‹ Œuvres diversesChapitre 115 sur 221 · CCX MA U CROIX · texte numérisé non relu

CCX MA U CROIX

avec La Fontaine, à celle des Homélies d'Astériiis, qui n'eut lieu qu'en 1695, dix ans s'étoient écoulés sans que Maueroix eût rien fait paroître ; cependant sa vie n'avoit point été inoccupée. On trouve à ce propos, dans les notes de Boileau Brossette, une parîicularilé curieuse : î\laucroix avoit traduit la rieillesse, V Amitié, et la première Tusculane de Cicéron, avec le dialogue De causis corruptœ eloiiuentiœ. M. de Maucroix, dit Brossette, « vouloit faire un volume de ces quatre traductions, et il les avoit données aux réviseurs ordinaires pour avoir l'approbation et le privilège. M. Dubois, de l'Académie françoise, qui, de son côté, avoit traduit les traités de la Vieillesse et de V Amitié, obtint des réviseurs qu'ils garderoieît près d'un an le manuscrit de M. de Maucroix, et pendant ce temps il fit imprimer le sien. M. de ÎVIaucroix, après avoir bien grondé dans sa province contre la lenteur des réviseurs de Paris, apprit enfin le tour que M. Dubois lui avoit joué. C'est à ce sujet que M. Despréaux lui avoit dit : « Le dévot dont vous vous plaignez.... » Sa colère alla jusqu'à ne vouloir publier ensuite aucune de ses traductions.

Dans la belle lettre que Boileau écrit à Maucroix à l'occasion de la mort de La Fontaine, nous voyons cependant que notre auteur, encore tout froissé du procédé Dubois, n'avoit point tout à fait renoncé à l'impression, puisque ces mêmes travaux, il les communiquoit au sévère Aristarque pour eu avoir l'avis. « Pour venir à vos ouvrages, lui dit Boileau,

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j'ai déjà commencé à conférer le dialogue des orateurs avec le latin. Ce que j'en ai vu me paroîl extrêmement bien. La langue y est parfaitement écrite. Il n'y a rien de gêné, tout y paroit libre et original...» Puis après (juelques observations de détail sur le sens de certains mots, et une excursion dans son propre domaine poétique, Boileau revient au procédé de Dubois et raconte comment, à propos de son opinion sur un point de la doctrine de saint Augustin, il a été réfuté par le grand Arnaud lui-même , dans une dissertation qui lui paroît ce qu'on a fait en notre langue de plus beau et de plus fort sur les matières de rhétorique. « Tout le monde, dil-il, voudroit que le dévot fût encore en vie pour voir ce qu'il diroit en se voyant si bien foudroyé. » — « J'ai lu, répond Maucroix à Boileau, la dissertation de M. Arnaud sur la i)réface du dévot. Je fus fâché, en la lisant, de n'être pas un peu plus vindicatif que je le suis, car j'aurois eu bien du plaisir à voir tirer de si belle force les oreilles à mon homme... »

Malgré les écarts de son imagination et l'apparente fragilité de sa vertu, Maucroix étoit appelé à de longs jours. La force de sa constitution, et, quoi qu'il eu ail pu laisser croire, la régularité de sa vie, dévoient le faire survivre à son siècle. Triste privilège pour l'homme sensible qui voit, à côté de lui, tomber successivement tout ce qu'il a connu, tout ce qu'il a aimé. Telle fut la destinée de Maucroix.

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Après son frère, après Coiirart, d'Ablancoiirl et Palm, qu'il aima diversement, voici maintenant desRéaux, qu'il cliérissoit presque à l'égal de La Fontaine. Maucroix, qui certainement connoissoit le manuscrit des Historiettes, absout volontiers leur auteur des attentats énormes que la critique moderne impute à sa mémoire. Qu'on reproche à Tallemant son peu de retenue, ses exagérations et parfois ses inexactitudes, c'est là une affaire d'appréciation et d'examen. Mais traiter de Vidocq de ruelles et d'espion de bas étage un homme dont les récits, quoique frivoles et parfois malséants, appartiennent si intimement à l'histoire , c'est manquer de sang-froid, d'équité, et cela ne s'appelle plus de la critique. Maucroix dans ses Mémoires ne jette point un tel anathème sur l'auteur des Historiettes, et malgré l'esprit dont on a fait preuve dans l'article auquel nous faisons allusion , nous préférons à ce redoutable factum le petit jugement que voici: « Le 10 novembre (1692) mourut à Paris, dans sa maison, près de la porte de Richelieu, mon cher ami M. des Réaux : c'éloit un des plus hommes d'honneur et de la plus grande probité que j'aie jamais connus. Outre les grandes qualités de son esprit, il avoit la mémoire admirable, écrivoit bien en vers et en prose et avec une merveilleuse facilité. Si la composition lui eût donné plus de peine, elle auroit pu être plus correcte ; il se conlentoit un peu trop de ses premières pensées, car, du reste, il avoij- l'esprit beau et fécond, et peu de gens en ont autant que lui. Jamais

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homme ne fut plus exact : il parloit en bons termes et facilement, et racontoit aussi bien qu'homme de France. »

Cette appréciation si bien sentie, venant d'un homme tel que Maucroix, couvrira quelque peu, nous l'espérons, l'auteur des Historiettes, et le maintiendra au-dessus des basses et impures régions où la passion a voulu un instant l'ensevelir. Elle a d'ailleurs le mérite de fixer l'époque de la mort de des Réaux, qui étoit restée inconnue à MM. Monmerqué et Taschereau, ses premiers éditeurs.

L'année suivante, le 7 février 1693, mourut aussi Paul Pellisson, de l'Académie, si célèbre par ses relations littéraires et surtout par son noble dévouement au malheureux Fouquet. Pellisson, sur le mérite duquel nous ne reviendrons pas, étoit d'une figure peu avenante. On connoît le mot de madame de Sévigné à quelqu'un qui exaltoit sa droiture, sa grandeur d'âme et sa politesse : « Eh bien ! ditelle, pour moi, je neconnois que sa laideur: qu'on me le dédouble ! » Maucroix en parle en ces termes : « C'étoit un homme de grand mérite.... son chefd'œuvre, c'est l'histoire de l'Académie ; sa préface des ouvrages de M. Sarrazin est aussi fort estimée. Il fit beaucoup de traités sur des matières de religion. Il mourut sans recevoir les sacrements, non par mépris de ces secours si nécessaires aux chrétiens : la mort le surprit. Depuis sa conversion, je ne le vis jamais que dans des sentiments très-catholiques.

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