‹ Œuvres diverses et inéditesChapitre 15 sur 46 · ÉPITRE AUX PISONS · texte numérisé non relu

ÉPITRE AUX PISONS

Si quelque peintre osait associer Le chef d'ua homme et le front d'un coursier ^ S'il bigarait de différens plumages Un corps d'Hebé finissant en poisson y Qui n'en rirait? Noble sang de Pison^ A ce tableau comparez les ouvrages y Amas d'objets rassemblés sans raison ^ N'ayant ni pieds ^ ni téle^ et^ pour tout dîre^ Tels qu'un fiévreux les rêve en son délire.

Peintre et poëte ont droit de tout oser ; Et^ sur ce point tous deux d'intelligence ^ En l'accordant réclament l'indulgence.

Usons du droit y craignons d'en abuser :

Il ne faut pas qu'au gré d'un vain caprice^ Au miel d'Hybla le fiel amer s'unisse \ Que les serpens proviennent des oiseaux^ Que la tigresse enfante les agneaux.

Dans le début une œuvre est imposante ;

Bientôt la pourpre en lambeaux se présente :

Ici^ des bois y des autels sont décrits ;

Là^ cent détours d'une eau pure et limpide ^

Qui se promène au sein des prés fleuris y

Les sept couleurs de Técharpe d'Iris ^

Les flots bruyans du Rhin vaste et rapide»

L'endroit est beau , mais il est déplacé.

Des noirs cj^^prés vous peignez bien l'ombrage \

Qu'importe ? Il faut une mer ^ un orage ;

£t Taoheteur^ par les flots menacé^

Veut y paraître échappant au naufrage

Sur les débris d'un vaisseau fracassé,

A quel propos de l'infidèle argile

Sort-il un vase en urne commencé?

Que le sujets fortement embrassé^

Soit nu ^ soit plein ^ sans détail inutile.

L'amour du bien nous trompe quelquefois^ Tel veut du neuf ^ et son pinceau nous trace Un daim sur l'onde^ un dauphin dans les bois: Je crois saisir la douceur et la grâce y Mes vers sont mous^ timides y languissans; Sobre de mots^ je fais chercher le sens.

L'un^ trop timide^ évitant les orages^ Rase le sol ; l'autre au sein des nuages Va s'égarer.; prenant un vol trop' haut :

Chacun ;

Chacun, si l'art n'est son fidèle guide; Craint une faute, et tonxbe en un défaut.

A quelque traits c'est peu que 1 art préside. De ces cheveux voyez comme un fondeur Sait imiter la flexible rondeur ?

Sout'ik d'airain? dites : que vous en semble? * L'heureux détail^ le malheureux . ensemble !.••« Votre fondeur ne sait que le métier; Mais Phidias sait Jupiter entier.

Ecrivez-vous ? connaissez les limites Qu'à vos talens la nature a prescrites : Avecjajsir sachez vous couBulter Sur le fardeau que vous voulez porter.

En des sujets choisis avec prudence , Sans nul effort viendront se présenter L'ordre lucide et la douce éloquence.

D'un ordre heureux la grâce et l'excellence Seront, je crois, d'éviter tout écart, De dire ici ce qu'ici l'on doit dire, En omettant ce qu'on dira plus tard.

Soignez les mots : les mots font l'art d'écrire. De nouveaux sens dotez les mots vieillis :

Si quelquefois la langue est sans ressource^ -Des mots troiivés seront bien accueillis ; Mais ded mots grecs détournés de leur source. Veut-on priver Virgile et Varius

D'un droit qu'avaient Plante et Cécillus?.;.V J'ajoute au bien qui m'échut exï partage.

Si je le puis, de quoi me blâme-t-on ?

Puisqu'autrefois Ennius et Caton De notre langue ont accru rherîtage , Osons comme eux, nous et nos descendans^^ Frapper des mots à la marque du temps.

L'hiver au bois feit tomber le feuillage; ^u renouveau se rajeunit l'ombrage:

Des mots usés sont flétris chaque jour;

Des mots natssans fleurissent à leur tour;

Du genre humain Is mort est créancière :

Nos travaux, nous, tout deviendra poussière!

Vous admirez cent prodiges des arts ,

Luxe royal et digne des Césars ;

Là, d'un torrent le$ flots rendus utiles

Ne viennent plus noyer des champ fertiles ;

Ici, Neptune accueille les vaisseaux;

Le soc tranchant sillonne au loin la plaine

Qui vit la rame ouvrir le sein des eaux;

Une cité remplace des roseaux ; Ces monumens de la grandeur romaine Auront leur fîii comme toute œuvre humaine :

Ainsi des mots, déchus de leur splendeur^ Reparaîtront; d'autres sont en honneur^ Qui périront, rejetés par l'usage,

(Mi)

Seul magî^rai; seul maître du langage.

Le grand Homère apprit à ses rivaux Quel vers pompeux convient aux chants épiques; L'humble élégie , en mètres inégaux^ D'un ton plus doux soupira ses distiques ; Sur rinventeùr on reste partagé > Et le procès n'est pas. encor )ugé.

C'est Archiloque, inspiré par la rage; A qui l'on doit l'ïambe aux traits sanglans : Les brodequins, les cothurnes brillans, Du nouveau mètre adoptèrent l'usage $ D'un peuple ému forçant l'attention, Il est rapide et marche à l'action.

Enfin les dieux sont chantés sur la lyre/ IjGS fils des dieux, les succès du guerrier.

Ceux de l'athlète, et même du coursier, BacchuSy amour^ jeunesse, heureux délire.

Comme poète, à quoi bon m'annoncer, Si je ne sais par un travail habile / Changer de ton, de couleur et de style? Apprenons l'art avant de l'exercer I . Sur le cothurne, en uii sujet comique, Ne guidez pas votre muse emphatique ; Et de Pélops décrivant le festin , Ne chaussez pas un humble brodequin.' Que chaque genre ait son vrai caractère»

La Comëdie élève un peu la vo!^ Seloa l'instant : et Chrêmes en colère Semble au cothurne aspirer quelquefois.' De même on voit l'altiére Melpoméne Presque toujours modeste en ses douleurs ; Son vers plus simple est mouillé de ses pleurs. Dans leur exil , entendez sur la scène Gémir Pelée et Téléphe proscrits ; Ils ont laissé les grands mots et les cris ; Leur plainte émeut ^ leur misère est touchante ; Beauté n'est rien sans naïve douceur ; Les doux écrits sont les maîtres du cœur • La beauté plaît ^ mais la douceur enchante.

Des ris joyeux accueillent les rieurs ; C'est en pleurant que l'on obtient des pleurs. S'il ne m'endort^ Téléphe me &it rire^ Quand il dit mal ce qu'il prétend me dire.

Selon les^înots , montrez-vous à nos yeux , Calme ^ 'irrité^ triste^ gai^ sérieux :

A chaque état la nature prudente Secrètement sait disposer nos mœurs ; Elle nous pousse à la colère ardente ; Elle nous plonge en de sombres humeurs :

Ses mouvemens sont peints dans le langage.

Des chevaliers 'craignez les ris moqueurs^ Si le ton jure avec le personnage.

Un dieu s'énonce autrement qu'un héros :

Que Ton distingue à leurs moindres propos Sage vieillard, homme en la ifleur de l'âge, Fille des rois, noiirrice au ton flatteur. Juge, guerrier, marchand, cultivateur, - Ayant Ârgos , ou Thèbes poui^ patrie , Né dans la Grèce, ou bien dans, l'Assyrie.

Des vieux héros dessinez-vous les traits ?

Exposez- nous leurs fidèles portraits :

Peignez Achille ardent, inexorable, Altier , colère , osant braver les lois , Hors ceux du glaive, ignorant tous les droits ; Ixion traître, et Médée implacable; Ino plaintive, Oreste inconsolable.

Que le héros: d'un sujet inventé Soit jusqu'au bout à lui même semblable / Tel que d'abord vous l'avez présenté.

S'approprier ce dont chacun est maître , Trouver du neuf, créer, est un projet Bien difficile : il vaudrait mieux peut-être A l'Iliade emprunter un sujet.'

A votre tour vous deviendrez modelé.

Si , libre auteur , non copiste fidèle , Vous traduisez du chantre des héros Tout le génie , et non pas toas les mots.

Concourez-vous pour les palmes épiques ?

Ne criez pas comme certains auteurs :

Je chanterai les combats héroïques,

Et de Priam les iUudre^ malheurs.

Nous tieudra-t-il ^ ce cbautre à large bouche ^^

Ce qu'il promet avec taut d'apparat?

Oh ! non vraiment ; la montagne est en couclie i

Grande rumeur. Eh ! qiue naît4l ? Un rat.

Étudiez ce docte personnage

Qui^ sans , orgueil marchant à pas certains,^

Implore ainsi sa Muse habile et sage :

« Disrmoi ce Grec qui du troyen rivage ;,

a> De bords en bords jeté parles destins^

» Vit les cités et lei mœurs des humains. ^

La flamme ici ne vient pas la première,

Mais la fumée enfwte la lumière*

Traçant 'bient<6t des prodiges nombreux ,

H nous dira Cal}^so gémissante , . ^

Et le Cyclope , et sa rage impuissante,

Et de Scylla les abolmens affreùjc.

Va-t-il chercher l'œuf où naquit Hélène ?

Eu plein sujet il marche et iioùs entraîne |

Il voje au fait : principe/ milieu, fin.

Rien ne digère en couleur, en dessin;

S'il ment , chez lui le faux est vraisemblable 5

Tout est brillant , ou soudain rejeté :

La vérité çhaTmç comme Ist fable ;

( rSi )

La fabld iiss trait comme la^ véritô;

Sûr k théâtre étalant vos oulrraged / Prétende&vous charmer les «pectateun ?

MontrezrTousipeintre^ et des différeus âgeft Représentez les différentes mœurs. Sent-il «son pied devenu moins débile ^ De sts pareils Tenfant cherche les jeux ^ Crie et se taît , rit et pleure arec eux , Toujours ému, toujours vif et mobile.

L'adolescent échappe aux longs regarda Des gouverneurs ; quelles sont ses délices?

Meutes y chevaux, chassesr, courses d«s chars; Apre aux conseils , de cire pour l^s^ces,

Il est prodigue ; ardent, présomptueux , Exagéré , mais volage çn ses vœux. '

L'homme , au sortir de la folle jeunesse,'

Du moindre écart soigneux de s'abstenir,' Prévoit, combine., assure l'avenir, Poursuit crédit , puissance, honneurs, richesse. Le froid vieillard aime à temporiser , Amassant l'or et n'osant en user , Prompt à la crainte, et lent à l'espérance.

Donneur d'avis, dîflBcile, grondeur,' Du temps présent déterniîné frondeur, Louant toujours les temps de son enfance.

De mille bîensf les ans viennent suivis ;

Et par les ans ces biens nous sont ravîs.'^ Compos<^as donii comme agit Ja nature ^ Principe unique et. modèle de l'art :

D'un vieux jeun^ homme ou d'un; jeune Tieillard N'offrez jamais la bizarre peinture.

Chaque incident, se raconte 'où se voit»

Du spectateur Tame est bien plus émue Losque la chose est présente à sa vue ; Quoique fidèle^ un récit parait froid :

Mais nous voyons d'un regard incrédule L'objet hideux ou l'objet ridicule; -Sur ses enfans ^ que Médée à nos yçux

Ne porte pas sa <main désespérée ; Des noirs festins du sacrilège Âtrée y ^ Epargnez-nous les apprêts odieux, Cadmus traînant son écaille azurée > Prognç portant son vol au haut des cîeux.

Obéissez à des règles, exacte^; Combinez tout; bornez-vous à cinq actes ; Qu'un dieu par vous ne soit pas mis en jeu; Si l'action n'est pas digne d'un dieu.

Jam^i^ de scène à quatre personnages i Le chœur pnit les actes divisés.

Mais par des chants dans le sujet puisés; Il doit agir, donner des avis sages, Aider les bons, célébrer l'amitié.

ÎLes justes lois^ la saine tempérance; La paix ouvrant les ports à l'abondance. ; Qu'il soit fidèle au secret confié; Ami constant des ennemis du crime ^ Qu'il prie un Dieu , bienfaisant et vengeur^ Pour que du sort la faveur légitime Quitte l'orgueil et revienne au malheur.

Long-temps la flûte, en compagne discrette/ Sans affecter l'éclat de la trompette.

Soutint les chœurs de sous mélodieux :

Ce fut assez I tant qu'aux jeux de la scène Un cirque étroit pût CQutenir sans peine .

Kos citoyens sobres, chastes ^ pieux.

Rome, plus riche, étendit sa frontière; Un long rempart ceignit la ville entière; Par les plaisirs ses voisins attirés , J En s'enivrant fêtaient les jours sacrés.

Bientôt la flûte , en proie à la licence, IS'eut plus de frein dans un théâtre immense, Où sénateur, citadin, campagnard, Pocte, ignorapt , s'assemblaient au hass^rd.

L'art s'est perdu par un pompeux délire*^ , Ainsi la Grèce, abusant de la lyre.

Exagéra la majesté du chœur; )

Et Melpomène, obscure, énigmati(}^e.

Fut d'Apollon la prétresse en fureur

Dictant les lois du trépied prophétique.

Le même auteur qui du tragique épris p

D'un noble genre ohïxtA l'ignoble prix^

Introduisit les Satyres en scène ^

Four exciter les ris licencieux

D'un auditoire aimant la joie obscéneè

Sortant de tablée et quitte envers les aïeux*

En s'égayant^ fidèle à Melpoméne,

Que le héros , ceint du manteau royal ,

Ne m'offre pas un bouffon trivial.

Et sans ramper, sans monter dans la nue;

Des pleurs aux ris passe avec reténue.

La Tragédie, au cothurne pompeux.

Chez les'Sylvains, troupe folljB et cynique^

t Se laisse admettre en matrone pudique ,

Qui par devoir vient mêler dans nos jeux

Ses chastes pas à la danse publique^.^

Si dans ce genre il fallait m'exercer ,

Simple avec art , bien loin de m'abaisser ^

J'aurais grand soin que de la tragédie

On reconnût la couleur et le ton :

Dave jamais, cet esclave fripon.

Ou Pythîas, intrigante hardie.

Qui sait tirer un talent de Simon ^

Ne prêteraient le^rs ruses, leur langage,

A ce Silène, appesanti par l'âge ^

Wnn jeune dieu fidèle compagnon.

Au yraî ^ surtout , n^âknt le vraisemblable ^

D'un fait connu j'emprunterais ma fable ;

Chacun d'abovd penserait parvenir

Au même point ; mais ce point difficile

Pourrait coûter un travail inutile ;

Tant J'ordre plaît ! Tant Tart sait rajeûiiîif Un sujet vieux ^ dorit toutes les parties Ont de la suite et sont bien assorties !

Qu'en leurs discours les Faunes^ les Sylvaiàs^ ïj'imitent pas de nos jeunes Romains l.e ton galant et .là molle élégance , Ni du barreau Forgueilleuse éloquence; Défendez-leur de honteux jeux de mots :

Vous seriez sûrs d'un succès populaire ; Mais c'est tomber que de charmer les sots ^ C'est & Vcsprit , c'est au goilt qu'il faut plaire^ D'abord l'ïambe était frappé six fois

Dans lé trimètre *, on admit le^^ondées , Pour que le son gravât mieux les idées.

Du pied rapide ils obtinrent les droits ; Mais en partage , amis et non pas maîtres ^ Du second rang , du quatrième exclus »

Loi que sans cesse Ennius , Acoius , Ont violée en leurs nobles trimétres.

Pça vers ^lesans ^ de longues surchargés ^

Prouvent peu d'art ^ beaucoup de négligence : Ces vers mal faits ne ^ont pas mieux jugés ; Rome a souvent prodigué Vindulgence.

Faut-il moi-inéme écrire à l'abandon y Inexcusable^ et certain da pardon?

Des vieux auteurs j'évite au moins la faute y

Sans mériter plus de gloire à mon tour :

Lisez les Grecs , lisez-les nuit çt jour.

Mais nos aïeux goûtaient les vers de Plaute^ Vantaient le sel de ses joyeux propos.

Soit : ils poussaient trop loin la patience > Si nous savons , peut-être un peu moins sots / Et bien entendre / et frapper la cadence^ Des vers polis savourer l'élégance, Des quolibets distinguer les bons mots.

Couvert de lie , et sur un char rustique , Dans les hameaux on prétend que Thespis Traîna d'abord la tragédie antique :

Théâtre clos, gravité des habits , Masques décens , sublimité du style ; Cothurne altier^ sont l'ouvrage d'Eschyle; Après ce temps , non sans de grands succès , Parut bientôt la vieille comédie :

Elle fut libre , et devint si hardie , Qu'une loi sa^e arrêta ses excès ^ Le chœur; au frein honteux de se réduire ,

Resta muet ; perdant le droit île nuire.

Tout fut tenté par nos auteurs latins :

Ils ont des Grecs abandonné la trace .

Dans tous les rangs peint les mœurs des Romains :

Plus d'une palme a payé cette audace*

O Latium ï la gloire des écrits

T'illustrerait non moins que le courage ^

Si du travail nous connaissions le prix !

Sang de Numa , condamnez un ouvrage

Qui ne fut pbiéf de rature chargé ,

Relu dix fois , et dix fois corrigé ,

Comme en cet art Démocrite dénie Tout au travail ^ donne tout au génie Et n'admet point au sommet d'Hélicon Les partisans de la froide raison ; Fuyant les bains , ^la plupart des poètes , La barbe longue et les ongles crochus , Des lieux obscurs vont chercher les retraites : D'un si beau titre ils se croiraient déchus , Si leur cerveau^ vainqueur de l'ellébore ^ Sentait la main du ^barbier Licinus; O moi chétif ! par habitude encore^ Lorsqu'au printemps les beaux jours sont venus > J'aime à purger les vapeurs de ma bile j Et sans ce point ^ j'étais poëte habile« Mai^ incoimU; si la gloire vaut tant^

limiterai du moins la pierre utile

Qui^ sans couper^ rend le fer plus tranchant |

J'indiquerai quelque mine fertile;

[N'écrivant rien, montrant comme on écrit ^

Où l'art nous mène, où le faux goût nous jette ;

Ce qui convient , ce qui nuit au poëte ,

Ce qui le forme, et ce qui le nourrit.

Le bien penser conduit au bien écrire* Puisque Socrate enseigne à bien penser.

Suivez les lois qu'il a su nous prescrire ; Sous votre main les mots vont se placer.

De quel amour faut-il chérir son père.

Et sa patrie, et son hôte, et son frère ^ Et ses amis? Jusqu'où va le devoir D'un chef prudent, d'un juge intégre et sage^ D'un sénateur? Qui le sait, va savoir Le tpn qui sied à chaque personnage.

Observez donc^ en tenant les pinceaux; La via humaine, objet de vos tableaux.

Pièce de mœurs , dont la fable intéresse , Même sans art, sans grâce, sans noblesse;* Se soutient mieux que des vers compassés.

Pauvres de sens, et des riens cadencés.

La muse aux Grecs dispensa le génie.

Le doux parler > l'éloquente harmonie ; Mais de la gloire ils faisaient leur trésor :

Chez nous y l'enfance aux longs calculs se livrtf ^ Trés-doctement fidt cent parts de la livre ^ Et ne connaît d'autre Apollon que Tor.

Le fils d'Albin compte à peine deux lustres , Et peut charmer nos usuriers illustres :

Du marc^ de l'once il sait quel est le prix, Combien nù quart fait moins que deux septièmes. Ah ! quand Tusure infecte lés esprits ^ N'espéreE pas de ces divins poëmes Dans les parfums page à page lavés , Dans le cyprès avec sôih conservés.

En écrivant que désire un poëte 7 Se rendre utile ^ ou paraître amusant.

Mais, dédaignant une gloire incomplète.

Plus d'un aspire i plaire en instruisant.

Donnez toujours un précepte rapide ; A peine émis il sera su par cœur :

Un mot de trop, fatiguant l'auditeur.

Est rejeté comme un mets insipide.

Même en feignant cherchez la vérité ; Tï'épuisez pas notre crédulité :

Jeune Romain fuit un poëme austère.

Vieux sénateur bait la frivolité ; L'art tout entier c'est d'instruire et de plaire ; A l'agrément qui joint l'utilité , Parcourt le m^nde , enrichit le libraire ^

Et se survit dans là postérité.

Il est pourtant des fautes qu'on excuse.

Au ton par fois la lyre se refuse ; Par fois le but^ vainement menacé^ Echappe au trait qu'un chasseur a lance»

Quand de beautés un poëme étincelle , Fermons les yeux sur de légers dé&uts ; Kien n'est parfait , : mais d'un luth infidèle Pincer toujours la m^me co^de à fauxj Pure ignorance. Un scribe sans cervelle^ Souvent repris dans les mêmes endroits^ A l'indulgence ^-t-il encor des droits ? Non. C'est ainsi' qu'un auteur mal-habile^' Bronchant toujours y devient pour moi Chériie ^ Qu'en souriant j'admire une ou deux fois.

Je suis honteux quand le chantre d'Achille De ten^ps en temps s'abandonne au sommeil } Mais sa carrière est. longue et difficile ; Et c'est Homère : il est sûr du réveiL

. La poésie est comme la peinture > Et ses tableaux sont travaillés exprès Pour être vus ou de loin ou de près ; . L'un peut charmer dans une teinte obscure ; . L'autre en plein jour brave des yeux savans ; L'un plait d'abord , Tautre dans tous les temps* vous^ l'aîné d'une famille auguste^

Au

ÀU ^oÀt ^u vrai Pison formd sed fils | Vous récoutez ; vous avez l'esprit juste } Pesez pourta0t^ rétetiez mes avis* De Messala saus avoir réiôqueilcey Sans égaler Aulud pour la science^ i7n orateur fait chérir son talent ; Mais il faut être un poëte excellent > Ou Voir bientôt s'ériger en (critiqués Hommes et dteux^ et temples et portiques.

Ragoûts dé prix qui* sont mal apprêtés y Airs discordahis à fable exébùtés) D'uli grand festin font un repas vulgaire :

Le luxé est beau y mais n'est pas nécessaire. Ainsi des arts le plus délicieux Bampe humblement s'il n'atteint pas les cieùx^ Des jeux guerriers s'il n a point l'habitude > £st-il un fou qui vienne au champ de Mata De Rome entière essuyer les brocards?

Tel fait des vers et n'a point fait d'étude ; Mais ses tàlens sont dans son cojBEre-fort^ Et d'un beau nonl y qui soutient sa richesse^ Nul vice impur n'avilit la noblesse.

Pour vous jamais^ paruii stérile effort^ Vous n'écrivez en dépit de Minerve ; Votre raison guidera votre verve.

Que Tos essais, soumis à Métius^

A votrepère, à l'amitié d'Horace,' \ Dorment neuf ans : un mot écrit s'efface ; Rendu public y un mot ne revient plus.

L'homme sauvage et long-temps indomptable; Quitta ses bois, ses antres odieux.

Aux chants d'Orphée , interprète des dieux :

De là ces chants, si l'on en croit la fable.

Apprivoisant le tigre et le lion :

Et d'une lyre éprouvant la puissance.

Les rocs émus s'élevaient en cadence Sur les remparts que fondait Amphion.

Dans l'art des vers fut là sagesse antique; Dy tien, du mien, de la chose publique, De l'hymenée, il établit les droits.

Régla les mœurs , sanctifia les lois* Homère alors fit ses brillans ouvrages ; Tyrtée en vers enflamma les courages ; L'art agrandi fut par-tout honoré ; Il domina sur le trépied sacré ; Il sut montrer la route de la vie , Charmer les rois par sa douce harmonie, Des longs travaux égayer la. lenteur :

Vous donc, épris d'une muse immortelle, Ne croyez pas la lyre indigne d'elle , Et soyez fier qu'Apollon soit chanteur !

Fait-on âe$ vers par art ou par nature?

Un^raipcrëte e$st Tô&uvre dç'tQu$'^etûU T

L'art ne peut rien, sans un^ g^qie heurefux f Et le génie a besoin de cûlteire..

Il s'exerça, craignit le tÎB^ l'ainour^ /

L'athlét» habile à la course;, à k, lutte % Long-terops un maître a foi^mé chaque jour ' Celui qui chante, ou &it parler la flûte ?' "> Et maintenant, pour se donner du prix^..

On n'a qu'à dire : admirez mon poëme I .; La seul^ honte est d'avouer soi-même Qu'on ne sait pas ce qu'on, n'a point appris. . Tel qu'uo huissier poxur.la vente publique ; Va convoquant de nombreux acheteurs^ Uu riche, atteint par le mal poétiqua^ . ; •

A la curée appelle les .flatteurs.

Sait-il prêter, se rendre nécessaire/ Tirer les gens» d'une pénible affaire^ - o

Se signaler par d'élégans £;$tins7 :

Oh I que d'amis ! mais qu'ils sont incertains! #. . • « Un homme at-il reçu vos fions la veille ? ( ' Les yeux mouillés ^ il va vous applaudir,. ' ^ S'écrier : « Bien!.*, mieux encore I ^-nçierveiUel» Frapper du pied, s^extasier, bondir, ,,..:.

Les grands pleureurs,, sont les pleurçtirs^ gages Dans les convois : ainsi pour nog ouvrages \ Les louangeurs 3oqit' des rieurs xaqhpf/, ;

Maint Bat, dit^ony f«t «M dile àèNsmff Eprow6 âr tabfe ^ eâ cfiiyployaiKTivFeflse ^ Les courtisans qti) kiî sotlt attachés. ' Assurez^yeus d^nn- ami vMt^ble ^

Et prenez gard^ aux renaf ds de }a (àiAe.

Cét^8ullie2-Vau8 sur un iibuyef éctik Quintîlius ? II vous disait ? « Courage ; y> Otea ceci ^ réformez ce {)assage.

s> — Refait trois foië^ il la'excéâe l'esprit^ » Répondiez- vous : avec un trait de plunie Il effaçait les endroits condànlnés^ Et tous les vers^ grossièrament toumés^ Etaient par lui renvoyés à Tendume* Si^ renonçant à des efforts notrteaQx> ' Pour les proscrits on récTamait jttstice^' Quintilius laissait l'Âuteur^Narcisse Jouir tout seul et s'aimer sans rivaux.

Le sage ami raie un mot inutile^ Souligne un veirs inélégant et dur , , Blâme un Senë louche^ accuse un tour obséur.

Restreint des fleurs l'abondance infertile.

Cest AHst^rqucI : il juge sans pîlié ^ Pèse les mots , et rien ne dis^mule.

Il^ne dit pas : « Qu'importe un ridicule?

' » Quoi? pour Aes riens Wcss6-t-on Famitié? * Riens sérieux ! Le pdëme s'oublie ^

Le ridîcute «st'pouttoïita la vt6*'

Cpmme 4es '^ni 4qW la iëfm a rô^gé».

Comme « les fèuiB > 6oliHii« lus autres ,

Méchant poëte^ en passant dans les rues^

Est fui de loin par les hommes prudens^

Mais assailli par des bandes d'enfans.

Si l'insensé , loin des routes battues ,

En oiseleur qui va cherchant des nids /

Erre au hasard , hurlant ses vers maudits ^

Trouve un puits , tombe , et crie : Eh vite ^ à Taide I

Aucun ne bouge ; et si Ton intercède

En sa faveur , ne vous pressez pas tant*

Voyez y dirairje , Empédocle en Sicile ,

Qui de sang-froid saute en l'Etna brûlant y

Pour être un dieu :.ce poëte indocile ,

Malgré vous tous , veut et sE^ura périr :

Droit de poëte. Empêcher de mourir^

C'est égorger. Demain scène nouvelle.

A tant de verve est-il donc condamné ?

Est-ce un impie? Aurait- il profané

Quelque lieu saint , la cendre paternelle 7

Du furibond dès qu'on entend les vers ,

Sauve qui peut , l'ours a rompu ses fers ;

Docte ^ ignorant^ tout fuit : mais si notre homma

Saisit quelqu'un^ il déclame , il l'assomme^

Sans lui donner , sans prendre de repos ^

' Ainsi qu'on voit la.sfmgsfie ftc|i£iméo i Ne quiU«r pme, m aa toffi.obaiiué^.

Qu'ivre ^u mig dont elte a l^u tes flot«

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NOTES

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