‹ Œuvres diversesChapitre 400 sur 460 · Liidwig Stern, Zritsclirift. 1885, p · texte numérisé non relu

Liidwig Stern, Zritsclirift. 1885, p

3. J-{ei"tlielot, Lu C/ii/iiic drats rAiitl'/iiiîè, dans la Jîi'rnc des Dciix- Mondrs, l.ô septembre ]8i)3, p. 323.

\. Hoi'tlii'lot, Lit Drcoarcrte de l'alcool, dans la Renie des Deux- Mandrs. \û iiovoinbr-e 18'.)2. p. 295.

DANS l'iNDE et EN EGYPTE 413

» sublimation. Ils déclarent en propres termes qu'on appelle )) divine la vapeur sublimée émise de bas en haut... Le mer- » cure blanc, on l'appelle pareillement divin, parce que lui )) aussi est émis de bas en haut... Les gouttes qui se fixent )) au couvercle des chaudières, on les appelle également » divines. » Nous retrouvons ici les indications d'Aristote, )) de Dioscoride, et d'Alexandre d'Aphrodisie. — Mais. )) selon leur usage, les alchimistes traduisirent ces notions 0 purement physiques par des symboles et par un mysti- )) cisme étranges. Déjà Démocrite (c'est-à-dire l'auteur » alchimique qui a pris ce nom) appelle « natures célestes ;) » les appareils sphériques dans lesquels on opère la distil- » lation des eaux. La séparation que celle-ci opère entre » l'eau volatile et les matériaux fixes est exprimée ainsi, )) dans un texte d'Olympiodore, qui vivait au commencement » du V'^ siècle de notre ère : « La terre est prise dès l'au- )) rore, encore imprégnée de la rosée que le soleil levant » enlève par ses rayons. Elle se trouve alors comme veuve )) et privée de son époux, d'après les oracles d'Apollon... )) Par l'eau divine, j'entends ma rosée, l'eau aérienne, n — (( Ce langage singulier, cet enthousiasme qui emprunte les 0 formules religieuses les plus exaltées, ne d<nvent j)as nous ») surprendre. Les hommes d'alors, à l'exception de quelques )) génies supérieurs, n'fUaient pas parvenus à cet état de » calme et d'abstraction qui permet de contempler avec une )) froideur sereine les vérités scientilic|ues. Leur éducation )) même, les traditions symboliques de la vieille Egypte, les » idées gnostiques, dont les premiers alchimistes sont tout )) imprégnés, ne leur permettaient pas de garder leur sang- )) froid. Ils étaient transportés et comnie enivrés par la ré- » vélation de ce monde caché des transformations chimiques )) qui apparaissent poui* la première fois devant l'esprit » humain. »

Ainsi, dans son admiration pour elle-même et sans rien savoir de L'Inde, assurément, l'alchimie pliait à son usage

les idées et les termes mythiques du passé, mue sans doute par le même ressort Imaginatif qui avait produit jadis l'étrana'e littérature des Védas.

Conclusions

On voit que l'Egypte a fini avec l'alchimie par où l'Inde a commencé avec le sacrifice, et le t'ait que ce qui est un conséquent pour l'une fut un antécédent pour l'autre, marque une différence fondamentale entre les deux religions. Il existe assurément aussi des dissemblances de détail. Par exemple, l'Egypte n'a pas connu comme adjuvant du feu l'équivalent du soma. La myrrhe que ses prêtres brûlaient dans l'encensoir et le vin qu'ils versaient sur la victime n'ont rien du rôle symbolique attribué par eux à l'eau, la- (luello n'est pas le soma puisqu'elle éteint le feu. Mais ce sont là des nuances : l'essentiel est que la maîtrise de l'homme sur les dieux caractérise la vieillesse de l'Egypte et la jeunesse de l'Inde.

Tout en admettant, dés la plus haute antiquité, des sortilèges pareils à ceux que Lucien et le Pseudo-Callisthène attribuaient au scribe Pancratès et au roi Nectanébo, l'Egypte, si religieuse, était loin dans le principe de traiter les choses saintes avec la hardiesse des magiciens dont parlent Jamblique et Porphyre. Encore la magie ou thétu'gie égyptienne rcstc-t-elle, dans le De Mysteriis de Jambliqu(\ profondément respectueuse vis-à-vis de la divinité. Pour que l'Egypte se déprît de ses dieux, il fallut qu'elle se regardât comme abandonnée par eux aux époques désastreuses des conquêtes persane et grecque. Elle semble même n'avoir complètement cédé qu'envahie déjà par les idées étrangères, celles par exemple du gnosticisme et de la Kabalc% à un

1. Cl. Chabas, Le. Papi/nis nuii/u/ac II((rris, p. 182 ot 185; Revillout,

DANS l'iNDE et EN EGYPTE 415

sentiment d'émancipation qu'elle réprouvait aux jours de sa grandeur, comme le montrent les procès du temps de Ramsès III'. Elle ne l'approuva pas toujours non plus lors de sa décadence, d'après le roman de Setna, où les ravisseurs des écrits magiques de Thoth sont cruellement punis de leur audace.

L'ancien monde lui a forcé la main, en venant lui demander ses secrets : aussi n'est-ce pas elle qui a systématisé ' et mené jusqu'au bout les conceptions dont il s'agit ici. L'alchimie, qui n'est son fait qu'à moitié, continua sans elle, en Europe, à voir une magie dans la combinaison artificielle des corps simples. Et cette illusion a si bien dépassé les limites de l'Egypte et de l'antiquité, qu'il s'est perpétué jusqu'à nos jours toute une littérature hermétique. « Qu'on » lise », dit Pernety après avoir cité l'Hermès égyptien et quelques auteurs juifs, grecs, ou d'origine africaine, dans le discours préliminaire de ses Fables égyptiennes et grecques publiées en 1758, a qu'on lise Avicenne, Rhasis, Geber, )) Artephius, Al phi d lus, Hamuel surnommé Senior, Rosi- » nus, Arabes; Albert le Grand, Bernard Trévisan, Basile ;) Valentin, Allemands; Alain Isaac père et fils, Pontaniis, » Flamands ou Hollandais; Arnaud de Villeneuve, Nicolas )) Flamel, Denis Zachaire, Christophe Parisien, Gui de » Montanor, d'Espagnet, François; Morien, Pierre Bon » de Ferrare, l'auteur anonyme du mariage du Soleil et de )) la Lune, Italiens; Raymond Lulle Majorquain; Roger )) Bacon, Hortulain, Jean Dastin, Richard, George Rij)lée, )) Thomas Norton, Philalethe et le Cosmopolite, Anglois ou » Écossois; enfin beaucoup d'auteurs anonymes de tous les » pays et de divers siècles ». A la fin du dernier siècle, Gœthe décrivait encore les opérations d'un adepte, dans le

Vie et Sentences de Secundus, p. 9-11 ; Mélançjes d'Archéologie, VIII, p. 35-36, et Revue éf/yptologifiue, Les Arts èr/i/ptiens, p. 164.

1. Cf. Chabas, Mclanr/es égi/ptologiques, III, t. II, p. 258, note 2.

Page 1