‹ Œuvres diversesChapitre 61 sur 218 · DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGÉ XCVII · texte numérisé non relu

DU VICOMTE EMMANUEL DE ROUGÉ XCVII

d'Apet, aperçut Mariette fort affairé autour d'une colonne et qui semblait y gratter quelque chose avec un clou. Il s'étonne, il s'approche, et il lit sur la pierre, en caractères grecs sans profondeur, une légende ainsi commencée : PirOABOXIAHCGTT. . . ; « je fabrique, lui dit Mariette, un » graffito pour Wescher o. C'était le temps où la Rigolboche dansait à Mabille des cancans célèbres, auxquels les princes de visite k Paris ne dédaignaient pas d'assister : Mariette achève son verbe OIHIG, verse de la poussière sur les caractères pour leur enlever leur aspect neuf, et va recommencer sur une autre partie des ruines. On juge de la joie générale lorsque, un soir, Wescher, rentrant dîner au bateau, raconta à table qu'il venait de copier à Karnak un nom de voyageur bien extraordinaire, Rigolbochidès. Ces facéties n'empêchaient pas Mariette de se rendre utile de toutes les manières : dès que la surveillance de ses propres travaux lui laissait quelque loisir, il allait s'asseoir à côté de Jacques de Rougé qu'il avait en grande affection, et il l'aidait à copier ses inscriptions. L'exploration se prolongea ainsi sans interruption pendant près de cinq semaines. Une seule fois, vers le milieu de ce temps, le fils réclama un jour de congé à son père pour aller tirer la caille avec Banville et il voulut l'emmener ; mais Rougé refusa de venir et passa ce jour-là à bord du bateau pour classer ses notes \ A voir tant d'assiduités, on comprend mieux comment, glanant çà et là dans les parties encore mal connues de cet immense champ de ruines, il y recueillit en si peu de temps la substance de ces admirables Études sur les monuments du massif de Karnak qui ne parurent qu'après sa mort'.

Il aurait voulu y demeurer de longs mois, mais le temps pressait : il fallut s'arracher aux délices de Thèbes et partir

1. Lettre da vicomte J. de Rougé, en date du l-') septembre 1907.

2. Mélanges d'Archéologie égyptionne et assyriennCj t. I-II, p. 3Ô-51, 66-74, 101-105, 128-138, et t. III, p. 85-100.

BiriL. KHYPT , T. XXI. g

XCVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE

pour le Caire dans la dernière quinzaine de janvier. Dendêrah n'obtint qu'une visite de quelques heures. Les derniers temples de style égyptien construits du temps des Romains n'attiraient guère Rougé; « ce n'est pas que l'étude n'en puisse » être profitable, mais leurs inscriptions rebutent Tarchéo- » logue par leur tracé confus et le mauvais style des carac- » tères qui sont d'ailleurs souvent effacés ou difficiles à » lire, parce qu'ils étaient gravés en relief sur des blocs de » grès ». A Dendêrah. pourtant, une des cryptes qui venait d'être découverte attira son attention, parce qu'il crut y reconnaître un des réduits « où peut-être s'accomplissaient » les épreuves des initiations. Il est certain que, malgi-é » l'état de dépendance où se trouvait alors le pays, on lit » sur diverses portes de ce souterrain la défense d'y laisser » pénétrer les profanes ; les Asiatiques et les Grecs eux- » mêmes en sont exclus nominativement. Les représenta- )) tions sont du reste analogues à celles qu'on voit dans les » autres parties du temple. » Il copia, sur une longueur de cinquante mètres, toutes les légendes qui accompagnaient ces tableaux, puis il reprit son triste voyage vers le nord'. On passa devant Bellianéh sans y stopper, mais on resta & Siout deux jours, le temps d'y examiner les hypogées et d'y copier les textes de Tefabi et de Hapizaoufi. « J'ai vu là, » raconte M. Jacques de Rougé, une sainte colère de Ma- » riette. Comme nous arrivions aux tombeaux, une dizaine » de fellahs étaient occupés à briser à coups de pioche les » admirables inscriptions qui les décorent : des ânes étaient » déjà chargés, à l'extérieur, de ce magnifique calcaire, » destiné aux fours à chaux de Siout. Je crus que Mariette » allait avoir une attaque de haut mal ! D'un coup de pied, » il fait dégringoler un àne avec sa charge sur la pente, et, î) à coups de bâton, il fait suivre le même chemin à leurs » propriétaires. Bientôt après, nous apercevons une colonne

1. E, de Rougé, Rapport sur la mission accomplie en Egypte, p. 21-22.

Page 1