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«in de NgHse de St.-Pîerre, tracé et exécuté en partie, par le Brai mante , et fit continuer cet édifice à nul autre comparable. — Contemplant un jour le Panthéon > il dit , « je le suspendrai dans les airs » ^ et il conçut k Tinstant même , la coupole 4e St.-Pierre , qui ne fut exécutée qu'après sa mort. Cest à RomCy an milieu de ses immortels travaux, qu'il mourut en i564* — Côme de Médicis fit enlever son corps la nuit pour le porter k Florence, oà on lui fit des obsèques dignes de lui. On avait représenté sur son catafalque les principales époque de sa vie, ' et le mausolée que Côme lui fit élever , atteste encore l'admira* lion que Michel-Ânge inspira k son siècle môme et k sa patrie.
(i4) Le Titien^ dont le nom de famille est Fecelli , né k Ca« dore , dans le Frioul , en i477> ™<^^i*u( ^ Venise , de la peste , en iS'jSy âgé de 99 aus; il conserva une santé aussi robuste que florissante ^ jusqu'au dernier instant de sa vie , ce qui a fait dire k Voltaire , r que Dieu avait donné k Titien un k-compte «t sur son immortalité ». Michel-Ange prétendait que ce peintre eût surpassé tons les autres peintres , s'il n'eût quelquefois manqué de dessin et d'art. Son maître Giorgion devint si jaloux de son talent , toujours croissant , qu'il rompit avec lai. Charles-Quint , qui le combla d'honneurs et de biens, et que le Titien peignit trois fois , lui disait a ce sujet , « c'est pour 9 la troisième fois , que vous me donnez l'immortalité ». Cet empereur ramassa un jour le pinceau » qui échappa des mains du peintre troublé par la présence du monarque. Le Tiliea se confondît en excuses, a Pourquoi ces excuses , lui dit » Charles-Quint ? Le Titien mérite bien d'être servi par Cét) sar ». Les courtisans jaloux de tant de faveurs , vonlureot lui nuire dans l'esprit du monarque , qui les éloigna en leur disant , a qu'il pouvait faire des ducs et des comtes x ^^^^ n que Dieu seul pouvait créer un tel peintre » !
Deux de ses tableaux , (Vénus sortant des eaux ^ et le bain de Diane) y que les vers de Chénier nous rappellent, faisaient •jadis l'ornement de la galerie du Palais - Rojal , k Paris i ils aont maintenant k Londres*
(i5) Nicolas lePoassin» né aux AndeTjrs en Normandie, etf i5q4, fat le Raphaël de la France. L'esprit » la sensibilité et le génie > brillent a la fois dans les tableaux du Poussin. Il étudiait sans cesse la nature et fut toujours digne de la peindre. Voltaire dit\, dans son siècle de Louis XIV , «c que le » Poussin fut élè^e de son génie , et qu'il se perfectionna V à Rome »•
Tout le monde connaît le Déluge du Poussin et son tableau , oh. des bergers dansent et folâtrent près du tombeau d'un pas-» ieur arcadien f comme si tout le monde avait vu ces tableaux.
(i6) Page 112, Le savant Puranie, JomeUi» Pergolèse , eto*
Durante qui après Léo , dirigea le conservatoire de St.- Onofrio , aux leçons duquel nous devons Pergolèse , Sacchini y Guglielmi , etc. , etc. , est particulièrement connu en France , comme musidcn classique » par des leçons d'un difficulté grad^iée, que lui et Léo composèrent pour la méthode de chant , connue sous le nom de Solfège d'Italie,
Jfomelii (Nicolas) né dans le royaume de Naples , en 17 14» od il mourut en 17^4 i ^^^ élève de Léonard Léo > que nous venons de citer ^ Léo à qui la musique italienne doit cette richesse d'harmonie , et la touchante majesté qui la caractérise. Jomelli avait un stjle à lui ; il sut augmenter les combinaisons harmoniques , en passant d'un ton dans un autre , d'une manière npuvelle , et toujours heureuse. Sa musique était à la fois savante et chantante. Les opéras (ÏArmide et d'iphigenie ( dont les poëmes sont italiens ) l'ont immortalisé.
Jean-Baptiste Pergolèse ^ né en 1704 % à Casoria , dans le royaume de Naples , fut surnommé le Dominiquin de la musique» Sa^ mauvaise santé influa sur ses compositions , en général trop mélancoliques ; excepté sa Serva Padrona ( opéra hoofibn , traduit et joué en France depuis long-temps ) où il y a des morceaux fort gais. Ses compositions se font remar^ ^uer» par une grande facilita de cl^nt et une harmQDÎQ sa-^
H^nte ; ôfi Ini reproché d'avoir sacrifié 'paV lois \e cliant aux parties d'orchestre } sysiême qu'oui ne saurait trop blâmer.
(17) Page n2.
L'auteur italien de la Didon'jrançaise , etc.
' •'Nicolas Piccini , ne dans le royaume de. NajJles , en 172$, fut musicien presqu'en naissant. La vue seule d'un instrument de musique le faisait tressaillir. Ces dispositions précoces le firent admettre fort jeune au conservatoire de Saint- Onqfrio , que ditigait alors le célèbre Léo ; Piccini ne jocfit pas long - temps des bienfaits que répandait le savoir de ce grand maître. Léo mourut subitement quelque temps après l'admission de Piccini. Durante qui remplaça Léo > disait do Piccini , le comparant 'âvêc ses émules^ « ceux-ci - 3» sont mes étolierS » Piccini est mon fils ». Il se plut a lai révéler les secrets de son art. Après 12 ennées d'étude , il sortit du conservatoire en 1754 , ot vint enrichir le théâtre de Naples de ses heureuses compositions. Son opéra (Je Zénobia-f eut un succès éclatant, en 1 y 56 ; son Alessandro nell! indie , n'edt pas moins de bonheur sur le théâtre de Rome \ mais de tous -ses ouvrages celui quia excité le plus d'enthousiasme, a Home particulièrement, c'est sa Cecchina ^Za Bonne fille) , le plus parfait peut-être de tous les opéra bouffons. Cette composition originale^ variée, dont l'ensemble est savamment combiné , est ravissante. La fécondité de Piccini égala son talent. Dans l'espace de 25 ans , il composa cent trente-trois ouvrages. Tous les théâtres d'Italie retentirent à la fois d'applaudissemens en son honneur ; et l'on se rappelle encore quelles disputes ses ouvrages occasionnèrent en France. Roland , Didon , Jphi» génie en Tauride, ces trois opéras eurent des partisans qui les défendirent jusqu'k la fureur : brâlans de plus de Jeu que tous ses héros n'en allumèrent. On vit alors deui* partis , qui toujours prêts a se déchirer, se oriblèrent d'épigrammes. M. Fabbé Arndult fut sc^^nommé le grand pontife des Gluckistes ; Marmontel, qui a fait un long' poëme sur cette guerre, était le €hef des Piccinistes, Â ces troubles succéda la révolution
dt 178g. Pîccmi retaurna dans sa patrie et fut oblige de rie* venir en France, oèi il mourut ( k ?âssy ) le 7 mai 1800, 'âgé de 72 ans. Il avait composé pour ropéra^comique : Lucette;. le Dormeur éveillé; le Mensonge officieux^ etc.
(18) Gittseppe Sarti , né à Faënza en 1730 , maître de chapelle a Copenhague, en 1756, et à St.-Pélersbourg, en 1785 \ il avait été aussi maître de chapelle du conservatoire délia pieta k Venise. C'est de cette époque que date sa grande réputatioa en Italie ; on donnait à ses compositions le nom de musique divine.' Il ne pouvait assez composer d'opéra ; tous les théâtres voulaient en avoir. Son meilleur ouvrage et son Giulio Sabino, joué a Venise et imprimé à Vienne. Haydn faisait le plus grand cas de la pièce et du compositeur. Sarti est mort k St.-Pétersbourg , en 1802 , k 74 ans*
(19) Page ii3.
Le cygne à qui Von doit OEdipe et Dardanus,
Antbine-Marie-Gaspar Sacchini , né k Naples le i^ Mai 1735 > sortant du conservatoire de Naples , 011 il venait de terminer ses études, alla k Rome; puis k Venise, oîi il eut la direction d'un conservatoire ; c'est-lk qu'il donna la mesure de son talent ; il fit briller dans des chants d'église , toute* la richesse de la mélodie. Il parcourut ensuite , l'Allemagne , la Hollande , l'Angleterre ; il resta onze ans k Londres ; et donna successivement au théâtre : Semiramis , Artaxerce , le Cid, An" dromaque , Cresus ^ Armide, Adrien , Tamerlan , Antigone, Persée, Montezume y et Eripkile» Il vint enfin en France, où il était viveèient désiré. On y applaudit ses ouvrages avec transport. Jj Olympiade , opéra refusé par l'académie de musique , produisit une ivresse si vive au théâtre ita'* lien , que l'opéra en fut alUrmé , et obtint , en vertu de ses privilèges , que les représentations de r 0/;^m;?ia</e seraient interrompues. Renaud qui parut ensuite , eût beaucoup moins de succès ; ce poëme est sans intérêt. Dardanus , mis jadis en musique par Rameau ^ fut reproduit par Sacchini. Chimène
qai suivît , ol>tîiit tin ftoffrage unanime ; OEdipê à Colontus J qui fut donné après sa mort , eût encore un plus grand suc* ces. Nul opéra m'offre autant d'intérêt ; le cbarme de cette musique est tobjours nouveau , toujours sublime. Le chant et les accompagnemens , sont d'une richesse, d'une pureté, d'une grâce > toujours ravissante. Cet opéra a valu à Sacchini d'élre stimommé le Racine âe la musique. Il a laissé encore un gï'and opéra (Arvire et Bvelina) que Rey a terminé. Les beaux airs de la Colonie , que Sacchini donna aux italiens , en 1775, produisirent tant ' d'effet sur M*K Colombe» quHls animèrent cette belle statue , et lui révélèrent une ame et un talent 9 qu'elle même ne se soupçonnait pas. Âmi tendre y boa |>arent> maître indulgent, généreux k l'excès , il fut vivement regretté de tous ceux qui le connurent. Il mourut à Paris le 8 Octobre 1786. Jettant un derniet regard sur son domestique, il lui dit d'une voix mourante : Pauvre Laurent ! que vas tu devenir? — Peu de musique retrace aussi bien que celle de Sacchini , le caractère de son auteur : c'était k la fois un beau génie et une belle ame ! heureuse alliance > que rhnmauité aime tant h contempler !
(20) Page iiS.
De Nina , d'Elfrida le chantre plein de grâce > £/ le chantre parfait d^Artémise et d^Horace*
Giovanni Paisiello , né à Tarente^ le 9 mai 1741 , le j^loS célèbre des élèves de Durante* Il composa, en Italie, 5o opéras; douze pendant les 9 années qu'il passa en Russie; et a5 de^ puis son retour; il se distinguait également par une fertilité d'invention extraordinaire , et par une heureuse facilité h troover des motifs pleins de naturel et d'originalité^ qu'il développa et embellit de manière a servir long-temps de modèle* Il vient de mourir a Naples , âgé de 84 ans^ le 5 juin i8i6« Nina ( ou la Pazza per Amore ) et Elfrida furent composés à Naples à son retour de Russie.
Domenico Cimarosa, naquit k Naples en 1754 et moarnt à Venise « le 11 janvier 1801 , k l'âge de 4^ <^9* ^\ ^^^^ ^^^^^
d'Âpiile. I^armî les cbef-d'œuvres dont il embellit la iten^b ^ bn doit particulièrement dter le matrimonio segreto. Jamais opéra n'eut en Italie même un semblable succès, jirtemisia n^ù point été achevée^ Il n'y a que le premier acte fait par Cimarosa : d'autres compositeurs ont essayé d'j ajouter les deux derniers ; mais le public a chaque fois fait baisser la toile au milieu du second acte*
(21) Christopbe Gluck , né en 1712^ dans le Haut-Palatinat ^ est mort à Vienne , le 17 novembre 1783. Il passa en Italie» oh il étudia la composition à Milan, sous la direction d» J. B. San-Martino : un des premiers opéras qu'il donna , fut Démetrius , k Venise > en 1742* De là » il fut à Londres oh il fit représenter la Chute des Géans ; il retourna k Vienne »' €t vint à Paris en 1774* ^^ avait alors 60 ans. Après avoir vaincu bien des cabales, l'académie de musique reçut et joua son Iphigénie en Aulide y qui fut suivie î^ Orphée et Euridice i àiAlceste , ù^Echo et Narcisse , et de quelques autres opéras qui ont eu moins de célébrité que ceux - ci. Le génie mâle de Gluck 9 nous prouva que notre langue était susceptible de re« cevoir les impressions d'une musique énergique, terrible et tendre, tour à tour. Après la représentation d' Iphi génie , Ar* nault, que nous avons cité dans la note relative k Piccîni*, eomme chaud partisan de Gluck , dit que : « La douleur an- » tique avait été retrouvée par ce grand musicien. (Ce qui » certainement valait mieux que la découverte de la pituite vi- 9 trée , qu'un célèbre médecin cherchait depuis long-temps. » ) Relativement au mot du grand pontjfe des Gluckistes^ nous pen* sons comme l'ambassadeur de Naples , k cette époque , qui dit : « Qu'à la douleur antique, il préférait le plaisir mo-* 3) derne »'•
Gluck qui avait trop de mérite, pour ne pas être glorieux de ses succès, n'aimait pas qu'on les Contesta. Après la pre-' tnière représentation à^Alceste^ un Picciniste dit devant Gluck,' dont il ne connaissait pas la personne : — a Alceste est tom^ » bée, 9 -^^ Ouii « reprit soudain Gluck; tombée dn ciel! »
(aiX.^an-Cbjsoslôme , "Wolfganç,, Théophile , Mozart , né Il Saisbourg en 1^56 , oti son père donnait des leçons de mu* fique instrumentale ; il mournt k Vienne le 5 décembre 1792. Mozart sut chanter avant de savoir parler > et dès Fâge de 3 ans il jouait du clavecin. A 6 ans son père le fît paraître dans un. concert public, oU il fitentendfe des morceaux de sa com« position. Son père le conduisit à Tienne en 1763, où Fran-* çois P'. se plut à l'entendre et à l'encourager. C'est en 1765 qu'il vint pour la première fois a Paris avec une sœur^ donëe aussi des plus heureuses disposition. Ils produisirent une grande sensation. Mozart avait alors 7 ans. Il fut ensuite en Angleterre , en Hollande et dans les Pays-Bas. Il retourna k Vienne en 1 768 , oii l'empereur Joseph II l'accueillit avec une extrême bonté , dont il lui donna toujours des preuves. Il vojagea aussi en Italie. A Rome, frappé de la beauté d'une messe en musique qu'il venait d'entendre , il la nota , presque sans faire de fautes. Sa Sainteté ne l'accueillit pas moins bien que l'Empereur. Il donna par tout des preuves de son talent , dont les progrès étaient sensibles pour tout le monde. A Naples» en prétendit qu'un talent si ^précoce , était Vefkt d'un sortilège attaché k une bagne qu'il portait au doigt. Il ôta sa bague, et le charme qu'il exerçait n'en fut pas moins puissant!.... En 1777 , il revint k Paris; et la mort de sa mère payant obligé de retourner dans sa patrie , il fut nommé maître âe la chapelle impériale. Ses compositions les plus connues sont : V Enlèvement du Sérail , le Mariage de Figaro , Don Juan , la Flûte enchantée j €osi fate Tutti, le Directeur de spectacle , la Clémence de Titus , Idomenée, etc , elc. Il a composé aussi plusieurs morceaux de musique instrumentale et ce Requiem , sublime et fatal ouvrage , qu'il termina en expirant 9 k l'âge de trente-six ans.
(a3) Méhul , dont l'harmonie savante se fait remarquer dans toutes ses productions , est plein de chant et de grâces dans Stratonice^ et dans son opéra si comique^ intitulé YlratOn
' (a4) Grétry» né k Liège , a publié des mémoires qui se
laissent rien k dësîrer^ sur sa vie et sur son art. La musique de Grëtry est dans la mémoire de tout le monde , el le nom de Grétry est immortel. Jamais musicien ne sut mieux identifier la musique aux vers français , leur donner même la force, et l'expression qui leur manque. En dépit de la détestable prose rimée de Sedaine , la musique de Grétry est toujours mélodieuse ; elle parle toujours à l'esprit et a l'ame. Il ne lui faut qu^une situation. Le plus grand nombre de ses compositions , exprimeraient ce qu'elles expriment^ sans paroles ; le dialogue de la musique donne souvent aux paroles un comique qu'elles n'auraient point eu sans lui. Grétry est le Molière, de la musique.
(aS) Jean -Georges Noverre, né k Paris, le 20 avril 1727 , mourut en 181 1 ; il était fils de Louis Noverre, adjudant de Charles XII , Roi de Suède : j. G. Noverre • célèbre comme chorégraphe ^ s'est fait aussi un nom en littérature par ses lettres sur la danse ^ en 1760, réimprimées sous le titre de : Lettres sur les arts imitateurs et sur la danse en par* ticuUer, Paris, 1807, ^ volumes in-8®. Il a laissé' beaucoup de matériaux pour la rédaction d'un Dictionnaire sur la danse M. Despréaux a publié un poème sur le même sujet ; ses vers , dit - on , n'attestent que trop qu'il a mis à profit la prose de Noverre. Les titres de gloire de Noverre, sont mérités par un grand nombre de ballets 9 où il y a beaucoup .d'imagination. Il sut donner un grand intérêt k ce genre , qui avant lui offrait peu de charmes. On distingue parmi ses ballets d'action : les Recrues Prussiennes , les Chinois , les Fêtes ^amandes , la Fontaine de Jouvence , la Toilette de Venus y les Fêtes du Sérail y le Jugement de Pdris^ le Jaloux sans rival , Iphigénie en Aulide , Iphigénie en Tau ride ^ jânnette et Luhin , Orphée , Médée , Sémiramis , Atalante , Armide , les Dandides , les Amours îï Henri IV ^ les Gra^ ces , Alceste , les Horaces , Enée et Didon , Acis et Galathée , les Noces de Thétis , la Rosière de Salency , le Triom-pke d'Alexandre, etc., etc. — Noverre mérita les éloges de
Voltaire, fut applaudi a Vienne, appelle par Frédéric 11 k sa cour , et par Garrick en Angleterre.
Les deux Gardel , dont l'un vit encore pour les plaisirs de Paris 9 se sont montrés les dignes successeurs de ISoyerre*
DISCOUKS EN VERS
SUR UINTERET PERSONNEL.
L'homme sent; l'homme agît; et sa raisou le guide : Mais de cette raison chancelante et tin^id^ Nous voulons découvrir le mobile éternel.
Quel est-il? C'est, dit-on, l'intérêt personnel. Nous agissons par lui ; sou empire est suprême; Des vices, des vertus l'origine est la même; Le sage ou l'insensé, le juste ou le pervers. Soit qu'il traîne ses jours sous le poids des revers. Soit qu'en ses moindres vœux le destin le seconde. De lui seul occupé, se fait centre du monde.
Tout cherche son bien-être, et chacun vit pour soi : * Des êtres animés c'est l'immuable loi ; Dans les airs , sous les eaux , ainsi que sur la terre , L'intérêt fait l'amour, Tintérêt fait la gtierre. Quand pour huit sols par jour deux cent mille héros- Vont sur les bords du Rhin ferrailler en champ clos^ Les vautours du pays , les loupsj du voisinage. Certains de leur pâture, attendent le carnage; Uu vieux soldat manchot, devenu caporal.
Rend grâce à sa blessure, et court à l'hôpital ;
L'amour, consolateur des peines de la vie.
Ce qui fait les héros, l'amour de k patrie.
Et , ce que célébrait un éloquent Romain , La source des vertus, l'amour du genre humain;'
D'un juge plein d'honneur la justice égarée Fit priver de ses biens une veuve éplorée :
Détrompé, réparant l'irrévocable arrêt, Il rend tout à la veuve : est-ce par intérêt ? Non : l'intérêt commande au juge tyrannique/ Prononçant d'un front calme une sentence inique,' Et du temple des lois chassant avec courroux L'orphelin dépouillé qui pleure à ses genoux. Bourbon, de nos guerriers long-temps le chef suprême^
Blessé dans son orgueil, dans sa fortune même, S'indigne, et désertant les étendards français. D'un monarque étranger va subir les bienfaits. C'est à l'intérêt seul que Bourbon sacrifie : Mais Catinat vainqueur commande en Italie ; Je le vois, sans murmure, à l'ordre de son roi. Soldat obéissant, marchant sous Villeroi* L'intérêt produit-il un dévoûment si rare ?
Dans les remparts de Dreux un fléau se déclare A le fuir invité, l'auteur de Venceslas Y reste, attend son heure, et reçoit le trépas. Quand Marseille est en proie à la même influence. Le héros de Denain gouverne la Proveuce :
Cent mille infortunés l'appellent k grands cris; n les plaint^ les exhorte^ el demeure à Paris* Tous deux à l'intérêt les trouvez-vous sensibles? Est-ce un conimon motif qui les retient paisibles; Rotrou^ dans le séjour où le trépas l'attnid, yillars^ loin du péril, à la cour du Régent?
Le plomb n'est point tiré àes mines de Golconde ; Prés des monts d'Ibérie une eau pure et féconde Dans les corps languissans Êdt couler la santé : Cette eau n'a point sa source ^u marais empesté Dont la fièvre homicide. habite les rivages^ Et qui , dans un été , dépeuple vingt villages* Ah ! que sur les bons cœtirs la vertu régne en paix 1 L'intérêt personnel n'a que trop de sujets.
C'est le roi du tyran, sous qui trente ans de guerre De flots de sang et d'or ont épuisé la terre ; Le roi du courtisan, qui vendit son honneur.
Et fut esclave habile afin d'être oppresseur ; Du publicain pervers, qui, du sein des rapines. Insulte en s'enivrant aux publiques ruines ; Du charlatan sacré, qui, la crosse à la main, Vit, inutile au monde, aux frais du genre humain. On voit même souvent l'orgueil et le caprice , L'hypocrisie impure, et jusqu'à l'avarice.
D'une fausse vertu calculant les produits.
Semer quelques bienfait^ pour en cueillir les fruits ;
Donner pour envahir « et, par un vil manège; Usurper sans pudeur un renom sacrilège.
Mais il est, grâce au ciel, des esprits généreux/ Qui font le bien pour tous , qui ne font rien pour eux* Brunsvick, en secourant un peuple qui se noie^ De roder en fureur est lui-même la proie* Vous reviendrez peut-être i votte vieux propos : Brunsvick, issu des rois, et neveu d'un héros ^ Sera mort, selon vous , dans la douce espérance Qu*il aUait des journaux exercer l'éloquence , Et que, pour le chanter, dans les murs de Paris/ Exprés, chez les quarante, on fonderait un prix» Mais quoil le même espoir, à l'aspect d'un naufrage, Au signal de détresse aperçu du rivage, Pousse-t-il loin du port tant d'obcurs tnatelots^ Qui prodiguent leurs jours, et vont braver les flots. Quand la mer, autour d'eux, entr'ouvre mille abîmes? Là, dans un incendie, aux clameurs des victimes, Voyez les citoyens, l'un par l'autre animés.
S'élancer à l'euvi sous des toits enflammés.
Qui peut leur inspirer ces élans respectables ? Rien , rien que le besoin de sauver leurs semblables. Sur les sentimens purs et désintéressés i
L'ame de Fénélon doit nous instruire àsse2« Il faut , prétendait<il , aimer Dieu pour lui-même. S'il n'expliquait pas bien son mystique système ^
S'il fut par ses rivaux justement combattu ^^ C'était ainsi du moins qu*il aimait la vertu; C'est ce qu'il voulait dire ; et c'est aussi pputrétre Ce que sentaient trop Uen ses rivaux et $ai| m^trf, La vertu se suffit ; son exquise pudeur Laisse à la vanité , qui s'appelle grandeur ^ D'un éloge vénal les tributs ^npbatiques , .
Et le bruit commandé des fanfares publique; Conquérans immortels^ par des calan)ités> Vos monumens debout surchargent les cités } En vous payant l'impât d'une terreur profonde ^ Le monde a célébré les oppresseurs du mpnde.
Pourrait-il seulement nommer &es bienfaiteurs ? Du soc et du semoir quels sont les inventeurs? Qui changea les déserts en campagnes fertiles ? Quels mortels ont créé les premiers arts utiles? Quels , des arts découverts ont trausocnis \p$ leçons? Et quel di^in génie ^ analysant les sons.
Figurant à nés yeux les signes du langage.
De tous les arts futurs nous conquit l'héritage ? Sur aucui^ monument leur nom n'est établi ; Comme on brigue l'éclat^ ils ont brigué l'oubli; Et, par un vol sublime échappant à l'histoire. Les plus hautes vertus sont des vertus sans gloire^
De la vie ordinaire examinons le cours :
Ii^bo^nête honmie |)ai.sible aime à cacher ses jours i
Et ie bniyans jongleurs auront la complaisance D'envoyer aux journaux leurs traits de bien&isance. Rapin vécut trente ans, chétif et demi nu^ Et des faquins obscurs fat le plus inconnu, n obtient par la brigue un rang considérable ; Vingt millions volés Font rendu respectable.
Rapin vient de mourir , des fripons regretté : Ceux qui volaient sous lui vantaient sa probité. Voyez, voyez encor jusqu'à l'asile sombre Tout ce troupeau servile accompagner son ombre* C'est peu : l'airain guerrier pour lui va retentir ; Pour lui dans cette chaire un prêtre va mentir; Le mensonge est gravé sur la pierre funèbre^ £t du nom d'un pied plat va faire un nom célèbre. » Et ce sage, à l'étude, aux pauvres consacré, Qui, portant le savoir sous leur tott ignorée Allait guérir leurs maux, consoler leur vieillesse; Celui qui, de leurs fils instruisait la jeunesse; Ce riche ^ satisfait d'un modeste séjour^ Mais que l'agriculture occupait chaque jour^ Qui payait le travail , secourait l'indigence , Et pour prix d'un bienfait ^demandait le silence. Le Sylva , le Rollin , le Sully du hameau > Sont là) sans épitapfae^ en un même tombeau.
Si l'éclat d'un vain nom fut l'objet de leur crainte ; D'ua pur amoiu: du bien recoimaissez l'empreiute ;
Respectez-en la source; et ne prétendez plus Que jamais l'égoisme ait fondé les vertus.
Oh ! qu'il connaît bien mieux leur véritable base ^ Ce bon ^ ce vieux Chrêmes ^ éloquent sans emphase y Qui dit à Ménédime ardent à s'afBiger ; Homme ^ chez les humains rien ne m'est étranger. A ce vers de Térence on a vu Rome antique Répondre av^ transport par un cri sympathique. C'est qu'elle y retrouvait un sentiment sacré , Par l'humanité même à Térence inspiré ; Chrêmes offrait de l'homme une honorable image; ; Ou s'en déclarait digne en lui rendant hdmmage. S'il eut dit : Je suis homme , et ne songe qu'à moi^ Rome n'eût répondu que par un cri d'effroi , £t'^ du vers inhumain punissant le scandale ^ Un siiBet vertueux eut vengé la morale.
L'intérêt personnel attire tout à lui ; La sympathie aspire à vivre dans autrui :
Si dans tous les mortels l'un voit des adversaires , L'autre y voit des amis , des alliés , des frères : L'un les fait détester ; l'autre les fait chérir ^ Et pour eux , avec eux , nous enseigne à Souffrir. Par quel abus des mots^ dans votre vain système^ Nommez-vous intérêt l'abandon de soi-même î Faut-il, en poursuivant d'utiles vérités.
S'égarer à plaisir en des subtilités ?
L'esprit âani cet at)3nttie envaîn cherche une Toute ; Et^ malgré son flambeau^ la raison n'y voit goutte* Autant vaut rajeunir les rêves de Platon , Ou devers Alcala , sur un plus aigre ton y Se mettre en ergotant Tesprit à la torture , Pour accorder Thomas , Scot ou Bonaventure.
Philosophes Français ^ nés dans l'âge éclairé , Que les fils de Tartuffe ont envain dénigré , Cultivant chaque jour Tintelligence humaine , Vous avez fait valoir , et grossi son domaine. Si le profond René , qui fut trop créateur ^ Du doute méthodique heureux législateur^ Mais infidèle aux lois par lui-même fixées , De nos sensations sépara nos pensées* ; Si le bon Provençal , qui voyait tout en Dieu ; Ne se fit pas comprendre ^ et se comprit fort peu ; Si , dans la Germanie , un charlatan gothique , Ose , en illuminé , prêcher sa scholastique ; Les chemins qu'entrevit Bacon le précurseur^ Et dont Loke en tremblant sonda la profondeur , Offrant à vos efforts un terrain plus docile , > Désormais , g/ace à vous , sont d'un accès facile : Guidés par la nature / et cherchant pas à.pas , Vous étudiez l'homme , et ne l'inventez pas ? Des effets démontrés vous remontez aux causes : Mais pesez bien les mots ; car les mots font les choses.