CHAPITRE PREMIER
prise de possession de 3/. le Cardinal Barberin, par procureur.
^Jj^'ai copié la lettre suivante sur Torigi- ^S^t'nal qii est au greffe du chapitre :
Messieurs,
Notre Saint Père vient de m'envoyer mes bulles pour l'expédition de la grâce c[ue le Roi m'a faite de l'archevêché de Reims ; ensuite de quoi je pense de m'en aller vers vous le plus tôt
qu'il me sera possible, pour m'acquilter tant que je pourrai du devoir de ma charge. Je ne doute pas que cette nouvelle ne vous soit agréable, ayant tant d'autres témoignages de votre affection, en échange de laquelle je vous offre la continuation de mon amitié, que je tâcherai de vous faire encore mieux connoître étant sur les lieux, et que je suis de bon cœur, Messieurs,
Votre très-affectionné à vous servir.
Le Cardinal A^•T0I^'E Barberini.
A Rome, ce 28 juin 16G7.
Le 4 octobre 1667, jour de Saint-François, M. de Saint-Méloir, ci-devant moine de Saint- Calais, et maintenant chanoine de Reims, comme procureur de Monsieur le Cardinal Antoine, présenta au chapitre les bulles de l'archevêché de Reims, obtenues de sa sainteté par mondit sieur le Cardinal. — M. le prévôt ' dit à M. de Saint-Méloir de sortir afin que Messieurs délibérassent : il dit qu'il pouvoit
* Antoine Boucher, chanoine depuis 1616, successeur dans la dignité de prévôt à son parent Thomas Boucher, abbé de Senuc et de Belvat.
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demeurer jusques à ce que la procuraliou et les bulles fussent lues, ce qui ayant été fait, il se retira : Messieurs opinèrent, et tout d'une voix il fut conclu que son Erainence seroit mise en possession. Saint-Méloir rentra au chapitre, et ayant la main ad pedus lit le serment au nom, et [en qualité de procureur, de conserver les droits et immunités de l'Eglise de Reims, et au même nom, promit de faire réitérer le même serment par Monsieur le Cardinal, quand il prendroit possession en personne. Cela fait, M. le grand archidiacre, à qui il appartient de mettre les archevêques en possession, prit Saint-Méloir et le mena à Téghse, suivi de tout le chapitre, les dignitaires et les anciens marchant les premiers. A la porte de l'église, du côté du préau, M. le grand archidiacre * lui dit quelques paroles solennelles, et qui étoient dans un livre qu'il tenoit à la main, qui contiennent tn substance qu'il le mettoit en possession de son Eghse. De là il le conduisit devant l'autel où Saint-Méloir lit sa prière un
* Robert de Y, de Séraucourt, chanoine depuis 1640, grand archidiacre et plus tard vicaire général de M. Le Tellier.
moment, puis il se leva, baisa l'autel au milieu, et l'archidiacre le baisa aussi un peu à côté du lieu où Saint-Méloir avoit baisé. Puis Varcliidiacre lui lit sonner la clochette des enfants de chœur, l'ayant sonnée le premier ; après il le fit asseoir dans la chaise archiépiscopale, qui est derrière l'autel du cardinal, sans parements ; car il ne faut pas que cette chaise soit parée. Après, l'archidiacre le conduisit au chœur, à la place de rarchevêque qui est vers la nef, puis à celle qui est vers l'autel, où étant installé, M. l'archidiacre fit chanter le Te Deum, à la fin duquel, 31. le doyen *, étant sur le premier pas des degrés qui sont auprès de la porte du chœur et le visage tourné vers la nef, fit lecture au peuple des bulles de son Erainence, et puis harangua et fit un éloge de Monsieur le Cardinal qui dura un petit quart d'heure ou environ ; après quoi chacun se retira.
Il y avait défaut en la procuration de Son Eminence pour la prise en possession, car elle
1 Robert Lelarge, chanoine depuis 1645 et doyen depuis 1655, sénéchal et vicaire général pendant la vacance et sous le cardinal Barberin. — Recteur de l'Université, mort en 1684.
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portoit : « Pour et à son nom, pour raison du dit archevêché, prêter es mains de Sa Majesté le serment accoutumé et requis en pareil cas, lui donnant pouvoir (à son procureur s'entend), ensuite toutefois de la prestation dutlit serment, de prendre et appréhender la icelle corporelle et actuelle possession dudit archevêché, etc. » De sorte que le serment de fidélité ayant été prêté, on ne pouvoit point prendre possession. Néanmoins la chose ne fut pas relevée faute d'y faire attention, et je fus le premier qui y prit garde, étant allé voir celte procuration qui étoit au greffe avec les bulles de Son Eminence. Le 5 octobre, M. Lelarge, doyen, et ci-devant grand vicaire, mit sur le bureau une lettre de Monsieur le Cardinal Antoine s'adressant à M. Thuret et à lui ; elle contenoit ces mots :
« Messieurs,
» J'envoie par ce courrier les bulles de mon archevêché de Reims avec une procure pour en prendre possession : après quoi, ne voulant pas que l'on manque au service de Dieu et de la justice, j'ai résolu, comme je fais, de vous continuer tous deux dans la charge de mes grands
vicaires, jusqu'à ce que je me trouve sur les lieux, pour y prendre la résolution que je trouverai à propos ; or vous reconnoîtrez en cela la confiance que j'ai en votre zèle et application aux affaires, en vous communiquant, par la présente, toute l'autorité nécessaire pour bien agir et vous acquitter du devoir que la même charge vous impose. Je vous assure que je suis, » Messieurs,
D Votre affectionné » A vous servir, 3) Le Cardinal Amoi>e Barberln.
« A Rome, le 16 août 1667. »
M. Lelarge demanda l'agrément de la compagnie, pour exercer la charge à laquelle il étoit nommé par Son Eminence; chacun dit que le chapitre avoit obhgation à Monsieur le Cardinal d'avoir jeté les yeux sur la même personne dont la compagnie avoit fait choix, et en demeura là pour ce jour. Beaucoup de Messieurs, ayant fait la réflexion sur cette lettre, trouvèrent que les grands vicaires ne pouvoient exercer le grand vicariat , une lettre simple ne pouvant donner un pouvoir valable. On nous donna ordre à M. le doyen et à moi, sénéchaux,
tl'aller au conseil; M. le doyen, crainte de choquer Son Eminence ou le chapitre, n'y voulut point aller, j'en pris le soin; je vis et théologiens et gens de justice : je pris leurs avis qui furent qu'en justice on n'auroit aucun égard à tout ce que feroient les grands vicaires établis par une simple lettre ; que pour exercer valablement, ils avoient besoin d'un pouvoir plus authentique; que cependant, par la prise de possession de Son Eminence, le chapitre n'avoit plus le droit de pourvoir au grand vicariat; mais qu'avec respect ils pouvoient avertir Son Eminence de l'état des choses. Je rapportai cet avis le samedi 8 octobre en un chapitre tenu extraordinairement pour ce sujet, où le conseil fut suivi.