‹ Œuvres diversesChapitre 130 sur 460 · Lucien, Le Navire · texte numérisé non relu

Lucien, Le Navire

prêtaient volontiers une vie plus ou moins intense et plus ou moins divine aux objets d'une apparence particulièrement relevée ou significative, et, par suite, la barque du dieu, du roi et du prince était devenue à leurs yeux une sorte d'être animé, conscient, puissant et splendide; son ombre même était tutélaire, d'après le roman de Setna où l'expression « sortir de l'ombre de la cange royale » veut dire se noyer.

La barque pouvait être personnifiée dans ses parties aussi bien que dans son tout. Il y a au Livre des Morts des chapitres spéciaux pour interpeller et nommer les différents agrès des baris solaire' et osirienne*, considérés comme des individus. Lorsque, à la mort des grands, on les transportait ou on faisait le simulacre de les transporter sur le Nil au temple funéraire d'Osiris, à Abydos, ou dans un sanctuaire local, on présentait des offrandes aux deux poteaux qui amarraient la barque'. Et ce fait n'avait rien d'extraordinaire, puisqu'on faisait aussi des oblations à la porte mystérieuse du grand temple d'Héliopolis, qui était une déesse'*.

Mais l'individualité de l'ensemble se marque encore plus que celle des détails dans les documents originaux. La barque solaire, qui était une sorte de mère divine (et dont l'image servait d'amulette comme celle du naos'), ou bien encore les deux barques solaires, celle du matin et celle du soir, la Sekti et la Maat, passaient pour déesses', comme

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