‹ Œuvres diversesChapitre 109 sur 221 · SA VIE ET SES OUVRAGES. CXCV · texte numérisé non relu

SA VIE ET SES OUVRAGES. CXCV

péril, est profondément gravée dans le cœur de Maucroix. « La vie qu'il m'a conservée par ses soins ne sauroit être mieux employée qu'à son service, aussi le sera-t-elle, si je lui suis utile à quelque chose. Enfin, mon cher, Dieu aidant, je verrai ici la fin de l'assemblée ou celle de mes jours. Quand tout sera fait, je m'en retournerai jouir du repos de noire bonne ville , vous conter bien de belles choses, achever de vieillir et mourir enfin au sein de ma patrie, car Reims l'est devenue. Voilà l'intention du sire... »

Mais Maucroix n'en étoit quitte ni avec la mala« die, ni avec l'assemblée ; une rechute faillit encore l'emporter au mois d'août : « Cette vilaine camuse (2 septembre), la mort, voulut encore me donner un coup de griffe ! Mais ce n'est pas encore pour elle. Que diable a-t-elle à tant se hâter ? a-t-elle peur que je m'enfuie ? Je m'y rendrai à l'heure marquée et sans y faillir . »

Ce qui, dans la pensée de Bossuet et de Le Tellier, sans doute, n'avoit été qu'une transaction pacifique, cloit devenu aux yeux du plus grand nombre un acte d'affranchissement. Le parlement enregisiroit avec une joie bruyante la déclaration du clergé et i'imposoit à l'enseignement de tous les docteurs. La cour de Rome, on devoit s'y attendre, fit éclater son mécontentement. Le schisme étoit aux portes. Louis XIV, à la vue du péril ([u'il avoit conjuré, fit un retour sur lui-même, et tandis qu'il écrivoit au Saint-Père cette lettre de rétractation que

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l'on connoili, trenle-sepl évêquesou ecclésiastiques, se détachant du reste de l'assemblée, faisoient leur amende honorable et se remettoient avec Rome dans les conditions où ils étoienl avant la fameuse déclaration. Enfin les choses s' étant peu à peu adoucies, Maucroix put espérer son prochain départ pour sa ville d'affection. Ni la maladie, ni les nouvelles marques de distinction qu'il reçut depuis sa rentrée dans l'assemblée, n'avoient pu le rendre plus ambitieux ou plus homme de cour : « Un prélat, écrit-il dans les derniers temps, un prélat, que Dieu bénisse ! m'a dit hier que rasseml)iée pourroit bien finir vers le mois de janvier. Le Seigneur puisse l'avoir doué du don de prophétie! — Mais n'êles-vous pas bien? Que vous faut-il? A la paille jusqu'au ventre I Plus d'honneur, ma foi, que vous n'en méritez ! — Il est vrai et par delà! Mais je ne suis pas chez moi; je deviens bossu à force de faire des révérences ! Ce n'est pas là mon air. Il nous faudroit aller promener à Cormontreuil, comme des compères! La grande lumière ne m'éclaire pas, elle m'éblouit : mes yeux ne sont pas habitués à tant de clartés. »

1 La lettre de Louis XIV est du 14 septembre 1CÎ?2. Elle estadressée à Innocent XII, nouvellement promu. On y lit ce passage significatif: « Je suis bien aise de faire savoir à Votre Sainteté que j'ai donné les ordres nécessaires, afin que les affaires contenues dans mon édit du 2 mars 1682 concernant la déclaration faite parle clergé du royaume, à quoi les conjectures m'avoient obligé, n'aient point de suite »

ARGUMENT. — Maucroix traduit le Rationarium temporum du père Petau, qu'il dédie au président de Mesnies.— Histoire de la dame inconnue.— Le père Roclie.— Maucroix se démet de son prieuré.— I\Iaucroix et La Fontaine donnent en commun ime édition de leurs œuvres.— Traits constants du cai-actèrc de Maucroix.— Lettre à M"e Serment.— Mauvais procédé de l'académicien Dubois.- Jugement de Boileau.— ^Maucroix voit mourir successivement tous ses amis : des Réaux, Pellisson, La Fontaine.— Jugements et appréciations.- Correspondance de Maucroix et de Boileau.— Maucroix rcclierché par les jeunes gens,— Favart, d'Olivet, Bruslart de Sillerj .— 11 dédie à ce dernier, évéque de Soissons, ses Homélies d'Asteriiis et son poëme les Solitaires.— Tracasseries municipales.— Épigramme conti-e le Lieutenant-Maire de Reims.— Maucroix écrit son testament et lègue ses Ijiens au Chapitre de Reims.

— Ses lettres au Père *** delà Compagnie de Jésus.— 11 remet quelques-unes de ses traductions inédites à l'évêque de Soissons et à IM'ie de Montmartin, et lègue ses manuscrits aux Jésuites de Reims.— Derniers moments de Maucroix.— Sa mort.

— Son épitaphe et son éloge par l'abbé d'Olivet.

^ETE?iT' à Reims, après les fêtes elles joies .de son retour, Maucroix reprit son train ^^de vie habituel et ses travaux littéraires. Nous le voyons cette année donner une nouvelle édition de son Histoire du schisme d' Angleterre, et mettre la dernière main à sa traduction du lia-

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tionarium iemporum, du P. Petau. Maucroix avoit autrefois connu l'auleur, qui, lors de l'établissement à Reims des PP. Jésuites, avoit été choisi pour premier directeur de leur collège. L'ouvrage du savant jésuite éloit resté en haute estime dans le monde littéraire ; on peut dire que ce livre est le véritable point de dép irt de la science moderne, en matière de chronologie ; Bossuet se plaisoit à reconnoître qu'il lui devoit l'idée de cette liaison d'événements dont il nous a donné, dans son immortel Discours un tableau si sublime. Dès l'année 1681 , un littérateur, nommé Collin, avoit bien publié du Mationarium une première traduction, mais outre plusieurs vices de reproduction, il avoit joint au texte de Petau, et sans les distinguer, une foule d'additions plus ou moins suspectes, ce qui rendoit son édition peu sûre. Maucroix restitua à l'ouvrage de Petau sa primitive valeur, et sa traduction simple, exacte et fidèle, fut reçue avec applaudissements. Elle est dédiée à Jean-Jacques de Mesmes, président à mortier, et fils de ce de Mesmes, comte d'Avaux , principal auteur du traité de Westphalie, et l'ami particulier de Conrart et de tous les gens de lettres de son époque. Ce nom d'Avaux, venoit aux de Mesmes d'une terre importante des Ardennes ^ où cette grande famille faisoit son séjour habituel. Sa très-grande proximité du Thour, le château de M. des Maupas, avoit établi des relations d'amitié entre les deux familles de Mesmes et de

1 A\aux, aujourd'hui AsfelU, près dcRethcI.

SA VIE ET SES OUVRiGES. CXCIX

Joyeuse. Maucroix avoit commencé là ses rapports avec le comte d'Avaux, qu'un goût héréditaire pour les lettres et les arts devoit porter à l'Académie. Maucroix, dans sa dédicace, fait allusion à la juste renommée des de iMesmes, autour desquels se sont groupées successivement plusieurs générations d'hommes de lettres et d'artistes, libéralement encouragés.

En cette année 1683, à Reims, eut lieu la singulière aventure delà Dame-Inconnue. On en connoît les détails qui ont été donnés ailleurs. Une dame, d'un extérieur noble et distingué, jeune et belle encore, se disant d'une des illustres maisons de France, s'étoit vue réduite à fuir son époux dont elle étoit maltraitée , sa famille qui méconnoissoit sa vertu, son pays où tout lui avoit fait faute en même temps. Persécutée, errante et mendiant de ville en ville, elle étoit arrivée aux portes de Reims, où l'avoit recueillie l'ardente charité de l'abbé Lempereur, curé de Saint-Hilaire, et promoteur de Mgr l'archevêque : homme grave, plein de droiture et de vertu. L'appui que donnoit à la belle étrangère un homme du caractère de l'abbé Lempereur, le récit qui se faisoit des malheurs et des vertus de l'inconnue, éveillèrent promptement les sympathies rémoises. En quelques mois, la protégée du promoteur, grâce aux abondantes ressources qu'il trouva dans ses relations, fut en état de se montrer et de paroilre dans le monde. Pieuse et pleine de charité, elle hantoit les églises, visi-

ce BIAUCROIX.

toit les prisons, assistoit les malades et se faisoit la providence des malheureux. Dans le zèle qui l'enflammoit pour des misères qui longtemps avoient été les siennes, elle vouloit étendre le bienfait de l'assistance à toutes les classes souffrantes de la société, et revoit des établissements d'utilité publique. Le moment, à Reims, étoit des plus favorables : l'air étoitaux créations de ce genre. Quelques années auparavant avoit eu lieu, par les soins d'une Colbert, la fondation de la Maison de Sainte- Marthe, dite des Magneuses. C'étoit l'époque de Marie Brisset, veuve Varlet, fondatrice de la maison dite Notre-Dame de Pureté; de madame Maillefer, qui, de concert avec le vertueux Rolland, créoil l'hospice del'Enfant-Jésus; de Jean-Baptiste Lasalle surtout, l'immortel fondateur des écoles chrétiennes, dites des Petits-Frères.

C'est qu'il faut rendre justice à la ville de Reims: une pensée généreuse n'est jamais éclose stérile dans ses murs; et malgré les petites rivalités de classes, l'esprit de charité y a toujours opéré des miracles , la bienfaisance y étant la vertu de tous. Qu'il y soit question d'une bonne œuvre, d'une famille dans la misèreà secourir, ou d'une fondation philanthropique, il faudra de l'argent; le Rémois en trouvera : tous donneront, tous voudront contribuer. Le riche prendra sur son superflu, le malaisé sur le nécessaire, l'ouvrier réduira son salaire, l'artisan sa main-d'œuvre. Une noble émulation se propage, enflamme les esprits: on rougit de ne pas faire comme tout le monde, et l'œuvre

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