SA VIE ET SES OUVRAGES. CCV
croix et La Fontaine reçut cette année-ci (1685) une grande consécration publique. Le libroire Barbin donna son édition des OEuvres de prose et poésies des sieurs Mmicroix et de La Fontaine. On s'est quelque peu récrié de nos jours sur le singulier amalgame des matières qui composent cette publication, et l'on a beaucoup admiré la générosité de La Fontaine, qui, « pour faciliter le débifdes œuvres de son ami, voulut bien associer son nom à celui de Maucroix, et joindre aux traductions de celui-ci ses propres poésies. » Mais il me semble que dans cette appréciation des choses on ne s'est guère rendu compte du caractère et de la renommée respective de chacun des deux amis. A tout prendre, à celte époque, Maucroix, très-prise pour son génie littéraire, ne le cédoit guère en illustralion à La Fontaine même; car, on ne l'ignore pas, la postérité, qui est pour beaucoup dans la juste renommée de notre grand fabuliste, a réagi en sens inverse pour Maucroix. Privée de ses poésies, de sa correspondance, de ses mémoires et delà plupart de ses autres travaux , elle ne s'est qu'imparfaitement rendu compte du genre de mérite du chanoine de Reims. Mais La Fontaine et les contemporains en jugeoient autrement. D'ailleurs, il est bon d'y penser, au temps où Maucroix s'occupoit des anciens , le métier de traducteur étoit assimilé aux plus nobles, parmi ceux de la république des lettres. 11 ne faut pas oublier que c' étoit le temps de la grande querelle des Anciens et des Modernes, et que l'estime publique s'altachoit à l'honneur de
CCVl MAUCROIX.
bien reproduire les œuvres des grands mailres de l'antiquité : témoin la renommée dont jouirent Toureil , l'abbé Tallemant , Perrot d'Ablancourt et autres. Ce n'étoit point un mérite médiocre (pie de faire passer dans l'idiome vulgaireDémosthènes, Cicéron, Horace et Virgile, pour la plupart imparfaitement connus en France. Depuis, cette gloire est sans doirte bien rabaissée. Des traducteurs à la douzaine se sont présentés, à qui le travail étoit facile après les publications du xvii« siècle, et qui, reprenant en sous-œnvre et appropriant au style contemporain les mêmes auteurs , ont à peu de frais et d'éludé tenu lieu et amené l'oubli de leurs doctes devanciers. Voilà comment s'explique l'indifférence de notre époque pour les travaux de Maucroix ; mais il s'agit de savoir ce qu'il en étoit au xvii« siècle. La Fontaine ne pouvoit s'y méprendre, et il n'a pas eu besoin de faire parade de modestie et d'abnégation pour parler avantageusement des travaux de son ami. Voici le début de son épitre dédicatoire à Fr. de Harlay, procureur général au parlement :
Harlay, favori de Thémis, Agréez ce recueil, œuvre de deux amis-, L'un a pour protecteur le démon du Parnasse, L'autre delà tribune étale tous les traits...
Puis après quelques vers charmants vient l'humble prose dans laquelle il explique plus particulièrement l'œuvre de Maucroix. « Ce n'est pas assez, Monseigneur, de vous dédier en vers les derniers