DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGÉ LUI
» ses cours au Collège de France, il exposa d'abord les bases » de son système d'interprétation du Rituel », puis il donna lecture de sa version, il l'accompagna, chemin faisant, de réflexions familières, et il termina son exposition par quelques hypothèses sur l'âge du manuscrit de Turin et sur l'époque de la rédaction définitive du Rituel au regard de l'opinion émise précédemment par Rougé^ Les deux méthodes étaient donc soumises publiquement au jugement de l'Académie, et peut-être aurait-elle été obligée de se prononcer, si la mort de Lenormant n'avait pas mis fin promptement à cette sorte de duel. Il disparut donc sans avoir rien publié contre Rougé, mais un de ses élèves, Éphrem Poitevin, était descendu dans la lice pour lui, et la Revue archéologiqtie avait imprimé ses mémoires*. Les réflexions d'Éphrem Poitevin sur le nom de Tanis et ses objections contre le classement des Amménémés et des Sésostris dans la XII® dynastie sont d'une faiblesse rare. Chabas en releva les incorrections dans une de ses lettres ', mais Rougé ne voulut point les réfuter, par déférence pour Lenormant ; il se retira seulement du journal qui les accueillait avec faveur. Les séances hebdomadaires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres lui permettaient d'ailleurs d'assurer à ses idées la publicité discrète dont nos études sont accoutumées à se contenter. Quand on parcourt les Comptes rendus des Séances, on est frappé de son assiduité au travail et à la discussion; par malheur, la plupart de ses communications ne nous sont connues que par des sommaires fort brefs : deux seulement d'entre elles ont paru, l'une du vi-
1. Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions^ 1859, t. III, p. 168-169, séance da 2 septembre.
2. Éphrem Poitevin disparut brusquement après avoir publié ces quelques articles de 1854 à 1855 : je n*ai pas pu savoir s'il mourut prématurément ou s'il survécut longuement à son maître. Il y a là un petit problème à résoudre pour les historiens de Tégyptologie.
3. Lettre du 21 août 1854, communiquée par le vicomte J. de Rougé.
VtV NOTICE BIOGRAPHIQUE
vant de raateor, Tantre après sa mort. La première avait trait au Traité concla entre le prince de Khéta et Ramsès II, en Tan XXI du régne de ce Pharaon. Egger, qui préparait alors une étude sur les traités publics dans l'Antiquité, avait lu en séance certains fragments de son oeavre : Rougé apporta à Tune des réunions suivantes une traduction du document égyptien qui, par l'antiquité au moins, l'emportait de beaucoup sur les documents grecs. Le texte copié successivement parBurton*, parChampollion% par Lepsius', par Brugâch, renfermait des lacunes énormes, et le jai^on légal dans lequel il est conçu eût été pour déconcerter un homme moins familier avec la langue. Rougé le restitua et le traduisit presque en entier avec tant de bonheur que les traducteurs suivants n'ont pas eu beaucoup à modifier dans Tcnsemble : la découverte d'exemplaires nouveaux a permis de combler les vides et de compléter l'interprétation littérale, mais le sens est demeuré tel que Rougé l'avait établi \ La seconde communication touchait à des questions d'un intérêt plus général. Les origines de l'écriture phénicienne, d'où notre alphabet découle, avaient prêté de tout temps matière à vives querelles entre savants. Certains Grecs les attribuaient déjà à Thot, c'est-à-dire aux Égyptiens, et, sitôt sa découverte faite, ChampoUion avait imaginé qu'ils pourraient bien avoir raison*, mais son opinion n'était qu'une conjecture mal vue des paléographes. E. de Rougé tenta d'en procurer une démonstration scientifique. Il choisit, parmi les inscriptions phéniciennes alors accessi-