‹ Œuvres diversesChapitre 34 sur 218 · DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGÉ LVII · texte numérisé non relu

DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGÉ LVII

PaulBucbère, nous a confié Timpression qui lui en était restée '. « ^ science, écrivait-il quelques années plus )) tard, était alors à son début ; il aurait fallu vérifier » d'abord les idées émises par Champollion, établir solide- » ment la vérité du système, avancer ensuite pas à pas, du » connu à Vinconnu, armé de preuves rigoureuses et inatta- » quables. M. Charles Lenormant chercha au contraire à » éblouir ses auditeurs ou à piquer leur curiosité, et il sup- )) pléa aux connaissances qui lui manquaient par une pro- » digieuse imagination. Des opinions hasardées, des hypoj) thèses contradictoires, furent proclamées du haut de la » chaire comme les résultats du déchiffrement ; Texplication » du jour était en parfaite opposition avec celle de la veille, » et les étudiants sortaient du cours chaque fois convaincus » davantage que leur professeur s'amusait et que, par con- » séquent, personne n'y entendait rien'. » Le tableau est poussé au noir comme c'est toujours le cas chez Buchère, mais le dessin général n'en est que trop vrai. La situation se prolongeait au détriment de la science, lorsqu'enfin Chabas, qui n'avait jamais été en contact avec Charles Lenormant, perdit patience, et il offrit à la Revue archéologique un long article dans lequel il critiquait la traduction des inscriptions d'Ibsamboul, que François Lenormant venait d'insérer dans le Correspondant, d'après les notes prises au cours de son père*. Chabns était batailleur de nature et la grosse polémique ne l'effrayait pas lorsqu'il pensait qu'il y avait intérêt pour la science à la provoquer ; il déchaîna librement son indignationet sa verve, et, non content de signaler les erreurs de l'article même qu'il critiquait, il dénonça

1- P. Buchère, L'Égf/ptologie, dans la Noucclle Reçue de Paris, 1. 1, p. 20.

2. Chabas, Traduction et anabjse de l'Inscription hlèrogluphlqtic d'Ibsamboul, dans la Reçue archèulofjlque, 1" série, 1859, t. XV, p. 573-588, 701-736, reproduit dans Chabas, Œucres dlcerses, t. II, p. 1-61.

LVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE

les incohérences de l'œuvre de Lenormant et les fruits détestables de sa méthode imaginaire. En fait, Chabas avait raison, et tous ceux qui étaient alors en état de juger au fond se rangèrent à son avis ; ils émirent des réserves en ce qui concernait la forme, et beaucoup, E. de Rougé entre autres, regrettèrent qu'ayant si fort la vérité pour lui, il n'eût pas apporté plus de ménagement dans sa façon de la faire triompher. Une partie de la rédaction protesta contre linsertion d'un article aussi violent, et déclara qu'elle retirait sa collaboration; la Revue archéologique faillit périr du coup, et peut-être n'aurait-on pas réussi à la sauver, si Charles Lenormant n'était pas mort sur ces entrefaites, à Athènes, le 19 novembre 1859, vers la fin d'un voyage qu'il avait entrepris pour montrer la Grèce à son fils François. La chaire du Collège de France était donc vacante une fois encore, et il semblait que les candidats dussent s'effacer devant E. de Rougé. Toutefois, elle n'était pas forcément une chaire d'Égyptologie ; l'ordonnance royale du 12 mars 1821 qui l'avait instituée l'appelait chaire d'Archéologie, et un instant, après la mort de Champollion, il avait été question de la transformer en chaire des Antiquités nationales*. Trois candidats se trouvèrent donc en présence, un archéologue sans spécialité, Alfred Maury, qui désirait professer l'archéologie générale, un helléniste qui avait fait de l'égyptologie, Brunet de Presle, et Emmanuel de Rougé. Rougé avait le Collège entier pour lui, mais un obstacle se dressait, qui lui eût été insurmontable si la bienveillance du Gouvernement impérial ne l'eût écarté au moment opportun. Il siégeait au Conseil d'État, sa fonction était incompatible à toute autre, et des raisons de fortune l'empêchaient de s'en démettre pour en accepter qui fussent rémunérées moins richement ; il parut à l'Empereur et à ses

1. Maspero, La Chaire d'Égt/ptolotjic au Collège de France, dans ï Annuaire du Collège de France, 1905, p. 7, 15-16.

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