CHANT PREMIER
Jjs chante les combats^ et ce peuple indompté (i)^ Qui^ sous le grand Nassau^ conquit la liberté ; Souffle émané de Dleu^ viens ^ ô puissant génie (2}^ Flamme céleste et pnre^ éternelle^ infinie ; Astre qul^ répandant tes rayons créateurs^ Fais naître labondance et les arts bienfaiteurs 5 . Source de la vertu , principe des lois sages ; Par qui Thomme au tombeau plane encor sur les âges^ Et, roi de l'avenir, révèle à tous les yeux Son immortalité , noble présent des cieux :
Ohl viens, inspire moi ces sublimes pensées Qui de ton sein brûlant jaillissent élancées; Ces tons maîtres de Tame, et ces mots pénétrans Qui, jusques sous le dais, font pâlir les tyrans : Apprends aux nations à sortir d'esclavage ; Du lion réveillé célèbre le courage ; Redis comment Philippe (3) à la honte des fers Du ioixà de son palais condamnait l'univers }
Comment au sein de Rome un prêtre fanatique (4) Du monarque Espagnol aidait la politique ; Et comqient le Bataye ^ en conquérant ses droits^ Fonda sa république; et fut Tégal des rois.
Déjà brillait des nuits Tinégale courriére^ truand prés de Rotterdam ^ sous la tente guerrière ^' Nassau morne et pensif aux héros assemblés Confiait des chagrins longtemps dissimulés.
Rompant avec effort un pénible silence ^ « ÂmiS; s'écriait-il; vous de qui la vaillance » A contre les malheurs soutenu mon espoir ; » Dites ; souffrirez- vous qu'un injuste pouvoir 9 Triomphe; et pour jamais vienne; après quinze annéeS; » Replonger dans les fers nos villes consternées? » Les peuples du Brabant ont fléchi les genoux : » Un indigne allié ; trop caressé par nous ; » D'AlençoU; trahissant notre auguste querelle (5), » Ramène vers Paris sa bannière infidèle ; » Amsterdam est esclave ; et voit sur ses remparts » Du tyran de Madrid flotter les étendarts ; » Farnèse rassemblant ses nombreuses cohortes^ » De Leyde sous nos yeux prétend s'ouvrir les portes (6) j » De Leyde où mon épouse a fixé son séjour ; » De Leyde respectée; au moins jusqu'à ce jour^
V De la liberté sainte inviolable asyle;
M Et qui dans nos revers restait seule Immobile. »
Il dît; les Vieux guerriers renferment leur douleur : Maurice et Chatillon, tous deux pleins de valeur (5), Tous deux en Tâge heureux que l'espérance anime, Maurice ^ de Nassau re)etton magnanime ^ ChatilloD^ digne fils de l'illustre amiral (8) Que Paris vit tomber dans un piège royal , Unis par l'amitié ^ l'honneur et l'alliance^ Font briller à-la-fois leur noble impatience. Maurice enfin se léve^ et l'exhale en ces mots : « Mon père, dans l'puhli laissons de vils complots. » D'Alençon, désertant le poste de la gloire, » Purge de son aspect ce libre territoire j » De l'intérêt public il était peu touché , » Et nous n'avons perdu qu'un ennemi caché* » D'Amsterdam, il est vrai, les nombreux catholiques (9) » La retiennent encor sous des lois despotiques : » Bientôt victorieux nous pourrons y courir; » C'est Leyde qu'avant tout il nous faut secourir (lo). » Farnése en croit déjà la conquête Certaine; » Mais trois jours de son camp nous séparent à peine : » Lui-même, retenu sous les remparts d'Anvers (n), » Y rêve la victoire , et nous voit dans ses fers : » Davila, Vitelli, lui préparent sa route (12), » Marchons; que dans trois jours leur honteuse déroute » Apprenne au Parmesan ce qu'il doit espérer, 21 Et lui porte l'efiol qu'il nous veut inspirer. »
« L'eJQFroî, dit Chatillon, lorsque Nassau nous guide! » Il n'est point de périls sous un chef intrépide ; » Et les remparts de Leyde aujourd'hui menacés , 9 Même, sans nos secours, se défendront assez. yè Van-Doës y commande : il joint à la vaillance (i3) » L'activité, le calme, et la douce éloquence. » Craignez- vous pour ma sœur? Veuve de Télîgnî, D Épouse de Nassau , fille de Goligni , » Luttant contre le sort dés l'aurore de l'âge, » Elle saura donner l'exemple du courage.
» Par l'ingrat d'Alençon si nous sommes trahis > » Je n'attendais pas moins du sang de Médicis (i4) • » Médicis de ce prince éleva la jeunesse :
3> n n'avait point appris à garder sa promesse. » Quêtant de bords en bords un sceptre qui le fuit, » Il va cherchtmt la gloire, et la honte le suit. 31 Mais lui seul du Brabant a. passé la frontière. » Je réponds des Français, et son armée entière , » Déjà sous mes drapeaux prompte à se rallier, » Aspire à des combats pour se justifier. »
Des deux jeunes héros la tranquille assurance Dans les cœurs attiédis réchauffe l'espérance ; Tout s'anime; et bientôt se levant à-la-fois. Les chefe n'ont qu'un désir , ne forment qu'une voix ; Et , ralliés en foule auprès du chef suprême , Veulent partir, combattre, à Theure , â l'instant même;
Ainsi , long-tetnps privé des caresses du Ciel , Le peuple industrieux qui compose le miel ^ Respirant la fraîcheur de la plaine odorante^ Délaisse en bourdonnant sa ville transparente^ Quand le souffle embaumé du printemps de retour L'appelle au sein des fleurs dai^s les champs d'alentour.
Sur le front de Nassau le bonheur se déploie. « Généreux compagnons , reprend-il avec joie , » Oui, vous triompherez-, la victoire est le prix » De ces nobles travaux pour un peuple entrepris. » Elle vous appartient : mais c'est peu d'y prétendre ; » Souvent pour l'obtenir il faut savoir l'attendre ; » Avec un art suprême il faut la préparer, » N'en jamais être sûr, et toujours l'espérer. » Armons-nous cependant d'une vigueur uouvelle : » Demain ramènera l'époque solennelle D Où le peuple Batave assemble ses Etats :
» Au sein de Rotterdam nous porterons nos pas : » Les Etats m'entendront ; j'exposerai sans feinte » Nos efforts , nos besoins, mon espoir et ma crainte ; » £t du pouvoir civil la sainte, autorité » Nous prêtera par-tout son appui respecté.
»' Et toi , qui détestant les guerrières alarmes » Nous as pourtant contraints de recourir aux armes, » Raison, guide sacrée tu gravas dans nos cœurs » La haine des tyrans^ le mépris des erreurs :
» Farnèse envain grossit ses phalanges serviles ;
3 Par toi la liberté descendra sur nos villes ;
» Et je jure en ton nom de vivre et de mourir
» Pour l'aimer, pour la suivre, et pour la conquérir.
A la voix de Nassau toutes les voix s'unissent : Tous les bras sont teudtis -, tous les échos mugissent : Le serment généreux que les chefs ont prêté Au camp de bouche en bouche est déjà répété.
Mais eu roulemenis sourds, à Theure accoutumée^ Le tambour annonçait le repos de Tarmée : " Tout se tait ; les héros dû camp silencieux Parcourent lentement les contours spacieux ; Et chacun d'etix enfin , retiré dans sa tente. Déroule à longs replis en son ame contente Des succès obtenus le brillant souvenir , Et les succès plus grands promis à Tavenir.
La nuit du haut des monts descendait sur les plaines : Bientôt, versant Toublî des travaux et des peines. Le sommeil bienfaisant couvre de ses pavots Les chefs et les soldats , et la terre , et le» flots.
Cependant la Raison, celte auguste déesse A qui dans leurs beaux Jours les peuples de la Grèco Sous le nom de Minerve élevaient des autels , Recueîllii des héros les sermens immortels.
De son flambeau céleste agitant la lumière, Vlus pure que les feux du jour qui nous éclaire.
Elle court ailssilÀt, d'un vol précipité, Au sommet du Morat chercher la Liberté (t5)J Là reposent^, coucbés sous des tombes rustiques^^ Les trois libérateurs des vallons Helvétiques ^^ Uue roche , au milieu des monumais sacrés ^ Reuferme du grand Tell les débris révérés (i6); Debout; sur son tombeau, sa fiécbe triomphantoi Dans le cœur des tyrans jette encor l'épouvante. Les noms sont effacés , mais ndn le souvenir ; Point de marbre imposteur qui trompe l'avenir ; Pour unique ornement, l'ombrage solitaire Ses chênes , des sapins , vieux enfans de la terre ^ Contemporains de Tell, ils ont vu ses combats; Gésier en ce lieu même a reçu le trépas ; Le sang autrichien féconda leurs racines ; Charles dans ces forêts déposa ses ruines; Ses Bourguignons vaincus les ossemens pouâreux Ont blanchi ces vallons fertilisés par eux.
La Liberté soutii à son peuple fidèle ; Scm casque bst déposé; sa lance est auprès d'elk; L'allégresse. embellît son front majestueux ^ Vingt fleuves y de c^ monts enfans tumnltu^iz^ Jaillissent à ses pieds des cavernes profondes Oà reste enseveli le dépôt de leurs ondes :
La Limât et TAar, que le sol étranger Sous l'einj^ire des rgis^ ne voit poixkt se rangier ^
L'iiDpétueud6 Adda ', dont les tributs servîtes Du riant Milanais vont enrichir les villéfi ; Le Rhin , qui de ses flots souvent ensanglantés , Des belliqueux Germains baigne au loin les cités; Mais qui , s'affaiblissant dans sa course lointaine A la mer de «Harlem roule une onde incertaine ; * Le Duras étendu sur de jeunes roseaux ; Le Rhône, avec fracas précipitant aes eaux,* Et qui, fier d'embeUir le midi d© la ^rwcç,:
S'abyme au sein des mers qui bordent la Pro.vençe..
Des lacs délicieux, arrosant. les vallons,.
D'autres laes,- suspendus sur la cime des monts, Offrent aux yeux charmés, prés des fleuves rapides^ Sur des prés toujours verds des eau:ç toujours limpides. O pays fortuné, tes sages habitans. Etrangers à l'orgueil, sont libres et coptens : :.. On ne voit poin,t chez eux le luxe et l'opulence ; Mais la pauvreté fièrç , et jamais l'indigence ; Le travail enrichi dea .besoins qu'il U;'a pas, ... Et de l'or des moissons qui germent. sous ses pas* . Du commerce et des arts ignoraut l'industrie. Ils ont le premier bien , l'amour de la patrie : Egaux devant la loi, sous son niveau d'airain. Citoyens de l'Etat, membres du souverain.
Quand de la Liberté la voix se fait entendre , Sujets pour la servir, sqldata pour la, dêfeadire ^
Ces héros villageois offrent un peuple armé Du soc laborieux en glaire transformé.
Elle anime la. danse et le' chant des bocages^ De troupeaux miigissans couvre les pâturages ^ Creuse avec ses enfaus de pénibles sillons^ Dirige leurs. travaux ^ conduit leurs bataillons; Au sein de rassemblée elle écoute et préside ; Tous ont donné leur voix ; la Liberté décide , Et calmant des partis les débats orageux^ Elle dicte aux pasteurs des lois simples conime eu:^.
La Raison s'approchant de la fiére immcMrtelle, « Divinité du peu]^Ie^ à' ma sœur^ lui dit-elle , » S'il est vrai qu'à tes lois l'ilnivers est promis , » Peux-ta donc endurer que nos vils ennemis n Régnent par des forfaits sur tôn.futur empire? » Le Batàve t'împlore|, et le Batave expirel )) Abandonneras-tu des peuples généreux » Au sceptre ensanglanté qui pèse encor sur eux? » Ah ! que du haut des moûts ta lance se déployé ; » Arine-toi, viens, descends, j'ai préparé ta voye j » Des superstitions écartant le bandeau, » IL.es cités du Batave ont suivi mon flambeau ; » Les yeux sont dessillés -, et la nuit se dissipe. » Dans les murs de Madrid l'ambitieux Philippe , » Grégoire au sein de Rome, et du pied des autels, n Prétendent Venger Dieu par le sang des mortels ^
( la )
Elle dît^ prend sa lance aux combats toujours prête ;• \ De son casque de fer orne sa noble tête, Et désertant ces monts que la nuit a couverts ,
Les immortelles sœurs s'élancent dans les airs.
De l'horison paisible elles percent les voiles. |
Le voyageur croit voir deux errantes étoiles , Traçant dans leur carrière un sillon radieux , '
Franchir en un moment tout l'espace des cieux.
Déjà se prolongeaient ces campagnes fécondes Où le Rhin nourricier va déployant ses ondes : Déjà sous les regards des deux divinités Au niveau des sillons s'abaissaient vingt cités : Constance > où Sigismond^ cruellement docile^ (ig Partagea les forfaits qu'ordonnait un concile ; Bâle^ qui d'Âmédée orna les cheveux blancs (20) Du lin pontifical , hochet de ses vieux ans ; Mayence^ où Guttemberg vit sous ses mains habiles, (21) L'esprit humain fixé par des lettres mobiles ; , Âix, où d'un grand pouvoir Charlemagne au cercueil (aa) Dans le sein du néant a conservé l'orgueil.
Précipitant leur vol , et traversant la Meuse , j
Les Déessçs touchaient à la rive fameuse Où l'opulent Escaut, daus les marches d'Anvers , Apporte l'industrie et l'or de l'univers.
Bientôt rompant sa chaîne , et bientôt reconquise,. A Philippe en pleurant cette ville est soumise.
Dans une iihmehse plaine , au pied de ses remparts , Des Castillans vainqueurs les bataillons épars Sommeillent surla foi de leur chef intrépide ; Farnése est avec eux ; sa gloire est leur égide ; Il veille , et de Taurore appellant le retour , Prépare dans la niiit les conquêtes du jour. Trop fier de sa valeur , trop entouré d'esclaves , Déjà dans sa pensée il soumet les Bataves ; L'orgueilleux ne sait pas quel immortel appui Vient protéger leur cause , et mareber contre lui.
De l'aspect de son camp les Déesses lassées ^ Côtoyant la Zélande et ses isles glacées , Des fleuves et des mers ont franchi les détours : Enfin de Rotterdam apercevant les tours , Elles y descendaient ^ quand déjà la nuit sombre Dans un autre hémisphère allait porter son ombre. L'aurore^ eu les voyant^ sourit au haut des cieuX ; L'horison par dégrés étincelle de feux ; Le jour luit ; et jamais ces humides contrées D'aussi pompeux rayons ne furent éclairées.
De leur berceau de fleurs les célestes gémeaux Ranimaient les cités ^ égayaient les hameaux ; Partout s'embellissait d'une fraîcheur nouvelU Du monde épanoui la jeunesse éternelle :
Le riche, abandonnant ses tranquilles foyers , Les élèves des artsj quittant les ateliers ,
Les villageois en foule échappés aux campagnes ,
Les pères ^ les époux ; leurs eufaos^^ leurs compagnes j
Au sein de Rotterdam accourant à la fois ,
Y venaient contempler les soutiens de leurs droits» *.
Heureux législateurs^ de qui la prévoyance
Jamais des citoyens n'égara l'espérance.
On les voit traverser d'un pas majestueux ,
Le rivage, où courbant ses flots respectueux,"
La Meuse & Rotterdam apporte son hommage ;
La place qui d'Erasme a conservé l'image , (23)
Et ces quais opulens bordés de longs canauit
Que du hardi Batave ont creusé les travaux :
Ils atteignaient enfin leur auguste denieure^
Lorsque l'airain sonnant frappait la dixième heurOf;
Invisibles témoins , les sages déités Précédent les ^tats dans ces lieux respectés. On entre sans tumulte ; on s'assied en silence; De ce couple immortel tout ressent la présence:. Il rend au fond des cœurs ses oracles muets ; II prépare , et bientôt ya dicter les décrets. Sous les yeux cependant de la foule charmée S'offrent les généraux, organes de l'armée :
Us ne font point briller le glaive des combats Dans la cité paisible où siègent les Etats :
Sans armes , sans drapeaux p la loi seule y commaQde«' Boizot^ le plus vaillant des guerriers-^e Zélande^
Accompagne Maurice-, et d'Egfflont auprès d'eut, Du Brabant opprimé les eutretient tous deux ; D'Egmont , fils d'un héros chéri de la victoire , Et ddixt réchafaud méuie a rehaussé la gloire (a4)* Plus loin sont les Français •, Bonniret et Gçulis , Et Chatillon leuT guide ^ et le braye Du Lys. Nassau brille entouré de l'élite guerrière» . C'est lui, dit-on; c'est lui, répond la ville cnlière. Tel^ au sein de la plaine étendant ses rameaux^ Un érable s'élève au milieu des ormeaux :
Les bergers^ ^ous l'abri de son va^te feuillage^' Cherchent, durant l'été., le sommeil et l'ombrage; Et y reconnu 4e loin , son front démesuré Conduit le voyageur e9 sa rpute égaré.
"Les Etats ont admis la cohorte intrépide.
» Nassau parle en ces n^ots ; k Vous que la Raison guide ^ » Vous qui d'un peuple libre, exercez le pouvoir, 9 Vous savez nos dangers; vous êtes notre espoir x 3» Des cités du Brabant la force est terrassée. » Amsterdam est captive, et Leyd^ est jn9<enacée| » Vous voyez ces Français qiie leur prioioe a i^uittés jf » Au poste. des héros lès héros sont restés;: » Mais de qui servons-nous les volontés suprêmes ? » Sommes-nous à Philippe , à Valois, i nous-nmémes? . » Pour qui tant de périls, de combats, de travaux? » Le Batavè aggrandi veut âe3 destins nouveaux ,
» De nouveaux allies, et non de nouveaux maitres":
» D'Alençon Ta prouvé, rintérét fait les traîtres. '
» Fixez les droits du peuple ; il ne peut se trahir ;
3» Déclarez nos devoirs ; nous Saurons obéir. »
Lalain, qui des Frisons gouverne la contrée ,
Issu dans le Brabant d'une race illustrée ,
Nouveau soutien du peuple, et vieil ami des cours ^
Se levait quand Nassau termina son discours.
fc Philippe en ces climats a fait couler des larmes ,
» Et, las d'un joug honteux, nous avons pris les armes,
n Dit-il : du premier l'ang des premiers conjurés^
» J'ai bravé, comme vous, deux tyrans abhorrés^
» Granvelle , déshonneur de la pourpre romaine ,
» Et ce d'Âlbe inhumain, fier d'inspirer' la haine.....
» Eteindre les bûchers d'un tribunal sanglant ,
3) Ecarter de ce peuple un impôt accablant^
« Tels furent nos projets : Nassau doit les connaître ;
]» Née libres sous un roi , nous combattions un maître.
» L'ambition vers nous avait conduit Valois ;
9 II nous quitte : aujourd'hui cette terre est sans lois:
itf Elle veut être libre ; elle n'est qu'afifranchie I
» Mais fuir le despotisme au sein de l'anarchie !
» Non, peuple, non guerriers, vous ne le voulez pas.
» L'épreuve en est horrible. Après de longs débats
» Avec le repentir l'expérience afrive ,
n Toujours trop achetée, et souvent bien tardive.
» -Que
» Que prétendez-vous donc? Choisir un autre rdî?
» Quand vous l'aurez choisi , gardera-t-il sa foi ?
» N'osera-t-il jamais asservir nos provinces ?
» Quel joug est le plys dur ? Celui des nouveaux princes.
» Ah ! Philippe ^ oubliant un injuste courroux ,
» Philippe^ enorgueilli de sujets tels que vous y
» Eclaîi-é par le temps , et prompt à vous entendre ,
» Respecterait des droits que vous savez défendre.
» Qui peut les garantir ? Un glorieux traité.
3) Ne vous confiez plus au glaive ensanglanté ;
» Environnés d'écueils y évitez les naufrages ;
» Rentrez avec honneur^ après quinze ans d'orages ,
3> Dans le foyer paisible où vos heureux enfans
3» D'olive et de lauriers ceindront vos cheveux blancs » .
Il dit: Lumay s'élance-, impatient^ il crie (25) : ic Philippe encor y Philippe insulte à la patrie ; » Et la foudre en ses mains ^ déjà prête à partir^ » N'attend pour s'arrêter que notre repentir ? » Rassasié de sang^ fatigué de victimes^ » Le tyran voudra bien nous pardonner sts crimes? » Âh ! les cœurs généreux ne Taccepteront pas ^ 3> Cet insolent pardon^ pire que le trépas.
» Quedis-je? En doutez-vous? Le Castillan parjure » Oublirait son serment^ et non pas son injure. » Mais y ce qui doit sur-tout nous inspirer l'effroi ^ » Le parti catholique a besoin de son roi.
^ Et^ quand je poursuivais uue secte infidèle ;
^ D'un excès de rigueur on accusait mon zélé I
» Eh bien ! que du Brabant regagnant les cités
i> Elle échange l'honneur contre les dignités ;
y> Nous ; au-delà des mers fuyons la tyrannie»
» Ainsi le Phocéen désertant l'Ionie ,
3> A ses champs paternels préféra ses vertus ,
» Et parmi les Gaulois porta ses dieux vaincus.'
3» Tci n*espérons point que la fortune change.
9) Aux rives de Ceylan , près des bouches du Gàngc ^
y> Elle attend nos débris ; un sol aimé des cieux
"» Y récompensera nos soins laborieux.
7> Transportons nos vieillards^ nos enfans et nos femmes,
y> Que nos champs submergés^ que nos cités en flammes
» Du sombre Castillan bravent encor les fers :
» Qu'un jour le voyageur, en traversant nos mers ^
» Dise : là s*élevait l'antique Batavie.
j> Malheureuse quinze ans^ mais jamais asservie ^
3» Quinze ans à l'oppresseur elle osa résister^
» Ne put exister libre , et cessa d'exister. »
A peine il achevait ; rassetHolée en tumulte Au milieu d'un bruit sourd s'agite et se consulte* Du parti catholique adversaire indompté^ Lumay , sans la comprendre, aimait la Liberté- On le vit dans les camps signaler sa furie , Et se venger lui-même au nofa de lapatrie.
K Vfc
('»9) Cette férûdté qui ternit ses exploits >
L'accompagnait ëncor dans le' temple dés lois : Un bouillant caractère ^ et trop d'indépendance ^ De ses vœux mdl Conçus égaraient lln^prudence. Mais les divinités présentes daiis ces lieux ^ Bientôt sui* Barbe veit ont fixé tous les yeux. (a6)/ Huit lustres ont mûri sa nerveuse éloquence ; Il haït la servitude* autant que la licence ; ' Il se lève ^ et soudain les esprits sont calmés :
Il semble qu'en ses traits > d'un feu pur animés^
Du peuple et des états tous leû destins respirent^ * ' ^ £t , planant sur son front , les déesses l'inspirent.
K Lorsqu'un^ peuple^ dit-il, s'éveille et rompt ses fers^ » II doit savoir combattre, endurer les revers, ^
» Quand le danger s'accroît , doubler la résistance , » Subjuguer la fortune ^ à force de constance , » Vers le but souhaité concentrer ses regards , » T marcher d'un pas ferme , éviter les écarts, > Et, sans daigner jetter un coup d'œil en arriére^ 2> Se reposer vainqueur au bout de la carrière. » Méritons le triomphe , et conquérons la paix r » Quel traité ferions-noys en demeurant sujets? » Philippe des autels vengeant le privilège , » S'il tenait son serment , se croirait sacrilège ; » Philippe est né despote ; il ne peut concevoir f Qu'une foi despotique, et l'absolu pouvoii'-
Cao>
É Jtisques dans le pardon craignons sa J»rbarpe ;
% J'y consens ; -mais fautril submerger la patrie;
u Et loin d'elle cherchant des trésors incertains .
» A la merci des flots confier nos destins ?
» Un rivage opulent doit réparer nos pertes 7
9 A nos voiles., dit-on , Iqs Indes sont ouvertes ?
» O vous^ qui prétendez en ces climats brûlaas
B Exiler nos vieillards y nos femmes , nos eufans ^ . . .
B Y transporterez-vous les tombeaux de nos pères ,
B Les mouumens publics , les toits héréditaires y
B L'air que nous respirons ^ et ces frimats amis ^
B Ces flots même > ces flots que nous avons soumis ?
B ,Une mer tyrannique usurpait ce rivage ;
B Nos ayeux y triomphant d'un sol âpre et sauvage ,
B Aux prodiges de l'art forcés par le besoin y
B Ont dit à r05:éan : tu n'iras pas plus loin. .
B Dans ces vastes marais dont ils firent des plaines ,
B Civilis arrêta les légions Romaines. (27)
B Où sopt-ils ces héros qui devant leurs remparts ^
B Font reculer les mers et l'aigle des Césars ?
B Enfans.eSëminés de nos mâles ancêtres y
B Ne savons-nous que fuir, ou ramper sous des maîtres!
B II faut rester et vaincre. Eh ! qu'ayez-vous été y B En luttant contre un roi pour votre liberté ? B Ou des républicains y ou des sujets rebelles.* B Trouvez diius vos périls des ressources nouvelles ^
3 Qu*éntre PkîK{>pe «t vous s'élève un mur ffaîram 5
* Déclarez-le déchu ^u poui^ôîr souverain.
3» Plus de roi désormais ; un roi veut des esclaves :
» Désormais, aujourd'hui, vous serez les Bataves.
» Vous l'êtes; dés long-temps vous exercée vos droits;'
» Cette tetre est sans nmttre ; elle n'est point sans loi*. -'
» Libre ^ elle reconnaît la puissance publique.
3 Ici d'un -peuple entier la volonté s^explique;
9 Sept provinces, formant d'indissolubles nœuds ^
»■ Nommehl leurs députés , manifestent leurs vœux 5
» Un chef, daigne de vous et de- sa renommée^
» Obéit aux Etats et commande à L'armée:
» De généreux secours vous sont déjà promis. •
» Chez les princes Germains vous aurez pour amis
9 Ceux qui, revendiquant la conscience humaine,
» Ont cessé de ramper sbus l'idole romaine.
31 Des monts Helvétiens, de tobustes soldats '