DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGE LXXXVII
mouvements qu'on peut attribuer aux six premières dynasties de Manéthon lui prouvèrent que Thistoire de TAncien Empire était là presque entière pour qui connaissait le secret de l'en faire sortir'.
Les tombes de Sakkarah étudiées aussi bien qu'elles pouvaient r^tre en si peu de temps, la mission plia les tentes, regagna, le !•' janvier 1864, le bateau qui l'attendait à Bédréchéin, et, selon la tradition d'alors, elle piqua droit sur Assouàn, sans s'arrêter que pour faire le charbon et pour reconnaître rapidement les endroits qu'elle explorerait longuement au retour. L'usage a ses inconvénients : M de Rougé, ayant yh/^ en touriste Béni-Hassan et El-Amarna, comptait bien y séjourner à la descente, mais le temps lui manqua et il dut passer à toute vapeur devant ces localités. La routine du voyage s'établit vite entre gens d'humeur si différente, mais animés d'un amour commun pour la même science. Tout le monde, sauf Mariette qui était gros dormeur, était levé entre 6 et 7 heures du matin, puis le premier déjeuner expédié, chacun allait où son caractère l'entrainait. J. de Rougé ne pouvait se lasser de contempler le panorama qui se déroulait sous ses yeux : il avait été pris du premier coup par la monotonie mélancolique du Nil et des rives. Son père ne se montrait pas insensible au charme naturel du pays, mais il ne se laissait pas détourner un instant du but de sa mission, et il travaillait jusqu'à midi dans sa cabine : il mettait en ordre les notes recueillies les jours précédents, il préparait avec soin sur les livres ses visites du lendemain, et il ne sortait quelques instants que si son fils venait le chercher pour lui montrer un site d'un aspect plus étrange. Après déjeuner, on le gardait deux heures sur le pont afin de lui faire prendre l'air, puis il se remettait à la besogne jusqu'au coucher du soleil. On dînait à six heures et demie et alors Mariette entrait en scène. Souffrant déjà des
1. Je tiens ceci de Mariette lui-môme qai me le conta en 1867, à Aotenil, pendant TExposition universelle.
LXXXVni NOTICE BIOGRAPHIQUE
premières atteintes du mal qui remporta, il mangeait assez peu, mais il buvait largement, et dès que sa verve était allumée, il éclatait en anecdotes sur les personnages princiers ou autres qu'il avait connus ou qu'il avait été chargé de piloter à travers les ruines. Il avait la passion des calembours, et, une fois lancé, il ne s'arrêtait plus d'en faire, au grand effroi de Wescher. Celui-ci, froid et réservé comme il l'était, ne comprenait rien à ces perpétuels jeux de mots, mais, voyant qu'on riait autour de lui, il s'imaginait que c'était de lui et il se mettait en colère. On prend vite sur le Nil l'habitude de se coucher tôt, et les voyageurs étaient tous au lit entre dix et onze heures, sauf parfois Rougé, quand il avait à terminer quelque lettre urgente \ Le Gebel Abou-féda défila rapidement, puis Assiout, puis le Gebel Chéîkh-Haridi, puis Girgéh et Bellianéh, mais on consacra quarante-huit heures aux ruines d'Abydos. Les deux Rougé se dirigèrent aussitôt vers le « nord-est de la plaine où Mariette avait retrouvé, » sous une triple couche de ruines, les restes de l'enceinte du » plus ancien temple d'Osiris : contre cette enceinte, au- )) jourd'hui si profondément enfouie, une série de stèles » officielles attestait les visites successives des souverains, )) jaloux de rendre leurs hommages au vieux sanctuaire. » Mais la plupart de ces textes tombent en poussière au )) contact de l'air. Nous avons disputé à la main du temps » tout ce qu'il nous a été possible de lui arracher, et nous » avons copié tout ce qu'une étude attentive et répétée » nous a permis d'en saisir, malgré les lacunes qui inter- )) rompent à chaque instant les récits'. » Cependant Banville photographiait un beau colosse de Sanouosrît (Ousertasen) V^, qui décorait un portique voisin, et Mariette donnait les ordres nécessaires au déblaiement des parties du grand temple qui étaient encore encombrées de s^^^^ ^^ ^^ briques
1. Lettre du vicomte J. de Rougé, en date <ivi -.< ae^^Aï^bre \90^.
2. E. de Rougé, Rapport sur la mission acca,^ ^^, . C^^a^P^^'P'^^'^^'