‹ Œuvres diversesChapitre 103 sur 221 · SA VIE ET SES OUVRAGES. CLXXXIII · texte numérisé non relu

SA VIE ET SES OUVRAGES. CLXXXIII

dre qui n'ait sujet d'envier votre bonheur. Appliquez-vous bien à conserver voire bonne fortune! ne soyez jamais assez insensé que de souhaiter autre chose que ce que vous possédez, et laissez dire les gens : les rois ne sont pas si bien que vous êtes!... Vous connoîtrez, si je ne me trompe, au style de celte lettre, que je suis un peu sombre. Il est vrai, je le suis, que sert de dissimuler? Les affaires graves ne sont guère mon fait; quatre petits tours de préau ^ valent bien mieux que tout cela: mais le monde ne sait pas donner le prix aux choses. »

Maucroix n'avoit prévu ni tous les embarras^ ni tous les honneurs qui lui alloient incomber. Dans cette réunion de ce que l'Eglise de France avoit de plus considérable et de plus illustre, Maucroix devoit encore tenir un des premiers rangs. Son génie bien connu, son titre de docteur in utroque, la vivacité de son esprit et la promptitude de sa rédaction le recommandoient plus encore que le nom de M. Le Tellier qui le présenloit. Il fut nommé secrétaire général de la session. Le moyen de refuser des fonctions qui lui étoient dévolues par Bossuet et l'archevêque de Paris, et que les votes de l'assemblée, appuyés des plus vifs applaudissements, lui conféroient unanimement! Maucroix balbutia, fit la révérence, et, tout ébahi, se prépara aux rudes travaux de l'emploi. Nous ne doutons

1 Le préau : c'étoit la pelouse ou jardin de la cour du Chapitre.

CLXXXIV MÂUCROIX.

pas, en voyant figurer son nom au bas des plus célèbres délibérations, qu'il n'ait puissamment contribué à la rédaction de ces actes mémorables qui remuèrent si profondément la chrétienté. Mais il est curieux de Tentendre parler de sa colloboration au grand œuvre, du rôle qu'il joue, et du masque qu'il lui faut prendre !

« Combien d'ambassades î j'ai failli en être décollé, je veux dire étouffé ! Ils me veulent faire accroire qu'ils ont fait un choix ! il faut voir, diable emporte, si je les crois! Vult decipi, decipiaiur. J'ai quasi envie de leur dire : Parbleu, Messieurs, médecins vous-mêmes ! . . . »

Le 14 novembre il écrit à Favarl : « Mon cher, ne vous scandalisez pas de ma paresse, le démon n'a pas le loisir de me tenter. J'ai trop d'affaires; peu ou point de consolations en ce pays: tout le monde va ici en masques ; tout le monde, c'est-àdire moi, et peut-être que les autres n'en font pas moins : c'est bien longtemps avant le carnaval ! Pour moi, malgré les honneurs mondains, je trouveque la liberté est la meilleure de toutes les choses d'icibas. Quand la retrouverai-je? Quand vivrai-je à ventre déboutonné? Quand querellerai-je quelqu'un tout à mon aise, à l'ombre? Hélas! nulle de ces félicités à Paris, mais du mal il faut tirer du bien : je la goûterai mieux, cette liberté de tout faire, de ne rien faire si je veux. »

Après bien des longueurs et des discussions, l'affaire de la Régale , cause ostensible de la réunion, liroit à sa fin. L'assemblée reconnut le droit

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du roi sur toutes les églises du royaume, mais elle émit le vœu que ceux auxquels sa majesté coufèreroit des bénéfices en régale fussent tenus à se présenter aux grands vicaires des chapitres pour en recevoir l'institution canonique. Maucroix fait allusion à cette sorte de compromis, dont Rome, toutefois , devoit repousser le prétendu bénéfice.

(14 décembre 1681.) « Voici notre assemblée qui commence à cheminer, et nous avons trouvé une ouverture par où nous pouvons, Dieu aidant, sortir de toutes nos affaires. L'Eglise perdra quelque chose, elle regagnera d'un aulre côté : la perle et le gain seront bien égaux, peut-être même que le gain excédera la perte, au moins pour les églises de nos provinces. Je voudrois que toute cette négociation fût terminée, et que je pusse m'en retourner à notre bonne église. Quand la reverrai-je? Quand irai-je attendre onze heures dans le benoît préau , et faire parler des gens qui me confient bien des choses et me font des romans en chair et en os ? Mon ami, je n'aime que la liberté ; je ne l'ai pas haïe jusqu'ici, je l'aimerai encore davantage. »

Puis dans une autre (8 janvier 1682), revenant sur les longueurs de la Régale : « Notre assemblée ne tire pas encore à sa fin, on ne croit pas qu'elle voie Pâques, mais elle n'en ira guère loin. La paresse ennuie, nous ne faisons rien. L'on attend la réponse de sa majesté, mais les grandes affaires marchent lentement. Que faire pendant ce repos ? un peu de musique, conversation douce ; vous seriez ici bien à votre aise, notre cher, si vous étiez

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