis en droit d'en conclure que la langue antique possédait trois formes très rapprochées ^ dérivant d'une même racine, mais non pas que la même lettre pouvait se lire indifféremment de deux ou trois manières. M. Lepsius fut sans doute frappé de ce que cette méthode de lecture présentait d'arbitraire, car il commença ses travaux hiéroglyphiques par une étude sur les articulations de la langue antique qui parut

1. Le copte les posséd&it encore : «xa^Tq!, ««^T&e et ^«i.Tqf.

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avec les sons gutturaux gh ou k. On remarquera que ce n'est point vis-à-vis du t pur que nous amènent les lettres coptes -at et ^, mais plutôt vers les sons 3 et ts, premier indice que l'articulation correspondante en Egypte était plus ou moins nuancée du son sifflant. Or, c'est ce qu'achève de prouver la plus ancienne transcription que nous en possédions dans un noni propre. On sait que la Bible écrit par un ac ts le

nom de la ville de ^*aii, Tjani, la ôU, Çân, des Arabes que les Grecs, faute de pouvoir mieux faire, appelaient Tanis, comme ils disaient Tyr pour ^ix Tsor. Quand on a remarqué avec quelle exactitude la Bible transcrit les noms égyptiens, il ne reste aucun doute que, rejetant le n et le e, le ac n'ait été choisi comme la valeur la plus approchée du son qu'il fallait reproduire. La langue antique possédait donc des articulations mixtes tout comme les autres branches de la famille sémitique avec laquelle sa grammaire a si bien constaté sa parenté.

Nous sommes donc sûrs d'approcher suffisamment de notre articulation antique par une transcription ts ou tj qui rappelle sa double affinité. La langue sacrée en possédaitelle deux nuances distinctes comme le copte? On ne pourrait répondre à cette question qu'après Tanatomie complète des caractères phonétiques ; toujours est-il que, dès lesPtolémées, une profonde différence existait sous ce rapport, entre la langue sacrée et le dialecte memphitique, puisque, tandis que dans la première l'articulation était restée assez voisine du t, la djandja démotique commençait le nom du dieu Khons et servait dans les noms propres à transcrire le x kappa et le y. chi des Grecs ' .

Nous comprenons maintenant avec facilité les variantes

lui donne aucun sens. Le mot Nedjdrch lj\^ est encore usité dans

cette acception en Egypte; on peut lui comparer en copte le mot no-TRcp, incidere, scalpere (Peyron).

1. Voy. F. de Saulcy, Analyse du texte démotique de Rosette, p. 84.

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M. Schwartze a joint à l'ouvrage de M. de Bunsen^ un appendix très remarquable- sur Torigine et les affinités des articulations coptes, qui fournit dans cette question une lumière très importante. En étudiant l'ensemble des mots qui s'écrivent par les lettres « dans le dialecte memphitique et ^qui correspond ordinairement dans le dialecte sahidique, M. Schwartze fait très bien voir comment ces articulations modernes en Egypte proviennent de la fusion de deux sons de sources différentes; d'abord, le son k ou gh, ensuite un t analogue aux lettres hébraïques n a t et x qu'il retrouve dans toutes les racines où la comparaison a pu être établie avec les idiomes sémitiques. Pour n'en citer que quelques exemples pris parmi les mots déjà reconnus dans la langue

sacrée, ^^ tjat, huile , olive (déterminé par un vase spécial),

en copte «ocrr, répond au sémitique seit, n^î c^y tjaf^ k-Ti

parfums, en copte «atcq^oq, holocauste, rappelle ^>j ::ift,

résine, tandis que le mot' & n Netjéra, menuiserie, iden-

tique en arabe, Sjl^ Nedjâreh, suffira pour constater l'affinité

1. Voy. Bunsen, jE()yptcns Sicile etc., t. I, 2' appendice de M. Schwartze.

2. Parmi les nombreuses variantes de ce mot, on le trouve avec les voyelles supplémentaires a, on; il a pour déterminatif les grains qui suivent les noms des solides ou une espèce d'oie particulière.

3. Ce mot est répété six fois dans un bas- relief représentant des menuisiers qui fait partie de Texcellent recueil de monuments égyptiens que publie en ce moment M. Prisse. La fidélité des dessins, et plus encore le choix de matériaux, rendront ce volume indispensable aux amis des études égyptiennes. L'articulation Ij est exprimée dans ce groupe par un caractère qui est l'homophone habituel du carquois, comme on peut s'en convaincre en comparant, par exemple, dans Wilkinson (Mannerst etc., t, II, p. 418 et 420), deux légendes semblables, d'un personnage funéraire. Le caractère de l'imprimerie royale représente bien la forme de cette espèce de corbeille ; mais il y manque une sorte d*anse ou de ruban, et puis une série de petits corps qui dépassent le bord et semblent représenter des figures de sycomore. Rosellini (M.C., pi. 43), lisant ce mot Nothera, ne sait à quoi le comparer et ne

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de Titus et de Sôter; elles ne nous surprennent pas plus que la permutation dans un nom étranger d'un ô thêta avec un •c tau, mais elles viennent en même temps corroborer la lecture de Champollion ; car, comment l'expliquer si le carquois était un k, comme l'avait supposé M. Lepsius? Champollion, en traduisant cette syllabe^ ^ par sar, dans le titre

d'Osiris pe neb son {Grammaire, p. 504), ne s'éloignait pas de la vérité; Tjer pouvait produire Nebsar et Sôter, comme Tjani a produit San et Tanis, et comme Tsor et Tsidon ont produit Tyr et Sidon, Si ces points de repère sont solides, on pourra en effet trouver cette articulation transcrite par les Grecs par un s, par un t, quelquefois même par un gamma. A l'aide de ces rapprochements, j'oserai proposer cette valeur mixte pour la première lettre du plus grand nom du monde antique, celui de Sésostris. Mais je m'aperçois, Monsieur, que j'ai dépassé les bornes d'une simple lettre, et peut-être aussi celles de l'attention bienveillante de vos lecteurs; je vous demanderai donc la permission d'étudier ce nom célèbre dans une autre lettre, car je n'oserais en vérité rejeter Sésostris dans un post-scriptum.

Agréez, etc.

V^« Emmanuel de Rougé.

1. Rien de plus usité que cette syllabe dans les textes hiéroglyphiques. Entre autres valeurs, Champollion a cité (/er, donc, conjonction égale au copte ^e. Avec les déterminatifs, un paquet noué ou un lit funèbre, c'est la racine copte tl\ encelopper, habiller et, par suite, embaumer; c'est dans ce sens qu'elle forme le nom de deux personnages qui figurent dans la barque funéraire à la tète et aux pieds de la momie (par exemple dans Wilkinson, t. II, p. 418 des Manners and Cusioms, etc.). Ce sont deux femmes nommées Tjéret, Tembaumeuse, et Tjèret ôert, ou la grande embaumeuse. C'est encore ainsi qu'elle explique une figure d'Âthor en épervier rapportée par le même Wilkinson dans son Panthéon, pi. 36 : la légende la nomme Hathor ht Tjérou t en Ra, Hathor sous l'habit (ou le déguisement) du dieu Ra. La syllabe tJer a encore plusieurs autres sens.

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