VI
A Mademoiselle P. P.
^^H^^^' tombe craccord, je ne mérite pas ^^^^îque vous pensiez à moi. Ce n'est pas, ^?ikl$' Mademoiselle, que je ne pense souvent à vous. Vous et mon procès, vous êtes le perpétuel entretien de mon esprit. Ne soiez point jalouse, s'il vous plait, decequ il partage mes pensées avec vous : je vous assure que vous avez les plus douces, et queje vous aime beaucoup mieux que lui. Vous ne sauriez croire combien je le hais, parce qu'il m'arrête ici et qu'il m'empêche de vous aller voir : aussi, àn'en point mentir, le mal d'être éloigné de vous, est un mal auquel je ne puis m'acoutumer, et à quoi je n'ai pu trouver encore de remèdes. Véritablement j'en sais un qui seroit excellent : c'est. Mademoiselle, si vous avez la bonté de vous ennuier le moins du
monde de mon absence et de la trouver un peu trop longue; mais comme cela est fort difficile, je n'en espère pas grand soulagement. Vous devriez bien pourtant faire un petit efîort pour lamour de moi, car vous m'êtes bien obligée. Hier je me trouvai à une assemblée où il y avoit des dames qui n'étoient pas trop mal faites : on y servit de grands bassins de confitures. Par ma foi, Mademoiselle, je vous en souëtai un tout entier, à vous toute seule. Voiez s'il ne faut pas être l'un de vos amis pour c€la ! Après ce grand témoignage d'affection, et quelque autre petite cbose qui se passe dans mon cœur et dont je vous rendrai fidèle compte, si jamais vous êtes assez curieuse pour vous en informer, il me semble que vous devez être assurée que je suis etc., etc.
X la même.
Sous le nom de Spitridate^ prince du roman de Cynis. Mademoiselle.
r^iî^^^YANT appris que vous avez euîa bonté
^*^de plaindre mes infortunes, je n'ai pas S^ÏS^-^ voulu être plus long temps sans vous en remercier, et vous témoigner la joie que j'ai de ce que mes disgrâces ont mérité la compassion d'une si belle personne que vous : car il ne faut pas que vous vous imaginiez que pour être mort, je ne sache de vos nouvelles. Dernièrement, j'entretins dans les Champs-Élisez un habitant de Reims, qui m'assura que vous étiez la gloire et l'ornement de la ville, et une des plus grandes merveilles qui y ait paru il y a longtemps : enfin cïe la sorte qu'il m'en parla, je vis bien que si
la roine des Scythes eut été aussi bien faite que vous, ma fidélité eut couru grand risque ; surtout si elle eut eu un certain petit ris qui vous sied si bien et qu'on dit être la plus dangereuse chose du monde à regarder. Mais, Mademoiselle, vous ne sauriez croire mon ravissement, quand votre compatriote m'assura que vous étiez vm peu friande ! car tant que j'ai vécu, j'ai eu cette passion aussi bien que vous ; et bien souvent, quand je me trouvois avec la princesse Araminte, qui nehaîssoitpas le sucre, non plus que les autres, au heu de nous dire des douceurs, nous en mangions : et nous avons friponé maintes confitures sèches et liquides, maintes dragées de Verdun et non-pareilles de Sedan, dont l'auteur de Cyrus ne parle pas cependant. Comme les morts n'écrivent qu'avec un peu de difficulté, permettez moi de unir celle-ci : de vous assurer que la compassion que vous avez eue de mon malheur m'a touché si sensiblement que je ne puis m'empêcher d'être, je ne dis pas tout le temps de ma vie, mais tout le temps de ma mort.
Votre, etc.
DE MAUCBOIX. H