‹ Œuvres diversesChapitre 120 sur 221 · CCXXVI MAUCROIX · texte numérisé non relu

CCXXVI MAUCROIX

son élève. Je pense donc qu'elles sont à l'adresse de Thoiillier. Il ne faut pas oublier la précocité d'esprit de l'abbé d'Olivet, qui, dit un de ses biographes, a pu réconcilier Boileau (mort en 1611) avec le père Letellier; puis il faut se rappeler le penchant qu'a toujours eu Maucroix vers la jeunesse, témoin son amitié pour le chanoine Favart, pour l'évêque de Soissons, et quelques autres.

Dans la première, Maucroix commence par remercier le Père des louanges qu'il donne à ses traductions: puis vient un retour sur lui-même, qui reproduit bien l'homme que je me suis efforcé de faire connoître dans celte notice :

« Je vois qu'il ne tient pas à vous, mon cher Père, que je ne perde la mauvaise opinion que j'ai de moi... Hélas! je sais trop le peu que je vaux, et à présent je le sens mieux que jamais. Quelques années de mon bel âge, si je les pouvois faire revenir, me seroient plus agréables que cette immortalité dont on flatte les écrivains. Vos lettres me rappellent des idées de poésie et d'éloquence qui dissipent pour un moment les chagrins de la vieillesse , mais souffrez que je vous réponde à bâtons rompus, si j'ose ainsi dire, car le poids de quatrevingt-six ans est une distraction continuelle. »

Puis, fidèle au sentiment de toute sa vie, Maucroix revient sur la plupart des illustres écrivains dans l'intimité desquels il a vécu. C'est d'abord La Fontaine, dont il refait un nouvel éloge : « C'étoit l'âme la plus sincère, la plus candide qui fût ja-

SA VIE ET SES OUVRAGES. CCXXVIl

mais. M. de La Fontaine ne ment point en prose, dit madame de la Sablière. »

Ensuite vient Conrart, et ce qu'il en rappel' confirme de la façon la plus formelle ce qu'a dit de luiTallemant, moins les médisances dont Tauteur des Historiettes a eu le tort de semer son récit, parlant d'un homme qui avoit été son ami.

« Vous avez beau trouver de l'impossibilité à ce que je vous ai raconté de M. Conrart, oui, je vous répète que M. Conrart, qui ne savoit pas un mot de lalin, m'a dit souvent, et l'a dit à bien d'autres, qu'il faisoit la différence d'un vers de Virgile d'avec un vers de tout autre poète latin. »

Voiture a son tour. Waucroix,dans sa jeunesse, l'avoit connu à l'hôtel Rambouillet, et il s'étoit longtemps enivré de sa prose limpide et fleurie, restée pour lui le modèle qu'il a fini par dépasser.

Puis revient avec le nom de Malherbe le souvenir des discussions que les odes de ce poète ont soulevées jadis : « Puisque vous suivez Malherbe, songez une autre fois que c'est un guide qui peut égarer. Il a beaucoup d'élévation , mais il n'a presque ni douceur ni tendresse. Son grand travail, en quelques endroits, ne sert qu'à mieux faire voir qu'il n'est point naturel. Je me souviens d'avoir compté avec MM. Pellisson et de La Fontaine près de quatre-vingts stances qui nousparoissoient inimitables. Peut-être que je n'y en Irouverois pas tant aujourd'hui. »

La seconde lettre est du 6 octobre 1705. Maucroix entre en matière à propos de ce traité de

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rhétorique françoise que, dit-on, Patru devoil mettre au jour.

« Je sais qu'il en avoit formé le dessein et disposé même tous les chapitres ; voilà tout ce qu'il en a fait. Il n'étudioit que lorsqu'il n'avoit rien à faire de meilleur, et souvent il croyoit avoir quelque chose de meilleur à faire que d'étudier. » Cependant Maucroix expose quelques-unes des idées que Patru se proposoit de développer, et caractérise en quelques lignes fort bien pensées, et le genre de talent de Patru comme écrivain, et les qualités requises chez le véritable orateur. « Je me laisse emporter, ajoute Maucroix, au plaisir que j'ai de vous entretenir, mon cher Père; je ne prends pas garde que j'écris à un homme qui fait des leçons publiques d'éloquence dans une célèbre université. »

LatroisièinelettreauPère***dela Compagnie de Jésus est du 29 avril 1706. Maucroix, âgé de quatrevingt-huit ans, commence à se ressentir sérieusement des infirmités de la vieillesse; toutefois, il semble se ranimer pour donner plus d'éclat à son enseignement. « A quoi pensez-vous, mon cher Père, de me faire souvenir que je marquois, il y a quelques mois, que j'avois fait des réflexions sur l'art de remuer les passions? je n'ai pu depuis ce tempslà vous écrire que des billets de six lignes, je n'ai vécu cet hiver que pour les rhumes et pour la toux. Il semble que tant de misères se réunissent à la fin de la vie pour que nous mourions plus volontiers. Mais comment oserois-je parler d'éloquence,

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