‹ Œuvres diversesChapitre 26 sur 460 · TEXTE DE L'HYPOGÉE DE RAMSÈS \V · texte numérisé non relu

TEXTE DE L'HYPOGÉE DE RAMSÈS \V

Ce petit texte (pi. I), copié à Thèbes dans le tombeau de Ramsès VI, appartient à une sorte de livre illustré qui entra dans la décoration des hypogées royaux sous la XX® dynastie égyptienne, c'est-à-dire peu d'années après Sésostris. L'ensemble du livre décrit les soixante-cjuinze cavernes de l'enfer que traverse le soleil et qu'habite Osiris. De temps en temps, ciuelque longue litanie intervient où l'on prie l'un ou l'autre de ces deux dieux pour le roi qui leur est comparé. Ici, il s'agit d'Osiris, le souverain et en même temps le type des morts, le grand cadavre qui gît dans l'enfer^, a le » prince de la pourriture ». Un gardien de damnés les apostrophe dans les deux colonnes qui précèdent celles-ci, puis, dans celles-ci, le même personnage demande que les ennemis du roi périssent comme ceux d'Osiris. Les ennemis du roi, c'est l'entourage particulier d'hommes et d'esprits contre lesquels il avait à se défendre.

Peu de remarques seront nécessaires pour éclaircir le texte. L'allusion aux mystères du grand dieu concerne Osiris démembré par ses ennemis, lorsqu'ils l'arrachèrent de son sarcophage. Le serpent urseus personnifiait la flamme solaire, et par suite la souveraineté du Pharaon assimilée à celle du soleil : il figurait à ce titre sur la couronne des rois et des dieux, et il est certain qu'il faut voir en lui le basilic des anciens. Le Nun était le dieu des eaux élémentaires^, qui entourait et supportait toutes choses : c'est ce que nous

1. Publié dans le Recueil de textes étrangers édité par A. Lanier, 1888, p. 21-24.

BiBL. ÉGYPT. T. XXXV. 3

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appelons aujourd'hui l'éther. Le court fragment inséré ici ne saurait donner une idée complète du livre dont il fait partie : les scènes figurées dominent dans le livre, et le défilé incessant de ses personnages, peints en noir sur les murs blancs des tombes, a quelque chose de vraiment saisissant. Il est clair que les auteurs de la composition se sont acharnés à traduire, par tous les moyens possibles, leur conception du monde infernal.

Voici la traduction du texte, y compris celle des deux colonnes qui précèdent :

(c (0 gens des poteaux, gens des poteaux, qui gardent les )) poteaux, vous êtes les impurs, attachés à cause de la vio- » lence qu'ils ont faite aux mystères du dieu grand. Soyez I) anéantis! La déesse de la Destruction vous enchaîne, et » je vous compte. Prisonniers

)) obscènes, gens livrés a la main cachée, à laquelle on » n'échappe pas! gens du lieu de la destruction, détruites » soient vos âmes et vos ombres!)

0 Détruits sont les ennemis de celui cpii habite l'enfer, et » leurs têtes tombent dans leurs corbeilles : détruits soient )) les ennemis du feu roi!

» Détruits sont les ennemis de celui cpii habite l'enfer, et » leurs cœurs vont à leurs bûchers : détruits soient les en- ') nemis du feu roi !

» Détruits sont les ennemis de celui qui habite l'enfer, et M le basilic les consume : détruits soient les ennemis du feu )> roi !

I) Détruits sont les ennemis de celui qui habite l'enfer, et )) leurs bûchers les domptent dans l'enfer : détruits soient )) les ennemis du feu roi !

» Détruits sont les ennemis de celui qui habite l'enfer, et )) les bras de Nun portent leur destruction : détruits soient )) les ennemis du feu roi !

TEXTE DE l'hypogée DE RAMSÈS VI 35

)) Détruits sont les ennemis de celui qui habite l'enfer, et » leurs corps tombent à la renverse : détruits soient les en- 0 nemis du feu roi!

)) Détruits sont les ennemis de celui qui habite l'enfer, et » leurs têtes à eux leur sont coupées : détruits soient les » ennemis du feu roi !

)) Détruits sont les ennemis de celui qui habite l'enfer, et )) ils sont liés et enchaînés loin de leurs âmes : détruits ') soient les ennemis du feu roi!

)) Détruits sont les ennemis de celui qui habite l'enfer, et )) la déesse Feu lance sa flamme contre eux : détruits soient » les ennemis du feu roi!

» Détruits sont les ennemis de celui qui habite l'enfer, et » la déesse Flamme lance son feu contre eux : détruits » soient les ennemis du feu roi !

)) Détruits sont les ennemis de celui qui habite l'enfer, et » leurs bûchers nocturnes remplissent l'enfer : détruits soient » les ennemis du feu roi !

» Détruits sont les ennemis de celui qui habite l'enfer, et » livrés au lieu de la Destruction : détruits soient les en- )) nemis du feu roi !

» Détruits sont les ennemis de celui qui habite l'enfer, et ') je les livre à la Destruction : détruits soient les ennemis )) du feu roi!

» 0 Osiris, maître de l'Occident, dont l'càme est bien- » heureuse et le corps divin, soit divin le corps du feu roi!

» 0 Osiris, maître de l'Occident, maître de l'infection. » prince de la pourriture, protège l'âme du feu roi ! ))

1. — Les colons de Cyrène, Doriens et Minyens venus de Lacédëmone à Théra et de Tliéra en Afrique, prospérèrent si vite et si bien qu'ils crurent avoir ou voulurent avoir des divinités à eux : ceux des dieux poliades ou nationaux dont leur fortune semblait l'œuvre ne devaient-ils point, par làmême, en effet, appartenir au nouveau pays d'une façon toute spéciale? Les colons firent donc naitre leur Pallas Tritogénie en Afrique, où, grâce à eux sans doute, un ou plusieurs lacs s'appelaient Triton, /«As? -SV/Jîoe/ï^rs ad undain. Ils donnèrent aussi pour patrie à leur Aristëe, dieu de la fertilité, la contrée fertile par excellence qu'ils occupaient, bien que ce personnage fût le fils de l'Apollon Dorien. Enfin ils déclarèrent que la Cyrénaïque devait son nom à la mère d'Aristée, nymphe venue, comme le vaisseau construit par les Argonautes leurs aïeux, du Pénée et du Pélion', et attirée probablement en Libye par une appellation géographique assez répandue dans les parages méditerranéens, Cyra, Cyrnos, Cerné, Cyraunia, Cyraunis, etc. Toutefois les visées ambitieuses des Cyrénéens n'infirmaient point le principal lien de la colonie à sa métropole, la communauté du foyer : on avait, bien au contraire, imaginé toute une légende pour légitimer ce trait d'union par un prodige.

La fable dont il s'agit a été racontée en premier lieu par Pindnre, que ses ancêtres les Égides rattachaient aux fon-

1. Pubfié dans Mclusine, t. V, ir 6, col. 145-147 (Nov.-déc. 1890).

2. Cf. Hésiode, éd. Didot, Frarj/ncnis, p. 53 ; Apollodore, II, .5, 8, 1 ; Diodore, IV, 41 et 81, etc.

dateurs de Cyrène^ et qui aimait en conséquence à célébrer la jeune colonie'. Suivant le poète, un des Argonautes, nommé Euphémos (peut-être l'Eumélos du Critias, fils aussi de Poséidon), avait reçu d'un dieu du lac Triton une motte de terre « comme gage d'hospitalité », ce qui rappelle assez bien l'investiture féodale par le don d'une motte gazonnée, et même la consécration des féciaux par une motte du même genre. Euphémos aurait dû conserver ce présent pour le déposer sur le sol grec, auprès de la bouche du Tartare, dans Ténare sa patrie, où le temple avait la forme d'une grotte, suivant Pausanias, et qui était située d'après Strabon ' sous le même méridien que Cyrène. Ténare étant une ville du Péloponèse, les Lacédémonieus et les Argiens auraient ainsi possédé la Libye; mais la motte de terre, oubliée, tomba du vaisseau des Argonautes dans la mer, et les flots l'emportèrent jusqu'à l'île Callistée (Théra), celle des Cyclades qui se trouve le plus près de l'Afrique. L'enipire de la Libye, contenu dans cette « glèbe éternelle », appartient donc à l'ile de Théra et aux descendants d'Euphémos qui s'y établirent.

Apollonius' prétend que ce futEuphémos qui jeta la motte de terre libyenne dans la mer, où elle serait devenue l'ile Callisté; et peut-être faut-il regarder cette île comme analogue à Ténare relativement au Tartare. En effet, Callisté, Théra ou Santorin, est de date récente et de formation volcanique, comme le savaient les Grecs, dont les traditions, celles relatives à Pithécuse* par exemple, représentaient les cratères des volcans comme les soupiraux de l'enfer. Les chrétiens du moyen âge conservèrent cette croyance, et encore aujourd'hui « la façade plutonienne » de Santorin fait

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