‹ Œuvres diverses et inéditesChapitre 6 sur 46 · XI · texte numérisé non relu

XI

envoya des troupes et de Targent à ' HeiiSr î III ^ pour combattre et détruire les Calvinistes, et laissa les campagnes de ftotue livrées au brigandage. Le cardinal Borromée, TiCn des principaux instrumens de son élévation ^ lui disait : ff St.-Père , si j'avais

»' prévu la conduite que vous tenesÈ;', vous n'auriez » euni ma voix / ni celle' de mes amis. Que dites- » vous donc là, répliqua Grégoire, est-ce que le » Saint-ïiprit ne le savait pas?».....- *

Le fameux Sixte-Qumt vint après lùi.-Sixie^ qu'avant son exaltation on appellait Y Ane de la Marche^ se fît remarquer aussi par beautottp ' d'esprit , et par une politique atrocement perfide — ;. Portant envie au destin d'Elisabeth , q[ui avait sacrifié Marie Stuart à son ressentiment , il s'écria un jour : « heureuse femme qui a goûté le plaisir défaire sauter une tête couronnée 1 — Si ce pape n'avait pas détesté les moines , on ne saurait quel trait d'éloge lui

adresser Urbain VII, l'ami de Sixte, lui succéda,

mais il ne fut pape que douze jours. Le règne de Grégoire XIV , qui le suivit , ne dura que six mois. Ce temps lijd suffit pour employer une partie des trésors amassés par Sixte-Quint ; il s'en servit à l'instigation de Philippe II , pour faire la guerre à

Henri IV y et ravager la France. L'ibfaillibihié des

papc5 ne les rend pas immortels. Innocent IX , (juî lui succéda , fut enlevé par la mort au trône pontifical qu'il n'occupa que deux mois. Le dernier pape qui

siéga pendant le règne de Philippe II qui mourut avant lui , ce fut Clément VIII. Sixte-Quint l'avait honoré du chapeau de cardinal en i585. Il se déclara , comme le pontife précédent , l'ennemi de Henri IV ^ il refusa long-temps d'accorder son ab* solution à ce roi : «r seul roi de qui le peuple ait gardé la mémoire » ! Il ne céda qu'avec peine aux représentations d'Oliviéri , auditeur de la rote , qui lui fit sentir les dangers de son opiniâtreté ^ en lui rappeilànt r que Clément VII perdit ÏAn^ gleterre par complaisance pour Charles-Quint y et que Clément VIII perdrait la France par com* plaisance pour Philippe II. )i . Clément admit enfin les envoyés du roi de France^ c'étaient Du Perron et d'Ossat, nommés depuis cardinaux. Dans la cérémonie qui eût lieu le 7 septembre iSgS, le pape donna l'absolution au roi, dans la personne de ses envoyés , en les touchant d'ujie petite baguettç , à la manière des anciens Ro-» mains , . lorsqu'ils afiranchissaient leurs esclaves j le saint-père rendait ainsi la liberté chrétienne ^ à ceux qui étaient liés par les censures.,**^*»* L'ab-

solution ÊiOUt être retardée à cause de l'expulsion des jésuites du royaume de France, après l'attentat de Jean Chdtel en 1694^ « Est -il juste, disait le » pape au cardin^ d'Ossat , de punir tout un corps » pour la faute dW particulier ? Les grands ser- » vices (pie cet ordre a rend.us à Téglisé dans toutes n les parties du inonde sont bien mal récompensés I ir Je vois par là 9 quoique vous puissiez dire , q^e les » calvinistes sont encore bien pi^issàns en France. » Se prononcer contre les fîk d'Ignace de Loyola , quelque chose qu'ils fissent , c'était pour la cour de Rome se mettre en état d'hérésie.

Le livre de MoUna sur le libre arbitre et la grâce , ayant produit un schisme entre les Dominir cains et les Jésuites , le pontife se hâta d'établir la congrégation de AuxiliiSy ou des secours de la grâce; la congrégation assemblée censura Molina , qui ne s'avoua pas vaincu; et Clément VIII mou-? rut le 5 mars 1608^ avec le chagrin de n'avoir pas terminé au gré de ses vœux une dispute religieuse ^ qui , cinquante et un an après , eut xm heureux résultat pour le monde littéraire y celui d'avoir inspiré à Pascal y seià lettres immortelles contre les Jésuites.

De tous les papes qui se succédèrent pendant le

régne de Philippe ÏI, Paul IV est le seul qui tenta de s^opposer aux vues ambitieuses de ce monarque , si disposé cepOTidant à mériter toujours les indulgences et les grâces de la cour de Rome. C'est alors que Von vit le pontife romain , et le grand sultan (c) , se réunir à Henri II , pour faire la gpen'e au successeur de Charles - Quint j (d) mais l'Angleterre , à la sollicitation de Marie iv. , joignit ses armes à celles dé Philippe , et les malheurs du roi de France , les revers de Guise et l'habileté du duc d'Albe assurèrent les triomphes de Philippe en Italie i le Pape abandoima aussi-tôt un souverain qui n'était pas digne de combattre sous les bannières pontificales 9 puisqu'il avait été vaincu

Tout semblait fiivoriser à cette époque la puissance de Philippe , et concourir à le bercer de l'espoir d'être un jour le chef dune monarchie uniaersellej quelqu'indîgne qu'il fut du pouvoir, par son caractère et ses desseins.

Détestant l'humanité entière, et surtout la vertu courageuse } le sentiment de la vengeance , qu'il ne comprimait que pour le mieux assouvir , était le

(c) Soliman II.

{d) Eu i556.

seul qui enflammait son ame. Ne chercïiant jatoaîs le mérite modeste qu'il aurait repoussé si le hazard Feut fait connaître (4) j sa perspicacité était prompte

à découvrir les vices qui pouvaient servir son am-' bition. Le crime trouvait grâce à ses yeux, il obtenait même des titres de noblesse ^ pom'vu qu'il se rendit nécessaire (e). Il fallait que toutes les volontés cédassent à la sienne j la moindre opposition , la plus humble remontrance l'irritaient. Ce n'était point assez que d'être son sujet, il fallait être son esclave; et ce souverain, dont Torgueil ne pouvait se rassasier de servitudes et d'hommages , à qui tout l'éclat du diadème ne suffisait pas , qui voulut livrer à la hache des bourreaux la tête de son plus cher favori, du plus dévoué de ses lieutenans (/), pour avoir osé pénétrer jusqu'à lui sans s'être fait annoncer; ce sotiverain, oubliant ce qu'il devait à un Roi et à Itiî-même, au mépris de toutes les convenances, reçoit l'ambassadeur français , l'amiral Coligni , le com-^ pagnon d'armes de François /«''., dans im appartement dont les tentures représentaient la bataille

de Pavie, et toutes les circonstances de la captivité

de

't'^-'mmmmm'Mam

{e) Voyez les noies du Poëme (37) , page 60.

(/) Le duc d'Albe.

XVlj

de ce monarque ! Charles même fut Tobjet du

dédain et de l'ingratitude de Philippe , dont Fou* bli le contraignit à réclamer la modique pension qu'il s'était réservée de tant de royaumes cédés à ce jBIs. Pour Philippe ,, c'eût été décheoir que de se conformer aux usages et aux mœurs d^ peuples qu'it voulait gouverner , ou plutôt asservir. Dévoré de la soUàe régner, tout portait ombrage à sa puissance, q[u'il ne s'occupa jamais de rendre supportable; c'est toujours en l'imposant qu'il la faisait reconnaître. La foudre seule annonçait son pouvoir, et pourtant , au mépris du ciel et de l'humanité , ses courtisans et des prêtres proclamaient qu'il était r image de Dieu sur la terre ! /..,. L'excessif amour du pouvoir l'avait disposé au crime, le fanatisme le rendit implacable et féroce. Pour se dédommager sans doute de n'avoir pas assisté auot: massacres de la Saint-Barthélemiy il en ordonna le panégyrique , et la satisfaction que lui causa la lecture de ce dis-* cours ^ ne peut être comparée qu'à celle qu'il éprouva au spectacle dun auto-dafé où ce prince chrétien ,

ce /Us chéri de \ église, insultant au malheur des victimes que les flanunes dévoraient , sourd à leur9 cris , enviait aux bourreaux leur affreux nunistëre f (g)

{g) Yojes les notes du poëme, (3) page iip

mrtK^

iviij

Voilà celui que le» destin avait appelle à régner sui*

les citoyens des ProVinces-Unies ?

U semble que la destinée de ces peuples était de n'obtenir une patrie , que par un courage à toute épreuve. Le sol même fécondé et embelli par leurs travaux et leur commerce , est une conquête arrachée à rOcéan , qui ne cesse de la disputer à leur infatigable et immortelle industrie. Ces peuples bravant à la fois les mers et la tyrannie , ofireaat dans leur caractère des partictdarités que l'on chercherait vaînement aux mêmes périodes historiques chez les autres nations. Les premières époques même de leur établissement sont remarquables. Lorsque les Cimbres et les Teutons quittèrent la Chersonèse - Glmbrique et les îles de Codan (h) , (les ravages de l'Océan et sur-tout l'excès de la population les ôbli-^ geaient d'abandonner ces contrées, ) ils entraînèrent avec eux les peuples dont l'Histoire et la Muse de Chénier consacrent l'illustration. A la suite de plusieurs révolutions physiques et politiques, qtlatre siècles s'étant écoulés, durant lesquels les Gmbres et les autres barbares du Nord ravagèrent une paiîie du monde et contribuèrent eux-mêmes à leiu* destruction ; les Gattès

{Ji) Aujourd'hui le Daxmemarck<

xîx Battes y ou Bâtasses trouvèrent enfin un asile. Repoussés des bords de TAdrana (i) par des guerres f intestines qui ne cessaient de troubler leur existence pastorale , Os s'emparèrent de la grande île du Rhiii» q^i pï*î^ le nom de Batavie^ aujourdliui la Hollande. Delà les Bataves se répandirent dans la Gaule- Belgique ; leur nom devint commun à tous les anciens habitans des Provinces-^Unies. Les Frisons , issus des Francs , figurèrent avec gloire sur la même scène. Ils occupaient les provinces de Frise, d'Overyssd, de Groeningue et des Ommelanden. Ces peuples , réunis par un intérêt commun , ainsi qu'ils le sont aujourd'hui par le plus sage et plus libéral des gouvernemens , repoussèrent les aigles romaines : César admira leur courage et les associa à ses triomphes \ et Tacite , (A) qui se plût à retracer leurs nombreux exploits oppose leur caractère simple et bon, leur vertu indépendante et courageuse à la lâcheté et aux vices des Romains, que lepp discipline rendait si redoutables! Les Ba-

(i) Adrana j Adranus ; JEdera^ TEder l'une des rivières de la Bohême , qui coule entre la liesse , le pays de Waldeck et se jette dans TElbe.

(A:) Mœurs des Germains ^ ^^c. Chénier en a laissé une traduction , encore inédite.

taves et les Frîsoiis ne ise soumirent qu'en . recevant le joug des lois, commandé par. le besoin, et dont la nation réunie devait un jour mériter et obtenir les bienfaits.

La Batavie fut comprise dans le vaste royaume

que les Francs (au cinquième siècle) élevèrent dans les Gaules 5 sur les ruines de l'empire Romain. Dans le huitième siècle les Bataves furent enveloppés dans les immenses conquêtes de Charlemagne^ les Normands qui vinrent briser son sceptre dans les débiles jnains de ses héritiers (/), furent anéantis à leur tour. La nation batave réunie à l'empire par Othon I««*. se divisa en quatre fiefs principaux (5), régis par des autorités particulières et indépendantes les unes des autres (m). Des ducs et des comtes remplacèrent les princes Normands. Cette institution féodale fut re^

poussée par les Frisons Les Bataves et les Frisons

s'affrancbissant du joug même des lois, se livrèrent à tous les excès de l'anarchie. Divers partis se formèrent et se firent une guerre non moins funeste à la liberté publique , qu'à la liberté civile. L'amour exagéré de l'indépendance porta le trouble dans la

(/) En 814.

(m) En 922.

Frise et le pays d'Utrecht ; ces contrées devinrent un théâtte de carnage et d'horreurs , et ce fut pour le choix d'un prince que les Hollandais ^ les Zélandais et les Gueldres coururent aux armes. La maison de Bourgogne profita de ces fatales dissentions pour Vaggrandir. L'augmentation de sa puissance prépara la grandeur de Charles d'Autriche, si célèbre sous Je nom de Charles-Quint. Ce prince réunit bientôt à la Hollande et à la Zélandè , toutes les proyînces ÏJnies , qui^ se rangèrent sous les lois de son empire, dont il savait si habilement tempérer l'autorité pour raffermir davantage^

Philjj^ II succédant à son père, parut pi'endre à tâche de suivre un système opposé j il se plut à renverser sans aucuns ménagemens toutes les bornes qui s'élevaient contre son ambition démesurée et tyrannique.

On juge combien le caractère et la politique de Philippe devaient être éloignés du régime qui convenait ,aux peuj^es des provinces - Unies ? Philippe lui-même ne pouvant se dissimuler la résistance que les provinces opposeraient à sa domination absolue, leur donna pour gouverneur l'un des plus grands généraux du siècle , Emmanuel Philibert , duc de Savoye , l'ennemi implacable de la Finance et de toute

administration libérale, et pourtant ami des sciences !.... La victoire annonça l'arrivée d'Emmanuel à son gouvernement. Par cette nomination ÎPhilippe voulut aussi humilier Guillamne de Nassau. Celui-ci avait à ses yeux de grands crimes à expier. Il avait mérité et obtenu toute la confiance de* Charles-Quint. Le jour de l'abdication de l'Empereur (ri) , pendant toute la cérémonie, ce fut sur lui que Charles s'appuj^a; donnant ainsi un conseil indirect à son successeur , qui s'indigna de cette préférence, dont il se jugeait seul digne.

Le prince d'Orange , qui n'avait alors que vingtdeux ans, jouissait déjà d'une grande réputation; il régnait paf l'estime dans toutes les Provinces- Unies et son mérite et sa naissance lui donnaient des droits incontestables au gouvernement dont Phi-r lippe le repoussa pour jamais ; et qui même ne put contenir la haine qu'il portait à ce prince!.... Guillaume se vengea en donnant l'essort à tous les sentimens généreux qui Tanîmaient y en se sacrifiant luimême aux intérêts de . son pays. Dès lors on pût prévoir la lutte , qui allait s'élever entre le roi d'Espagne et le prince d'Orange , entre l'oppresseur de la

(r) a. Bruxelles > le stS Octobre i555.

xxiq ipatrie et le défenseur de ses droits; et cette lutte devait être d'autant plus glorieuse pour GuiUaunie de JYassau, que son ennemi était tout puissant. Philippe, que la prise de Calais , par les Français ^ et le génie audacieux de Guise inquiéta quelques instans , reprit tout*à-coup une attitude imposante. Les troupes jfran- ^ çaises sont rappellées : Henri II renonce à toutes ses conquêtes. Pour racheter son favori (o) , il rend à Philibert le Piémont et la Savoie,, et à Philippe toutes les places conquises en Flandre; Isabelle de France , en s'unissant à Philippe , devient le gage de l'union de ces deux puissances ; tout semble présager un paisible avenir. Mais la mort de Henri , couvre la France de deuil ^ et comble de joie Philippe. H se livre sans réaerve à tous ses projeté ambitieux , ^t jette ses yeux sur l'Europe , comme sur une proie. Les forces de l'Empire pourraient l'iiKpiicter ; mais la pleine autorité que son oncle y exerce, le rassure. Il compte entièrement sur la force et le génie militaire du duc de Savoie , qui lui doit ses états y l'Italie, ne pouvant plus compter sur la France, fléchit devant Philippe ; Ife pape lui même , n'ose

(o) Montmorency fait prisonnier à la bataille de Saint- Quentin.

àociT

résister à sa piûssance , d'autant plus formidable , que Philippe l'appuie sur la religion (6). Il affecte pour le triomphe du catholicisme^ un zële au-delà de toute expression; il veut que les Fidèles voyent en lui seul un appui , Tardent défenseur, de la foi» La cour de Rome redoute l'agrandissement de ison pouvoir 'y mais ^ la position de ses domaines lui commande la prudence, et son intérêt l'oblige à la résignation ; Philippe sait bien que pour conserver ses états , elle ne refusera pas des bénédictions pour lui et des anathêmes pour èes ennemis.

Tous les sujets du despote n'ont pas une égale soumission: les Flamands surtout lui causent de vives allarmes; tous les moyens de les comprimer sont mis en usage. Sourd à leur plainte, il veut que l'autorité vexatoire de ses gouverneurs ajoute encore à l'arbitraire de ses ordonnances. Il ne met aucun frein à son machiavélisme. Il facilite la révolte, la provoque même pour la punir et avoir un prétexte de supprimer les privilèges que l'on invoque. Il quitte les Pays-Bas, et se rend à Madrid {p)^ qui devient le ][)oint d'appui de son affreux despotisme. Caché sous le voile de la superstition , du sein même

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(p) Au mois d'Août i^Sq.

des vobptés ^ il jette partout àt^ f&tmens de guerres ntestznes ; excite et entretîeiit des trouble» dans toute TEurope ; oppose les factions aux factions , divise lei sectes entre eUes ; se déclare publiquement pour k Religion catholique, et en secret seconde les protestans ; et prqpm^e en tout lieu les feux de la discorde et les bûchers de l'inquisition. Semaût habilement la dé-' fiance et la crainte, tour-à-^tour achetant le crime et trompant là bonne<foi , sa politique et son or cor* rompent toutes les sources de la prospérité : ceux qu'il n'a pu corrompre deviennent ses victimes; il fait bannir, des conseils les hommes les plus éclairés et lés plus sages , pour y placer ses créatures 3 et se prépare dans tous les pays des conquêtes faciles ; c'est sur les élémens de la destruction qu'il prétend établir son empire; il pense que l-excès de l'infortune et du désespoir fera tomber toute l'Europe à ses pieds!

Jean- Ange de Médicis (^), cardinal, dévoué à laF maison d'Autriche, est porté au pontificat; couronné de la triplé tiare , il nomme PhiUppe le protecteur de

(ç) Frère du fameux Marignan , général de Charles-^Quint, Jean -Ange , nommé pape sous le nom de Pie IV. Voyez plus baut , et les noies , k la fin de la Bataviade.

l'élise. Fodir méirîter tm aussi beau titre , le sçmveraia jEspagnol manifeste t;ne déférence entière aux décrets du vicaire de J.-C. ^ il n'épargne pas même, la mémoire de son père j l'archevêque de Tolède, qui avait assisté Cha;rles à ses derniers momens , est traîné daiis les cachots de l'inquisition. Ce terrible tribunal est établi dans toutes les provinces soumises ^ux Ioi$ de Philippe, et le Grand Inquisiteur de^ vient par le fait , Premier Ministre du Monarcpe ; c'est par lui seul qu'il semble régner. Cependant cette atroce magistrature, qui empiète sur toutes les juridicticHDts , occasioilne partout des soulévemens.

Les Maures , restés &i Espagne sur la foi des traités , réclament l'accomplissement des promesses les: flxts sacrées j ils veulent s'affranchir de la poursuite des bourreaux qui les ' égorgent par milliers ; le Midi du royaume se soulève; l'Espagne entière s'agite ; Philippe seul s'applaudit de la rébellion qu'il a fait naître ^ son affreuse prévoyance , l'ardeur de SQS troupes et l'habileté de ses généraux , triomphent des Maures, qui , vaincus par la force et le désespoir, abandonnent leurs droits les plus chers, leurs prérogatives, tous leurs biens, ou les transportent

loin de lem^ pays Dans le même temps , l'Ara-

gonnais, qui avait réclamé ses prérogatives violées;

xxvij Naples et Mifem, qm maziifisstaient leiur impatience h supporter im joug trop lourd , demandent yamé« ment justice. On oppose Tinqtiisition à leurs justes plaintes. Ces peuples prennenl; les armes' f es donna^Lt dans les pièges cpie la perfidie leur ci^tèâ^ dus , et . retombent encore au pouvoir- deî Tesprii infernal qui les subjugue.' Les Provinoés^-'^Unîes osent résister et font valoir hautement leui^ 'droite. PhUippe avant de q[aittér ces contrées (r)- avait institué pour les ^uvcmer^ Marguerite d'iÀ-utrichis^ fille naturelle de Charles^Quint^ et veuve tf Octave Famèse, duc de Parme. Le conseil-d'état était composé du prince d'Orange, du comte d'Egmmit , dû comte de Hodme, amiral , du coriite de Berlaimont (président du conseil des finances), du docteur Viglius, et de rimpitoyable.Gfanvelle. Ce pretreHministre , dont la perfidie' et- Fintoià'ance fi^nttiaient toute la politique , était le dépositaire du secret de son maître , relativement à Tautorité à exercer sur ces provinces. Le pouvoir de la gouvernante fiit réduit à un vain titre j elle avait assez d'esprit pour le sentir , mais point assez de force pour revendiquer les droits dont elle aurait pu faire un bienfai-

i^WM»MOTMBaMi.anMMMHMMIMili^«*i

(r) En iSog.

sant usage. Elle se soumît aux volontés de son frère, et Grauvelle devint l'ame de son conseil - privé, (s) Celui-ci^ envahissant l'autorité , foulant aux pieds lés privilèges 5 même les promesses et les ordres ostensibles de Philippe, traita les grands avec mépris et le peuple avec cruauté 3 il se plut à contrarier toutes les industries , à gêner le commerce et k multiplier les nnpots } punissant comme crime de réb^on, les plus timides repésentations , tout acte jUhéral , il annonçait iiautement qu'il voulait anéantir tous les obstacles qui retardaient l'établissement ^e l'inquisition sur une terre qui la repoussait de toutes parts. Quoiqu'il en put arriver , le redotitable tribunal fut installé dans lés principales villes. C'est alors que l'on vit condamner tous les habitans d'une même cité.... « Les hérétiques, parce qu'ils avaient » détruits les temples et les autels , et les catho- >> liques, pour n'avoir pas exterminé les profana- » teurs ? » (t) La princesse écrivit au roi que Textrême sévérité de . Granvelle . allait tout perdre , le cardinal mandait de son côté que l'indulgence seule

(s) La consulte » conseil-secret, formée par Philippe ^ et com* posée de Barlaimont, de VigUus et de Granvelle.

(0 Voyez a la fin du poëme , les notes 56 et 57.

de la gouvernante compromettait Fantotité; toutes les villes demandaient le renvoi des troupes étrangères. Philippe différa encore Faccomplissement de sa promesse à cet égard, mais enfin après avqir échoué dans son projet de conquérir Tripoli , et sa flotte ayant été le jouet des orages , comme ses fa« tais projets devaient l'être du destin , il rappella son armée (i/) pour remplacer celle qu'il avait perdue. Dans le même temps le monarque espagnol se dé-^ clara contre la reine d'Angleterre , devenue la protectrice d'une religion , dont il avait juré l'anéantissement. 11 renvoya à Elisabeth l'ordre de la jaretière , sollicita contre elle l'excommunication du pape , et refusa de confirmer les anciens traités de commerce , conclus ' entre l'Angleterre et les Pays- Bas , que Philippe rendait ainsi victimes de son humeur tyrannique et de son insatiable soif du mal. L'érection d'un grand nombre de nouveaux sièges épiscopaux, excita encore d'avantage la haine de tous les ordres de l'état^ Philippe voulant extirper jusqu'aux racines des nouvelles doctrines , multipliait un ordre de surveillans mtéressés à le bien servir. Les abbés et les moines mêmes se recrièrept avec

1^1 i p fw ■»— ^— — ww^n^

iji) £a i56i.

tfautant plus de force, que leur autorité et letirs revenus allaient être compromis. Rien n'arrêtait Grantrelle dans l'accomplissement de ses vastes desseins. Tant de courage et d'ardeur méritait une récompense. La cour de Rome lui envoya le chapeau de cardinal et son maître le combla <i'éloges. Dans le même-temps le prince d'Orange épousa Anne, fille du duc Maurice , électeur de Saxe , un des principaux soutiens du luthérianisme. Guillaume , par cette union ayant un appui en Allemagne , ne garda au- Crune mesure avec le cardinal. Le comte d'Egmont , qui partageait les sentimens du prince , éclata comme lui et avec toute l'impétuosité qui le caractérisait. La haine que l'on portait au cardinal réunit tous les partis : on l'accabla de reproches , d'injures et de ridicules. Au théâtre , conune dans les places publiques , le sarcasme le poursuivit par-tout. Le comte d'Egmont donna une livrée noire à ses gens , et fit broder sur les manches de leur manteau une marotte couverte d'un capuchon. Les cardinalistes se plaignirent de cet emblème satyrique ; on y substitua un faisceau de flèches. Le duc protesta vainement que son intention était d'exprimer l'union des seigneurs pour le service du roi ; on s'obstina à y voir le rapport de la côëflFure de la folie.

rsLxxî

ÎKV^ le cBàpëfiu de cardinal ; et dam h faisceau , le rfinbôle de rtmian de tontes les classes pour peixlrè le loixûstre Gr-anv^lej et.aim de ne laisser aucun doute sur l'intentioû générale , on fît courir dès estampes où Granvelle était représente , couTant àesœufs, d'où il sortait des évêquesj le diable voltigeait ior leurs têtes, et faisait flotter dans les airs cette légende :

Hic est filius meus , ipsum audite !

VoUà mon fils , écoutez-h !

Une chose plus sérieuse et plus importante, ce fut l'union intime du prince d'Orange , des comtes' d'Egmontetde Hoome. Tous les seigneurs formèrent à cette époque une confédération , dont on ne pénétra jamais le secret. La gouvernante elle-même , mécontente du rôle que le roi et son ministre Itii faisaient jouer, demanda la démission du cardinal. Philippe acquiesça secrètement à cette demande , et Granvelle prétextant des affaires de famille , se retira 'en Franche-Comté^ de là, Philippe l'envoya en mission à Rome , et dans la suite le rappella auprès de sa personne {y).

(y) W quitta les Pays-Bas en i564 ', vint en Espagne en iS^S, où il mourut en i586, âgé de; 70 ans.

L'absence du cardinal ramena la tranquillité daiis ton» tes les provinces. Le président Yiglius disait à cet égards que les ennemis de Granyelle triomphèrent comme une troupe d'écoliers qui voient sortir leur régent La princesse de Parme , hors de tutelle , s^ félicitait de pouvoir enfin gouverner. Elle se disposait à rap* procher deson administration les seigneurs dont le mérite et l'influence ne pouvaient qu'être favorables à ses vues bienfaisantes; de ce nombre étaient , le comte d'Egmont, prince de Gavre , issu d'une ancienne &mille de Hollande, qui sous les derniers princes, avait poussé la fidélité jusqu'à combattre pour arracher la Gueldre à une branche de sa famille ; le comte d'Egmont, grand capitaine et bon citoyen, était passionné pour la gloire , trës-irrascible, et cependant facile à ramener par des avis sages; le prince d'Orange, qui sous des dehors moins brillans , recelait l'ame d'un politique profond, et par. son éloquence forte et persuasive soumettait tout le monde à Son opinion. C'était un de ces génies rares, que la nature ^semble avoir destiné à régler le sort des états : à ces deux princes, la gouvernante réunit le comte de Hoome , amiral ; ses richesses lui donnaient un immense crédit. Le prince d'Orange

avait

XXXll)

uvait sur lui tout Tasc^idant que donne le génie : Egmont était pl^, difficile à diriger.

Mais le prince d'Orange, qui savait tout prévoir et tout maîtriser, soumit aussi à son influence l'im* pétueux Egmont , dont il captiva même l'amitié. La plus parfaite harmonie paraissait devoir régner dans le gouvernement. Barkûnont fut~^^ie seul , qui refusa de se déclarer contre l'inquisition. Le comte d'Egmont fut envoyé auprès du roi , pour obtenir les améliorations commandées par les habitudes du pays et la volonté générale. Le docteur VigKus , temporisant toujours , presque vaincu par la logique entraînante de Guillaume , s'occupa si fortement de prendre sa revanche , que cette contention d'esprit lui causa une apoplexie , dont il mourut.

Quatre mois* s'écoulèrent, le comte dTgmont revint enfin de la cour d'Espagne, (w) Séduit par la faveur du prince et de brillantes promesses, enivré de vaines espérances, il voulut en bercer les autres comme il l'était lui-piéme ; mais il ne put dissimuler les intentions du roi relativement* aux libertés rcjigieuses. La princesse reçut l'ordre de faire punir

xxxW

de mort plusieurs hérétiques qui étaient emprison* nés. Les décrets du concile de Trente, que la France venait de repousser, furent promulgués dans les Pays- Bas i plusieurs canons étant contraires aux lois ioDr damentales du pays , des réclamations sans nombre s'élevèrent aussitôt. Utrecht surtout manifesta la plus forte opposition. Les ecclésiastiques, en dissidence avec les archevêques, disaient (selon le rapport du fidèle historien Hooft ) , quils aimaient mieua: être détruits par V hérésie ^ que réformés par les décrets du concile, et faire partie de la sainte église catholique.

L'orage s'amoncelait de toutes parts. La noblesse du Brabant se rassembla , et pour chef de la con-> fédération nomma Henri de Bréderode , issu d'une ancienne famille des comtes de Hollande. La formule d'association fut rédigée (x) par Philippe de Mamix , seigneur de Saint-Âldegoade , homme de mérite et d'une extrême bravoure (7). La ligue devint générale. La gouvernante , qui avait prévenu la cour d'Espagne de ces raçsemblemens , ne reçoit aucxme réponse. Les confédérés se rendent auprès d'elle , à Bruxelles , au nombre d'environ 5oo : ses discours, ses

promesses 9 ses actes mêmes , rien ne peut calmer Tardeur des fédérés , qui demandent au nom des privilèges une satisfaction eomplette. L'hôtel de Cuilembourg était le lieu de leur rassemblement. Délibérant dans Tune de leurs séances^ sur le nom qu ils prendraient pour désigner leur confédération , Brederode leur rappella le mot de Barlaimont, qui pour rassurer la duchesse, allarmée du grand nombre des députés fédérés admis à son audience , lui dit : (T ne craignez rien , madame, tout cela » n'est qu'un tas de gueux..... » Ce sobriquet passa aussitôt de bouche en bouche, chacun se saluait et se glorifiait du nom de gueua>k Tous les confédérés réunis dans un banquet public , oii la gaité présida , burent rasade à la santé des gueux. Deux fvers français ., inspirés par une joyeuse ivresse , furent prononcés en forme^de serment par chaque fédéré j

Par ce gain^ par ce sel^ et par cette besace, Gueux ne changeront point, quelque chose qu'on fasse !

A chaque reprise de cette formule , les cris de ^viye

le roi, vivent les gueux se faisaient entendre et se

répétaient dans toute la ville! Brederode, à la fin

du repas , fît apporter une besace et tenant en main

une écuelle de bois remplie de vin > il but à la cons*

tante union des gueux Le prince d'Orange et le

comte d'Ëgmont vinrent se réunir à lui; 'les accla-» mations redoublèrent. Quelque temps après , les fé-* dérés se décorèrent d'une médaille, où l'on remar* quait deux mains jointes , tenant une besace , et cette exergue : fidèles au roi, jusqu'à la besace.

Cet intéressant et singulier épisode de l'histoire des révolutions des Provinces-Unies, a inspiré à un poëte Hollandais (M. O. Z. Van Haren)'une épopée nationale y où brillent des beautés du premier ordre. (8) Il y compare la confédération patriotique des gueux au limOn du iW7, qui se répandant tout-à-coup s^urla surface du sol , menace de détruire pour jamais jusqu'à l'espoir d'une récolte ; mais le -sdteiHuit sur l'engrais fécondant, qui à son tour échauffe et fertilise la terre; elle se pare de verdure et bientôt une riche moisson dore la plaine et répand Iji joie et le bonheur dans toute la contrée. Ainsi à sa naissance cette réunion mena^ çante dût allarmer la patrie, qui craignait de voii* son repos encore troublé , et sa félicité détruite pour toujours ; mais la patrie n'eût que des grâces à rendre à cette confédération que les ennemis de l'indépendance nationale voulurent ayilir par un nom abject , dont elle dut se glorifier , puisqu'il lui rappellait sanscessé que le bonhem* de la nation, où le nombre

xxxvij des gueux remporte toujours sur celui des riches , devait être la plus chère pensée de chacun des fédérés et Tunique objet de leur courageuse alliance j et que ire^nom de gueux ne pouvait se mériter que par Tamour de la liberté, des vertus, et un civisme à tout épreuve ! C'est à ces gueux que la nation Batave doit la conservation de ce feu sacré et vîvifîant , émané de la divinité qui créa tous les hon^ mes libres ! . . .

Le duc àiAerschot pour manifester son opposî* tion au parti des gueux , parut à la cour avec une médaille , attachée à son chapeau ; cette médaille rer présentait la Sainte - Vierge , tenant dans ses bras Ten&nt Jésus. Le pape accorda des indulgences à tous ceux qui porteraient cette décoration catholique* Quelques seigneurs seulement , pour faire leur cour à la. duchesse , briguèrent la faveur des indulgences papales, en suivant l'exemple du duc d'Aerschot.

Au bon esprit et au courage des fédérés, la cour d'Espagne ne cessa d'opposer la perfidie. Elle nut tout en usage pour anéantir le parti , et ceux qui en étaient les soutiens. Deux députés de la noblesse furent ^ envoyés près du roi , il les retint à Madrid quelque-^ temps sous divers prétexte , et finit par les sacrifier à son ressentiment; La masse du pexipe qui avait em-* -

xxxvuj

brassé la réforme se livra à de grands excès; et devint intolérante à son tour. La secte des iconoclastes sur tout se rendit redoutable. On prétend qu'en trois jours, plus de quatre cents églises forent pillées j mais on n'attenta à la vie de personne. La duchesse viveraent allarmce promit au nom du roi, de supprimer rinquisition , et s'engagea à le déterminer à convoquer les états généraux. Les divers partis tillaient se calmer lorsque soudain l'on vit renaître la division au milieu d'eux. Marguerite profita de cet instant pour rassembler des troupes ; elle s'empara de plusieurs villes , les confédérés furent accablés , et la consternation devint générale (^). Pie V, avait sollicite Philippe de se rendi-e dans les Pays-Bas , pour exterminer Fhérésie; tout annonçait que le roi allait effectuer ce projet , lorsqu'il y envoya le duc' d'Albe avec une année formidable. L'arrivée du duc à Bruxelles fot signalée par la plus lâche trahison. Lui et son fils disputèrent aux satellites de Phflippe l'honneur d'arrêter les comtes d'Egmont etdeHoorne. Ils les livrèrent aux gardes qui les conduisirent en prison , et delà , bientôt après , à l'échaffaut. L'infâme tribunal des troubles , que le peuple appellait

le tribunal de sang, formé par le duc d'Albe ^ j^tia répouvante dans toutes les provinces. Marguerite se démit du gouTemenient. Le duc redoubla de férocité et d'audace ; il osa appeller à son tribunal le prince d'Orange même , que sa prévoyance admifrable avait soustrait à 1^ vengeance :dû roi et de son implacable ennemi. Les proscription3 et la mort planent sui" toute la population, et frappent les têtes les plus illustres et les plus chères : on ne compte plus les victimes....* .^

Les juges expédiaient les sentences avec tant de précipitation , que leur coxiscience s'en effraya^' ils voulurent suspendre leurs jugemens : le président Vargas , que Philqipe appellait l'exterminateur de rhcrésie ^ les rassura «n leur disant ^ que la crainte de frapper l'innocence ne> devait point les arréfêr , puistjue détait un hiea pour Vame dÙ4:oudamné ^ éjue ^ être mort innocent ?

Le nonibre dés bannis s'éleva à huit mille {z)i celui à,es émigrés fut prodigieux. L'Angleterre -diit à cette émigration ses plus belles manufactures et de nouvelles richesses. Elisabeth ^ que la puissance de Phi«> lippe 9 dans les Provinces-Unies , inquiétait à juste

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titré, ne laissait échapper aucune occasion de nuire à ses projets. Elle s'empara de plusieurs vaisseaux Oénois qui portaient des sonmies considérables au duc d'Albe j celui-ci s'en: vengea , en défendant Tin* traduction des marchandises anglaises^ et il traita en ennemie y toute la nation fia reine d'Angleterre usa. de représailles envers le commerce des Pays^ Bas, et trouva dans cette mesure un grand avantage , puisque ces pay.s avaient beaueoap plus dé marchai>dîses dans la Grande - Bretagne, qu'elle n'en pouvait introduire chez eux à cette époque.

Le duc d'Albe multiplia les impots et commît des exactions de: toute espèce. Amst^dam et Bruxelles «'insur gèrent. Le prince d'Orange, retiré à Dillembourg, était :tQUJours en obsa:*vation. Une partie de ceu;x qui avaient eu le courage de se soustraire au désastre général , se réûigièrent dans les forêts de la Flandre- Occidentale. On les appellait les gueux saui^ages / Ijes nobles qui s'étaient réunis avec le prince dX)range , le déterminèrent à faire une levée de boucliers contre un roi injuste et sans pitié. Il publia un manifeste ok il exposy avec force les griefs de la nation et les motifs qui le faisaient agir pom" la. défense commune. Plusieurs princes allemands secondèi'ent Guillaume -, lui et ses frères en-

xu gagèrent tous leurs biens j un grand nombre de Belges leur fournirent des sommes considérables ^ et ils levèrent des troupes. Les Protestans de France , sous la conduite de Condé et de Coligni , que leurs revers , sous la minorité de Charles IX , et raffréux règne de Catherine de Médicis (au) ne rendaient que plus terribles , se réunirent au prince d'Orange , qui rù^hxl d'attaquer Tannée du duc d'Albe. Il dirigea SCS forces sur plusieurs points. Mais les commandans de ses troupes n'obtinrent aucun succès décisif. Ils furent surpris et repoussés. Louis , comte de Nassau, était plus heureux dans la Frise. Mais l'empereur , • comme chef du corps Germanique , ayant signifié à ce prince de licencier ses soldats , une grande partie l'abandonna. Sans cette fatale désertion , le duc d'Albe était au pouvoir des partisans. Il les défît et signala ses triomphes par de nouvelles cruautés.

Le prince d'Orange obligé de suspendre ses opérations sur le continent , donna aux fugitifs des commissions poijr armer en course. On les appella les giieuoc de mer. Le duc d'Albe, qui les niéprisait, était loin de prévoir , ^e de cette petite flotte naitrait lui jour une puissance formidable. Lumaj

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(am) i568.

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de la Marck , qui coiïimandait cette flotte , rassembla jusqu'à vingt-quatre vaisseaux, et s'étant approché des côtes de là Hollande , surprit le port de Brielle , le i*'^. Avril 1570. Philippe , alors en guerre avec la Turquie, ne pouvait donner toute son attention aux affaires des Pays-Bas. La victoire , plus brillante qu'utile, que Juan d'Autriche, fils naturel de Charles- Quint , remporta sûr les Turcs , près du Golfe de L&" pante, excita la jalousie de Philippe contre le mérite de son frère. « Don Juan, dit-il, a été heureux j » il pouvait perdre la bataille; il a trop hasardé ! » Le pape au contraire , satisfait de ce succès , s'écria plein de joie, « Il /ut un homme ençojré de Dieu s >> et cet homme s'appellait Jean ï

Dans les Pays-Bas , la victoire de Lumay produisît un grand effet sur l'esprit public. Mais, ce pays sur lequel une fâcheuse destinée s'appésan-^ tissait, fut désolé par un terrible événement {bb)'y un vent impétueux du nord - ouest brisa les écluses et les digues. Dans la Frise, plus de vingt mille

personnes périrent entrainées par les flots Les

maisons , et des plantations assez considérables , furent transportées à de grandes distances. Au milieu

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de ce désastre , à Sneek , on vit flotter sur les eaux un berceau , qui s'étant fixé sur la plage , vint consoler un instant les malheureux que leur existence livrait au désespoir ; à travers les larmes , que ce spectacle adoucissait, ils apperçurent un enfant plongé dans le sommeil : un chat était à ses côtés.

Le parti du prince d'Orange s'augmentait cha* que jour, il obtint des succès signalés; mais au milieu de ces triomphes la nouvelle du massacre de la St.-Barthélemi (ce) vint déchirer l'ame du grand homme qui perdait ses amis les plus chers et les plus utiles à sa cause, qui fut toujours celle de la patrie ! Les Espagnols redoublèrent de &reur ; les troupes de Guillaume composées d'élémens hétérogènes , se livrèrent à tous les désordres, et leur indicipline les perdit. Guillaume qu'aucun revers ne pouvait abattre, se rendit en Hollande auprès des Etats, qui l'en sollicitaient (dd).Sa présence ranimé partout le courage des patriotes. Chaque vOle , chaque citoyen se distingue par des actions d'éclat.

(ce) iSj'Jti ce massacre eut lieu dans la nuit du 24 au aS Août.

[dd) Le 20 Octobre'! 57a.

delà Marck , qui coiûmandaît cette flotte , rassembla jusqu'à vingt-quatre vaisseaux, et s'étant approché des côtes de là Hollande , surprit le port de Brielle , le i«^. Avril 1570. Philippe , alors en guerre avec la Turquie, ne pouvait donner toute son attention aux aflFaires des Pays-Bas. La victoire , plu^ brillante qu'utile , que Juan d'Autriche , fils naturel de Charles- Quint , remporta sur les Tturcs , près du Golfe de Lépante, excita la jalousie de Philippe contre le mérite de son frère. « Don Juan , dit-il , a été heureux j *> il pouvait perdre la bataille; il a trop hasardé! » Le pape au contraire , satisfait de ce succès , s'écria plein de joie, « Il fut un homme envoyé de Dieu } » et cet homme s'appellait Jean !

Dans les Pays-Bas , la victoire de Lumay produisit un grand effet sur l'esprit public. Mais, ce pays sur lequel une fâcheuse destinée s'appesantissait, fut désolé par un terrible événement {bb)y un vent impétueux du nord - ouest brisa les écluses et les digues. Dans la Frise, plus de vingt mille

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maisons , et des plantations assez considérables , lurent transportées à de grandes distances. Au milieu

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de ce désastre , à Sneek , on vit flotter sur les eaux un berceau , qui s'étant fixé sur la plage , vint consoler un instant les malheureux que leur existence livrait au désespoir ; à travers les larmes , que ce spectacle adoucissait, ils apperçurent un en* font plongé dans le sommeil : un chat était à ses côtés.

Le parti du prince d'Orange s'augmentait cha* que jour, il obdnt des succès signalés; mais au milieu de ces triomphes la nouvelle du massacre de la St.-Barthélemi (ce) vint déchirer l'ame du grand honune qui perdait ses amis les plus chers et les plus utiles à sa cause, qui fut toujours celle de la patrie ! Les Espagnols redoublèrent de &reur ; les troupes de Guillaume composées d'élémens hétérogènes , se livrèrent à tous les désordres, et leur indicipline les perdit. Guillaume qu'aucun revers ne pouvait abattre, se rendit en Hollande auprès des

Etats, qui l'en sollicitaient (dd). Sa présence ranimé partout le courage des patriotes. Chaque ville , chaque citoyen se distingue p«»r des actions d'éclat.

{ce) 1572; ce massacre eut lieu dans la nuit du 24 «!* ^^ Âoûl.

(dd) Le 20 Octobre'! 57a,

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de la Marck , qui coiâmandaît cette flotte , rassembla jusqu'à vingt-quatre vaisseaux , et s'étant approché des côtes de là Hollande , surprit le port de Brîelle , le j^. Avril 1570. Philippe , alors en guerre avec la Turquie, ne pouvait donner toute son attention aux affaires des Pays-Bas. La victoire , plujs brillante qu'utile, que Juan d'Autriche , fils naturel de Charles- Quint , remporta sur les Tturcs , près du Golfe de Lépante, excita la jalousie de Philippe contre le mérite de son frère. « Don Juan, dit-il, a été heureux; » il pouvait perdre la bataille; il a trop hasardé ! » Le pape au contraire , satisfait de ce succès , s'écria plein de joie, « Il fut un homme envoyé de Dieu i » et cet homme s'appellait Jean !

Dans les Pays-Bas , la victoire de Lumay produisit un grand effet sur l'esprit public. Mais, ce pays sur lequel une fâcheuse destinée s'appesantissait, fut désolé par un terrible événement {hb)y un vent impétueux du nord - ouest brisa les écluses et les digues. Dans la Frise, plus de vingt mille

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de ce désastre, à Sneek^ on vît flotter sur les eaux un berceau , qui s'étant fixé sur la plage , vînt consoler un instant les malheureux que leur existence livrait au désespoîr ; à travers les larmes, que ce spectacle adoucissait, ils apperçurent un enfant plongé dans le sommeil : un chat était à ses côtés.

Le parti du prince d'Orange s'augmentait cha* que jour, il obtînt des succès signalés; mais au milieu de ces triomphes la nouvelle du massacre de la St.-Barthélemi (ce) vint déchirer l'ame du grand homme qui perdait ses amis les plus chers et les plus utiles à sa cause, qui fut toujours celle de la patrie ! Les Espagnols redoublèrent de &reur ; les troupes de Guillaume composées d'élémens hétérogènes , se livrèrent à tous les désordres, et leur indicipline les perdit. Guillaume qu'aucun revers ne pouvait abattre, se rendit en Hollande auprès des Etats, qui l'en sollicitaient (dd).SBi présence ranimé partout le courage des patriotes. Chaque ville , chaque citoyen se distingue p«>r des actions d'éclat.

{ce) 157a; ce massacre eut lieu dans la nuit du 24 ^? ^^ Aoû*.

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de la Marck , qui commandait cette flotte , rassembla jusqu'à vingt-quatre vaisseaux , et s'étant approché des côtes de là Hollande , surprit le port de Brielle , le i«^ Avril 1670. Philippe , alors en guerre avec la Turquie, ne pouvait donner toute son attention aux affaires des Pays-Bas. La victoire , plus brillante qu'utile, que Juan d'Autriche , fils naturel de Charles^ Quint , remporta sur les Turcs , près du Golfe de Lapante, ex<iita la jalousie de Philippe contre le mérite de son frère. « Don Juan, dit-il, a été heureux j » il pouvait perdre la bataille; il a trop hasardé! » Le pape au contraire , satisfait de ce succès , s'écria plein de joie, « Il fut un homme envoyé de Dieu i » et cet homme s'appellait Jean !

Dans les Pays-Bas , la victoire de Lumay produisit un grand effet sur l'esprit public. Mais, ce pays sur lequel une fâcheuse destinée s'appésan-' tissait, fut désolé par un terrible événement {hh)y un vent impétueux du nord - ouest brisa les écluses et les digues. Dans la Frise , plus de vingt mille

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de ce désastre , à Sneek , on vît flotter sur les eaux un berceau , qui s'étant fixé sur la plage , vint consoler un instant les malheureux que leur existence livrait au désespoir ; à travers les larmes , que ce spectacle adoucissait, ils apperçurent un en* fant plongé dans le sommeil : un chat était à ses côtés.

Le parti du prince d'Orange s'augmentait cha* que jour, il obtint des succès signalés; mais au milieu de ces triomphes la nouvelle du massacre de la St.-Barthélemi (ce) vint déchirer Famé du grand homme qui perdait ses amis les plus chers et les plus utiles à sa cause, qui fut toujours celle de la patrie ! Les Espagnols redoublèrent de foreur ; les troupes de Guillaume composées d'élémens hétérogènes , se livrèrent à tous les désordres, et leur indicipline les perdit. Guillaume qu'aucun revers ne pouvait abattre, se rendit en Hollande auprès des

Etats, qui l'en sollicitaient (dd). Sa présence ranimé partout le courage des patriotes. Chaque ville , chaque citoyen se distingue p?r des actions d'éclat.

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(dd) Le 20 Octobre! 57a.

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A Haarlem , trois cens femmes combattent avec les hafclts de leur sexe , sous la conduite de Kenau Sûnons Hasselaar, d'une des famiUes les plus distinguées du pays j c*est aussi dans cette vill€\que Ton dressa des pigeons , qui servirent de messagers aux armées. Les gueux de mer remportèrent plusieurs avantages; ils s'emparèrent de Geertruidenberg , qu'ils surprirent. Leur flotte composée de vingt - quatre voiles , et conmiandée par Corïieille Dirkxzoon de Monnikkendàm, remporta une victoire signalée, dans le Zuiderzee, sur la flotte royale, forte de trente vaisseaux. Pendant le. combat, qui dura vingtquatre heures, Jean )9arink de Hoom s'élança sur le vaisseau amiral ennemi et s'empara du pavillon. Il iut atteint d'un coup de feu. Le yent jetta sur im banc de sable le vaisseau nommé Vinquisition et l'amiral fiit obligé de se rendre («e).

Philippe enfin alarmé sur les suites que pouvait avoir l'inflexible rigueur 4^ duc d'Albe , le rappella. Don Louis de Requesens le remplaça. Les instructions qu'il reçut de > Philippe ne différèrent ea rien des précédentes. Requesens en prenant le gouvernement trouva les coffres vuides , et eut beaucoup

ifié) La comte Bossu.

de pcînc à calmer les troupes mécontentes de n'être pas soldées. La haine qu'inspiraient les Espagnols avait fait de tous les habitans de la Hollande et de la Zéelandie , autant de soldats déterminés. A la suite de diverses actions plus ou moins heureuses pour les patriotes, Requesew publia une amnistie^ et entama des négociations avec les Etats de Hollande , assemblés à Rotterdam {ff) : mais Requesens se refusant toujours à reconnaître les privilèges de la nation , les hostilités recommencèrent. Les royalistes s'emparèrent de La Haye ; ils attaquèrent le fort de Valkenburg; cinq compagnies anglaises que Guillaume y avait envoyées , sous le commandement d'Edward Chester , s'enfuirent , jusque sous les murs de LeyderA, sans avoir opposé la moindre résistance. Mais les habitans indignés de leur lâcheté , soupçonnant même leur fidélité , refusèrent de leur ouvrir les portes. Les Anglais coururent s'engager sous les drapeaux Espagnols. Les habitans de Le^den ayant aussi à combattre contre la famine / disaient : nous aimons mieux voir nos corps maigrir ^ que nos têtes s* enfler sous l'oppression des Espagnols. Les habitans des Pays - Bas se déterminèrent à

Gif) «574.

rompre une partie des dîgues de fVssel et de la Meuse. Vaut mieux ^ s' écriaient- ils ^ pays gâté , que pajs perdu. Voulant mettre à profit Tmondation, Boîsot et Willemszoon amenèrent de Zeelande les troupes qui devaient se joîndre à la flotte hollandaise , destinée à faire' lever le siège. Les matelots izeelandais , presque tous mutilés , offrirent un spectacle tout à-la-fois pénible et attendrissant ! La plupart étaient méconnaissables à cause de leurs cicatrices. Ils portaient sur leur botmet un croissant , avec cette inscription : plutôt Turc , que Papiste ! Ils attaquèrent les Espagnols et la rage de part et d'autre fut telle , qu'un Zeelandais arracha le cœur d'un Es- . pagnol , et après y avoir porté la dent , il le jetta à des chiens , en disant : il est trop amer ! Quelques malheureux dont l'extrême besoin avait affaibli les esprits, forent renvoyés de la ville : les Espagnols les repoussèrent après les avoir dépouillés et mutilés.. Un bourguemestre offrit son corps aux assiégés pour lés nourrir. î/e ne puis soulager autrement "VOS maux , leur dit-il, puisque je les partage! Ce trait admirable appaîsa les clameurs de iquelques séditieux et redoubla le courage des habftans ! Ils coururent sur les remparts , crièrent aux Espagnols , qu'ils se mangeraient, plutôt la

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