‹ Œuvres diversesChapitre 2 sur 218 · DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGÉ V · texte numérisé non relu

DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGÉ V

nalité. Leemans en Hollande, Bîrch en Angleterre, Lepsius en Allemagne, avaient déjà produit des œuvres recommandables, mais ils étaient peu goûtés encore en dehors d'un petit cercle de savants ; le grand public, demeuré sous 1 impression des critiques acerbes de Klaproth et de Dujardin, refusait presque tout entier d'admettre l'authenticité de la découverte. E. de Rougé se lia directement ou par correspondance avec les ouvriers de la première heure, ceux qui avaient vu le maître, comme Charles Lenormant, Dubois le conservateur du Louvre, J.-J. Ampère, Letronne surtout, dont Vamitié et les avis exercèrent sur lui une influence décisive : « Il n'était pas orientaliste et il connaissait » trop bien les conditions nécessaires à un travail de con- » quête pour essayer de continuer Champollion ; mais on » peut dire qu'il tira de la science nouvelle tout le parti * » qu'on en pouvait tirer sans s'être exercé soi-même à la » science des hiéroglyphes. Indépendamment de sesadmi- » râbles travaux sur les inscriptions grecques de l'Egypte, » ce professeur éminent fit une étude détaillée des monu- » ments de la vallée du Nil et les classa selon les diflférentes » époques. Mettant avx service des progrès sérieux l'au- » torité que sa critique avait su conquérir, il nous fit )) connaître, avec une réserve pleine de haute raison, les D découvertes successives des continuateurs de Champol- » lion. L'attrait de ses leçons et l'éclat de ses discussions D sur la question des Zodiaques réveillèrent, chez plusieurs » d'entre nous, le goût des études hiéroglyphiques. Qu'il » me soit donc permis de rendre un public hommage à la » bienveillance de ses encouragements et à la sagacité des » conseils que nous avons reçus de ce maître si regretté \ »

1. E. de Rougé. Discours prononcé à l'ouverture du Cours d'Archéologie égyptienne au Collège de France^ p. 22. M. de Rougé avait déjà émis le môme jugement, avec quelques réserves, dans le quatrième article de ses Éludes sur V Archéologie égyptienne^ publié en 1853 par y Aihénœum français (n* 20, p. 467).

VI NOTICE BIOGRAPHIQUE

J.-J. Ampère, A. de Longpérier, F. de Saulcy, Brunet de Presle, la plupart de ceux chez qui il avait « réveillé le goût » des études hiéroglyphiques », se lassèrent plus ou moins vite de l'effort qu'elles exigeaient, mais ils avaient tous apprécié E. de Rougé à sa valeur, et ils augurèrent très favorablement de son avenir scientifique. Vers 1842, Ampère, parlant de lui à Wallon, disait déjà : « Il y a, dans un » château de province, un jeune homme qui se livre avec » ardeur à la lecture des hiéroglyphes ; il ira loin s'il con- » tinue' ».

Il continua. La première fois que je le vis, en mars 1866, comme je lui énumérais avec enthousiasme les travaux que je comptais entreprendre, il rit doucement : « Le canard des » hiéroglyphes est, me dit-il, une bête singulièrement veni- » meuse. Dès qu'il vous a mordu, on en a pour la vie ». Il en parlait d'après son expérience propre : le canard des hiéroglyphes l'avait mordu si durement qu'il ne guérit jamais de la morsure. Ce qui l'avait frappé chez la plupart des savants qui s'efforçaient de continuer l'œuvre de Champollion, c'était surtout l'absence de l'esprit critique. Seul, Lepsius avait repris le travail au point où l'initiateur l'avait laissé, et, appliquant les principes, il avait réformé par quelques côtés l'exposition des procédés de déchiffrement établis après les premières découvertes. Mais Lepsius, retenu aux bords du Nil pendant trois années par l'exploration des ruines, puis absorbé par le classement et par la publication des documents recueillis au cours de ses voyages, n'avait plus le loisir de s'adonner aux recherches de grammaire : les autres égyptologues, ou bien évitaient prudemment de toucher aux monuments que Champollion n'avait pas interprétés déjà, ou, s'ils les attaquaient, c'était sans méthode raisonnée, par instinct de divination plutôt que par règles certaines. E. de

1. H. Wallon, Notice historique sur la rie et les travaux de M. le eicomte Emmanuel de Rouget P- 9-

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