SA VIE ET SES OUVRAGES. CXCI
Patru (dit Riclielel), on s'amuse autant aux beautés d'une langue qu'aux choses solides de sa profession, ou ne fait pas une grande fortune. Celle de Patru ne fut pas aussi fort considérable, et sans quelquesuns de ses amis qui le secoururent généreusement, il eût eu de très-grands chagrins. L'ami qui l'obligea davantage, ce fut M. des Préaux, à qui Patru vendit son bien. M. des Préaux le lui paya et le lui laissa pour que Patru en jouit le reste de sa vie. » Au moyen des ressources qu'il trouva dans ce généreux procédé, Patru put achever paisiblement sa carrière. « Use relira, dit encore Richelet, dans le plus beau quartier du faubourg Saint-Marceau ^rue Copeau j à quelques pas du Jardin-des- Plantes), en une petite maison assez agréable qui avoit un jardin, une basse-cour et toutes les petites commodités des charmants réduits de la campagne. Là il vécut en vrai philosophe chrétien, et mourut le 16 janvier 1681, doyen de l'Académie françoise, âgé de soixante-dix-sept ans. » On connoit l'épitaphe que lui fit son ami des Réaux; elle a été publiée plusieurs fois. Celle-ci de Maucroix est moins connue, et ne laisse pas que de rendre quelque peu douteuse l'assertion de Richelet, sur la fin chrétienne de Patru :
Ci-gît le célèbre Palru, De qui le mérite a paru Toujours au-dessus de l'envie, lia sagement discouru, Mais peu de la seconde vie :
Heureux s'il n'a trouvé que ce qu'il eu a cru !
Cependant la cour continuolt son œuvre conlre leSainl-Siége, etlandisque de son côlé Innocent XI, en réponse à la lettre de Tarchevêque de Reims, préparoit le bref qui devoit casser et annuler tout ce qui avoit été fait dans l'affaire de la Régale , l'assemblée, poussée aux violences et sans attendra le bref papal, arrêtoit et formuloit (le 19 mars) la célèbre déclaration des Quatre Articles, toute la doctrine des libertés de l'Eglise gallicane, et qui devoit amener une rupture à peu près complète entre le Saint-Siège et le cabinet de Versailles.
Je ne sais trop quelle part Maucroix put prendre aux dernières séances qui précédèrent la promulgation de ce grand acte du gallicanisme. Dans la première quinzaine de mars, le secrétaire de l'assemblée étoit tombé malade : les travaux excessifs de sa charge, joints aux fatigues de tout genre que le monde et les plaisirs entraînent , avoient occasionné chez lui une inflammation aiguë à laquelle il faillit succomber.
L'approche de la mort n'ébranla point la constance de Maucroix. Né avec des sens ardents et un penchant indicible vers le monde et ses joies, Maucroix n'avoit jamais rompu ni avec l'Église ni surtout avec la doctrine. Plus libertin de paroles et d'écrits que d'action et de pensée, il délestoit les impies et les athées à l'égal des hypocrites et des faux dévots. Lamortqu'il crut prochele trouva docile aux sévères remontrances de la religion. L'assemblée tout entière prit part à ses souffrances, et l'archevêque de Reims, en cette occasion, lui témoigna