‹ Œuvres diversesChapitre 33 sur 218 · I>\3 VICOMTE EMMANUEL DE ROUGÉ LV · texte numérisé non relu

I>\3 VICOMTE EMMANUEL DE ROUGÉ LV

bles, les types les plus archaïques de chaque lettre, et il les superposa aux formes hiératiques de chaque signe égyptien de même valeur qui existaient à Tépoque la plus reculée à laquelle on puisse faire remonter la constitution du système sémitique; comme il s'agissait d'un simple alphabet, les syllabiques et les idéogrammes furent totalement exclus de la comparaison, et les signes alphabétiques furent seuls pris en considération. Rougé arriva ainsi à cette conclusion que vraiment les Phéniciens avaient emprunté leur système aux É^ptiens, et il fixa même la date de l'emprunt : c'avait été avant la XVIIP dynastie, probablement pendant le séjour des Pasteurs dans la Basse Egypte. Les Pasteurs, refoulés en Asie par Ahmosis, emportèrent avec eux l'écriture nouvelle qui se répandit promptement chez les Cananéens. Un résumé fort bien fait du mémoire parut dans les Comptes rendus de V Académie des Inscriptions \' le texte même s'égara et le brouillon n'en fut retrouvé qu'en 1873. Le fils de l'auteur, M. Jacques de Rougé, le recopia et y introduisit les corrections que le temps écoulé depuis la rédaction rendait nécessaires. Ainsi, son père avait élu pour terme de comparaison l'inscription du sarcophage d'Echmounazar, qu'il plaçait au XII® siècle avant notre ère avec les sémitisants de l'époque : il lui substitua l'inscription de Mésha. L'ouvrage, publié en 1874*, fit loi pendant longtemps, mais, depuis une douzaine d'années, la théorie qui y est proposée avec tant d'habileté a été battue fortement en brèche sans qu'on ait réussi à la remplacer par une théorie plus vraisemblable.

Vers ce moment, il eut la tentation d'aborder l'étude du g^rand Papyrus judiciaire de Turin, et voici dans quelles circonstances. Le baron Alphonse Mallet, qui avait décou-

1. Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres^ 1" série, 1859, t. III, p. 115-124.

2. E. de Rougé, Mémoire sur Vorigine èfjyptlenne de l'alphabet phénicien, in-S", Paris, Imprimerie Nationale, 1874, 110 p. et trois planches.

LVI NOTICE BIOGRAPHIQUE

vert ce manuscrit dans les réserves du Musée, lui offrit d'échanger le calque qu'il en avait pris contre la copie du Conte des Deux Frèrp^>' : malheureusement Rougé s'était engagé vis-à-vis de M=^* de d Orbiney à tenir cette copie secrète, et il n'estima point que la vente au British Muséum le dégageât de sa promesse. On sait que M. Mallet se dessaisît plus tard de sa co[>ie en faveur de Devéria. Rougé se dédommagea de ce mécompte sur les monuments nouveaux qu'il recevait d'Égypie. Mariette, en effet, le tenait assidûment au courant de ses mtândres découvertes. Chaque fois que l'une d'elles sortait de l'ordinaire, — et cela arrivait assez souvent, — Rougé l'annonçait à la séance suivante de l'Académie ; il lisait des extraits des lettres qu'il avait reçues, il y ajoutait ses observations, et le tout était inséré sous forme de note dans les Comptes rendus. C'est ainsi que les premières nouvelles des grandes fouilles entreprises à Gizéh, à Sakkarah, à Abydos. à Thèbes, arrivèrent à la connaissance des savants \ En droite elles auraient dû passer par l'intermédiaire de Charles Lenormant. Celuici avait été l'un des premiers protecteurs de Mariette et l'un des mieux disposés au début', et de plus il était le successeur de ChampoUion, le représentant en titre de la doctrine, mais, depuis quelques années, les égyptologues, à qui les allures de son cours et de ses écrits inspiraient de moins en moins confiance, s'étaient détachés de lui pour se grouper autour de Rougé; non seulement Mariette l'avait délaissé, mais Devéria, et seul un sentiment de pitié respectueuse empêchait ses élèves de protester contre la manière dont il leur avait distribué l'enseignement. L'un d'eux,

1. Lettre du baron Mallet en date du 12 décembre 1858, communiquée par le vicomte J. de Rougé.

2. Cf. les Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Bell<^s~ Lettres, 1859, 2* série, t. II, p. 183 sqq„ c'est lextrait d*une lettre de Mariette, lue dans la séance du 11 juin 1858.

3. Maspero, Sotice biographifjue sur Auguste Mariette^ p. xii sqq.

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