L. 9-11 ; cf. cliap. xvii
sur les crocodiles, Ptah embi^yon ou patèque, et Bès.
Bès, qui existait en Egypte dès l'Ancien Empire, et qu'on trouve un peu partout dans la haute antiquité, était déjà, grâce à son symbolisme initial, une sorte de nain bouffon. Venu des pays du soleil, laid comme Vulcain, dévorateur d'enfants comme Moloch et gardien du foyer comme Vesta, il parait bien n'être qu'une personnification de l'animal agité qu'on voyait dans le feu' dont il porte l'un des noms, Bès, comme la déesse Bast. Aussi, véritable gnome ou salamandre, est-il trapu, difïorme, barbu, bestial, belliqueux, danseur, musicien, grimacier, malpropre, vêtu d'une peau, coiffé d'une aigrette, etc., et peut-être faut-il expliquer de même le Ptah ou Hêphaistos patèque. Bès correspondrait donc à TAgni védique^ l'embryon grandissant dont les flammes, personnages «chevelus, qui dansent en- » semble », sont représentés de la manière suivante par l'Atharva-Véda : « qu'elles s'élancent ensemble, elles qui I) luttent et frappent ce qui les entoure. . . elles qui, les » cheveux épars, bruyantes, sont, ô Arbudi, au sein de )) ton homme frappé et rongé par elles», lesoma^
La mention du Tcnka dans les formules religieuses montre que les fous de cour ont i)U exister à une époque voisine dc^s dél)uts de l'histoire, d'autant que les plus anciens Pharaons coniuis aimaient fort les distractions de tout genre. Ce n'est ))as seulement l'Amasis saïte qui a laissé le renom d'un bon vivant : le Mycérinus de la IV*" dynastie passait (Micore chez les Grecs pour grand 1,'uveur ; le roi Chéops se plaisait, d'ajjrès le Papyi'iis WeMcar, à entendre des contes comme Haroun-al-Raschid ; enfin, les Pharaons' des V^etVI" dynasties semblent avoir rfclicrché tout j)aili('ulièrement les nains ou Tenka
1. Hérodote, III, 16; ot. Ilusson, LnChainr irnditionnrilc, p. 129.
2. P. Rpgnaud, U Atluirca-Vèda et la méthode d'interprètniion de M. Bloonijield, p. 39 et 45.
LE FOU DE COUR EN EGYPTE 3l3
des pays étrangers, sans préjudice des autres sources d'amusement. La jovialité du roi Assa, entie autres, n'est pas sans avoir laissé quelques traces.
Deux grands personnages de son temps, dont les mastabas portent les n"' 26 et 27 aux Denkmâler de Lepsius, avaient pour nom un des titres du boutïon de cour. Snedjem-ab, et il subsiste quelques fragments significatifs d'une inscription relative à celui qu'on surnommait Anta. Dans une partie du texte, Anta se vantait, en jouant sur son nom, d'avoir été le Snedjem-ab d'Assa'. Dans une autre partie, il rapportait une conversation qui semble défrayée par un ou plusieurs calembours sur le mot mer, et au cours de laquelle le roi dit à son interlocuteur : il y a l'amour d'an Jih dans cette remarquable parole de toi\
C'était un grand mérite pour un courtisan que d'amuser le Pharaon, aux heures où, fatigué de l'éticpiette et du gouvernement, il se délassait dans la partie la plus retirée de son palais, au milieu des danses, des chants, des festins et •des joyeuses conversations. Plus d'un dignitaire se vante d'avoir su dissiper l'ennui de son maître', ou, pour employer les expressions du célèbre Aménophis, fils de Paapis, d'avoii- délecté .son c(rur (snedjem ah) au jour des soucis \ On s'explique j)ar là le succès des nains à la vieille cour pharaonique, notamment la brillante carrière de ce nabot dolichocéphale de la VI^ dynastie, Nuinhote|), qui fut un grand seigneur, et qui eut à Siikkarah a une des plus belles )) tombes de la nécropole' ».