‹ Œuvres diverses et inéditesChapitre 13 sur 46 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

J*EXPosE daus mes vers les principes des arts. Toi j dont la France obtint les propices regards , Par qui la Grèce et Rome ont produit des miracles, Apollon , dieu du jour^ dieu qui rends les oracles, Qui^ de rayons couvert, et tenant Tare vengeur Sous qui du noir Python succomba la fureur, Guides le vol hardi de ce coursier rapide , Dont le pied fit jaillir la source Aganippide , Daigne inspirer ma voix ! Et vous, pudiques sœurs. Muses, de vos accords, prêtez moi les douceurs; Laissez moi d'Hélicon parcourir les ombrages , Où , ceintes de lauriers sous l'abri des bocages , Vous formez en dansant ces chants mélodieux Qui montent vers l'Olympe , et vont charmer les Dieux :

Je vous implore aussi ^ Grâces enchanteresses; Vous égayez le chœur des neuf chastes Déesses ; De vos jeux élégans vous ornez leurs concerts : Eh ! que seraient sans vous et le chant et les vers? Donnez moi ce talent dont l'heureuse souplesse S'élève avec vigueur, descend avec noblesse^ Sait badiner, instruire, émouvoir, raisonner. Et prendre tous les tons sans jamais détonner.

Les arts n'ont qu^un objet , d'imiter la nature : Poésie , Eloquence et Musique et Peinture Marchent au môme but par des sentiers divers : Mais, comme ils sont voisins^ un esprit de traver» De les confondre ensemble a souvent la manie, Et voit dans ses écarts les élans^ du génie.

En vain le mauvais goût s'empresse d'applaudir : Dénaturer les arts, n'est pas les aggraudir.

Ainsi qu'aux vers bien faits , il faut à l'éloquence Les sons harmonieux, le nombre, la cadence.

Les termes enrichis d'un sens plus étendu , Des termes rapprochés l'hymen inattendu , Ces tours , ces mouvemens , ces figures pressées ^ Qui font agir les mots et peignent les pensées. Bossuet, Fénélon, leur devancier Pascal^ Buffon leur successeur, et Rousseau leur égal. Des lecteurs délicats méritant les suffrages. De ces trésors du style ont paré leurs ouvrages^

Maïs vous ûV trouvjez pas tout ce pompeux jargon , Tous ces lambeaux de vers sans rime et sans raison. Tous ces omemens faux, nés quand le goût s'éclipse^ Sublime d'Âlcoran, beautés d'Apocalypse, Que vont semant par tout ces charlatans nouveaux, Dont Bélise et Tartuffe encensent les tréteaux.

Quelques gens semblent croire aux poèmes en prose: Ils ont tort, et le mot ne change point la chose. A quoi bon^ mes amis, défigurer vos pas ?

Vous marchez mal, d'accord-, mais vous ne dansez pas» Si Fauteur que tourmente une verve indiscrette, Faisant des vers sans grâce, est un méchant poète. Sous le nom de poète il se déguise envain , Lorsqu'il ne peut des vers atteindre Tart divin» Réduisons chaque terme à sa valeur réelle :

On dit, Homère est peintre ; est*il rival d'Apelle? Sophocle est éloquent ^ devient-il orateur 7 Des mots harmonieux un usage enchanteur Fait-il que Cicéron ait la lyre d'Horace ?

Des écrits pleins de feu , de couleur et d'audace , Du sévère Tacite animent les écrits ; Est-ce un poète épique 7 Ou veut-on qu'aux récits Avec son merveilleux la fable soit mêlée , Et faut-il de ce titre honorer Apulée 7 Non; mais au merveilleux notre style répond ; Nous avons du poëme et la force et le fond.

Héros ^ fable ^ récit ^ épisodes^ prodiges.

Soit ^ rinlérét vous manque ; entassez les prestiges ; Aux Dieux du Panthéon joignez la Fkur des Saints ^ Osez méme^ appauvris par de nombreux larcius^ Habiller de centons votre prose guindée , Où tout veut être image y où rien n'offre une idée : Au Parnasse Français on n'assure sts droits Qu'avec cet art qui chante et qui peint à-la-fois. Qui sait dans les esprits graver ce qu'il exprime, Qui fait servir au sens la mesure et la rime ^ Voit de brillans appuis où vous voyez des fers^ Et pare la raison du charme des beaux vers.

Du prélat de Cambrai quand la douce sagesse D'un élève royal instruisait la jeunesse, Par Homère et Sophocle il était inspiré *, Il avait leur piucéau^ mais non leur chant sacré : Télémaque, où partout brille un talent suprême > Est un chef-d'œuvre en prose et n'est pas un poëme ; L'auteur n'avait point dit : je chante ce héros ; La Mothe un peu plus tard vint abuser des mots. La Mothe , en vers très durs estropiant Homère , Ecourta llUiade en un trop long sommaire :

Dans le lit de Procuste il osa mutiler Celui qu'aucun rival ne pouvait égaler ; Et son aridité, du Sublime ennemie y

Fait du géant du Pinde un nain d'Académie.

'Honni par le public^ il cessa de rimer ^

Et^ dans une ode eu prose il lui plût d'affirmer

Que, sans écrire en vers, on peut êlre un poète.

Essayer le' cothurne, emboucher la trompette.

Bientôt, pour se couvrir du manteau d'un beau nom .

Comme un chantre héroïque il cita Féuélou.

Des poèmes rimes Féclatante disgrâce

Avait, durant un siècle, effrayé le Parnasse.

On avait vu tomber le conquérant Clovis ,

L'empereur Charlemagne, et le saiut roi Louis, .

L'ostroghot Âlaric , dans la nuit éternelle.

Descendre côte à côte auprès de la Pucelle ;

David suivre Moïse, et précéder Jonas.

De même on vit Sethos, Téléphe et les Incas,

Et Joseph et Numa, sans rime, sans mesure.

Mais de la poésie affectant la parure.

Trébucher l'un sur l'autre, et prônés quelques jours,

Dans le fleuve d'oubli s'enfoncer pour toujours.

£h quoi! Chàteaubriant , vos martyrs se défendent F (i)

Vain espoir : ils s'en vont ; leurs amis les attendent \

Et le. roman chrétien touche aux flots du LétKé ,

Reudez-vous des journaux qui vous ont exalté.

Modèle et maître encor des chantres de l'Europe j vieillard d'Ionie ; et toi, dont Pc^rlhéuope Voit la tombe enfanter des laurier» toujours verds. Sons les rayons d'un ciel aussi pur que tes vers ;

Ingénieux Toscan , dont la muse divine Posséda la baguette et les charmes d'Alcine ; (2) Et toi^ son successeur^ dont la brillante voix ' Célébra de Renaud Tambur et les exploits ; (3) Aveugle d'Albion , qui dans ta noble ivresse Atteignis quelquefois Taveugle de la Gréc-e ; (4) Toi qui vengeas Thonneur du Parnasse Français, Qui y par tous les talens obtint tous les succès ; Qui sus joindre à Téclat de vingt lauriers tragiques; L'éclat plus grand encor de deux palmes épiques ; (5) Vous tous qui^ la trompette et la lyre à la main^ Par des vers inspirés charmez le genre humain; Et debout , au sommet des collines sacrées ^ Levez sur tous les fronts vos têtes révérées c Si plus d'un prosateur^ Icare audacieux^ Sur des aîles de cire a cm monter aux deux,' Pardonnez , ou des vers assurez la vengeance : Naisse ; naisse à vos chants un poëte à la France y Et des beaux temps du Pinde amenant le retour^ Qu'à vos concerts divins il se mêle i son tour.

Ou a tout confondu : l'orgueil et l'impuissance^ Aux poëmes en prose ayant donné naissance , Produisirent encor ce genre singulier > Où Nivelle, à-la-fois tragique et familier, A de pénibles ris joignant de tièdes larmes, Des muses de la scène a travesti les charmes ;

Toutes

« Totltes deux on les cherche ^ et toutes deux envaio.^ Sans effort quelquefois haussant le brodequin^ Thalie approche un peu du ton de Melpoméne :

Quand le sévère Âlceste^ épris de Céllniéne^ De son amour jaloux lui laisse voir l'excès; Ou lorsque de Tartuffe abhorxapt les succès . Cléante au, faihle.Orgou, peint; les dévots de place ^ Armant d'un fer sacré leur hypocrite audace^ La diction s'élève au niveau de 1 auteur.

9 al

Du cothurne i son tour abaissant la hauteur^ Quelquefois Melpoméne avoisine Thalie :

Écoutez l'enfant roi qu'interroge Athalie; .

En ses discours naïfs chaque terme est sans fard \ Tout l'art a disparu ; c'est le comble de l'art. Mais Racine ;, en ses vers aussi doux qu'énergiques ; A toujours les accens et les larmes tragiques ; Et Molière^ des siens bannissant les douleurs^ Jamais aux ris joyeux n'osa mêler des pleurs.

Celui de qui la muse inégale et hardie Créa du peuple anglais la sombre tragédie^ (6) Sublime par élans ^ fut bouffon par accès \ On peut 9 à son ardeur^ pardonner des excès : Dépourvu de modèle^ il dut à la nature Les germes vigoureux d'un talent sans culture. D'ignorans spectateurs^ bien loin de l'éclairer^ Sur ses pas vagabpnds aimaiËUt à s'égarer :

Mais lôrsqtie de nos joufs la lonrae Gôhnanie Rappelle ses écarta et non pas son géilie, Nous, disciples des Gtecs, et par eux adopté»; Sans le prendre pour guide, admirons Ses beautés ; Et respectant du goût la sévèra Ihnife, : ' Avec génie encor que Dncîsr les imité.

De Schiller, de Lessing si Toi^crefl un peu plat Du théâtre français voulut ternir Teclaty Tioin du trône, où tenant* et le sceptre et la fyre, Sont assis trois rivaux maîtres du .même empire. Que Lessing et Schiller, de leurs drames bâtards Surchargent à Tenvi les tréteaux des remparts.

Chez ces mêmes Germains, faibles dans l'art d'écrire; Naquit l'étrange abus de vouloir tout décrire ; Il a gagné la France ; et nos faisenrs de vêts* N'ont que trop imité cet ennuyeux travers.

Peter Neefs, en peignant, sait promener ma vue (7) Sous les arcs prolongés d'un église étendue ; Trompé par Gérard Dow , je touche avec les yeux Les marbres , les cristaux , les tapis précieux ; (8) Auprès de Van-Huysum , je crois cueillir encore Les présens de Bacchus , de Pomone et de Flore ; (9) Humant l'air enflammé^ l'impétueux taureau, Ici, grâce à Berghem, mugit sous le pinceau; (10) Là, du soleil couchant, dans un beau soir d'automne. Sous les doigts du Lorrain Ih lumière rayoniie, (1 1)

Décroît, baisse^ et, perçant des voiles dntr*ouverts, Dore les prés, les boîs, les palais et les mers. Un Scudéri moderne/ (12) en sa verve indiscrette, Décrit tout sans pinceaux, sans couleurs, sans palette ^ De l'éléphant au rat, de Taîgle au moucheron : Traduisant, en plats vers, la prose de BuSbn^ Compilant le fatras compilé par Bomare, Et toujours trivial, quoique toujours bisarre, Il va décrire encor pour la centième fois, Ou le combat du coq, ou le cerf aux abois.

Tantôt le chantre aîlé que baigne une eau limpide^ Tantôt le boeuf pesant ou le coursier rapide. tJn ane, sous les yeux de ce rimeur proscrit,

Ne peut passer tranquille , et sans être décrit.

Le coche est embourbé ; notre homme est là tout proche^

Et pour décrire un peu , s'embourbe avec le coche.

II décrit le meunier qui dort en son moulin j

Et le fils du meunier, le langoureux Colin,

Sans prier Apollon, sans invoquer de muse.

Pour chanter Timarette enflant sa cornemuse ;

Et la sœur de Colin, Cécile, au bord de l'eau *

Entre ses doigts légers agitant son fuseau ;

Le curé qui la lorgne en disant son bréviaire ;

L^e léger pont de bois sur l'étroite rivière ;

Le pêcheur et la ligne, et le petit poisson

Qui se débat dans l'onde , et pend à Yhameçoné

De ses vers descriptifs la pituite incurable L'étouffé;- et les journaux^ que sans cesse il accable p Par Itii seul inondés , s'écroulent sous le faix De sa fécondité, qui ne tarit jamais.

Chaque fragment chez lui menace d'un volume ^ Dans les torrens glacés qui tombent de sa plume Il nage , en prédisant son immortalité , Que le lecteur transi prend pour l'élernîté.

Si je blâme avec vous des abus insipides^ J^ reconnais vos droits^ ô doctes Piérides :

Votre art est tout-puissant ; son Vol audacieux Franchit en un clin-d'œil et les temps et les lieux : Quelque soit le travail d'un statuaire habile^ En paraissant ému le marbre est immobile :

Sans rompre l'unité y le plus savant pinceau Ne peint pas deux momens daus un même tableau : Mais, pareille aux coursiers du dieu de la lumière. L'agile poésie, en sa libre carrière^ Va, vient, descend, remonte, et sans cesse courant, Présente à chaque vers un tableau différent.

L'habitant le plus beau de la cour immortelle ^ Le dieu de tous les arts, et leur brillant modèle^ Voilà ce que j'admire en ce noble Apollon ^ Qui doit du Belvédère éterniser le nom :

Raphaël , prés du dieu , s'élançant au Parnasse ^ Unissant comme lui la noblesse à la grâce ,

Au miSeu des neuf $œurs sait le peindre iuspiré^ Ceint du laurier chéri ^ tenant l'archet sacré ^ Dictant les vers divins d'Homère et de Virgile. Voyez-le maintenant dans le chantre d'Achille. Un pontife a des rois essuyé le dédain :

. Il invoque Apollon ; le dieu, son arc en main. S'élance; et sur son dos ses flèches qui frémissent

. Au sein du carquois d'or sourdement retentissent : Prolongeant sur ses pas cet homicide bruit ^ D'un nuage entouré, tel que la sombre nuit.

Il marche ; et tout-à-coup entr'ouvrant lé nuage , A l'aspect des vaisseaux s'assied prés du rivage : Là, sur le champ des Grecs son arc est dirigé \ Un trait vole en sifflant , le pontife est vengé»

Ne faisons point des arts un burlesque mélange. Armés de leur ciseau, Puget et Michel Ange, (i3) N'ont pas'', à la peinture enviant sa couleur , Du marbre de Paros Ëiit mentir la blancheur.

Le stucateur, charmé d'une ignoble imposture. Pense, en outrageant l'art, imiter Ifi nature: Mais quand, un livre eu main, son abbé bien poudré En calotte luisante, en habit mordoré.

Son Faune en escarpin, sa Nimpbe court vêtue. Sa Chinoise aux yeux bleus, à la tète pointue. D'un cabaret obscur font le digne ornement.

Ou, dans quelque faubourg , vont parer tristement

( Ip^ )

Les coins. symmétrisés d'un parterre gothique^ Vous, Puget, MîcheliAnge, à côté de l'antique, Vous décorez des rois les palais enchantés ; Vos monumens pompeux illustrent les cités ; Des sages ^ des héros ks sublimes images Par vous de l'ayeuir obtiendrout les hommages ; Et ron court invaqueç Asljxs les temples divins Pes habitaas du ciel, qui sortent d^ vos mains/

Mais où l'on pe^it sur-tout distinguer les limites Qu'à des arts difiërensja. nature a prescrites. C'est quand le même objet par eux est imité. Nos yeux .contemplent-ils cette divinité > Que du marbre amolli fit naître Praxitèle ; C'est peu de reconnaître une jeune immortelle ; Nous disons : c'est Vénus. Tout mérite le prix Que sur les monts de Crète elle obtint de Paris; Ça nudité pudique, et sa beauté touchante,.

De ses bras arrondis la souplesse élégante, De ses traits doux et fins l'ensemble séducteur, £t les contours moelleux de ce corps eAchanteur : En voyant la déesse , on seni que sur ses traces li'enfant aîlé voltige accompagné des Grâces. Titien, (i4) sur la toile, ose-t-il à son tour OErir à nos regards la mère de l'Amour ?

Aux formes de l'antique il sera loin d'atteindre ; Mais i{ a des pinceaux ^ c'est Vénus qu'il va peindre,

Il rendra de son tçint la fraîcheur et l'éclat ;

On verra de sa, peau te tissu délicat ; , Sa blanche cbevelure en lovgs nnneaux flottante f Du plaisir partagé, la promessQ et l'attente. Sur sa bouche Au TQ$e, en l'azur de ses yeux . .^ Doux comnns les rayons d'an jour délicieux ; Ce regard plein de flamme et tendrement humide, . Qui rendait auprès d'elle Adonis moins. timide .^ Quand, , des mêmes desir^s^ laissant enivrer > Dansles.for4ts daXinido ils allaient s'égarer* ; ' ; Ici , danS|Un tableau qu^Hom^re nous présente;. Combien nous admirons sa touche séduisante! I De quels traits lisait, peiudi^e à l'esprit entrante Le pouvoir absolu qu'exerce la ^eauté I.

C'est Junon . de VéAUs, c'est la rivale altiére;^ Qui prés d'elle aujourd'hui descpn^ à la p^i^e : Pour séduire un époux, elle emprunte & Véni^ Des attraits que jadis elle avait méconufis* ... . A vanter leur puissance elle^mépie s'empresse* « Véaus, prête^moî I 4^^ 1^ fiére déesse^, • y> Ce charme dont l'empire assurant tes autels , S) Te soumet à la fois les Dieux et les mortelSt t» i Vénus , ainsi flattée , en souriant s'incline j Détache mollement sa. ceinture divine , S'en dépouille , et la prête à la Reine des CieuXr Dans les plis ondoyans du tissu précieux ,

Sont cachés leë désirs , la grâce inexprimable j,; Tout ce qui fait aimer , tbut ce qui rend aimable^ Les refus caressans dont Tattrait est vainqueur ^ £t les doux entretiens , qiii sont maîtres du cœur. O premier des beaux^arts, céleste Poésie , 'Vrai langage des Dieux , tes chants sont l'ambroisie ! Rendra»-tu^ Praxitèle, un si charmant objet ? Non , ton art s'épouvante , et ton ciseau se taît. Viens , saisis , Titien , ta palette magique'; - Prends ton pinceau moelleux , éloquent ^ énergique ; Aux tissus les plus fins , aux plus beaux omemens, Unis l'éclat de Tor , le feu des dianians ; ^ Tes efforts seront vains ;^ et jamais la Peinture Ne pourra de Vénus égaler la ceinture.

Le poëte à son tour doit savoir éviter Des effets que le peintre a le don dlmiter ; Ah ! pour ipéler deux arts , une ignorante audace Invoquerait envain Tautorité d'Horace ; Horace les compare , et ne les confond pas^ Je dirai leur» rapports ; mais allons pas à pas ; Et que des lois du goût , le goût soit l'interprète. Oui, le poëte est peintre , et le peintre est poêle. Corneille , dans ses vevs , nous peint de grands tableaux *, Et Poussin pense, écrit, parle avec ses pinceaux. (i5) Pour traiter cependant les sujets qu'ils choisissent , Aux moyens de leur art tous deux s'assigettusent :

{ to5 )

Le fchemm ieûl diffère , et tous denx vont au biit r Poussin^ qui parle aux yeux^ ne' peint pas Qu'il mourût:

Du Théâtre Français le fondateur sublime , Créant la tragédie et non lapkritdmiaie^ ^ Laisse obtenir ^n foulé au peuple des auteurs Des succès réclamés par les décorateurs.

Ainsi que Melpomène^ on voit la muse épique Employer du discours la forme dramatique ; Voulant frapper les yeux bien moins que les esprits, Melpomène à sa sœur emprunte les récits. - ' Fhamace, Xipharès , les Romains , Mithridate , Combattent devant moi> lorsque j'écoute Ârbatê ; Par des vers enchanteurs^ Théraméne en pleurant ^ Me fait voir^ suivre^ entendre Hyppolite expirant j Isménie à Tautel me montre Poliphonte Immolé^ par Égiste aux mânes de Cresphontc ; Ulysse en traits de feu me peint les longs débats Excités et calmés à la voix de Calchas.

Quand la satiété des chefs^'œuvre sans norpbre , A l'éclat de nos arts mêlait déjà quelque ombre , On n'a pas Craint d'ofi&ir au public assemblé p Aux yeux d'Iphigénie Agamemnon voilé , Et tous les Grecs luttans contre le seul Achille ^ Et le sanglant couteau dans les mains d'Eriphile : Mais , )uste cette fois , le public a vengé La raison méconnue et Racine outragé.

Quels objets montre aux yeux l'art sçty^nt 44ijl^àtfe? T^înte.di; çaug d'un fils , l'horrible Cléopâ1;r;e Epuise en sa fi^reur le v^çe -empoisonné, , Qu'au second de ^e^ fils ellp avait /destiné ; Des trésorsi de Da^id exige9,nt ce qui reste , . ; Âthalie est conduite. en, ijft.piégje funeste ^ . • Et dans les murs du tfmplp ^4D3i^ç sam {ioldats , . Voit avec la vengeance, .apparaître Joas.. . , • ,

D'uii vieillard éplpré. te Yoi:5;.iiîatiç»due;

Arrache le poignard à^Mérx?(ip ép.çrdfte^. , Qui va tuer son fils en, voulut le.veDger : • Par un injuste arrêt se lais«^^u,t égorger, . ,.. .

Pour Tancrède banni latea^re Améngide,

A la honte , au trépas porte ^ne âme intrépide^ Tancrède , qui parait qqand.ejle e^t saus. SQç.ojtirs> Se croit trahi par elle , et combat pouç.ses. )oy]çs. :. Le Génie.^ en traçant. ces peintures habiles j , .. Atteint^ sans les francbir, d^s bornes. difficiles. Qu'égaré loin du but,. de j^i;xrp|ks^«n feux-pas.,. .. Un vulgaire talent firanc.hit et- n'atteint pas.

Mais lorsqu'Iphîgéuie a reconnu son fir^re , N'a-t-on pas de Pîan/3 .appaisé la colère , Et son temple est^l faj^ pour^ ^e sanglans combats ? Se glissant sain et sauf, i^t^avers les soldats f, Se peut-il que Lincée ait eu l'adresse extraire D'escamoter le fer levé sur ce qu'il aime ? ,

Qud Tell avec les siens soit libre ettriompliant ; / Mais à quoi bon la flèche y et la.pom^e, et l'enfant 7 Pour secourir Bayard faut-il tant de cohortes ? Accourant , s'agitant , forçant toujes les pointes , Sur les rives du Gange un général français Devrait-il d'un bûcher tolérer les apprêts , Pour venir un peu tard, lentement magnanime, Du milieu de la flamme enlever la victime?

^uteuj;s qui recherchez, pour séduire nos yeux^ D'un stérile apparieil .l'éclat fasMdieux^ Melppmène a.besoind'efiipts, plus. énergiques; Étalez à grands jQrais vos parades tragiques.. Sur ce brillant théâtre aujpurd'hui profané.

Où Frauconi succède à Quiuaut détrôné.

Un défaut piiériL, en dépit du poëte.

Vient gâter quelquefois la pièce la mieuss: faite,

Quand un peintre moderne, un antique sculpteur, Mal-à-propos inspire ou l'actrice ou l'acteur. O vous qui nous offrez une toile vivant^ Des héros que la scène à nos regards présente^ ^ Pourquoi disputez-vous aux acteurs des tréteaux , Le soin de copier d'inimobiles tableaux ? On ne vit pas Clairon, par une oisive étude ^ De la Diane antique aflFecter l'attitude.

Et Lekain retraçait aux spectateurs çtnus Vendôme, Achille, ÇEdipe, et non VAntinoiis.

(io8)

D'autres ont cru imeux faire , et le théâtre en France A des arts du dessin trop senti llinfiuénce; Mais par eux à son tour le théâtre îmilé Enerve leur vigueur , corrompt leur pureté.

Tantôt la toile indique et rend mal une scène ; Tantôt le peintre assisté aux jeux de Mèlpoméne^ Et des acteurs en vogue étudiant les traits.

Dans ses tableaux d'histoire esquisse leurs portraits* Je reconnais le port^ l'œil^ le maintien, le geste; Oreste n'est point là, c'est Taloia dans Oreste. Peintre heureux de Sextus, retrempez vos pinceaux Aux sources d'Hippôcréne, en ces fertiles eaux Où les arts inventeurs vont puiser le génie ,

Et remontez encor sur les monts d'Aonie*

Sans un débit heureux, dans la chaire, au sénat. Un orateur habile obtiendrait peu d'éclat :

Tel que l'acteur tragique , il s'émeut , il déclame ; Dans sa voix, dans son geste, il fait passer son ame : Mais il a d'autres tons , comme un autre pouvoir :

Et Polus, illustré par le don d'émouvoir.

N'allumait pourtant pas au théâtre d'Athènes Les foudres éclatans que lançait Démosthénes. Dans Rome, Gicéron^ qui vanta Roscius Déclamant les vers lourds de l'antique Ennius, D'accens plus solennels armait son éloquence, Pour confondre le crime et sauver Finnocence,

n avait devant lui les dieux de Scipionj

Caton vivant encore , ou l'ombre de Caton ;

Rome animait sa voix^ enflammait son visage :

U n'était point acteur ^ il était personnage^

Quand d'un préteur coupable accusant les forfaits^

II vengeait la Sicile et flétrissait Verres;

Quand des fiers conjurés il domptait la furie;

Quand on le proclamait Père de la Patrie ;

Quand il faisait tomber des mains du Dictateur

L'arrêt qui dans l'exil traînait un Sénateur ;

Et quand 9 d'honneurs chargé y Iç vieillard consulaire

Bravait d'un triumvir l'homicide colère.

Aussi pompeux^ plus haut^ moins pur que Cicérou,

Bossu et parmi nous n'imitait point Baron ^

Lorsque, du grand Henri célébrant la famille,

n pleurait de Stùart et l'épouse et la fille ;

Ou lorsqu'au grand Condé, qui ne l'entendait plus.

De ses derniers accens il offrait les tributs.

Il plaçait dans les cieux la chaire évangélique \

De \k, faisant tonner sa voix apostolique.

Autant du cercueil le lugubre flambeau,

A côté de vingt rois descendus au tombeau^ Voyant les fils de rois qui devaient y descendre. Et le pouvoir debout prés du pouvoir eu cendre,, Par ces graves objets à la fois inspiré.

De princes , de héros , et de deuil entouré.

Chanter la tragédie était passé de raode;^ .

Péclamer l'opéra parut neuf et commode«

D'une muse étrangère envaiu les doux accens

Pour émouvoir le cœur savaient charmer les sens :

On allait parmi noua^ du moins l'osait- on croire.

Sur l'opéra toscan remporter la victoire :

Mais dans l'Europe entière il est eUcor chanté 9

Tandis que chez nous seuls le vulgaire entêté

Préfère à l'élégante et douce mélodie

D'un plein-chant mesuré la triste psalmodie ;

Où nos jurés çrieurs prolongent des éclats

Qu'un orchestre éternel soutient avec fracas.

Ce système naquit au milieu des injures^

Quand ^ pour être apperçus^ les Êiiseurs de brochures,

Subalternes appuis de l'opéra français,

Des foyers, dps cafés rédigeaient les décrets ,

Etudiaient la ^amme, et^ d'un ton didactique.

Aux mattres d'Italie enseignaient la musique.

Dut- on scandaliser nos demi -beaux esprits^ L'Italie eût toujours, et conserve le prix.

Chez l'épais Phrygien slMidas en délire Osa le décerner à l'impudent satyre , Raphaël mieux instruit peignant le saint vallon , Mit l'archet immortel dans la main d'Apollon. Le savant Durante, Jomelii, Pergolèse, (16)

L'auteur Italien de la Didon Française , (17)

Cet

(ii3)

Cet eligant Sartl qu'illustra Sabînu5, (jI); . Le Cygue à qui Ton doit Œdipe et Pardanus,: (ig). ..;/ De Nina, d'Elfrida le chantre plein de ff^c^i . ? ; Et le chaiftre parfait d'Artémîse et d'H^&ce^: (ad)) ... :\ Par un même Génie à la fois iuspii^s, w * o

Da Tage à la Newa sont encore admirés»

Gluck, (ai) aspiraxit chez nous à des succès façiie^^; l Grand maître environné d'écoliers indociles^ ^

Trouvant des gosiers lourds ^^ formés : au chpnt gaulois, A des sentiers du goût dévié quelquefois : ;

Mais Naples^ mais Florence, accueillant sa jeunesse,^ Avaient jadis vanté sa lyre enchanteresse, . \

D'Alceste qui se meurt modulant les adieux y Et d'Orphée aux enfers les pleurs mélodieux.

. Là, sans charlatanisme, au goût toscan fidèle^ . .

Prés des Cygnes toscans Gluck est resté modèle* Le chant donne la vie à ces brillans accords Dont Mozart avec choix dispensa les trésors ; (22) Les effets que Méhul habilement combine (i3) Ressortent par le chaut qui plait dans Euphrosine^^ Et le chant soutiendra ce Grétri si fécond, (24) Qui n'est pas, j'y consens, harmoniste profond. Mais dont la mélodie ingénieuse et vive Est de nos sentimens l'expression naïve* A l'opéra français que tout mauvais chapteur

Devieimd en déclaïuant un plus mauvais acteur :

Ailleurs qoe l6a ieax arts conservent leur puissance $ Uuay ses beautés sans nombre et sa riche élégance ^ Ses chants toujours heureux dans leur divenité ; L'autre son débit noble avec simplicité :

Que Crescentini chante ^ et que Talma déclame : Plus ils sont différens^ plus tous deux vont i Famé; Dans leur sphère tous deux s'étendent sans écart : L'art suffit au talent qui suffit à son arh En un drame muet nôtre scène lyrique Unissant quelquefois la danse et la musique ^ Les gestes figurés, les tableaux gracieux , Sans occuper l'esprit, sait amuser les yeux.

La pantomime est due à l'antique Italie, .

Où même elle éclipsa Melpomène et Thalie.' Elégant traducteur ^ Térence avait envain De Ménandre avec goût chaussé le brodequin $ Yarius par Thieste , Ovide par Médée, Du cothurne des Grecs envain donnaient l'idée ; Rome entière , et commp elle, Auguste et Mécénas D'émulés plus chéris épousaient les débats ; Pylade balançait Varius et Virgile , Et l'oppresseur d'Ovide a protégé Bathille.

D'abord le nouvel art au théâtre exercé , Par ses maîtres nombreux fut bientôt professé : Au sénateur oisif et lourdement frivole Il Ëdlut qu'un décret interdît leur école.

ta scène en Ètctiotis divissi les Romains j

Arma d^ bleus y des verds les imprudente^ maîns :

Deux fois la Macédoine , len désastres féconde ^

Avait vu leurs aïeux risquer le sort du monde ;

Les eufans des consuls et des triomphateurs

Combattaient maintenant pour le choix des acteùrd^

Au ridicule aspect de ces partis aux prises ^

Soit que Néron craignit de nobles entreprises y

£t le soudain réveil des peuples enhardis >

Soit qu'il voulût punir ses rivalix applaudie /

On vit les histrions chers & Rome en délire y

Bannis par l'histrion qui gouvernait l'empife t

Mais sous d'autres tyrans ils furent rappelles y

Enivrés de faveur , de richesse accablés ^

Et Rome y au sein des jeux ^ se consolant deis crimes y

Veuve de ses héros ^ chanta ses pantomimes.

Sans être aussi fameuk y mais sans troubler l'état ^

Les nôtres à leur art ont donné quelqu'éclat :

Varié; séduisant ^ cet art est fait pour plaire^

Lorsqu'il n'affecte point uU essor téméraire.

Jusque dans les ballets y il faut de la raison^

Je n'aime point à voir les enfans de Jason ^

Egorgés en dansant pat leur mère qui danse y

Sous des coups mesurés expirer en cadence^

Si le sort a choisi les trois frères Romains

PouK combattre en 'champ*clos les trois frères Albains/

SIed-îl qu'en terminant cette lutte homicide ;

Du sort d'Âlbe et de Rome un entrechat décide?

Non ; respectez le goût : c'est ce que fait Gardel.

Noverre^ sur un art qu'il crut universel , (a5)

Du ton le plus auguste endoctrinant l'Europe ,

Eût fait danser Joad ^ Phèdre et le Misantbrôpe.

Oh ! combien il vaut mieux , loin de ces grands objetS|

Borner la pantomime à d'aimables sujets ;

Tracer à nos regards quelque fable charmante :

Psyché qu'Amour chérît ^ et que Vénus tourmente;

Zéphyre épris de Flore 5 ou Paris enchanté ^

Décernant à Vénus le prix de la beauté I

Là rien d'ambitieux : c'est là que Terpsychore ,

Salis parole , sans voix 3 sait nous parler encore :

D'autres avec les mots sauront tout exprimer ;

D'autres nous instruiront : elle doit nous charmer.

Le tableau des travers de l'humaine nature y

Ou de nos passions l'énergique peinture ^

Des Muses qu'on révère au théâtre Français

Exigent la puissance et fondent les succès.

La musique embelKt l'ouvrage du Poëte ; Mais compagne orgueilleuse y et souvent indiscrète ,' On l'a vue ^ écoutant un bisarre travers , Au joug de sa cadence assujettir les vers.

Auteurs , n'enfreignez plus des règles légitimes. [Vous rimelF en français : il Ëiut que dans vos rimes ^

Les sexes Jiffércns se montrent tonr-i-tour :

L'oreille impatiente appelle leur retSur.

Dans la forme des vers neuf syllabies rangées

Font des lignes en |>roJ8e^ et- de rimes chargées* •

Si Quinaut pour tulli^ Voltairepour Rameau,

Usèrent quelquefois de ce mètre nouveau^ ' ^^ '

Racine ; plus fidèle au rythme poétique ,

Renouvellant ces choeurs' qu'ain^ait la scène aritîque^

Sut oflFrir , en des vers faits pour être chantés ,

Et la rigueur de l^art, et touteis 'ses'heàutés.

Les Dieux ^ soumis au frein de leur langue choisie ^

N'oseraient altérer l'auguste poésie.

A cet art souverain sachez donc obéir ;

U doit donner des lois ^ et non pas en subir.

La nature a par tout placé des intervalles.

Vous n'allez pas sans doute aux tulijpes rivales^ -

Dont l'amateur Batavé assortit les couleurs ,

Demander les parfums de la reine des fleurs ; A la vigne où mûrit la grappe transparente.

Le fruit qui ralléntît k course d'Atalante ; L'ombrage des forêts au saule ainî des eaux , Ni la vigueur du chêne aux flexibles roseaux. Le bœuf labcorieux , qui féconde la terre*.

Abandonna au eoursier les travaux* de ia guerre ; ' ♦Lo' cerf au piedirapide*, au front majestueux , Franchissant les taillis par bonds impétueux >

( na )

A la valeur Ae9 chiens rend un paisible hommage ; Le paon qu'enorgueillit Téelat de son plumage , Laisse le rossignol de sa touchante voix

Charmer^ durant les nuits ^ lo silence des bois ^

Et le cyg^e, unissant la grâce et la noblesse ^

Roi du lac argenté ,. s'y baigne avee mollesse.

Sans vouloir conquérir s^r l'aigle audacieux ,

Ou la cime des monts ^ ou la plaine des cieux«

La beauté s'enlaidit de beautés étrangères : 1

Dans les regards malins des Dryades légères '

Ne cherchez point d'Hébé les attraits ingénus i i

Minerve îmîte mal le Sûuris de Vénus. i

Les dons sont partagés ; la nature infinie

Sépare les objets qu'elle étale au génie^

Séparez donc les arts : ces brillans créateurs

Ne peuvQut-ils régner sans être usurpateurs ?

Talens formés pour eux ^ la Gloire vous contempla ^

Quelque soit le chemin qui vous mène à son templej^

Vous tous qui prétendez , honorables rivaux ,

Léguer à l'avenir vos noms et vos travaux,

SoDgez-y ; la nature est votre seul modèle i

li'art s'i^îmite un art , est déjà trop loin d'elle.

NOTES

(i) Page 95.

Eh quoi ! Chdteauhriant , vos martyrs se défendent !

Les mystiques ouvrages die M, de Chdteauhriant sont dëjk passés de mode ; mais , l'expresiioa heureuse de style chd'i teaubrillanié , lear sucvivra»

(a) L'Arîoste^

(5) Le Tasse.

(4) Milton et Homère*

(5) Page gd.

Toi qui vengeas Vhonneur du Parnasse /rançais f

Qui par tous les talens obtint tous les succès ^ ete* h

L'esprit et la raison nomment Yoltaive*

(6) Shakespeare

(7) Peter Neefs , peintre flamand , né k Anvers en i58o , fit une étude profonde de la perspective. Dans tous ses tableaux^ d'un fini achevé , la lumière est distribuée avec beaucoup d'art et de bonheur. Il excella k peindre les intérieurs d'église.

(8) Gérard Dow, né k Lejde , en 161 3 ; c'est au célèbre Kembrant y qne nous devons ce peintre ingéniei|x : il fut le chercher dans la boutique de son père , peintre en bâtiment et vitrier y et 'il en fit son élève. Tous ses tableaux sont d'ua fini extrême. Aussi passe-t-il en proverbe de dire , pour indiquer un ouvrage achevé : cela est fini comme un Gérard J>ow^* Il rivalisait avec la nature et ses imitations paraissent être là, nature même. Lorsqu'il peint le modeste intérieur d'un mé^ »age hollandais , l'illtision est telle qu'on croit j être-) et y jouir

de cette douce paîx » qui 69 fait le ^charme..et qm zegnalt si bien dans son cœur. — Il broyait lui-même ses couleurs; il irisait aussi ses pinceau^. — On le eite comme Tinventeur de la méthode ingénieuse "de réduire on grand tableau en petit ^ en plaçant entre soi et son modèle, un châssis divisé par des carreaux de fils » ej;.. ayant toujours le» même point de vue , en plaçant les mêmes parties , qu'on apperçoit au travers des carrés formés par les fils^ dans autant de petits carreaux tracés sur la toile.

Oa ne connaît qu'iin seul tableau de bii en grande c^esl une décollation de Saint-Jean,

(9) Yan Huysum est né à Amsterdam en 168b , oii il monrat en 1749- Tous ses tableaux; très-recherchés > ont une valeur excessive. On met aussi un haut prix à ses dessins. Grand pajsagiste , il excella sur-tout dans la représentation des fleurs et des fruits , dont Téclat , la fraîcheur , rhumidé velouté sont rendus si parfaitement , qu'on est toujours tenté de les cueillir ; et que , dupe de Tart du peintre , on veut étiarter l'insecte qui is'approche de ses fruits , et celui qui voltige autour de ses roses. Malheureux dans son ménage , son humeur s'en ressentait \ ce n'était que dans son attelier qu'il fallait le voir.

(fo) Nîicolas-Berghem , né à Harlem , en i65t4> mort en i683 , €St élève de Van Goyen : son nom de famille était Van Harlem. Poursuivi pour une espièglerie d'écoliers , son maître cria Il ses autres élèves, Bergheml qui en flamand veut dire Cachez-le t Depuis ce temps , il ne porta pas d'autre nom. Il épousa une femme acariâtre et avare , qui aurait désolé tout autre que lui. Elle se tenait ordinairement dans une chambre j au - dessus de son attelier , et frappait au plancher toutes les fois qu'elle pensait que Berghem dornuiit , oa allait siendormir. Cette détestable épousé , et qu'il 'aimait pouiv tant y s'emparait de tout le produit de son travail. Berghem disait en riant: quand on sait s'occuper, on n'a pas besoin d'argent ! ^on talent le consolait des duretés de sa femme; .fies paysages lui offîraient sans cesse .d'heureux aspects» un

ciel toujours pur! — On cite parmi ses productions un ta-" bleau de bataille , c'est le seul qu*^on connaisse. Il n'a pas laissé .un ouvrage médiocre. Il excellait dans' la peinture des animaux.

(il) Claude Gelée, dit îe Lorrain^ né en 1600, dans Je diocèse de Toul , en Lorraine y mourut a Rome en 1678, où il devint le premier paysagiste de l'Europe, ^é de parens pauvres, , n'annonçant de dispositions pour ri^n, on le plaça, chez un pâtissier, état pour lequel il ne montra pas plus de goût que pour le reste. Dépourvu de ressources, il suivit quelques-uips de ses camarades > qui allaient à Rome. Augustin Tassi , peintre célèbre, en fit un maître Jacques, qui tour-à-tour , broyait ses couleurs^ pansait son cheval, et faisait sa cuisine. Il voulut lui montrer le dessin , peu s'en fallut quil n'y renonçât; enfin le génie de Claude se développa peu-à-peu , et Tassi se créa un rival , dont le talent surpassa ses espérances et le récompensa de tous ses soins.

Aucun peintre n'a mieux entendu que Claude le Lorrain la perspective aérienne , et n'a mieux représenté les difierentes heures du jour. Il gravait à Feau forte avec beaucoup d'art» et ses dessins sont admirables pour le clair-obscur \ ils riva-* lisent la peinture pour l'effet.

Un Scuderi moderne , en sa verve indiscrète , ete,

Chénîer , ne pouvant pardonner à l'abbé de Lille son pro< fond égoïsme , l'a plus d'une fois attaqué. Il fait ressortir ici tous les défauts du genre adopté par ce poêle descriptif ^ avec une vérité fort comique.

(i5) Puget, né à Marseille, en ifiaS , mort en 1694 > sculpteur, peintre et architecte , fut surnommé le Michel- Ange de la France; Louis XIV l'appellait V inimitable,

Buonarotti surnommé Michel- Ange y naquit en Toscane^ à Chiusi', en i474« H fut sculpteur, peintre^ architecte etpoëleV et toujours sublime dans toutes ses conceptions. Il réforma le des-

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