CHANT SECOND
L*£8F0iB eiicor lointain d'un avenir si doux
A; de la tyranniis^ allumé le courroux*
Prés d'elle , bût ' retenti însqti'ptix bouches du Tagè
Les cris de l'allégresse^ et les vœux -du courage;
Et> tandis qu'à Lisbonne elle foule à ses pieds
Des Portugais en pleurs les fronts humiliés ,
Au nom d'un peupk libre , elle pleure elle-même ^
Essaye avec effroi soii nouveau diadème ,
Chancelle , et tout-à-coup dévorant ses regrets ,
Se rassure en voyant ses bourreaux toujours prêts»
« Non^ point de liberté \ non ^ ma fiére ennemie
s N'aura point à ma cause attaché l'infamie^
« Dit-elle ; c'est envain^ peuple lâche et sans foi ^,
» Que ton farouche orgueil ne connaît plus de roi }
» Et de tes séducteurs les trompeuses caresses
» Ne te sauveront pas de mes mains vengeresses.
» Tremble. » Elle dit et part. Dans les routes de raûr*
Six vautours enchaînés traînent sou char de fer r
A son hideux aspect les aquilons mugissent^
Les champs sont desséchés ^ les étoiles pâlissent j
Un cimeterre en main l'esclavage la suit ; Et l'horrible déesse , au milieu de la nuit / Ayant déjà ïiranchi dix provinces tremblantes , Couvre l'Escurial de ses ailes sajiglantes.
Là, Philippe epivrait ses superbes regardi Des trésors du Mexique et du luxe des arts.
Il orne chaque jour ces retraites si belles ; Il y fuit les remords ; mais les remords fidèles Auprès de leur monarque empressés chaque jour , Ont à l'Escurial établi leur séjour.
Du palais de Philippe hôtes inévitables; Dès qu'il est endormi du sommeil des coupables^ Leur noire légion vient, dans l'ombre des nuits ^ De son cœur despotique irriter les ennuis.
C'est l'heure accoutumée ; et jamais les ténèbreg N'ont tracé devant lui tant ^'images funèbre». D'Egmont sur réçhaffaud le glace de terreur : La flamme des bûchers qu'alluma sa fureur .
L'éclairé ; et , sur le fron^t de ses pâles victimes , Il lit^ en traits de sang , la liste de ses crimes. Elisabeth, Carlos , son épouse et son fils.
Parés de leur jeunesse, et de gloire embellis. Lui font boire à longs traits la coupe empoisonnée^ Qui termina trop tôt leur noble destinée.
CbîHrles-Quint , plus terrible, et l'œil étîncellant ^ Apparaît au milieu du cortège çffrayant j
Non tel que dans les jours de sa grancîêur suprême ^
Un globe dans les mains y et ceint du diadème ;
Mais courbé sous la bàire , et , comme en un cercueil,
Vivant îl assistait aux pompes de son deuit. '
Il reproche au tyran la misère publique ,
Les affrouts prodigués a son ombre héroïque'; '
Et , par Tordre inhumain d^un èls dénaturé ^'
Le testament d'un père à là flanime livré. (28)
Tout fuit : la tyrannie a , de sa main puissante , Ecarté loin du roi la troupe menaçante ; Aux remords un: moment elle interdît l'accès r Seule avec le monarque , elle emprunte les traits ,^ L'air, le maintien , le port et la voix de Marie , (2|^y A des crimes pieux saintement aguerrie , Et qui , sur les Anglais , régnant par ses bourreaux ,
L^vangile à la main , dressa des- échaffàuds.
« Philippe , éveille-toî , dit la'sombre Déesse : nk Soutenu par la force , instruit par la sagesse , » Laisse à àes rois sans gloire mr lâche repentir r » C'est moi qui t'aime encbre , et qui viens f avertir ; 3» C'est moi , c'est ta seconde et ta plus digne épouse r » De tes félicités quand l'Europe est jalouse , » En veux-tu par faiblesse interrompre le cours ? » N'écoute que le ciel armé pour ton secours. » Ton nom ne régne plus sur la rive Batave :
» Venge le Ciel et toi d'un peuple qui te ]bravè.
» Ces mutûn «ont à cratpdre : on va les soutenir;
I Une soeur que je hais y que j'aurais dû punir , « Elisabeth^ appni d'un culte sacrilège ^
» Est prête à te ççnabatiT-e , et^déjà les protège,
» Epuise tes trésprs ; renforce tes soldats ;
9 Dicte au salut tribunal 4es arrêts du. trépas ;
» Ni délai^ ni pardon : si tu veux sur les traitres
» Reconquérir les droits qu'exerçaient tes ancêtres ^
» L'honneur de nos aute\s , l'autorité d'un roi ,
» Frappe, il est temps -, adieu : Philippe, éveille-toi. »
Elle était déjà loin *, Philippe écoute encore : Tout garde le silence. Il s'éveille : l'Aurore Ouvrit en souriant les portes du matin ; Mais lui> mpme et rêveur^ lui^ d'un œrl incertain , Des objets fugitifs poursuit envain l'image.
II descend dan4{ son cœur ; il y trouve la rage : Il gémit y il éclate : inquiet et surpris ^
Un serviteur obscur, accourant à ses cris , Des nocturnes chagrins vit l'infaillible marque Empreinte à lon^s replis sur le front du monarque* O surcroît de douleur ! En ce pompeux séjour , Les courriers de Farnése ont devancé le jour : C'est de lui que Philippe , en un récit fidèle ^ Apprend des révoltés l'ambition nouvelle , Les droits des citoyens à sa honte établis, Et de son noin royal les honneurs abolis.
Après quelques momens d'un silenee fàrouclie > Vingt mots entrecoupés se pressent dans sa bouche ; n se calme ^ il relit cet écrit important^ Le ferme avec horreur , le rouvre au même instaat ; Convoque le Conseil ^ se promène en furie ^ S'assied^ relit encore, se relève, et s'écrie : » Du sang ! Guerre mortelle à la rébellion F » Tel^ aux bords du Niger, un superbe lion , Blessé par des chasseurs qui , sur l'autre rivage / Insultent , sans la craindre , à sa fureur sauvage ^ Va , vient, revient, s'épuise en efforts douloureux / ' Hérisse sa crinière , et bat ses flancs poudreux , SouJBfle et repousse au loin l'air brûlant qu'il respire / Et traîne en rugissant le trait qui le déchire.
Cependant au Conseil , accouraient à la fois , D'Albe , ami du pouvoir , mais «ennemi des lois , D'Albe , cher à son mattre , odieux aux Bataves , Autant qu'aux Portugais qu'il vient, de rendre esclaves { Granvelle, humble ministre , et fier inquisiteur, Qui doit aux échaffauds la pourpre et la faveur ; Le vieux Figuéroa, dont la vertu sublime (3o} Eut tout sacrifié sous un roi magnaninie ; Médina, que Philippe honora du trident ; (3i) D'Eboli, toujours vil, et jamais imprudent. (3a) Philippe entre aussiôt. La fatale nouvelle Eu un même désir unit d'Albe et Granvelle,
Far le fer des combats y par. le ^ye sacré ^
Exterminer un peuple à ce point égaré ,
Tel est le Toeo cruel que tous ^euxToottconnattré;
Et d'Eboli l'approuve en regardant son maître*
Mais de Figueroa le vénérable aspect^
Au conseil attentif imprime le respect.
De ses cheveux blanchis la parure éclatante
Flottait en longs anneaux sur sa tête pensante;
La douce humanité respirait dans sts yeux ;
On voyait sur son firont luire un rayon des cienx ; .
Et quatre-vingts hivers n'éteignaient point la flammo
Qu'un souffle de Dieu même alluma dans son aine.
Sans affecter l'audace , ou ressentir l'effroi ^
C'est ainsi qu'il opine en s'adressant au roi :
ce Sire y un saint tribuns^! ^ en ces lieux chei: encore ^ » A produit tous les maux que le Conseil déplore. » La flamme des bûchers n'éclaire point l'erreur ; » Avec un cœur rebelle on cède à la terreur ; » Mais c'est l'opinion qui soumet le cœur ménie. » Trente ans de Charles-Quint ^ j'ai vu l'éclat suprême : 9 Les nations l'aimaient , les rois suivaient son char ; 9 Rome courba son front sous le nouveau César : y Le monarque Français ^ loin des bords de la Seine ^ » Abaissa dans Madrid sa grandeur souveraine ^ » Et captif, implora son rival indompté , 3^ Hassasié de gloire et de prospérité. ^
» Mais quand de Chayleâ^-Quint la Sagesse trompée
» 'Crut aux champs du Tyrol juger avec l'épée ,
» Ces dogmes de Luther que Rome avait proscrits ,
» Et voulut des Geilnains enchaîner les esprits^
^ Il trouva la limite où le pouvoir çxpire ;
• Et l'Empereur, fuyant au milieu de l'Empire ,
9 En ses propres états redoutant sa grandeur^
» De son astre étonné vît pâUr la splendeur.
» n fut vaincu. Par qui? Non par ces faibles Princes
s Qui l'adorant jadis au fonds de leurs provinces ^
» Loin de lui prosternés mendiaient son appui :
3» C'était l'opinion qui triomphait de lui ;
SI L'opinion qui donne et reprend la victoire ,
31 Qui fait l'autorité comme elle fait la gloire. -^
» Vous leveii des soldats ; mais contre vos sujets :
9 Vous semez des trésors ; pourquoi pas des bienfaits ?
9 Vos galions chargés de tout l'or des deux mondes
9 Au sein de la tempête enchainent-ils les ondes 7
% Qu'importent le courage et l'art des matelots,
» Quand des zéphirs heureux n'ont point calmé les flots?
s Âpres quinze ans d'efforts , qu'attendre de vos armes ?
» Du sang, des orphelins, des veuves et des larmes.
» U est un invincible , un auguste pouvoir ;
» J'oserai pour les Rois Tappeller un devoir :
9 La clémence. Employez cette arme bienfaitrice;
» Songez que la clémence est encore la justice :
» C'est
9 C'est la cause de Dieu que vçus croyez irenger;' n Nassau croit la défendre , et Dieu seal peut fuger* » Au Mexique^ où régua l'inipiété du ^aive, » Je fus long-^temps l'ami ^ le compagnon^ Féléve » De ce boo Las Casas , modèle des vertus , » Homme ^Thooneur de rhdmnie^ hélas! et qui n'est plut* » U essuya des pleurs^ et n'en fit point répandre ^ » J'ai vu les Indiens à genoux sur sa cendre i
31 Ils ont ea le voyant appris à noua chérir ; » On les aviait conquis ; il sut les acquérir* » Il faudrsut limiter. Si par la violence » On veut d'un peuple aigri forcer robéissance^ n Les Batfives pour vous sont à jamais perdus } 9 Mais^ sire, i vos bienfaits vous les verriez rendus, 9 Ne désapprouvez point ma franchise hardie : » J'ose encore aspirer^ au dédin de ma vie, V A rhcmneur de fléchir uâ monarque Irrité} » Aussi pfès du cercueil on dit la vérité. »
Il se tait : le conseil réfléchit et balance. D'un si noble langage on sentait la puissance; £t même la pitié, qu'ils ne connaissaient plus , Saisit d^Albe et Granvelle indignés d'être émus. Philippe avec effort compose son visage , fc Figuéroa , dit-il , vos vertus et votre ftge a» M'ordonnent d^excuser cet étrange discours : 3» Je veux, en l'oubliant^ vous estimer toujours:
SI Mais quand onreot régner^on smt peu vos maximes. 9 -^âranv&llej aonom du^Dieu^ juge et Vengeur des'crimc»^ B Je vous confie encore cet empire -sacré " : » Qui jadis au Brabant vous a tant illusrtré !: » Soyez sen^bkbleà vou^, juate^^ maîd inflexible;- ' » Allez. «-rr.Vo lis, Medîna, que ma flotte invincible » Vous.$uive, et dwBatave investisse led ports ; n Et si, pour le défendre, osant quittées leurs bord^/ :» Les Anglais de mes droits ont pÊxdu la mjmaire,v:t » Puisâiez-voùs de Lépahte égaler, la vlctdine! > ' :'* » — Vainqueur du Portugal, demeurez près de:inDi; » De tous mes ennemis, vous l'éternel effroi, 3) Qui depuis quarante atis lassez la renconmée^' 3> D'Albe, dont le nom seul me valait une armée... » Mais que vos fils, bouillans d'un igèoéreux courroux, 3) Au péril , à la gloire accoutumés par vous , <■ - » Revolent dans les camps où, presque dés l'enfance, 9 Us ont sous VOS' drapeaux exiercé leur vaillance; / 1» Qu'ils secondent Famésé à qui tous mes état^ • - » Fourniront de nouveau de l'or et des soldats. • • >i J'aurai d'autres moyens pour venger ma querelle. ^> Je veux, avant trois mois, que ce peuple rebelle, » Esclave déchaîné qui se croit souverain , » Retombe i mes genoux sou& un /SC^ptre d'airain. »
Il dit , et disparait. Le conseil se dissipe : . . 4 Figuéroa s'éloigne en pleurant sur Philippe ; ^ ^-
Médina songe à vaincre, et Granvelle à punîr}
D'Albe est avec ses fils qu'il vient de réunir.
ce Mes enfans, leur dit-îl, voyez ces trois épées ;
ïi Des ennemis du Roi lé sang les a trempées.
» L'une dés Catalans réprima les complots ;
» L'autre du sang Batave a fait couler les flots ;
3) Aux bords où l'Océan reçoit les eaux du Tage^
» Celle-ci d^un Roi faible a conquis l'héritage.
» Prenez-les , et partez : Soutenez-en le poids :
» Mais pour le soutenir, il faut de grands exploits.
» Tolède , que Nassau de votre main périsse ;
» Fernande faites tomber la tête de Maurice;
» Alvar, que ChatîUon expire sous vos coups.
)> Un honneur partagé n'est point assez pour vous :
» Qu'ils meurent par vous seuls ; c*est l'ordre de ma haîne. >i
Chacun des trois répond en jurant le trépas
Du terrible ennemi que va chercher son bras.
Mais dans le sein de Dieu tout ^avenir repose^
£t des sermens humains c'est lui seul qui dispose.
Les uns^ comme l'encens^ jusqu'à lui sont portés ;
Les autres , moins heureux , de son trône écartés ^
Légers comme les vents, comme eux s'évanouissent.
Quand d'un succès futur les trois guerriers jouissent^
Le Ciel qui les entend condamne ces pervers^
Et leurs sermens cruels se perdent dans les airs.
NOTES
(i) Page I.
m Je chante les combats et ee peuple indompté n^
C'est à lear valeur, k de continuels sacrifices , à une per« sévérance admirable , que les peuples des Pays-Bas , ont dd le maintien de leurs privilèges. Us ont prouvé tout ce que l'amour de' la liberté , uni an courage y peut obtenir de prospérité et de gloire ! V affranchissement des Provinces- Unies est une époque éminemment poétique. Le souvenir des combats d'une nation ^ luttant sans relâche avec ses op^ presseurs , apbamés contre sa liberté politique et religieuse , transporte également Tame du poëte et du philosophe. Ces combats , et les triomphes qui en sont le prix , présentent aussi d'utiles leçons aux peuples et à ceux qui les gouvernent.
Les Provinces-Unies, ou la Hollande (nommée jadis Batavie) , étaient au nombre de sept : le duché de Gueldres, sous lequel était compris le' comté de Zntphen , qui y fut réuni en i545 ; les coin tés d^'Hollande et de Zélande ; les seigneuries d'Utrechr, de Frise , d'Overjssel et de Groningue. L'union que les cinq premières provinces formèrent entr'elles, k Utrecht , en 1579» et que les deux antres signèrent ensuite , leur fit donner le nom de Provinces-Unies des Pays-Bas. Ces pays furent ainsi désignés, relativement à leur situation à Tégard de TAllemagne, et parcèque le territoire dans plusieurs parties est plus bas que rOcéan.
Ces provinces , habitées autrefois par les Bataves , colonie des Germains^ devinrent une des conquêtes des maîtres du monde a cette époque. L'empire Romain tombant en décadence , les Francs s'emparèrent des Gaules , et comprirent la Batavie dans le vaste Royaume qu'ils formèrent au cinquième siècle. Sous le sceptre débile des héritiers de Charlemagne , cet état secoaa
1^ )ong âes Rôîs de France , et les provinces forent gouyernées par ties comtes , exerçant un pou^^oir à-pea-près sem-> blableii celui des grands vassaux en Allemagne. En 14^6, cet état passa sous la domination des ducs de Bourgogne , qui y régnèrent )usqu^en lé^'jt. Ce fut k cette époque que Marie , fille unique et seule héritière de Charles Le Téméraire , dernier duc de Bourgogne , porta ces provinces en mariage à Maximi* lien y archiduc d'Autriche ( depuis empereur ) aïeul de Charles-* Quint. Marie , laissa ces provinces k Philippe I , son fils , Roi d'Espagne , qui mourut fort jeune, Charles-Quint » qui lui succéda , gouverna paisiblement ce» provinces. La seule ville de Gand se révolta, une fois , mais cette insurrection fut bientôt «ppaisée par la présence de Charles-Quint. Ce monarque ajrani abdiqué (à Bruxelles 9 le a5 octobre i555 » céda à Philippe II, son ûh, la souveraineté des Pays-Bas, celle de Naples, de Sicile, des Indes, de Bourgogne et le duché de Milan , et l'année suivante les royaumes d'Espagne. Cbarles-Quint, en laissant à Philippe II, un vaste empire , eu lui léguant des armées et des généraux formés à son école, ne put lui donner son génie souple et lécond. Lui-même , en abdiquant le pouvoir , perdit ce génie p usé par de nombreux travaux et une activité dévorante. Philippe II , aussi lâche que perfide , ne monta sur le trône f que pour tyranniser les peuples , sur lesquels Charles-Quint avait appelé son amour et ses soins. Las de gémir , sous la domination inquisitoriale de Vimpérieux cardinal de Granvelle , et l'atroce sévérité du duc d'Albe , bien digne de gouverner au nom de Philippe » ces peuples prirent les armes. Les Etats* Généraux, (le a6 juillet i58i ) déclarèrent solennellement Phi* lippe II, déchu de la principauté . pour avoir violé, contre ' son serment , les privilèges des peuples des Provinces-Unies. Les princes d'Orange devinrent l'âme de cette ligue im* mortelle. -^ Depuis l'acte solennel des États , les Pays - Bas furent le théâtre de la discorde , ensanglanté tour à tour , par la politique et le fanatisme , les armées espagnoles et Fin* fluence ultramontaine. Les provinces fondèrent un gouver*nement, qui unissant l'esprit de la liberté à celui du corn*
xnêrce , balança plas d'une fois la puissance des rois. Enfin , les Espagnols , fatigués de combats inutiles , furent obligés de reconnaître ( à la paix de Munster , en 1648 ) TindépendaDce des Provinces-Unies.
Grotius ( Annales et Historiœ de rébus Selgicis, ab obita régis Pkilippi , usque ad inducias anni 1619. Amstelodami, 1657, in-fi*, lib. i.) Grotius caractérise ainsi les Bataves et les Espagnols : « Les deux peuples jouissaient de la répula- » tion d'une ancienne valeur ; mais l'un avait cessé de Pexer- » cer y tandis que Fautre avait été tenu en activité par des ]• expéditions eu Italie et au-delà des mers, et par les avan- >i tages qui en avaient résulté. Les Bataves supportaient le » travail , aimaient le commerce et la paix , sans néanmoini » soufirir Fin justice. Courageux a défendre leurs propriétés, M ils respectaient celles d'autrui. Après qu'ils eurent repoussé
V les invasions des barbares , les puissances étrangères ne a purent , durant huit siècles, les vaincre, ni les • désunir» » Mais l'Espagne prit une partie des moeurs de plusieurs » peuples , dont elle devint la conquête ; elle fut enfin soa- » mise aux Gotbs ; et dans ce nouveau séjour, le caractère » de ce peuple , selon divers écrivains anciens et récens , fut
V un composé de celui des deux : avide de gloire on de » ricbesses , il ne craignait ni travaux , ni périls ; supersli- » tieuxy poussant la fierté jusqu'à mépriser les autres nations, » ne méconnaissant pas les bienfaits , mais se laissant eni- » porter par la férocité de la vengeance et de la victoire, et >» ne connaissant rien de bouteux ni d'illicite envers ses en- » nemis. »
Le génie de Chenier aurait tiré un grand parti de la diversité des mœurs des peuples , qui 00 1 figuré dans ces guerres , oh. l'héroïsme a constamment lutté contre la perfidie. On peut juger du poëme , par les deux chants que nous en avons. C'est un monument, qui à peine commencé i atteste une vaste et belle conception
c Qui sous le grand Nassau conquit la liberté. »
GiiUlaùme «de Nassaa , 'prince d'Orange, iré'ïiti'château'de. Diliéin bourg' V dass «le comté de. Nassau,, le; ' 18 mars i555>' (l4it le joUr à rallianoe de GuiUainnt'de Na«sau,'dit le vieux,* •rec Juliàne),' to'ihtesse .dé Stolboisrg«*.|>e ce 'me^iage-Dâqui-' reôt cimq garçons ';et sept filles.. Giiillaume:, prince d'Orange', élail raillé. Le phts jeune; Jhean ^de Nassa'a /laissa une nombreuse' postérité*. Les - trois an)res frères , Ludovic , Adolphe et Henri, ne se marièrent pas; dignes" lienieBans de lem* nwéy lia 'moururent» au olûimp» d*honneur> et sèus les drapeaux de la liberléw . .. ..' . .- ' . , .
Guillaume ( dont aucun diciionnoire historique n'a fa^ mention jusqu'ici), «fut éley^ dan^la religioa* romaine. *Gha¥léSf Quint' le confia eux soins* de sa sœur Mqrie' def Hongrre; 'it fut par la suite nommé l^on de ses 'gentilshommes > charge qu'il exerça neuf ans. Pendinlî ce temps, il ne quitta pasFe»pereur ,! qui se plaisait à. cultiver, les brillantes disposittong de Guillaume* de Nassau , dont 'toute la^'famiile lui étÀit chèr« à plus d'ua titre; •ZTenri avait puissamment contrifotié'k l'élever au trône de l'empire ^ a Tcxhlosion -de 'François'!*'; et c% fut lui qui plaça la couronne impériale àup- le front de Qfaftrle&* Quint': il ne cessa de convbler > de faveurs le jeunec^prince;^ qui'en fut toujours ..digne. iQuaind< il donnait • des- alidieiioeâ particulières aux prtnqesb.et aux Ambassadeurs») «t que* Guil« lauine voulait se retirer avec, les autres seigôéurs deila cour, rempereur'le retenait* toujours en loi disant rraDemeurezi! » Guillaume lavait «peine vingt ans, lorsqUte ce. monarque- le choisit pour aller porter la couronne impériale à son frère» Ferdinand I". U se défendit d'accepter éette mission «n disant .: «c Qu'il, lui siérait mal de porter 'li un autre que » Charles - Quint , ceUe couronne 1 que son 'oncle avait mise 9 sur sa têie ï> - t
Malgré l'avis de. son conseil , Charles-Quint le nomma géttéralifisioie des armée» des Pays-Bas , .pour remplacer Phili-^
bert Emmanuel duc de Savoie , que des affaires personnelles rappellèrent dans sa patrie^ Les talens militaires de Guillaume brilièreut avec d'autant plus d'ëclat qu'il avait affaire à deux grands capitaines : le comte de Nevers et l'amiral Ghâtillon. Ce fut a cette époque » en présence de l'ennemi | que l'em» pereur fit b&tîr Pbilippevîlle et Gharlemont*. Tant de vertus et de mérite, qui faisaient de Guillauine l'idole du peuple et^ de Tarmée, excitèrent Ténvie et la haine de toute la cour; ces admirables qualités allumèrent dans Tarae de Philippe une funeste jalousie , qu6 rien ne pût éteindre ; il vit toujours en lui un ennemi k redouter.
Le prince d'Orange issu d'Adolphe , de Nassau, empereur d'Allemagne , successeur de Rodolphe ; Théritier d'une maison qui comptait dix siècles d'illustration, allié aux plus grands pripces de l'Europe , pouvait prétendre au gouvernement des Pays-Bas, Mais Philippe II , toujours disposé a céder aux haines de ses courtisans, ne voulut point lui accorder ce gouverne* ment / donnant pour motif les liaisons de Guillaume en Aile* magne, avec les ptinces protestans. Il ne cessa de l'accuser des troubles des Pays-Bas , dont sa tyrannie était la seule cause» Philippe envoya dans ce pays le cardinal Granvelle , dont il connaissait la haine impbcable envers Guillaume ; il fut forcé quelque temps après de rappeller ce prélat , que <ses hauteurs et ses menées rendirent odieux an peuple et a la noblesse. Méditant sa vengeance ,: Philippe envoya le duc d'Albe dans les Pays-Bas , avec une armée. .m* Le prince d'Orange, de?i« nant les projets liberlicides de Philippe, voulait qu'on s'opposa V l'entrée de son armée. Le comte d'Egmont contraria celte proposition; ir suçait selon lui d'implorer la clémence da Roi»
1K La miséricorde du Roi , en laquelle vous vous confiez , lai » répliqua le prince, est ineertaine, le repentir est inévitable; i> Yotts servirez.de pont aux armées espagnoles, pour pénétrer )» dans ce pays , et lorsque les espagnols auront passé le pont ; 9 ils le briseront ». Ces illustres et dignes amis ne pouvant contenir lenr vivo émotiott^ s'embrassèrem les larmes aux yeux;
Guînanme » lisaiit dans l'avenir , dît un dernier adieu an comté d'Ëgmont ; il se rendît k Bréda , avec sa famille , et se retira quelque^ temps après dans l'antique cli&teau de Nassau.
A peine arrivé avec son armée > le duc d'Àlbe ordonna le supplice de di^l^uit seigneurs marquans et de plusieurs autres gentilshommes. Quelques jours après ^ sur la même place du marché » ^ Bruxelles y îl fit exécuter les comtes d'Ëgmont ^t de Horn. Le peuple , admirant la prudence du prince > si digne de son amour, ne désespéra pas de la liberté et du bonheur, puisque le prince d'Orange existait encore pour le
défendre de la tjrannie Cette opinion était aussi celle du
cardinal Granvelle , mais avec ud espoir bien différent ; ayant appris h Rome , oh il était , par ordre de Philippe , ce qui se passait à Bruxelles , et sachant que Guillaume , qu'il appellait le Taciturne , n'était pas au pouvoir du duc, il s'écria : c Puisque ce poisson n*a pas été pris dans le JUet « la pêche du duc JPAlbe ne vaut rien »•■
Ce duc somma vainement le prince d'Orange de comparaître au conseil des douze (appelle le tribunal de sang) pour y justifier sa conduite ; il ne s'y rendît pas. Le prince en appellaaux Etats de Brabant , ses juges naturels^ et sollicita en mêmetemps Tassistance de l'empereur Ferdinaiïd , et celle des prin* ces de l'Allemagne^ qui tous lui promirent protection. Leduc ne l'en déclara pas moins coupable de lèze-majesté , et confis* qua tous ses biens ; son fils Guillaume > âgé de treize ans, qui étudiait ^ l'université de Louvain , fut gardé en otage , sous prétexte de l'élever dans la religion romaine.
Le prince d'Orange leva une armée en Allemagne , qui succomba après des combats glorieux ; elle était commandée par l'un de ses frères ; son insubordination causa sa défaite.— « Il forma un nouveau corps de a8 mille hommes. Allemands et Français ; et fit passer le Rhin et la Meuse à ces. troupes , avec une telle rapidité , que le duc d'Albe demanda si cette fois , c*était une armée d'oiseaux^ <*.-> Guillaume fut encore obligé de renoncer k cette armée , ayant épuisé toutes ses Tssources pour la solder. Les peuples des Pays-Bas ne résis^i
lèrent pas moins làx' attaques du. Ûixe^'d^àibél lia^vilte dé Mons i secondée par les Français, et cëUa » de. /ïè>:rjff « .abaïidonnée k elle* même, ^e iléfendirent ayecune admirable. ^coas* lance. A la tête d'une assez forte armée> le piince d'Opnge défia encore nne fois le duc d^Albe-» qui oocupeit le Hainaut ^ où il s'était retranché. G'esl^ dans cette situation que le princ« d'Orange apprit le massacre de la Saint "Bartkélémi , \ei la perte de ses plus chers émis, en' Frajice.. •— Vainement il Toulut livrer c6mhat.au duc, avant. que la nouvelle desi massacres de Paris parvint aux soldats espagnol^ , il fut .forcé de se retirer vers le Rhin « et arrivé à'Orsoj;,il congédia' 5on armée. Les États de Hollande etZelande , ravaient re^* connu pour leur gouverneur;, il se' rendit à leurs Vœux. Eu moins de quatre mois y il forma , à* Flessingùe ;: une Ûotte de cent cinquante voiles , qqi fut toujours vicCopîeûse.
L'intérieur du pays n'était pas moins la ? proie d'un ennemi avide et cruel. Fatiguées enfin du brigandage des Espagfnols , les provinces formèi'ent une. sainte<. ligue > dont, le traité fut signé a Gand , l'an 1576; Toujours crédules et. sur-tout las de guerroyer, ces peuples -consentirent à accepter le traité fait le 17 Février 1577 > entre les États et le roi d'Espagne, et qui confirmait lé précédent traité. C&l fut envain que 1« prince d'Orange leur répéta çu'un prince outragé poui^mt dissimuler ^ mais jamais pardonner .....••. De. uou- • velles vexations , nécessitèrent une' nouvelle lutte ; et le cou* rage des Provinces - Unies né peut être comparé qu'k celui de leur chef, doiit l'ame était inaccessible a toute «spèce d'infortune^ La force de son génie semblait s'accroître encore par les • reversa Malgré des obstacles toujours renaîssans , il posa enfin les. premiers fondemeus de la. république (\e 22 jan« vier 1679) ^cimentés par l'union des provinces de Gueidres » 2kitphen , Hollande , Zélande , Frise et Groningue. Cette alliance fut appell ée ri/n/o/» ù'Utrecht^ parce qu^elle fut rati'^ fiée dans cette ville. Les députés des provinces prirent pour devise ces paroles de Micipsa^ dans Salluste : Concordid pai'^4» res creseunt. ( La concorde élève les plus petites choses )*
Diverses causes afiaiblirent encore cette onion , qui pourtant était le seul garant de la liberté des provinces et de leur, prospérité ? '— En i58o , Philippe publie une proscription sanglante contre le prince d'Orange , qu'il appellait ingrat y rebelle , perturbateur du repos public , hérétique , Gain , Judas, parjure, sacrilège , auteur de tous les troubles des Pays-Bas y et la peste du genre humain ; donnant son corps et sa vie à qui pourrait s'en rendre maître ; promettant , sur sa parole de Roi et de Chrétien ^ vingt-cinq mille écos de récompense à celui qui le prendrait vif ou mort , et remmènerait en Espagne ; ajoutant à ce prix de la trahison, le pardon d*ua crime même, et des lettres de noblesse pour l'assassin ,• s'il n'était pas noble.
Hubert Languet, auteur du fameux traité, ayant pour titre : Vindiciœ contra tyrannos , ( publié sous le nom de Stephanus > Junius y Brutus , imprimé k Edimbourg , en 1579 > et traduit en français , par François Etienne , en i58i ) pour se soustraire aux persécutions que cet ouvrage lui attira, s'était réfugié chez le prince d'Orange , dont il obtint et mérita toute la confiance ; Hubert Languet rédigea par son ordre un écrit en réponse i|ux fulminations de Philippe* Cet écrit imprimé \ Delft^ en i58i , in-4''> 9 est intitulé : Apologie ou défense de Guillaume prince ^Orange , contre le ban et édit du Roi d'Espagne^
Le controversiste et ardent Jurieu prétendit le réfuter dans l'ouvrage qu'il ini\i\x\di: Jpologie pour LL. MM. Britanniques ^ contre un libelle infdme , intitulé apologie etc. (La Haye 1689).
Les injures atroces et les intrigues dirigées contre le prince d'Orange l'affligèrent vivement ; il fut encore plus alFecté de la prise de Breda^ et de la situation de Tournay, livré à l'ennemi. Marie Lalain , princesse d^Ëpinoy , sœur de Monti* gny, commandait pendant le siège et fut blessée grièvement au bras. Il n'était pas aussi sans alarme relativement à Cam- ^l'^y 9 qu'assiégeait le duc de Parme ; mais heureusement celui-ci en leva le siège, en apprenant la marche du ducd'Ânîou à la tète de quatorze mille hommes. Les Etats brisèrent aussitôt le joug insupportable de Philippe > et ojBOcirent avu^ï
«tt pTince d'Orange une vengeance digne de lai 1 Ce prine* ayant conduit à Anvers le duc d'Anjou , oà il fut reçu avec magnificence y le revêtit du bonnet et du manteau ducal , étant reconnu prince souverain par les Etats*
Ce triomphe et la joie publique furent quelque temps troublés par l'assassinat commis sur le prince d'Orange , le i8 mars i583 , par l'Espagnol Jauregui , qui lui tira un coup de pistolet» dont la balle lui fracassa la mâchoire* La foreur et le désespoir du peuple furent extrêmes. Des jeAnes et des prières furent ordonnés , jusqu'au parfait rétablissement du prince y nommé le Père de la Patrie. Le doc d'Anjou Tajant prié de raccompagner k Gand et k Bruges etc. , peu s'en fallut qu'ils ne fussent les victimes d'une nouvelle trahi» son, dont Nicolas Salcèdoj espagnol, était le chef; il confessa avoir reçu quatre mille écus du duc de Parme, pour assassiner ou empoisonner le duc d'Anjou et le prince d'Orange ; François Baza , italien » l'un des complices , fit le même avea» Tout semblait conspirer contre le peuple. Le due d'Anjou lui*' même, dédaignant les conseils do prince , et au mépris de ses sermens , s'empara militairement le même jour des principales villes des PajsnBas.
Pour assurer leur empire, les Rois comptent trop peu sur l'affection des peuples , assez ezigeans , il est vrai. Presque tous les princes veulent régner sur- tout par la force , dont ils usent au gré de leur politique et de leurs passions. •.•• Fatales conséquences de l'amour de la domination et de l'usage du pouvoir !
Le duc d'Anjou , mécontent de la portion de puissance qu'il exerçait sur les Provinces-Unies , voulut l'accroître et la rendre incontestable k l'aide des armes; mais la résistance des habi* tans de Bruges et d'Anvers fÀt pout lui un obstacle invincible» Il rendit les places dont il s'était rendu maître , et alla cacher son désespoir dans êes domaines de Château-Thierry, oà il mourut.
Les flamands, conspirant k leur tour contre eux-mêmes , ac« casèrent bjustement le Prince d'Orange d'avoir servi les projets
en duc â*Anjoa. Gaîllanme se retira en Hollande et clkdîsît ki ville de Ddft pour sa résidence » espérant y trouver un asjle ^ l'abri des intrigues de ses ennemis; mais il ne pouvait échap* per a leur vengeance : le lo juin 1584» en sortant de table > il fut atteint d'un coup de pistolet , chargé de trois balles ; il mourut près de sa femme et de sa saeur. Ses dernières parodies même exprimèrent un vœu patriotique t Seigneur '^ dit-il ea recevant le coup £ital ^ ajrez pitié d^ mon ame et de ce pau*^ 9re peuple!
Baltbasar Gérard, de YiHafans , en Franche^omtëi son meurtrier^ s'était introduit auprès du prince sous le nom de Pierr« Gujon de Besançon. Par sa profonde hypocrisie , il avait sa capter entièrement la confiance de ce grand hommes dont U perspicacité ne fut jamais mise en défaut « lorsqu'il s'agissait des intérêts du peuple. Sa mort excita les plus vifs regrets* Combien de siècles et de malbeurs se sont succédés avant qu# cette perte ait été réparée ! • • . •
Toute la vie de Guillaume a fusUfié l'opinion de son siècle et de la postérité» sur ses qualités éndinentes comme capitaine « et sur-tout comme politique profond. Grotius^ ami du vertueux Bariieveldt , auteur presque contemporain > peint ainsi le ca* raclé re du prince d'Orange :
« ISxxl n'égala , dit-il » sa prudence ^ son activité » sa doncenr* » Son ame était grande « ses desseins impénétrables. Jamaif » on ne fut plus exempt des vices odieux de la cruauté et de ii l'avarice. Les sciences les moins analogues k ses travaux or* » dinaires» furent l'objet de ses recherches ^ et sa mémoif» » était immense. ( De Reb. Belg. ) v.
Toute la personne de Guillaume de Nassau prévenait en sa faveur. Il était maigre de corps » mais grand f t bien (ait ; son visage brun et marqué de rousseurs ; ses cheveux châtains ; ses jeux noirs et spirituels ; sa contenance était ferme ; il marchait avec grâce ; son air était aflable et ses manières aisées : silencieux babituellement « ses paroles étaient pour l'ordinaire mesurées et sentencieuses; son organe plein de douceur : mais aussitôt qu'il était ammé d'uia sentimeAl profond ,
éki qu'il dtseutaît, sa toîz devenait écUtanle ; son ëloqifence imposante ; toajours md par des intentions généreuses , il ne croyait pas que l'on put douter de sa grandeur d'à nie , e% que l'intérêt général ne la domina pas toujours. A l'instant qu'il obtenait de la persuasion^ ce qu'il était en droit d'attendre, il devenait insinuant : dans les débats il se hâtait d'arriver au but et d'y faire toucher les autres, écartant tout ce qui était oiseux ou pouvait 1« devenir. Il repoussait également ces formes irrespectueuses , dont la réplique se sert trop souvent. Par cette réplique indiscrète 9 on cherche ordinairement à se venger du rang , dont on est jaloux 9 et d'un adversaire que l'on veut liumilier , ne pouvant atteindre k sa supériorité. Chez lui , il vivait dans celte aimable femiliarité qui , sans écarter le respect , concilie aux grands l'afifection de tous ceux qui les approchent. Une douce joie tempérait sa gravité. Il aim$iit k recevoir , à Sa table sur-tout ; aussi était-elle somptueusement servie : il se plaisait a y inviter les Princes étrangers et les ambassadeurs ; assis au banquet 9 il semblait y boire l'oubli de tous les revers politiques : Ik , quelque fût la pensée qui pesa sur son âme , le sourire ne brillait pas moins sur sa physionomie. Il raillait et et trinquait volontiers avec tous ses convives. Il n'était pas moins accessible pour le peuple. Il marchait dans les rues la tête presque toujours découverte , et causait familièrement avec tout le monde. On rapporte qu'un jour , parcourant k pied une des villes de la Hollande, et ayant entendu du bruit dans la maison d'un bourgeois qui se querellait avec sa femme , le prince y pénétra y et parvint k ramener la paix dans le ménage. Les époux reconnaissans l'invitèrent k goûter de> leur bière , le prince accepta et trinqua avec ses hôtes, il disait souvent k ses amis que Taffection du peuple s'obtenait k bon marché ; qu'il n'en coûtait que la peine d'ôter son chapeau, et un peu de franchise
Le prince se maria quatre fois : Anne d'Egmond> fille de Maximilien , comte de Buren et de Laerdam , fut sa première femme. Elle mourut en iSSg. Il eut d'elle Philippe Guillaume, prince d'Orange, et Marie, femme de Philippe, comte deHohenlo*
secoBcUi^l^nftid 7 Anne , fille du célèbre Maurice} élecitur «le 8axe , lui donna :Maonce de Nafisaa, qui lui succéda, et ÉmiHa , iiiaïîfée:.;eii' 1697 ^ Émmanitôi P'. , prince de Portugal f tice-roî'«}efi[ lûdjeS.
S'a trôîsiëme Temmé , fut CHàrlotle de Bourbon , fille de Louî$ de'ïourboni deuxième du nom , duc de Montpensier, etc.; Charlotte de Bourboîij avant soh 'maHàge, avait été abhe^se de Joui^rre ^ mais'ia^aèt adbpté le^ opinions, nouvelles, elle sortit une nuit du monastère 'et se • ifetira . chez le comte Palatin > Frédéric II, en 157a; et le 10 Juin 1574 > elle épousa le Prince d'Orange. Elle mourut k Anvers en i582 , d«s suites de la frajeuT que lui causa l'assassinat du prince, son époux , blessé grièvement par l'Espagnol Jauregui. Il eut d'elle six filles : Julie , femme de Frédéric lY , électeur Palatin. Elisabeth , secondé femme de Henri delà Tbûr, duc de Bouillon , ma* réchal de France. Catherine , ferànic'*de Philibpe Loiiis^ comte de ïlénaulh Charlotte de Bfabàiîif, femme de Claude, sîrfe de la Treraouille'et duc de Thoilârs. Charlotte de Flandre, sbbesse de Ste.4>oix de Potiers; et Emilie, épeutse de Frédéric- Casimir', duc' die Lansberg.
La quatrième et dernière ferame du prince d'Orange , fat Louise de Cblîghy V fille de Gaspard de Chatillon , amiral de France; elle était veuve de Charles' de Telignj.' Elle donna le jour k Fréderic-Heuri , prince' de Nassau, qui s'est acquis une si grande célébrité comme' capitaine.
Il n'est poipt de maison qui ait soutenu avec plus de gloire, la renommée d'un nom plus illustre !
A Del/Ï , à l'ancien cpnvent d|5 Ste.-Agathe an Prinsenhqf, oà le Prince d'Qrange fut assassiné, on apperçoit encore les trous que les hallçs. firent dans la muraille. C'est aussi à Delft , dans l'église neuve, que les États-Généraux, en 1609, érigèrent à ce Grand Homme un fort beau Monument. Ce Tombeau est élevé sur des marches de pierre-de-touche ; la Statue de Guillaume y repose sous un dôme soutenu par vipgt-deux colonnes de marbra noir. Une . autre Statue du Prince est
placée sur la cinquième marclie : (cette Statue esl d'aimn.) It>9t armé de toutes pièces , et son casque est a ses pied» ; sa blés-» sure est indiquée par une fracture k Fépaule gauche. Une re« nommée en airain , plane sur le monument j au pied on voil le petit chien du Prince , qui se laissa m09lrir.de faim à la mort de son maître , et qui jadis, une nuit j k Malines^ TavertU de rapproche de l'ennemi prêt k le surprendre. ..,
Lé même caveau renferme le* cadres des Prince* d'Orao* ge, de leurs épouses et à» leurs enfans*
(3) Page u
« Redis comment Philippe
Philippe II , fil» de Charles-Qûint et dl?aJ>eUe de Portugal, né a ValladoUd, le ai mai 1627, mourut le i5 septembre 1698. — Plut au ciel , pour rhumanité^ que l'histoire n'eût autre chose k dire de Philippe II ! . * - . *
Titus comptait ses jours par ses b^enfaito j « Nihil euî^uam » toto dieprœstiti, diem perdidi ». Je n'ai fait de bien aujoura'hui k personne, c'est une joufnée;de per.d^e ! Ce mot su* blime de Titus, rapporté par Suétone, devrait vivre éternellement dans le cœur des rois ! — Philippe H, comme Tibère, n'a marqué son exbtence que par des crimes. Le jour lui semblait trop court , pour accomplir ceux qu'il rêvait et ne cessa de méditer, jusqu'k la mort! Charles-Quint en remettant k son fils un pouvoir immense , ne pensait pas qu'il dût en faire un si cruel usage. Il n'avait alors que vingt-huit ans, et déjk ce prince était dévoré de la soif de régner. Roi de Naples et de Sicile , par l'abdication de son père ( le a5 octobre i555), et roi d'Angleterre, par son mariage avecla reine Marie, il monta sur le trône d'Espagne le 17 janvier i556. — « Il y a aujourd'hui un an , lui dit alors le cardinal . Granvelle , que l'empereur s'est démis de tous ses états. » ^ « Il y a aussi aujourd'hui un an qu'il s'en repe&t, lui ré- » pUqua l'ambitieux Philippe. »
Gharles-QQint , trop lottépar Paul Jove , et trop peu ménagé par Sieîdeû , ses deux historiens ^ que lai-Tn^me appellait ses menteurs^ politique adroit> dissimalant toujours^ sachant pi ti« \bi régner que gouverner; juste appréciateur de tdnt ce qui l'entourait; ( les gens de qualité» disait-il, me dépouillent, les gens de lettres m'instruisent et les marchands m'enrichissent ; ) doué d'un génie flexible , et d'une ame imperturbable > possédant l'art de céder « propos aux circonstances , afin de régner pins sûrement, et de se plier aux divers génies des peuples , pour mieux les asservir; grave en Espagne, prévenant chez les Flamands , fier en Allemagne , simple avec le peuple , familier avec les militaires, poli avec les grands, homme d'esprit avec les gens de lettres, galant avec les femmes, compatissant avec les malheureux , toujours maître de lui ; Charles-Quint qui fnt quelquefois grand et jamais magnanime, sut prendre tous les tons, se prêter k toutes les formes , sans rien perdre de sa dignité, ni du pouvoir dont il était si jaloux > sans le faire trop paraître. Philippe II n'eût aucune des qualités de son père ; il n'hérita que de sa puissance et de ses vices. Le jour même qu'il monta sur le trône , il oublia ces paroles mémorables que Charles-Quint lui adressa : «c Si vous fussiez entré par ma mort » en possession de tant de provinces , j'aurais sans doute mérité » quelque chose pour tous avoir laissé un si vaste héritage ; » mais puisque je vous en fais jouir de mon vivant, je demande » que vous donniez au soin des affaires et k l'amour de vos T» peuples f ce que vous devez k un père qui vous chérit ».
Philippe ne sut jamais déposer la couronne et se soulager lui-même du fardeau de la puissance en se rapprochant des hommes ; c'est toujours en ennemi qu'il régna sur eux. L'homme privé, atteint de la misantropie, qui devrait peut ^ être aller dans les bois disputer sa pâture aux bêtes sauvages > est certainement un être k plaindre. Mais un roi , ennemi de l'hu-» manité , le tjran des peuples dont il devrait être le père , est un monstre k jamais odieux I Les souverains ne devraient avoir d'autre sceptre que le livre des lois , qui garantit aux penplet leurs droits politiques et personnels.
Assis à peine sur le trône^ Philippe, si justement surnommé le 'Démon du Midi , rompt la trêve que Charles-Quint avait consentie avec les Français ; au mépris des lois de la guerre , il garde les prisonniers , qu'il traite avec barbarie ; il se ligue avec les Anglais , et vient fondre sur la Picardie , avec une armée de quarante mille hommes , le lo xoût iSSy , après la bataille de Saint- Quentin y ouïes Français furent taillés en pièces. ?hiUppe, pour exciter au carnage les soldats qui (lors du siège) franchissaient la brèche , parut couvert d'une armure. C'est la première fois qu'on le vit chargé de cet attirail militaire ^ ce fut aussi la dernière fois. Epouvanté du bruit des balles qui sifflaient à ses côtés y il demanda a son confesseur ce qu'il pensait de cette musique : « Je la trouve très-désagréable! répondit l'homme d'église ^ » 31 et moi aussi , répliqua le prince ; mon père était un homme % bien étrange d'y prendre tant de plaisir. » Sa terreur fut si grande pendant le combat , qu'il fit deux vœux. On se doute bien que le premier était de ne se trouver désormais a au- €une bataille ; le second consistait dans l'établissement d'un monastère , qu'il fit élever à l'escurial , sous l'invocation de Su-Laurent y auquel il attribuait le bonheur de ses armes. La prise du Catelet, de Ham et de Noyon , furent les seuls avantages qui résultèrent d'une victoire qui menaça la France. En apprenant les succès de cette journée, Charles-Quint demanda si son fils était à Paris ? Le messager qui avait apporté la nouvelle, lui ayant répondu que non, il lui tourna le dos sans proférer un seul mot. Le duc de Guise , à la tête d'une nouvelle armée , effaça cet échec par la prise de Calais et de Thionville , tandis que l'armée de Philippe gagnait une bataille contre le maréchal de Thermes , auprès de Gravelines. Philippe dut ce succès au comte d'Ëgmont , chargé alors du commandement tle ses troupes , et à qui , quelques années après , dans les Pays-Bas , il fit trancher la tête. La victoire de Gravelines n'eut pas de plus brillans résultats que celle de Saint-Quentin; mais la paix conclue à Cateau-Cambresis , le i3 Avril iSSg, lui valut d'immenses avantages. Cette terrible guerre finit comme tant d'autres > par un mariage.
Philippe épousa Elisabeth de France, fille de Henri tï, quî, par une condition expresse du traité de Cateau-Cambresis^ avait ^té accordée à son £ls , le malheureux Dom Carlos , quo^ Phih'ppe, livra àTinquisition. Cette princesse, troisième femme de Philippe qui ne put dissimuler ses larmes lorsqu'elle apprit la fin tragique de Dom Carlos, mourut empoisonnée peu de temps après. Marie, fille de Jean III, roi de Portugal, avait ëté ^première femme. Il s'empâta des états de son père par la suite. Marie, fille de Henri VIII, héritière d'Angleterre-, succéda à Marie de Portugal; il l'abreuva de chagrins en dédaignant ses tendresses, et cependant elle partageait ses opinions politiques et religieuses.
Après la paix de Cateau-Cambresis , couvert des lauriers conquis par ses généraux, Philippe revint en Espagne, pour y jouir des ' honneurs du triomphe. Arrivé k Yalladolid , il demanda au grand inquisiteur le spectacle d'un Auto-da-fé^ Quarante malheureux , accusés d'hérésie , allèrent au lien du supplice. L'un d'eux fut jette tout vif dans le brasier. Dom Carlos de 2eza , l'une des déplorables victimes de ce jour, s'approcha du Roi et lui dit : « comment pouvez-vous permettre 2> que l'on brûle tant de malheureux, et supporter l'horrible
» spectacle d'une telle barbarie, sans gémir? » Mon horreur
3) pour vous et vos pareils , est si forte , qu'a défaut de » bourreau, j'en servirais moi-même. » Néron, obligé de signer » l'arrêt de mort d'un criminel, dit un jour : vellem nescire 7» Hueras ! ( Pourquoi sais-je écrire ? ) Jamais un tel mot ne sortît de la bouche de Philippe !
Dans une des vallées du Piémont, voisine de Milan, on se saisit de quelques paysans soupçonnés d'hérésie ; Philippe £t ordonner au Gouverneur de Milan , de les Tivrer tous au gibet. — Dans plusieurs .autres cantons ^ où les opinions nou- Telles avaient pénétrées , il fit passer au fil de l'épée tous les norvateurs -, il voulut qu'on en réservât soixante, sur lesquels , trente furent pendus et trente livrés aux flammes. — Ces crimes, si fatals k l'humanité > ne peuvent qu'être funestes au pouvoir même qui les commet; cette tyrannie ^ non moins absurdf
qu'exécrable, doit appçller tôt ou tard une vengeance terrible; que le temps ne cesse de nourrir*
Quels peuples, condamnés à gémir sous un sceptre de fer, ont eu plus de motifs d'abborrer leur oppresseur , que les peuples des Pays-Bas ?
Les dix*sept Provinces - Unies , gouvernées autrefois par au-* tant de princes indépendans , réunies successivement par des alliances, et ne formant plus qu'un état, devinrent le par< tage de la naaison de Bourgogne. Marie, dernière princesse e^ héritière de cette maison , laissa ces provinces à Philippe le Bel a roi d'Espagne, son fils, mort à Tâge de 28 ans. Charles- Quint^ son unique bcritier, régna paisiblement sur les Pays- Bas. L^ seule ville de Gand se révolta , mais la présence du pionarque sufiU pour conjurer Po.rage et soumettre à ses lois les peuples, qui étaient loiu de prévoir alors k quelle atroce puissance l'abdication de l'Empereur les livrerait un jour 1
Les peuples de ces provinces , jaloux de leurs droits , voulaient être gouvernés avec modération. G^est ainsi que Charles-Quint avait eu l'art de les soumettre; il faisait plier habilement ses principes k leurs mœurs, il ne résista jamais ouvertement k leurs vœux. Philippe II, qui ne voulait rien céder de sa puissance, pour qui toute représentation était une o£fense ; dédaignant les conseils , repoussan.t les supplications mêmes , dépouilla les Pays-Bas des privilèges , que leur courage , leurs souverains et le temps avaient consacrés ! Avant de quitter ces contrées « il voulut y laisser un gouverneur , capable d'y faire respecter sa puissance. Il demeura long-temps indécis sur le choix qu'il avait k faire; la voix publique y portait Lamoral , comte d'Egmont ; Philippe, dès cet instante Ven exçli^t pour jamais !•«...
Le comte d'Egmont était chéri de toute la nation , de toute l'armée; Philippe lui devait les victoires de St. -Quentin et de Gravelines. Le prince d'Orange avait des droits incontestar Lies k ce gouvernement , mais Guillaume avait été le favori du père de Philippe , son mérite éminent et ses grandes vertus Staie^t att([9.u( de crimes aux. yeux: du tyr$ia. Ou attendait
«veè iMpàlîétK^e k rës6lalion de Philippe > lorsque Mârgneritig d'Autriche, duchesse de Parme ^ fille naturelle de Gharle- Qotnt , vint prendre le gouvernement des Pajs*Bas. Dans le conseil, formé par Charles-Quint , fi-guraienl aux premiers rangs le prîi^ce d'Orângfe,le comte d'Egmont et le comte de Horn., amiral ; l'hilîppe les exclut de la confiance de la gouvernantlfe et luî ordonna expressément de ne consulter que les trois aif* très membres du conseil : Barlaimont , le dooteur YigHus et Spécialement le cardinal .de Granvelle , qui devint Tame du gthivérnement. Ce prélat était fils de Nicolas Pereonot ; sieur d& Granvelle, qui d'une condition très^obscare ^ s'était élevtS jusqu'il la charge dô secrétaire du cabinet de l*empereûr Charles- Quint. On rapporte que ce cardinal^ministre dictait en difléi'entes langues a cinq secrétaires a la fois. Son habileté Comme tourtisah n'est pas moitis remarquable. Admis k la confiance de Charles-Quint , Philippe II lui confia ses secrets. La recommandation même du père , ne lui fit aucun tort dans l'esprit du fils.
Ses ordres donnés , Philippe après avoir fait aux Etats. beaucoup de promesses , qu'il se promettait bien de ne pas tenir , s'embarqua à Flessingue an mois d'aodt iSSg > poat* retourner en Espagne.
Les adieux qu'il fit au prince d'Orange , annonçaient le sort qu'il préparait à la nation. Il reprocha particulièrement k Guillaume d'avoir contrarié ses desseins ; le prince lui assura vainement^, que toutes les représentations étaient l'expressiofi. tlu vœu national , que les Etats seuls avaient agi... Le Roi lui prit la main et la secouant avec colère , lui répliqua , ce ne sont pas les Etats , mais vous! vous! vous!
Le cardinal Granvelle ne répondit que trop bien aux des<* seins de Philippe ; le joug imposé aux Pays-Bas , devint chaque ]Qur plus insupportable. Les provinces étaient prêtes de se révolter. Le cardinal fut enfin rappelle , (le lo Février i564) Philippe manifesta eh même temps le désir de conférer aveô les trois seigneurs qui avaient signé la demande du rappeL ils surent éviter ce piège, que le roi tendait particulièrement
au comté d^Egmoùt, coïkime plus facile à .tromper; les avis dtf prince d'Orange les ea préservèrent.
Les nouvelles promesses du roi ne recevant pas leur exécution , les protestans étant toujours persécutés , les peuples se révoltèrent et menacèrjent l'autorité dont ils avaient à se plaindre. Le comte d'Ëgmont, cédant aux instances de la gouvernante , partit le i5 Février i565 ; il vint pour représenter au roi que le maintien de son pouvoir et le repos des provinces, dé« pendoit impérieusement d'une grande indulgence relativement aux opinions religieuses ; Philippe paraît se rendre a ses représentations. Il fait appeller les plus célèbres théologiens , et leur (lemande s'il peut , en sûreté de conscience , accorder à sesf sujets des Pays-Bas. la liberté des deux religions. Les docteurs lui répondent qu'il le peut pour éviter un plus grand mal. « Je ne vous ai pas mandé , dit Philippe , pour savoir j» si je puis accorder cette liberté ; dites- moi si je le dois 1 » Les docteurs aypnt répondu qu'ils ne croyaient pas qu'il j fut obligé, le roi, transporté d'un enthousiasme frénétique, se jette aux. pieds du crucifix qui était dans son cabinet , et a'écrie : fc ne permettez pas , mon Dieu , que je quitte jamais la ré* jt solution que vous m'avez inspirée vous méme> de ne plus 39 reconnaître pour mes sujets^ ceux qui n'auront pas voulu
a» vous reconnaître . pour maître » Philippe plus affermi
que jamais dans la résolution de maintenir , dans les Pays- Bas , la religion catholique par la force , y renvoya le comte d'Egmont, qu'il combla de faveurs, en le chargeant de porter l'expression de sa volonté irrévocable. Cette volonté fut con* firraée par une lettre , du y nctobre, dans laquelle le roi disait qu'il ne sç départirait jamais des ordres relatj/s au sùp" pHce . des héritiques » et aux établissemens de^ inquisiteurs de la foi; que l'exécution des décrets du concile de Trente, serait assurée , comme celle de ses propres édits. Exhortant la gouvernante à être inexorable sur tous ces points , ne pouvant rien foire qui fot plus agréable à J)ie{i et plus utile aux provinces»
On représenta vainement ^ Philippe II j que l'exécutioa de
ces ordres causerait des maux incalculables ; il persista. PuîS'^ que le roi se refuse a ce qu'il devait aux provinces et k luimême , dit .alors un grand personnage ( an rapport de YigUus ) nous verrous bientât une belle tragédie !
Les nobles se rassemblent , et forment une ligue y ( i566 )J Les confédérés jurent d'être unis à jamais > et de repousser rinqnisilion sous quelque forme qu'on voulut l'établir. Des députés , au nombre de quatre cents > se rendent auprès de la gouvernante , on leur répond d'une manière évasive ; on fait de nouvelle promesses 5 tout aussi vaines que les précédentes. Les esprits s'écbaufFent , l'intérêt commun rap^ procbe tous les cœurs , et la ligue la plus redoutable est formée sous le nom de confédération des gueux. Nom que le comte de Barlaimont avait donné aux députés. Nom dé« risoire que le patriotisme et le courage ont illustré pour ja* mais !
Fbilippe fait de grands préparatifs sons le prétexte de se Tendre en personne dans les Pays* Bas ; il en impose à toute l'Europe f il demande au roi de France^ Charle IX, le passage par ses états ; consulte le duc de Savoje sur le che» min qu'il doit tenir ; demande toutes les cartes relatives à ce voyage \ il interroge les meilleurs géographes ; tout est prêt pour son départ , et il envoyé dans les Pays-Bas le duc d'Albe » avec une armée formidable. -^(1567). Ferdinand Alvarez de Tolède , duc d'Albe » avait une grande réputation , comme capitaine. : et sa soumission aux ordres de son maître était éprouvée et absolue ; personne aussi ne pouvait guère mieux représenter Philippe que le duc d'Albe. Il était haineux par caractère j profondément dissimulé » soupço':neux et toujours dévoré de la soif de la vengeance ; mais il était brave i^ Lie duc d'Albe j se garda bien de communiquer à la gouvernante tous les ordres qu'il avait reçus du roi ; la seule chose qu'il ne dissimula pas ce fut Timmense pouvoir dont il était revêtu.
La duchesse écrivit à Philippe, qu'on se repentirait de la rîgaeur avec laquelle on coulait traiter les flamands » que
déjà la seule nouvelle de l'arrivé du duc d'Albe avait fait perdre au roi » plus de cent mille sujets , qui s^étaient retirés en Allemagne et en Angleterre , après avoir réalisé toute leur fortune, La duchesse obtint de retourner a Panne , auprès de son mari. R)Ue avait gouverné neuf ans les provinces des Pays-Bas. Quelques mois avant sou départ , le g septembre 1667 , à Bruxelles » le due d'Albe tint un grand conseil pour examiner le plan d'une citadelle qu'il 'voulait faire bAtir à Anvers. Le duc û'Aerschot , et les comtes d'fc^gmontj de Horn , de IVlansleld , d'Aremberg et de Barlaimont furent invités a s'y trouver. 31s s'etçpressèrent de venir a ce conseil , et tons furent également comblés de caresses par le duc. Pendant qu'on discutait, une troupe considérable entoura Tbôtel de Culembourg , oit l'on était rassemblé. Le duc d'Aibe prenant en particulier le eomte d'Egmont, le conduisit, en causant, d'appartemens ed appartemens , jusqu'à la chambre oii des soldats appostés ^ se saisirent du cdmte d'Egmont y au nom du roi : le dac lui demanda son épée : il la lui donna , en lui rappellant ^tt'i^ n'en n'avait Jamais fait usage- que pour lot gloire de H>n maitre /...»
Dom Ferdinand de Tolède , fils naturel du duc d'AIbe , arrêta le comte de Horn à - peu • près de la m^me manière. Le duc fit arrêter le même jour, Antoine Lirale, bourgaemaître d'Anvers , qui passait pour être dans la confidence du prince d'0ra(ng6 ^ et Jean Ca^embrot^ secrétaire du comte ' d'Egmont. Après avoir été livrés au tribunal , que le- duc nom* fnait , la commission des troubles , et que le peuple appellait te conseil de sang ^ ils furent' tous condamnés k mort.
Cette commission des troubles , composée de douze juges , était présidée , eu l'absence du duc d'AIbe , par Jean de Yargas , jurisconsulte , ame damnée du duc j et dvnt il se servait , disait-il, comme d'un rasoir ^ pour couper au vif fulcer0 des Pays-Bas, Ce Yargas dormait souvent dans le conseil ; lorsqu'on le réveillait pour recueillir les voix , il décriait, en se frottant les jeux a demi fermés , ad patibulum î à la potence \
Cette exclamation rappelle uii mot non moins atroce, de l'ap de nos anciens parlementaires,^. Impatienté de la Iongaeur dé raudience : à la mort , à la mort , messieurs; et allons dtner !
L*étrange et abominable jarîsconsulte Vargas vouant au gibet tous les flamands , disait dans un latin barbare : « Les béritiques ont pillé les églises , les catholiques ne » s'y sbnt pas opposés ; donc ils méritent tous la corde ! »
( Les comtes d'Egmout et de Horn furent exécutés , la veillo de la Pentecôte, le 5 juin, i568}.
Le comte de Horn , en entrant au lied du supplice, demanda ce qu'était devenu le comte d*Ëgmont ; on lui . mon-* ira le corps sanglant de son ami : il se recommanda aux prières des assistant et monta à Féchaffaut. L'ambassadeur de France écrivit à cette époque a sa cour , en parlant du comte d'Egmont , j'ai vu tomber d'un seul coup cette tête , qui deux fois a fait trembler la France î Les têtes illustres de ces victimes de la tyrantiie et du fanatisme , furent placées sui ùes piques , et exposées pendant quelques heures aux regards dit peuple* Il furent ensevelis dans des cercueils de plomb ; lors^ qu'on les transporta a la sépulture de leurs ancêtres , le peuple, malgré les soldats, se précipitait en foule sur leurs cer* cueils et les couvraient de baisers et de larmes.
Les biefis de ceux qui avaient été obligés de fuir pour échapper k Téchaffatlt, furent saisis ; on arrêta dans toutes 'les provinces , des personnes de toutes les conditions ; les supplices suiviredt de prSs les emprisonnemens. Le secrétaire du comte d'Egmont fut tiré k 4 chevaux ; plusieurs condamnée furent brâlés vifs. Les plades publtqnes offrirent chaque jout au peuple , un nouveau spectacle d'horreur. On publia là mort du baron de Montignj , frère du comte de Horn , que Philippe rétenait depuis loug- temps prisonnier, et auquel il fit trancher la tête. Des citadelles furent élevées sur dif^ férens points des Pajs-Bas.
A Bruxelles , l'hôtel de Culerobourg qui avait servi de ré-
traite aux eontédéréi , où ils avaient bu k la liberté , et k la vanté des gueux y fut rasé entièrement.
Fier de ses succès , enorgueilli du titre de vain<fueur de It hérésie y que lui décerna l'impitoyable Pie Y, voulant éterniser ses travaux et sa gloire , le duc d'Âlbe se fit ériger une statue sur la place d'armes de la citadelle d'Anvers , en iSôg. Les canons pris au comte Louis de Nassau , à la bataille de Jemmingeuy servirent ^ l'érection de cette statue. Elle était dit-on , d'une ressemblance parfaite. Elle représentait le duc dans une attitude menaçante , tenant d'une main le bâton du commandement , l'autre main était étendue vers
]a ville Il foulait aux pieds les emblèmes de la liberté,
politique et religieuse ; ceux de la justice , sans doute , s'y trouvaient aussi brisés. Son maître , qui ne se figurait pas que tout autre que loi put mériter le faste d'un tel trophée, ne dissimula pas son ressentiment jaloux ; et le commandant Hequesens qui succéda au duc d'Albe , fut chargé de faire disparaître jusqu'à la trace de cet injurieux monument. L'inscription même , dont il était chargée , ue désarma point le ressentiment de Philippe II. On y remarquait les lettres initiales d'une inscription latine , dont voici la traduction. « A Ferdinand jiharès de Tolède , duc d'Albe , lieutenant en Flandre de Philippe II , roi d'Espagne , pour asfoir appaisé les troubles , chassé les rebelles , ( c'est-k-dire , assassiné les patriotes ) , fait refleurir la justice , tissure la paix dans les provinces , très-Jidèle ministre du meilleur de tous les rois ».
Le duc d'Albe ne cessant de fatiguer les provinces par des exactions et une impitoyable férocité » mit le comble aux mécontentemens du peuple ; l'indignation et les murmures de- Tinrent universels : les catholiques et les protestans se réunirent pour invoquer un Libérateur; des vaudevilles satyriques contre le duc volèrent de bouche en bouche ; on le signalait comme un impie, fils de Mammon , foulant aux pieds la justice et les mœurs ; comme un loup dévorant , tourmenté de la soif
de l'or, et toujours altéré du sang des peuples L'on
signala xle même à la vindicte publique les espions k la solde
da duc f que Ton nommait dans ce temps ie^ gens de $ep% sous ; c'était alors le taux de ce salaire avilHssant.
D'Albe fat force lai-méroe de solliciter son rappel , et il fut remplacé par Louis de Requesens ( dont Tincrédulité allait souvent jttsqa'k Tathéisme ). Le roi , avant de le charger de ses instructions , voulut le convaincre que tons les peuples des Pays- Bas étaient des rebelles , des hérétiques , et les gens en place des ignorans ou des traitres
"Le duc d'Albe partit de Bruxelles , le i8 novembre iSyZ , avec don Frédéric son fils ; ils furent bien acceuillis par Philippe k leur arrivée en Espagne ; mais le duc fut mis en prison-, quelque temps après , pour avoir engagé son fib à tromper une dame de la cour ^ afin d'en épouser une autre. A la mort de Sébastien , roi de Portugal , Philippe II rendit le Duc d'Albe à la liberté , pour lui donner le commmandement de l'armée destinée à la conquête du Portugal. (d'Albe vécut jusqu'au la décembre i58!2 , âgé de 'j/L ans.)
Grâce à leur courage , les flamands furent moins malheureux sous la domination de* Requesens : la victoire seconda plus souvent leur valeur.
Requesens , en proférant sans doute son dicton habituel ; morto mi y morto micavaly mourut désespéré de u*avoir pu réduire les Pays-Bas a une servile obéissance. Don Juan d'Autriche , son successeur , ne put obtenir d'avantage. A ce fils de Charles-Quint succéda un petit-fils, non moins illustre : Alexandre Farnèse, duc de Parme, le plus grand homme de son temps. Sa renommée n'en imposa pas aux peuples des Proyincçs - Unies , qui fondèrent leur république sous ses yeux
mêmes. Les états, assemblés à La Haye , abjurèrent l'autorité de Philippe; et leur édit , donné le a6 juillet iS8i, fut proclamé solemnellement. •
Le prince d'Orange , revêtu d'un grand pouvoir , chercha à rapprocher toutes les opinions , et tous les cœurs : la Patrie et lu Liberté fut le cri de ralliement.
La rage de Philippe éclata sans réserve. Nous avons déjà produits les principaux traits de la foudre qu'il lança contre
'GnnlUame ; noa^ altons consigner ici ^ quelques extraits de la réponse de ce grand • homme aux anathèmes de Philippe. Cette réponse porte le titre à* apologie , etc. ^ comme nous Tavons dëjk dit.
' Après avoir prbavé la nécessité de l'épondrè anx accusations dont on voulait l'accabler , et avoir détruit plusieurs chefs de cette accusation, il dit^ reiativéïiient à^son mariage avec la fille du duc de Montpensier y mariage dont Philippe lui faisait un crime : « qu'il n'appartient pas au meurtrier de sa propre femme » et de son fils, "à celui qui a fait épouser an prince d'Âsoali# « Dona Ëufrasia^ dont il avait abusé-, de blâmer nne union
i» légitime • Phihppe m'objecte, dit plus loin Itî prince
» d'Orange, que je suis étranger. Le roi d'Espagne est-il né
» dans le5> Pays«Bas ? Philippe pnétend en iappeller contre
1» moi aux nations étrangères et & la postérité. Que diront-ils?
* Sinon que le peuple m'a jugé digne de son affection , %t qu'ils » ne peuvent voir en lui qu'un objet de haine? Je confesse 9 que je serai toute ma vie populaire , et que je défendrai jas- » qu'à la mort la liberté et les privilèges de» ces provinces.
» Le roi promet vingt-cinq mille écus , ou des terres , k celai
* qui me remettra, mort ou vif^ en ses cruelles mains, et » qu'il annoblira* mon assassin , s'il n'est déjk noble. Si tels » gens sont tenus pour' nobles en Casiille , que de grâces j'ai
» a rendre a Dieu de ne paâ être Espagnol ! Il accuse ma
» présence danâ ce ]^ays de tous les maux qui pèsent sur
» nous Ah ! si mon exil pouvait amener la fin de sa ty-
» rannie et de nos malheurs, que mon exil me serait doux
» Que la mort même k ce prix me serait chère? Mais je
» n'ai point mérité un si cruel sort. Pourquoi ai-je engagé tous » mes biens ? Pourquoi âi-je"^ pefdu tous mes frères, que j*aimais » plus que la vie ? Pourquoi mon fils a-t-il été si long-temps » exposé a la barbarie de mes ennemis ? N'est-ce pas pour la » patrie et a cause de mon amour pour elle?.... Que puis-je » espérer de tant de travaux et de sacrifices , si ce n'est la » conquête de notre liberté ?.••• Ces seatimens ne gerontja* » mais ceux de Philippe ! »
La mort de Guillaume était jurée depuis longtemps. Elle fli'accompUt enfin an gré de son atroce ennemi. Philippe en apprenant cet assassinat ne put contenir sa joie ; il s'écria : « si le coup eût été porté, il y a deux ans, la religion catholique N et moi , nous y aurions beaucoup gagné. »
Philippe annoblit tous les descendans de la famille de l'assassin. Cet annoblissement prouve que Philippe II a tenu la parole qu'il avait donnée : ce fut ta seule fois. ( Par la suite l'in« tendant de la Françhe-Comté , Varoles ^ remit à la taille les descendans de Balthqsar Gérard,)
L'assassinat du Prince d'Orange ne rendit point au tjran les Provinces-Unies. Leur République, puissante sur mer, servit l'Angleterre contre ce Prince. Elisabeth , sa belle-soeur , qu'il avait placée sur le trône pour en éloigner son frère, devint l'objet direct de sa haipe. Il fit équiper (en i588) une flotte formidable par le npmbre des vaisseaux , celui des hommes et son armement. Cette flolle , commandée par le Duc Médina-Sidonia et no^nmée Vlnvincible , sortit trop tard de la rade de Lisbqnne ; elle fut dispersée par la tempête , et douze vaisseaux furent jetéa sur les côtes d'Angleterre , oii ils tombèrent au pouvoir de l'ennemi ; cinquante vaisseaux périrent sur les côtes de France , d'Ecosse, d'Irlande, de Hollande et de Danemarck. Cette ex-* pédition coûta k l'Espagne 4o millions de ducats, 20,000 hommes et cent vaisseaux. — Un des courtisans de Philippe lui ayant appris ce déastre , il lui répliqua froidement : a j'avais » envoyé combattre les Anglais , et non pas les vents. Que la
9 volonté de Dieu soit accomplie ! » Il se rendit k la messe y
pour remercier Dieu, an nom de son peuple , et le même jour il écrivît au Pape : (en l'informant de cet événement) « St. Père , » tant que je resterai maître de la source , je regarderai conune » peu de chose la perte d'un ruisseau.»
En même-temps que Philippe armait contre l'Angleterre , il animait en France cette Ligue, nommée Sainte, qui sapait le trône et l'état. — Ces Ligueurs lui déférèrent la qualité de Pr<?-» tecteur de la sainte Ligue. Il accepta ce titre, à l'aide duquel il croyait pouvoir usurper celui de Roi de France ^ pour lui^
ou ponr Tan de ses enfans. Il disait dëj& : ma Bonne ville de
Paris ; ma bonne ville d'Orléans, Mais Henri IV , en allant à
la messe ^ lui fît perdre en un quart d'heure, le fruit d'un long
espoir. Il n'obtint pas d'avantage des semences de discorde
qu'il ne cessa de jetter en Angleterre et dans toute l'Europe.
L'état de. ses finances n'offrait pas un résultat plus heureux
pour lui \ après avoir disposé d'un revenu de plus de iS millions
de ducats, il avait été obligé de contracter pour cent quarante
millions de dettes , dont il payait sept millions d'intérêt.
Philippe vit arriver la mort, précédée de mille maux.... Son earactère ne se démentit pas un çeul instant. — «Eh quoi ! disait- > il aux médecins qui ne pouvaient se déterminer k le faire » saigner, vous n'osez tirer quelques gouttes de sang des veines y d'un roi , qui a fait répandre k flots celui des hérétiques?»
Après avoir reçu quatorze fois les sacreraens , usé par les infirmités et la douleur , et dévoré par les poux , il cessa enfin d'exister le i3 septembre iSgS. Il expira sous le diadème^ devant le maître-autel de l'église de l'Escurial, oh il s'était fait transporter. C'est dans ce lieu , situé entre quatre montagnes , qui amoncèlent sans cesse autour d'elles des brouillards et des nuages , que le soleil ne saurait pénétrer; c'est dans ce palais , dont la construction seul coûta 60 millions de piastres , que Philippe , vers la fin de sa carrière , s'ensevelit y^^'^^^' » ^^ tombe fut placée, au lieu même ou il expira. Ce monument
est environné d'une enceinte que personne ne franchit
Là , gissent les restes de celui qui aspira a la monarchie universelle , et que ses crimes seuls ont rendu à jamais universellement exécrable !
Philippe II se maria quatre fois; ses épouses furent, i*. Marie « fille de Jean lU , roi de Portugal ; a*. Marie , fille de Henri VIII , héritière d'Angleterre ; 3*. Elisabeth de France , fille de Henri II ; 4*'* Anne , fille de l'empereur Maximilien II > Dom Carlos était fils de sa première épouse , et Philippin 10 * de la dernière.
Comment au sein de Borne un prêtre fanatique*
. II. est ici quiîstiop .de Charles -Quint, On sait quelle terrible influence la cour de Rome exerça pendant plusieurs siècles , sur la politique et le sort de l'Europe; Rome, sous les papes ^
Toulait encore dominer toute la terre Cette influence est
connue \ mais qui pourrait norabrer les crimes qui ont été commis pour accroître son pouvoir et sous le prétexte de détruire l'bérésie?.*.. Nous ne voulons point discuter le bien et le mal produit par la papauté ,noui5 nous bornerons à mettre sous lesyeux du lecteur quelques détails sur la vie des papes qui ont le plus influé sur les troubles des Pajs-Bas y pendant le règne de Philippe lU Ces notions sont extraites de Moréri et de l'ouvrage de la yicomterie , sur les papes.
Marcel II, élu pape le 9 Avril i55&, mourut empoisonné quinze jours (ou selon d'autres, vingt-un jours) après son élection. Il n'était question alors dans toute l'Europe que des luthériens .; l'Allemagne pressée par les Ottomans , ne leur opposait qu'une faible résistance et cédait a la nécessité» L'empereur el son frère demandaient que le pape engageât les rois de l'Europe à se liguer contre le Croissant , dont les phalanges meurtrières et barbares abondaient de toutes parts ; mais Marcel répondit qu'il valait beaucoup mieux s'exposer aux armes du Turc, que de négliger d'exterminer les luthériens qui étaient cent fois pires. S'il eût vécu , avec de si saintes dispositions , il eût certainement fait parler de lui. {De la Ficomterie.)
Il était fils de Richard Servin , receveur - général pour le St.-Siège. D'abord secrétaire de Paul III, il suivit le neveu de* ce pape , le cardinal de Farnèse , dans sa légation , dont le but était de terminer le différent élevé entre François P'. et Charles- Quint , relativement aux Pays-Bas. Le cardinal de Farnèse trouvant cette mission au-dessus de sa portée , en laissa le soin k Marcel , qui , en récompense , reçut le chapeau de cardinal à son retour à Rome en i549* ^^^^ ^^^ ^® nomma l'un des pré« sideafi «u Go&cile dç Trente. ( Moréri, ) Paul IV lui succédar
Paul rV, élu pape le tzS Mai i555 , mourut le JÈ AoAt iSSç; âgé de 83 aos. II était évêque de Cwità de Chieti , ou TheaUi ayant fondé depuis une congrégation de clercs réguliers, oa leur donna le nom de Thediins, On en yoit aujourd'hui une église k Paris , sur le quai Foliaire , autrefois quai des Théd" tins. Il était de la famille des Caraffa , et naquit en 1476. Le peuple Romain, auquel* il accorda de grands privilèges, lui érigea une statue en marbre. Sa sévérité le fit redouter , et ses neveux en ressentirent les premiers effets > car il les exila de Borne b cause de la vie scandaleuse qu'ils y menaient. C'est lui qui donna au pape Paul III, le conseil d'établir l'inquisition; il la confirma lors de son avènement à la chaire de St.-Pierre, ,et lui aecorJa de grands pouvoirs. Il travailla avec la reine Marie (femme de Philippe II) ii* rétablir la religion catholique en Angleterre. Son esprit turbulent, fier et altier , lui suscita beaucoup d'ennemis ; il faillit périr par suite d'une conspiration à la tête de laquelle se trouvaient des Espagnols. A sa mort, le peuple brisa la statue qu'il lui avait élevée ^ insulta à ses cendres , brûla la prison de l'inquisition , en dispersa les juges, et commit toutes sortes d'excès. Les restes de ce pape furent recueillis dans un petit tombeau en brique. ( Moréri, )
L'ancienne politique des papes se renouvela sous Paul IV > da la maison de Caraffa, Cette politique était d'empêcher l'empereur d'être poissant en Italie. Paul IV ne songe point au Concile de Trente , mais à faire la guerre dans le royaume de Naples et dans le Milanais avec le .secours de la France, pour donner des principautés à ses neveux. Il s'engage k joindre dix mille hommes aux nouvelles troupes que Henri II doit hii envoyer.
Charles-Quint, dans une vieillesse prématurée, dégoûté de tout, après avoir épuisé toutes les jouissances, se prépare à abdiquer toutes ses couronnes et l'empire ; mais il se vit obligé d'obtenir le consentement du saint-siège. Paul IV 9 quoique satisfait au fond , cependant le lui refuse pour le seul plaisir de donner un refus au monarque humilié. Charles-Quint n'en abdique pas- moins de fait, Paul IV défend aux électeurs ecclésiastiques de recevoir la démission de Charles-Quint , et de
reconnaître
l^conhahre iF^erdînandl , son frère » corAme eroperenr. Son intérêt était de mettre la division dans Tempire. Le 28 février i557, les électeurs confirment l'abdication de Charles -Quint et la promotion de Ferdinand son frère a j'empire. On envoje une ambassade au pape , qui • ne veut ni la recevoir ^ ni retounaitre Ferdinand. Les ambassadeuts se retirent de Rome, et Ferdt> nand n'en est pas moins reconnu en Allemagne. Idée inconcevable , qu un prêtre pense qu'on ne peut être empereur sans sa permission | et. sottise plus inconcevable encore , que des hommes aient pu consentir k cette ridicule abjection.
La France fut couverte des ossemens, des débris^ des lambeaux sanglans des luthériens, sous- les règnes k jamais exécrables de Henri II et de François II ; et tant d'horreurs se commettaient au nom et par les conseils de ce pape !
Enfin il meurt ce tyran infernal. Le peuple de Romeindîgn^, rompt les portes des cachots de l'inquisition , incendie l'édifice xth Yon avait renfermé et sacrifié tant de malheureux à la fureur sacerdotale; brise la statue de Paul IV, eu prend la tête et la tnain , et après les avoir traînées pendant trois jours dans les rues de Rome , les jette dans le Tibre. Ce n'était que le simulacre de ce qu'on allait faire au cadavre du prêtre, sans une garde nombreuse qui s'jr opposa» {De La p^icomterie^) Pie lit, lui succéda*
Pie IV élu pape le a6 Décembre i559, mort le 9 Décembre i565 , il rage de 67 ans i il s'appelait Jean-Ànge de Médicis. Il naquit le jour de Pâques i499* L'élévation du marquis de Marignan , son frère , ne contribua pas peu a la sienne. Protonotaire sous Clément VII » il s'insinua dans les bonnes grâces du cardinal Farnèse qui fut élevé au pontificat sous le nom de Paul in. Celui-ci l'employa dans plusieurs légations, et lui donna le chapeau de cardinal , le 8 Avril i549« ^^^ colombe entrée dans la salle du conclave, s'arrêta dans^la chancre de Medicis, ce qui fut, dit-on, d'un bon augure. Le fait est ^ qu'il obtint le sufirage des cardinaux, qui le nommèrent pap9 le jour de Noël. Il pardonna aux Romains les excès auxquels iU s^étaient portés k la mort de Paul IV; dont il recueillit les restes.
qu'il fit enfermer dans un tombeau de marbre* Il rétablit l'inqaisilioq' dans tous ses droits , et eu fit réparer les bâtimens , qui avaient été fort endommagés. Dans l'intention sans doute de se faire respecter , et de donner un exemple k ceux qui tenteraient de nouveaux soulévemens contre l'autorité papale , il s'assura des neveux de Paul IV ; . l'un , le cardinal Garaffa ^ fut étranglé, par la main du bourreau, dans le château St.-Ange où. il était détenu; l'autre , le prince Palliano « eut la tête tranchée dans les prisons de la tour même. Il s'opposa avec un zèle ardent aux progrès de l'hérésie en Erance et en Allemagne ; à cet efiet il prolongea la tenue du Concile de Trente jusqu'en i565 , par les soins de Charles , son neveu. Il était d'une ha* iQenr sévère. {Moreri,)
Pie IV reconnut Ferdinaad , frère de Philippe , pour empereur.
Le Concile de Trente , si long-temps suspendu , est enfin rétabli par une bulle du pape. Il en indique la tenue, à tous les iprinces, et même la signifie a ceux d'Allemagne, mais ils n'ouvrirent point les lettres , parce qu'elles portaient à nos trèschers fils \ et que ce titre , dont on était jaloux dans les temps d'ignorance , fut alors méprisé comme il devait l'être.
L'année i563 est mémorable par la clôture du Concile, qui avait duré dix-huit ans. Quoique très-long , et le dernier sans doute , il ne servit ni k ramener k l'église romaine ceux qne ses excès , ses scandales , ses fureurs en avaient séparés , ni à les subjuguer. Ce Concile rendit des décrets sur la discipline ecclésiastique « qui ne furent admis chez presque aucune nation catholique; la raison en est simple, les hommes commençaient à s'éclairer. Le Concile de Constance, a la lueur du bûcher de Jean Hus et de Jérôme de Prague ^ avait produit trente années de guerre; celui de Bâle avait bouleversé, ensanglanté l'église; celui de Léon avait déposé un empereur et attiré ses vengeances ; celui de Ltitran dépouilla avec la dernière des barbaries le * comte Raymond de ses états de Toulouse; Hildebrand avait em* brâsé l'Europe au huitième Concile de Rome , en excommu-
niant l'empereur Henri IV > le quatrième Concile de Constan-
tioople contre Pïiôlîus , da temps 'de Gfaiafles le tfhaave , fut le • théâtre des divisions; le set^nd de Nicée, sous Irénée^ fut encore plus tumultueux et plus troublé par la quei^elle dés ima.' ges ; le premier , * de -Nicée , et c)3fux qui se tinrent au sujet d'Arius , furent tous sânglans ; le Concile de Trente fut presque seul tranquille ', mais les horreurs qui se commettaient en France, vendent ce fômp^sà jamais exécrable.
Pie ly , dont De La Yicomterie signale la cruauté , en rap-
es exécutions nocturnes de plusieurs cardinaux, notamment du cardinal CarafTa , et du prince Palliano , fit publier et afficher a Rome un monitoire contre Jeanne d'Albret, rèiiïede Navarre, pour répondre et comparaître au consistoircf du Pape; et faute par elle de s'j présenter dans le délai de six mois , son i*oyaume est donné au premier occupant. On croi« rait un pareil arrêt du neuf ou dixième siècle, fl !
Onuphre dit de lui , .qu'il parut d'abord humain , patient , généreux, débonnaire, mais que. dès l'instant qu'il fut élevé au pontificat, il avait changé d^e nature aussi-bien que de dignitéÀ( De ta Vicomtérie, ) Ke V lui succéda. ""
Pie V> nommé le 7 Janvier i566 , mort .le 1^'. Mai iS^a , 4gé de. 68 ans. Il ^s'appellait Michel Ghisleri , et nfiquit à Boschi , au. d^ehé <Ie Milan, le 17 Janvier, iâo4. D'abqrd dft?^, minicain au ^oqastère de Yoghera en i5 18, ensuite GenfeSf. seuf* , pi;ési<j||ent et supérieur de son ordre , il parvint , par la protection du cardinal CarafTa, devenu depuis Pape^ sou9 le nom de Paul IV > à Tévêché de Sulri, et reçut le chapeau de cat'dinal le "iS'Mars'iSSj. Il fut aussi ntrmmé grand Inquisiteur. Ses galèreâ , jointes à celle d'Espagne et de Ve-^ nisé , ' gagnèrent sur les Turcs la fameuse bataille' du 7 Octobre ïS^i.'Il Se montra toujours zélé défenseur de la foi', et poursuivit à outrance lès hérétiques. Clément X' le canonisa , par* bulle du ij Avril' 1672. (Moréri)» • «
Du temps qu'il exerçait la charge d'inquisiteur ii Côme , il y mit un tel zèle que sa réputation U devança à Rome«
Paxil IV 9 pour récoip penser* cet ardent soutien de la foi; l'avança, par tous les dégrès , jusqu'au cardinalat. Son inflexible rigueur , sa cruauté le firent parvenir à la charge de suprême inquisiteur. Il ordonnait aux médecins d'abandonner , dès la troisième visite» tout malade k son malbeureux. sort,, s'il ne s'était dûment confessé et reconcilié à Ifieu. Il assigna un quartier particulier aux courtisannes «.de; Bpme : cet aete de sévérité chrétienne est peut-être à sa place ; mais ce qui révolte , c'est l'ordre donné par lui de jettér leurs corps a la voierie après leur mort.
Il lança des anathêmes contre Elisabeth* reine d'Angleterre, parce que, révoltée des horreurs des chefs de l'église, elle avait embrassé le parti de la réforme. Il envoja d'âpres réprimandes, et fit de violentes menaces aux princes d'Allemagne qui favorisaient les luthériens.
(Dans le journal de Paris du 25 Mars i8i5, on parle d'une bénédiction d'épées , faite a Rome par le pape , la veille de Noël, et destinées k être envoyées par lui aux souveraiuff et généraux de la chrétienté qui combattent les. béré'> tiques.
' L'auteur de cet article cite k ce sufet le diaro rotnano ^ oii l'on trouve que dans le temps , le pâpé Pie Y ehvoja une ^pée bénite au duc d'Albe , k cet homme , ajoute l'auteur , dont la mémoire est justement abhorrée , qui ne se distingua que pat* d'épou\antables cruautés \ et fit perdre les Pays-Bas à leur souverain Philippe II.
Pie V adressa a Charles IX^rçi ùe France^, un secours considérable d'infanterie ef de cavalerie , sous la conduite du comte de St. «Flour , pour guerroyer , disait-il,, à .toufe outrance , les hérétiques. Par une bujle expédiée du palais de St.-Pierre de Rome , le 24 Noven^bre i568 , qu'il adresse aux cardinaux de Lorraine et de Bourbon , il permet k ce monar* que de vendre des biens ecclésiastiques autant qu'il en aura besoin pour soutenir cette guerre. Malgré le chancelier de l'Hôpital qui s'opposait k l'enregistrement du décret pontifical,
il en fat venda pour des, sommes considér^ibles > sans k moindre plainte de la part du clergé*
L'Aitemagoe , T Angleterre , et sur-tout la France (et les Pays-Bas) farent rois en cendres pour de misérables disputes de religion. Tous le» moines , les prêtres et les ^apes j ont joué des rôles exécrables» L'Europe doit s'en souvenir pour les bannir à jamais. {De La Vkomierie). Grégoire XUt lui succéda.
Grégoire XHI , élu le i3 Mai iSjTt , mort le lo A?rSt i585, âgé de 83 ans , né à Boulogne , avait nom Hugues Buon-compagno. Il était cardinal du titre de St.-Sizte , et âgé de 70 ans quand il obtint la .tiai*e. Ayant professé la jurisprudence civile et canonique , il s^ acquit une certaine réputation. L'usage qu'il fit de cette sorte de connaissance fut d'apporter de grands changemeus dans les monastères et dans les maisons religieuses , en confirmant ou réforiiiant les unes , et supprimant les autres pour en rétablir de nouvelles. Emporté par un zèle ardent k la conversion des peuples , il fonda nombre de collèges et de missions dans les pays travaillés par rhérésie ou l'idolâtrie , et obtint des succès en Orient , même au Japon. Ayant réuni près de lui plusieurs mathématiciens f géomètres et astronomes > il réforma l'ancien calendrier pour le refaire dans le ètyle actuel, où il fut adopté dans toute la chrétienté : d'oii lui est venu la dénomination de calendrier grégorien , qu'il conserve aujourd'hui. Oh lui érigea une statue de marbre. ( Moreri ),
Grégoire XIII déshonore le siège romain près de trois ans par un fanatisme et une ligue impitoyable contre les protestans , attisant de ses mains barbares les troubles et les guerres sanglantes qui ravageaient l'Europe. La tête de l'amiral Coligny , indignement massacré dans la nuit de la St. -Barthélémy , fut envoyée à ce pape inhumain , le q4 Août iS'ji 9 'par Catherine de Médiciâ et par son exécrable fils , Charles IX. Grégoire fit faire un tableau qui est encore au Yatica^ , od sont représentés les assassinats royaux , avec cette inscription : Le pape approuve la mort de Colign/, Il se courrouça contre .
les Vénitiens , parce que ces peuples , pr^ss'ës p^r les Turcs , firent la paix avec la Porte , sans attendre son consentement, il dépensa des sommes exorbitantes dans les guerres intestines <}ue se faisaient les catholiques et les proteslans. Il permit a Henri III , comme son prédécesseur avait fait k Charles IX y d'aliéner une portion des biens du clergé pour exterminer les hérétiques , et extirper entièrement l'hérésie ; enjoignant anjc cardinaux' Charles de Bourbon , Louis de Guise et Louis d'E^t y ile procéder à cette vente , nonobstant les réclamations des possesseurs. Sa sollicitude apostolique s'étendait jusqu'en Suède «t en INorwège ; il fit poursuivre les grossiers habitans de ces pays rudes et sauvages » où les opinions de Luther avaient pénétré. L'Europe entière était désolée par ses légats qui donnaient des lois ecclésiastiques > et même civiles , avec une sévérité sans exemple. Le INord et le Midi étaient troublés par ses exécrables agens de discorde > de fureurs sacerdotales.
Il c^usa des calamités épouvantables a Liège » dans les pays-Bas f dans toutes les villes de Flandre, en Portugal « fin France y en Allemagne , etc. , etc.
Il ne tint pas a ses intrigues secrètes et publiques que la domination romaine n'embrâsat les deux mondes ; il avait , au moyen des jésuites , préparé un soulèvement au Japon qui devait mettre k secte chrétienne sur le trône des em^pereurs. Il avait reçu des ambassadeurs , des princes Japonais qui étaient déjà «dans le complot* ( De La Ficomterie )^ .§ixte-Qi;int lui succéda.
Sixte Y, élu le- 24 Avril i585> mort le 37 Août iSgo» âgé de 69 ^ns. Il naquit le i5 Décembre i5!2i , de pauvres cultivateurs , ()ans un village de la Marche d'Ancône, appelle les Crottes ; il gardait les pourceaux. Le nom de son père était Perettl , celui de sa mè rç Marifinne»' Un cordelier le prit pour )ui servir de guide, et, lui ayant reconnu de Tintelligence , il en eut soin et ^instruisit. Peretti , devenu grand , fit profession dans Tordre de St.-François, sous le nom de frère Féli:^. }1 se distingua par son savoir, pa^sa par les grades 4e prédir
cateur , de vîcaîre-gënëral de son ordre , d'évoqué , et de cardinal da titre de St.-Jérôme , sous le nom de cardinal de Mon^ faite , emprunté de celui d'un château près duquel il avait pris ilaissance. A sa promotion au St.-Siège, il se fi^appeller Sixte- Quint , en mémoire de Sixte-Quatre, qui, comme lui , avait porté rhabit de St.-François. Moréri remarque, d'après ses auteurs , que le mercredi était heureux pour ce pape y étant venu an monde un mercredi; ayant pris Thabit de son ordre un mercredi ; ajant été nommé vicaire un mercredi ; cardinal un mercredi, et enfin pape un mercredi. (Il ne lui manquait plus que de mourir un mercredi. Ceux qui voudront satisfaire leur curiosité , pourront consulter l'almanach de iSgo j le ij Août, jour de son décès. ) Il avait un esprit de justice, une exactitude, une ponctualité, qui le portaient k punir sévèrement ceux qui lui manquaient, comme aussi à récompenser généreusement ceux qui lui donnaient des preuves de leur zèle. II faisait respecter son autorité et celle des gens de justice. li protégea la sûreté dans les campagnes et an^ena l'abondance daus les villes. II permettait les divertissemens du carnaval , mais il faisait d'avance planter ^es gibets pour j accrocher eeux qui troubleraient la tranquillité publique pendant ce temps consacré à la folie. Ami des lettres et des arts, on lui doit de grands établissemens. Il prenait plaisir à considérer les changemens de la fortune , en comparant son ancienne condition à celle dont il jouit depuis. C'est k ses soins que l'on doit d'avoir tiré de terre cet obélisque de 71 pieds de haut, qu'il Ot élever dans la place du Vatican , où il fit bâtir la bibliothèque qui passe pour un chef-d'œuvre. 'Malgré les dépenses énormes qu'il fit durant sa vie , on doit k sa bonne administration (et a ses exactions) d''avoir trouvé après sa mort une épargne de sept millions en or , qu'il destinait pour les près* sautes nécessités de l'église. On dit qu'il mourut empoisonné par une faction espagnole. {Moréri,)
Félix Perettiy cardinal de Montalte, est élu par adoration , il prend le nom de Sixte-Quint. Un pape était censé élu par adoration lorsqu'il était salué dans le conclave par les deux
tiers (les cardinaux. Alors îl éult assuré de son exaltation. Au premier salut cérémonial qui affirma son élection , Sixle-Quint^ sans attendre la fin du scriAin , jette la béquille sur laquelle il avait appuyé jusques-là son corps courbé^ se redresse et prend l'attitude d'un jeune homme. Toute sa vie ne fut qu'une suite de fourberies pour arriver au pontificat qu'il convoitait. Il fut dur, hypocrite, inexorable, avare , exacleur, cruel. 11 vendait les offices : ce que ses prédécesseurs n'avaient encore osé faire. Son début au pontificat fut d'excommunier ;, en pleia consistoire , Henri , roi de Navarre , et le prince de Condé , déclarant le premier indigne de jamais porter la cQuronn# de France , et permettant à chacun de courir sus. Cette bulle est du ^ Septembre i585. Il en usa de même k l'égard d'Elisabeth, reine d'Angleterre, en confirmant l'arrêt de sou prédécesseur, relevant les Anglais de leur serment à leur souveraine. Par cette même aentence , qui date de iSS^, il donne la Grande- Bretagne a Philippe II , a condition de posséder ce royaume comme feudataire du St. -Siège, et lui promet, ii cet effets un million d'écus d'or, moitié en commençant l'entreprise , et le reste , dès qu'il se serait emparé de quelque port d'importance. Suivant l'abominable accord passé entre le Démon du Midi, et ce pape infernal, la flotte appareilla le a9^ jour de Mai i588, et se préparait à l'exécution. Mais le ciel réprouva cette odieuse entreprise :* les vents , les Arabes , dispersèrent cette flotte construite sous des auspices impies ; Philippe et le pape n'en recueillirent d'autre fruits que la honte , l'opprobre et le malheur.
Après la mort de Henri tll , il envoya à Paris le cardinal Cayette , ifiuni de tous pouvoirs j pour soutenir la religion ca^ tholique et romaine , c'est-à-dire , pour souffler le feu du fanae |lsme et de la discorde. Les discours des émissaires engagèrent les malheureux Parisiens k souffrir les dernières horreurs de )a famine pendant le siège de Paris. Trente mille hommes moa-i' rurent de faim dans l'espace d'un mois, fanatisés par les hnr-^ TÎbles sermons des docteurs de Rome. {De La Ficomterie.) {^(Ji/ez les notes fie \^ Henri^kdei eê spécialement rintrodaciion»}
(5) Page «•
D'Jlençon trahissant notre augus.e querelle.
François, (qui porta d'abord le nom à* Hercule» sons Tin- ?ocaûon dbquel \\ fut baptisé) duc d'Aiençon» d'Anjou, et de Berri , (frère de François II » de Cbarles IX et de Henri III ) » né le i8 Mars 1554» mort, à Gbâteau-Thiéri , le lo Février i5849 était le cinquième fils du faible et brave Henri II, et de riulame et superstitieuse Catherine de Médicis , surnommée la Mère des gens de guerre , (Mater caslrorum) par ses courtisaits; François, qu'on désigne ordinairement sous le nom de duc d'Anjou , se mit à la télé des mécontens lorsque Henri III monta sur le trône \ Catherine Je Médicis, sa mère, le fit arrêter. Le roi le rendit a la liberté. Le titre de Lieutenant-' général du royaume lui ayant été refusé , il se mit à la tête des Beîtres et excita de nouveaux troubles. Le roi 'se rapprocha encore tle son frère et le calme fut rétabli. L'appanage de François, duc d'Alençon, fut augmenté des duchés d'Anjou , de Touraine , de Berri et d'Evreux , et pour prix de sa soumission , il fut décoré du titre de Lieutenant-général du royaume , qu'il avait demandé si impérativement. Chargé du commandement de l'armée , en 1697 ' '^ remporta une victoire conipletle sur les protestans , a Charilé-sur-Loire , et a Yssoire en Auvergne. L'année suivante , il fut appelle comme protecteur par les confédérés des Pays-Bas ; il s'y rendit malgré son frère et les conseils de ses amis. Il fut question de paix) il revint en France. Le roi le blâma fortement pour s'être déclaré le pro^ tecteur d'un peuple qui défendait l'hérésie. Il fut consigné au Louvre > d'où il s'évada.
Les circonstances et les négociations de sa sœur la reine de Navarre , qui s'était rendue à Spa , sous le prétexte d'y rétablir sa. santé , valurent au duc d'Anjou d'être rappelle par les Pays- Bas; et à la tête de dix mille hommes d'infanterie et quatre mille chevaux, il délivra Cambray assiégée par le duc de Parme 3 chassa les Espagnols de l'Ecluse et des pays circon voisins^ et entra eu vainqueur dans Cateau-Gambrésia.
Ayant fait an TOjage en Angleterre > les charmes d'Elisabeth et sa puissance, excitèrent l'amour et l'ambition du duc : il reçut d'elle an anneau , comme gage de sa foi ; mais la reine , rendue k la réflexion , craignit sans doute de se donner un maître^ en donnant un roi aux Anglais; elle n'épousa pas le duc. L'amour seul obtint un triomphe. Ce fut le 19 Septembre i58t 9 que les États le proclamèrent duc de Brabant.
Livré aux conseils de ses courtisans • sa conduite dans les Pays-Bas fut plus qu'inconsidérée. Il trahit la foi des traités. 3oo gentilhommes et 1,200 soldats massacrés par les citoyens d'Anvers , furent sacrifiés k la vengeance publique. Le duc f«t obligé de quitter ces provinces. De retour en France , il y mourut de phtisie.
Doué de quelques qualités^ mais léger et bizarre, ne sachant apprécier ni les hommes, ni les choses, sa puissance échappa k son ambition , parce qu'il trahit les devoirs qu'elle impose : appelle au pouvoir par le vœu du peuple , l'autorité lui offrait la gloire et le bonheur , et dévoré de chagrins , il succomba , sans laisser de regrets»
(6) Page a,
De Leyde sous nos yeux prétend s^ouvrir les portes.
Alexandre Famèse , duc de Parme, né en i546 , mort en iSga (arrière petit-fils du pape Paul 111 et fils d'Octave Farnèse et de Marguerite d'Autriche , fille naturelle de Charles- Quint ) , fut élevé k la cour de Philippe IL Sa jeunesse n'annonça pas le rang éminent qu'il obtint parmi les gt*ands capitaines du l6^ siècle. A l'âge de 18 ans^ par sa bravoure seulement, il se distingua k la bataille de Lépante, contre les Turcs ; dans la suite il seconda puissamment le duc d'Albe ; sa mère alors , comme on sait , était gouvernante des Pays-- Bas. Un de ses faits d'arme le 'plus cité , est la prise d'An* vers , dont il se rendit maître en faisant une digue sur l'Escaut. Mais son courage, ni ses conseils , ne rendirent la Hollande k l'Espagne. Il succéda en 1678 a Dom Juan d'Autriche dans le gouvernement des Pays - Bas. Lorsqu'Henri IV marchait k
la conquête de son rojaame , Philippe II envoya le doc de Parme à Paris , avec une armée considérable. Henri lY l'obligea de retourner en Flandre. Alexandre Farnèse revint a la . charge , lorsqu'Henri assiégeait Rouen ; mais il fut encore forcé à la retraite. Une blessure qu'il reçut pendant le siège , l'ayant forcé de s'arrêter, li Arras^ il mourut le 2 Décembre iSgi , âgé de 4^ ans. — D'après l'intention qu'il avait manifestée de son vivant , son corps fut transporté à Parme , ou il fut en* terré sons Vhabit de capucin , au couvent des Capucins , et dans le même tombeaa> oà Marie de Portugal^ son épouse , avait été inhumée en iS^^.
(7) P«ge 3.
Maurice et Chatllîonj tous deux pleins de valeur,
Maurice de Nassau , né en 1S66 , mort en i6q5. Fils de Gnillaume , priuce d'Orange et de sa seconde femme Anne de Saxe. Son frère aîné, Philippe Guillaume, comte de Buren» ayant été envoyé en otage en Espagne , où il mourut le vlo Février 161 3 > Maurice succéda à son père dans le commande*ment des troupes confédérées. Il n'avait alors que 18 ans .• il se montra digne de ce nom immortel y auquel il ajouta une nouvelle illustration par sa conduite militaire. Dès son enfance , pour attester qu'il marcherait sur les traces glorieuses de son. père , il avait pris pour emblème un tronc d'arbre , élevé a quel' que pieds au-dessus de la terre; de ses racines sortait un rejetton verdoyant et plein de feuilles, de la plus belle espérance* La devise était ;
Tandem Jit surculus arbor.
Le torrent de la prospérité d'Alexandre Farnèse , ne l'intimida pas. Il combattit sans relâche ce redoutable capitaine : et se rendit maître de Bréda (en iSgo), de Zutphea, de Deventer, de Hulst, de Nimègue (iSgi) poursuivit &ts con« quêtes en iSqq , s'empara de Gertruidenberg Tannée suivante.
Maurice» couvert de gloire, passa dans les Pays-Bas par la
route de la Zëlande. Une tempête lui fit perdre 4o vaisseaux ; il échappa avec beaucoup de peine au danger. U battit les troupes du duc D'Âlbret, en i4999 et chassa entièrement les Espagnols de la Hollande. Forcé y en 1600, de lever le siège de Donkerque , il se vengea sur Albret , qu'il défit encore une fois , en bataille rangée , près de Nieuport. Avant l'action îl avait reuvojré tous ses vaisseaux de transport, et il dit à ees troupes : « Mes amis, il faut passer sur le ventre de l'en- 9 nemi , oa boire toute l^eau de la mer! Prenez votre parti, 3» le mien est pris : je veux vaincre par votre valeur; car je » ne surviv.nis pas à la honte d'être battu par des gens qui » ne nous valent pas! » Le signal du combat fut donné s ce fut aussi celui de la victoire !
Maurice, dit-on, aspirait a la souveraineté de la Hollande, mais le pensionnaire Barneveldt s'opposa a ses desseins. — Barneveldt eut la tête tranchée en 16 19. -^ La trêve conclue entre les Espagnols étant expirée , Spînola vint mettre le siège devant Bréda, en 1624^ dont il ne put s'emparer qu'avec des efibrîs iuouis.
Maurice u'ajant pu le chasser de devant (Selle place', mourut de douleur, dans l'automne de sa vie, au printemps de l'année iSsS.
« La vie de ce stathouder , dit l'abbé Rajnal , fut une chaîne rarement interrompue « de combats , de sièges , de victoires ; médiocre dans tout le reste , il posséda la guerre en grand maître (c'était aussi l'opinion du chevalier Folard) et fit toujours la guerre en héros. Son camp devint l'école universelle de l'Europe. Ses élèves ont soutenu et peutêtre augmenté sa réputation. Comme MontécucuUi , il possédait l'art des marches ; comme Yauban , le talent de fortifier les places ; comme Eugène , l'adresse de faire subsister de nombreuses armées dans les pays les plus stériles et les plus ruinés ; comme Vendôme , le bonheur de tirer parti dans l'ocoasion du soldat , plus qu'on est en droit d'en attendre ; comme Gondé , ce coup-d'œil infaillible qui. décide du succès des batailles; comme Charles XII, le moyen de rendre les troupes presque insensibles k la faim ; au froid ; k la fa<;
tîgue ; comme Turenne , le secret de ménager la vie des hommes »•
Maurice de Nassau avait fait une ëtude approfondie des anciens. On lui doit l'exécution de plusieurs machines de guerre. Il en perfectionna aussi un grand nombre. Ce fut dans son armée qu'on se servit pour la première fois de lunettes. à longue vue. — Le premier, il introduisit dans les sièges lea moyens. d'attaques par des galeries : en un mot ^ nul général ne poussa un siège avec plus de vigueur, et ne défendit une place avec plus d'art et plus long-temps.
La manière dont il prit Bréda est k dtec : il surprit cette place par le moyen d'un bateau chargé de tourbes; ses soldats se cachèrent au fond de la barque , et pendant que les Italiens , chargés de la défense de la place , portaient avec joie les tourbes , dont ils comptaient alimenter leur feu , les soldats du prince d^Orange fondent sur eux et s'emparent de la ville. Les beaux esprits du temps ne manquèrent pas de comparer la prise de Bréda a celle de Troye.
Selon les historiens da temps , Maurice de Nassau était robuste et ipfatigable. Il était gros^ et en raison de cela il paraissait plus petit qu'il ne l'était réellement. Il avait le visage plein et sanguin. Tenant a la vieille mode , il portait une large fraise. Son habit , dont il ne varia jamais la couleur , était couleur de musc y ses pourpoints en satin , ornés d'un galon d'or étroit. Ses autres vêtemens étaient en laine ; son manteau et sa casaque étaient doublés de velour. La gafi^ de son chapeau était en diamans. — Il ne sortait jamais sans avoir un ceinturon , auquel pendait son épée ; cette épée était dorée.
Dans te portrait moral que les historiens font de sa personne , réloge ne l'emporte pas toujours sur le blâme. Ce grand homme de guerre connaissait Sa supériorité, et aimait qu'on lui rendît justice. Une dame de haut parage lui ayant demandé quel était le premier capitaine du siècle ? Ne voulant pas se nommer, il lui répondit, Spinola est le second! — Ses manières étaient généralement fort vives ', quand il causait il employait
Volontiers Tironie. Il avait comparé les natîops , qui doiriinaîent k cette époque , ^ quatre sortes d'insectes , et il faisait souvent usage de celte comparaison. Les Français, disait -il, ressemblent aux puces , qui sautent toujours et ne peuvent demeurer en place. Les Espagnols , à je ne sais quels in« sectes , qui ne quittent pas le lien où ils sont ; les Italiens aux punaises , dont les traces même sont infectes , par allusion 'aux vices et a la fourberie dont il les accuse ; et les Allemands aux poux , qui souffrent patiemment qu'on les écrase. C'était Tesprit du temps. Les princes de nos jours ont un langage plus poli#
(8) Page 5.
Chaiillon digne JUs de V illustre amiral,
Gaspard de Coligni , troisième du nom , colonel-général de riufanterie « né en i584> de François de Coligni, etc. Il était beau-frère de Guillaume de Nassau. Il combattit en Hollande à la tête des troupes françaises , contre les Espagnols. Il mourut à Châtilion , le 4 Janvier i646. — L'intrépidité fut sa qualité dominante.
(9) Page 3.
D'Amsterdam , il est vrai , les nombreux catholiques.
Amsterdam i capitale de la Hollande , tire son nom de TÉcluse de DamsteL Elle doit son origine à quelques pêcheurs qui vinrent ^'établir dans un château bâti dans . ce lieu avant i!2o4* Amsterdam est située à Tembouchure deVAmstel ^ au milieu de VY > bras de mer qui s'avance à six lieues dans les terres. — Cette ville , vaste , belle , et très-peuplée , est célèbre par sa marine et son commerce. .
Les peuples de la Hollande , si a plaindre sous Philippe , ••• heureux aujourd'hui ! que Philippe voulut rendre misérables , pour mieux les asservir , qui ne doivent leur glorieuse existance qu'a eux-mêmes.... , ont fait d'Amsterdam , une ville admirable ^ et qui a été suraommée Tentreput de l'univers*
(lo) Page 3.
Cest Leyde qu^ avant tout il nous faut secourir.
Leyde , la pins, grande ' ville de la Hollande après Amsterdam. Elle est située sur l'ancien canal du Arhin , et prèsqu'au milieu xles villes de ce pays. Elle est à trois lieues de La Haye ; et a huit d'Amsterdam. Elle est célèbre dans l'his* toire , par le courage de ses citoyens qui, en 1674, soutinrent un siège opiniâtre , et prouvèrent tout ce que peut le courage et Famour de l'indépendance.
(i 1) Page 3i
Lui-même retenu sous les remparts d^ Anvers*
Anvers , belle et riche ville du Brabant ; située à la droite de l'Escaut 9 entre .Bruxelles, Louvain , Malines et Gand. Elle communique au nord avec Bruxelles par un canal, et avec Gand par TEscaut. Sa citadelle est très -forte, elle a été bâtie comme nous l'avons déjà dit par Tordre du duc d'Albe ', sur le plan , et par les soins de Paciati , architecte d'Urbiû.
Cette ville est célèbre dans l'histoire des guerres des Pays-Bas. ^
(iq) Pape 3.
Davila , Vitelli , lui préparent sa route.
Don Louis Davila , etc. vivait vers la fin du règne de Charles *-Quint , né a Placentia , dans l'Estramadure , fut grand commandeur de l'ordre d'Alcantara et ambassadeur de Charles- Quint , auprès des Papes Paul IV et Pie IV. Il était chargé de presser les opérations du Concile de Trente. Il accompagna Charles en Allemagne , dans la bataille livrée en 1646, contre la ligue des protestans. — Ciapin Yitelli , Marquis de Crétone est cité comme un capitaine fort brave; de l'armée de Côme , grand-duc de Toscane , il passa au service de Philippe II ^ quV l'envoya en qualité de maréchal-de-camp
dans son armée des Pays-Bas , sous le cortimanctemeiiit dû duc d*Albe. Il était si gros et si gras, qu'on était obligé d'échancrer la table où il mangeait. Il mourut dans le Brabant. Les Flamands lui firent cette épitapbe ; oii son nom , son corps et son ame , sont sacrifiés k la baine qu'ils avaient pour Thomme : O deus otnnipotens , crassi miserere Fitelli , quem mors
prœveniens , non sinit esse bovene ! .» corpus in Italia eH;
tenet intestina Ast animam , nemo t çur ^ Brabantum : quia non habuit»
(i3) Page 4- •
yan-Doës y commande i il joint à la vaillance , eie»
James Donsa , ou Vander-Doës seigneur de Norwich , en Hollande., où il naquit le 5 Décembre i545 , s'illustra par son courage , et un mérite transcendant. Ses talens militaires et son amour pour sa patrie lai talurent l'estime du prince d^Orange , qui lui confia la défense de Leyde, en 15^4 > contre Pattaque des Espa'gnols. Yan-Doë's fit une si vigoureuse résistance qu'il les contraignit de se retirer avec perte. Le prince d'Orange y ayant fondé , l'année suivante , la fameuse université qu'il dota richement , il crut devoir récompenser la bravoure de ce seigneur en le nommant premier curateur de spn établissement naissant. Yan-Doës était digne d'oceuper un emploi où il eut occasion de déployer sa pro* fonde érudition. Il ne s'illustra pas moins dans les lettres que dans les armes. On a de lui de très-belles poésies , des notes sur Saluste^ sur Pétrone, Sur Plante , sur Catule; les annales de la Hollande j et plusieurs autres ouvrages qui le firent inrnommer le Farron Hollandais. Il mourut de la peste à La Haye, le i a Octobre i6o4,'k5g ans.
Il laissa quatre fils , tous savans , et dignes de sa réputation»
I**. Janiis , poëte ^ philosophe et mathématicien qui fut conservateur de la bibliothèque de Leyde , et mourut en iSgj » à i6 ans.
2^. Georges , savant dans les langues , qui voyagea à Constaminople , et publia une relation fort estimée , de soa voyage. ^^^
3*. François , qnî publia en t6oo les épitres de Jales-C^sar Scaliger , et ses commentaires sur l'histoire des animaux d'A* ristote.
4*. Théodore , seigneur de Berkeintlejn , qui publia en 16149' la chronique de Georges Logothete , avec des nptes , laquello fat réimprimée à Paris, en grec et en latin ^ l'an i65i.
(i4) Page 4.
Je n'attendais pas moins du sang de Médicis*
L'auteur parle ici de la fameuse Catherine , reine de France 'i fille unique et héritière de Médicis, duc d'Urbin, et de Madeleine ^ de La Tour- d'Auvergne ; elle naquit à Florence , le i3 Avril iSig* Elle fut mariée à Henri II, (alors dauphin) , fils de François I". y à la mort duquel il succéda. Catherine fut couronnée le 10 Juin i54g- Après 10 ans de stérilité, elle lui donna dix enfans , cinq garçons et cinq filles. Henri II mourut le 10 Juillet i559 ' ^ 4^ 3i^s t ^^^ suites d'une blessure qu'il reçut à U porle St.- Antoine , de Gabriel ^ comte de Mongommery^ dans un tournois. Catherine de Médicis resta avec quatre princes issus de son mariage : François , Charles^ Alexandre et Herculâm Elle fut nommée régente du royaume. Sa politique , sa super* stition et ses cruautés out rendu sa mémoire odieu&e*
(i5) Page 7.
Au sommet du Morat chercher la liberté*
Morat 9 en allemand Murten , sur le lac du même nom , est une petite ville du canton de Fribourg, au comté de Romond; ou plutôt de Rond-Mont y k trois lieues de Berne. Elle est célèbre par la bataille que les Suisses gagnèrent sur les Bourguignons, le aS Juin i^j6.^
(16) Page 7.
Benferment du grand Tell les débris révérés.
L'histoire de la révolution helvétique , et celle de Guillaume Tell y sont trop connues et trop accessoires au poëme de U Ba-
taviadc , pour en rietracer ici les détails ; nous nous bomeri3iis
à rappcller la Jale de la révolution , qui s'efTectûa en iZo'j.
(17) Page II.
Par iei deux Médicis de Florence exilée,
Pierre Ridolfi dé Médicis eut la tête tranchée a Florence, en 1497 » pour avoir vo\iln s'emparer du gouvernement. Alexandre de Médicis,. fils de Laurent^ duc d'Urbin , ajaut épousé Marguerite , fille naturelle de Fempereur Charles-Quint, fut établi ji- Florence , par son beau-père , en qualité de gouverneur perpétuel. A la faveur de èe puissant appui , il se rendit paître absolu du gouvernement. Son autorité déplut au peuple et encore plus à son ambitieuse famille : son cousin , Laurent, le fit assassiner dans son palais, la nuit du 6 Janvier iSSj. JMarguerite , restée veuve sans enfans , épousa en secondes noces Octave de Farnèse , duc de Parme. Côme 1". de Mé- .dicis, ajant pris le timon des affaires, fit d'abord aimer son gouvernement ; il protégea les lettres et fonda pour les savans ru<niversilé de Pise. Il voulut se faire couronner roi; mais Tempereur Maximilien et Philippe II s'y opposèrent. Pie V, ^ui le prQlégeait-, le créa grand duc de Toscane , malgré les oppositions des deux monarques.il mourut en 1674 j ^g^ ^^ 55 ans , après en avoir gouverné 58.
(18) Page ir. .
Par Doria dans Cène un moment appeîlée,
André Doria , d'une ancienne et noble famille génoise, servit
d'abord sous François I", qui le fit général des galères de
•France , vers i525. Par suite du mécontentement qu'il éprouva
trois ans après , quand on lui demanda les ^prisonniers que
son neveu Philippin Doria avait faits à la bataille navale^ devant
Naples, en i5a8 , il abandonna les Français et prit parti pour
l'empereur. Doria battit, peu de temps après, Antoine delà
«^Boche- Foucault , qui l'avait remplacé dans son généralat des
'galères de France, j il se rendit maître de la ville et du château
âe Naples > et chassa de Navone ces mêmes Français que naguëres il servait. Le grand crédit qae ses faits d'armes lui donnèrent, lui valut l'admiration et la confiauce de ses compatriotes. Nom'mé chef de la république , il changea teliemetot l'administration du gouvernement, que par un principe d'égalité mal entendu, ou peut-être aussi, par une politique qui avait son but« il fit abolir les lois qui excluaient la noblesse de la souveraine magistrature. Jusques-lk le pouvoir résidait tout entier dans la classe plébéienne. Du moment oii la noblesse fut favorisée, la classe du peuple se crut sacrifiée, et alors se renouvellèrent ces haines invétérées qui divisaient les deux classes» Un compétiteur de Doria , Jean-Louis de Fiesque , comte de Lavagne > jeune homme d'un grand courage , se rangea du parti des mécontens ; mais la précipitation qu'il mit dans son entreprise , la fit échouer , et la faction de Doria n'en acquit que plus d'autorité et de prépondérance.
' Doria , connaissant l'ambition de Philippe, sut toujours éluder adroitement les instances que lui fit ce monarque pour obtenir de lui la permission de bâtir une citadelle dans Gênes ; les démarches qu'il fit en personne auprès de Doria, en i548, n'eurent pas plus de succès.
On ne peut refuser a cet usurpateur ,' de grands *talens militaires, et beaucoup de bravoure : il en donna des preuves en plusieurs occasions, sur-tout contre Barberousse qu'il rcpoussa avec perte; ài la prise de Coron en Morée , àM'expédition de la Goulette^ à celle de Tunis , etc., etc.; cependant il se laissa surprendre en i552 , par Dra'got-Ràis , général des corsaires, ce qui l'obligea à prendre la fuite sur ses vaisseaux bon voiliers : le reste de la fioUe fut dispersé ; huit de ses vaisseaux tombèrent au pouvoir du v&inqueur, et deux autres furent coulés bas. Deux ans après, Doria chassa' les Français de l'île de Corse dont il s'empara. Ses ennemis ont rapporté qu'en i555, il fit coudre dans un' sac de cuir, et jeter à la mer $ Octobon de Fiesque , frère de Jean-Louis , son rival. ' »
Dans an moment ou son armée murmurait pour sa solde ,
^ ëtitît baroelë par un pUote qui se mettait toujours sur so« .passage et le pressait vivement de lai accorder un moment d'audience , — Trois mots seulement ? — Eh bien , parle ! mais MU'-delà de trois mots , je tejhis pendre. L'autre sans se décou'^ -certer, lui dit : argent ou congé. Doria le fit payer , et le |[arda à son service.
Il mourat paisiblement dans son palais a Gênes, en i56o^ 'dans la 93*. ann^e de son âge , sans laisser de postérité*
(19) Pag. 12.
'Constance ou Sigismond cruellement docile»
SigismOnd> roi de Bohême et de Hongrie, frère de Wenceslas^ ^ui fut dépossédé de Fempire et remplacé par Robert, duc de Bavière , auquel Sigismond succéda en i4fo. A cette époque> -oh Tignorance et l'intrigue luttaient de crimes , Pierre de Lune, sous le nom de Clément XIII, disputait le trône pontifical à Jean XXIII et à Grégoire XII. Benoît et Grégoire signèrent un arrangement par lequel ils convinrent réciproquement de donner leur démission dans le concile qui devait «'assembler pour prononcer sur le schisme qui divisait l'église depuis trente ans. Le concile de Pise s'assembla. Benoît XIII ne tint pas sa parole,. Le concile (par sa décision du 5 juin i4o9)> le déclare ' schîsmatique , ainsi que Grégoire. Jean Gerson ^ chancelier de l'nniversité , faisant alluMon au nom de famille de Benoît , dit qu'il n'y avait que V éclipse de cette Lune fatale, ^ui pût rendre la paix à l'église. — Le concile lance vainement des anathèmes contre Benoît, il s'en moque et reste sar le l^int-Siège*
Sigismond^ battu par Bajazet en 1596 , n'osant rentrer dans ses états , se cacha pendant trois ans ; il fut fait prisonnier par ses propres sujets, et replacé sur le trône par ses partisans* Lie concile de Constance s'assemble sous ses auspices , le 16 novembre i4i4* ^^^ titres des trois papes, qui se traitaient réciproquement d'anti-papes , sont discutés. Dans ce concile , le a «nars i^iS f Jean Uus abdique le premier ^ k condition que Be«
noît et Grégoire abdiqueront aussi. Grégoire seul suivît so» exemple; ce ne fut que deux ans après, que Benoît, chargé d'^excommunications, et abandonné à lui seul , alla cnséVelir soa dépit et ses foudres dans une petite ville du royaume de Yalence,. à Panisola, où il mourut en 1^2^, — Le concile, dans sa i5'. session , s'occupa de Jean Hus , qui en Bohême , avait cherchéà éloigner les fidèles de Féglise romaine. Il demanda à plaider lui-même sa cause et celle de sa doctrine. Sigismond lui donna^ un sauf-eonduit. Jean Hus se présenta au concile , q^ii le condamna à être brûlé vif 9 lui et ses livres !.•...• La sentence iot exécutée le jour même.
Sigismond mourut le 8 décembre li'j'S*^
(20} Page 12-.
Bitle qui ^Amédée orma les cheveux Blancs •
Amédée yill^ surnommé le Pacifique ^ n^avait qne huit aav k>r8que son père mourut en iSgi. Son esprit conciliateur le fit surnommer îe Salomen de son siècle. En i4i5 il fit ériger la- Savoie en Duché. Après avoir gouverné dix-huit ans > il prit la résolution de se livrer kla vie contemplative. Il eéda la puissance k ses enfans , et se retira au prieuré de la Paille , oà ii fonda l'ordre de St. Maurice. Il laissa croître sa barbe , s'habilla en hermite et se livra entièrement aux pratiques religieuses. Le concile de Bâle le nomma pape , et il fut couronné de* la tiare le a 4 Juin i44o > sous le nom de Félix V. Traité d'ant»*^ pape, il descendit de la chaire de St. Pierre. Nicolas V, papeen titre, lui envoya lie chapeau de cardinal, le nomma Doyen» du sacré collège, et puis légat en Allemagne, promettant desanctioixner totts les décret de son pontificat y qui avait du^é: neuf ans*
Amédée mourut le 7 janvier i4Sf > âgé dt 69 ans»
(îi) Page la. *
Mayence oit Guttemberg vit sous ses mains habiles, etc.
Au milieu du i5*. siècle , Jean Guttemberg , bourgeois dt Mayence , mais natif de Strasbourg , selon quelques auteurs , s'est immortalisé par l'invention de l'Imprimerie, conjointement avec Jean Fust , aussi bourgeois de Majence, et Pierre Schôeffer, gendre de ce dernier.
(22) Pag, la.
Aix oit àtun grand pouvoir , Charlemagne au cercueil y etc,
Aix-Ia*>GhapeUe 4 oh ce prince mourut, en 8i4^ a l'âge de 72 ans.
(a 3) Pag. 14.
La place qui d'Erasme a conservé Vimage.
Didier Erasme, natif de Rotterdam, le 28 Octobre i4^7> d'abord enfant de chœur de la cathédrale d'Utrecht , ensuite chanoine régulier au monastère de Stein , près de Tergou , oii il fit profession en i486, voyagea beaucoup en France, en Angleterre ,' en Italie , et composa un grand nombre d'ouvrages, dont plusieurs classiques; tous sont écrits avec pureté. Il mourut ^ Bâle , âgé de 68 ans , époque à laquelle la délicatesse de sa complexion ne faisait pas espérer qu'il parvînt. Ses compatriotes lui érigèrent une statue de bronze à Botterdam , sa ville natale , sur la grande place qui porte son nom.
(24^ ï^agc i5.
J^Egmond , fils d'un héros chéri de la victoire ,
Son père , général des armées d'Espagne , fut condamné par le tribunal des douze à avoir la tête tranchée.
va5)Pag. 17. *
// dit; Lumay s^ élance , impatient il crie*..,* , etc.
Guillaume de la Marck , de la 5*. branche y dite des Barons de. Lumay 4 ou Lumaia , du nom d'un fief de Tune de leurs ajeules. Il était intrépide , vif et emporté. Il fut un des premiers auxquels le Prince d'Orange , d'après les conseils de l'amiral Colignjr , fit délivrer des brevets , pour former ce qu^on appelait alors des Gueux de marine. Il eut le commandement de la flotte de ce Prince, et mourut sans enfans l'an iSjS. .
Il était fils de Jean de la Marck , baron de Lumain , et de Marguerite, fille de Jean de Wassenaer, Burgrave de Leyde.
(a6) Page 19.
Mais les Divinités présentes dans ces lieux ,
Jean. Qlden-Barneveldt , avocat-général de la Hollande , et ensuite l'un de ses ministres, contribua puissamment par son érudition et son éloquence à fonder la république. BarueVeldt aimait son pays de bonne foi, et tout ce qui ne tendait pas aa. bonheur et a la liberté de ses compatriotes , lui était odieux. 5es démêlés avec Maurice de Nassau , Prince d'Orange y l'obligèrent k donner sa démission en 1608 ; mais tous les- états àt ia Hollande le rappelèrent. Il avait précédemment parlé en faveur de la trêve qui se conclut pour douze ans, entre l'archiduc et les états, et il* empêcha que ces derniers ne prissent part dans les troubles de la Bohême. Maurice était du. parti de la guerre et Barneveldt pour la paix. — Arminius et Gom« mare , ministres protestans , formaient alors schisme dans lenr
secte Barneveldt se déclara pour le premier., Maupice pour
le second. Celui-ci fit tenir à Dordrecht , Fan 1619, un Synor de, qui condamna la doctnne d*Arminius, dont, les partisans se nommaient les Remontrans. Barneveldt fut arrêté comme Contre-remontrant , dénomination donnée aux sectateurs de Gommare. — Barneveldt fat accusé de conspiration , et d*avoir ^oulu livrer le pays aux Espagnols. ïl s'en défendit conslam^
ment, allégua les services par lui rendus k la cbose pdl)li<|ne^ et défia ses ennemis de produire une seule preuve du crime odieux dont ils l'accusaient. Il n'en fut pas «moins condamné à perdre la tête sur un échafifaud. Ainsi périt, a Tâge de 72 ans, un homme dont la vie fut consacrée au bonheur et a Titlustration de sa patrie; et ce peuple dont il avait défendu les droits et la liberté , vit tomber cette tête auguste , en triant : vive la république !
Civilis arrêta les légions romaines.
Claudius Civilis était Batave , et vivait vers Tan 70 de J. C. Il fut signalé comme ayant voulu troubler Fempire , du temps de Néron, dont les injustices le révoltaient. Il se mit à la tête des Caninefates auxquels il donna des principes de liberté; ensuite il les propagea chez les Gaulois , ce qui détermina bientôt Aquilius à marcher contre lui. Civilis le battit complètement sur les bords du Rhin. Les Allemands s^unirent à lui, et, a l'aide de ce renfort, il défit en deux autres circonstances Lupercus , Herennius Gallus , ainsi que Yocula > qui tenaient pour yitellius, alléguant > de son côté, qu'il armait en faveur de Yespasien : politique adroite , a l'aide de laquelle plusieurs légions romaines passèrent de son côté. Enfin l'insurrection s'étant manifestée en 70^ chez les Gaulois, qui voulaient secouer le joug , les Romains détrompés déployèrent contre Civilis de plus grandes forces. La principale afikire eut lieu devant Trêves, où il s'était concentré avec Tutor et Classicus. Après avoir été «basse de sa position avec perte , il reprit l'ofiensive et revint s'emparer du camp ; mais une seconde victoire remportée sur lui> l'obligea cette fois d'abandonner la partie : il se retira en Hollande.
(aS) Page 28, chant 2.
Le testament d'un père à la flamme livré •
Charles-Quint avait, de son vivant « et avant son abdication,' tracé %t^ dernières volontés à Philippe* L'intention de Tem*
perenr était que son fils naturel ( Dom Jean ) fat couronne roi ; mais l'ambitieax Philippe s'y opposa avec ane opiniâtreté scandaleuse ; il passa même pour l'avoir fait empoisonner*
(39) Page a 8, chant 3.
L'air , le maintien > le port et la voix de Marie»
Marie d'Angleterre , seconde femme de Philippe II.
(3o) Page 3o) chant 2.
Ze vieux Figueroa dont la vertu sublime,
François Figueroa, né k Alcala en Espagne, vers i54o, montra dès son enfance un goût décidé pour la poésie, qu'il cultiva par la suite avec un tel succès > qu'il fat surnommé le Divin, Il était homme de bien et aussi renommé par aes vertus •que par son grand savoir.
(5i) Pagre 3o.
Médina que Philippe honora du trident»
Pierre Médina , natif de Séville en Espagne , vivait dans les années i545 et x55o. Il était bon marin et homme de lettres : entre autres ouvrages qni sont venus jusqu'à nous , on cite son art de naviguer qui fut traduit en i554 en français par ^'icolas' de Nicolaï^ gentilhomme Dauphinois, seigneur d'Arfeûille et de Belair. Il commandait l'armée navale de Philippe dans les Pays-Bas.
(32) Page 3o.
D'Eboljr > toujours vil , et jamais imprudent»
Ruy Gomès de Sylva , prince d'Eboly , duc de Pastrane , parvint à gagner les bonnes grâces de Philippe II, et les con« serva jusqu'à sa mort, arrivée en 1678. Il était jde famille Portugaise et ayail épousé Anna de Mendoza , femme aussi an»*
bîtiense que beîte, qui profita de son ascendant sarïe monar- 'qae pour élever et maintenir son mari an faîte des grandeurs. D'ËboIj était un adroit courtisan et un politique consommé ; îl sut se concilier les faveurs du prince , Tamitié des courtisaiu et Tamour du peuple. Le secret de sa politique consistait dans son extrême obligeance ; on lui savait gré du bien qu'il savait £Biire a propos*
Fin des notes au Poème de la Batai^iade.