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moi qui n'ai de ma vie plaidé que cinq ou six fois et qui ne monlai jamais en chaire. »
Puis vient cette belle citation qu'a faite M. Walckenaer, et qui prouve que Maucroix avoit les idées les plus saines et les plus nobles sur le talent de l'orateur. Après quoi, faisant allusion à la querelle qui vient de se ranimer entre la Bourgogne et la Champagne, sur la question de qualité et de supériorité de leurs produits vinicoles, Maucroix fait l'ingénieux rapprochement que voici, et qui est comme son adieu à ce vin délicieux dont les coteaux de Reims l'ont si longtemps réjoui : « Encore ne faut-il pas vous quitter, mon cher Père, sans vous avoir déridé le front un moment : eh bien, devinez à quoi je compare Démosthènes etCicéron? Le premier à vos bons vins de Bourgogne, et le second aux nôtres de Champagne. Dans le vin de Bourgogne, il y a plus de force et de vigueur : il ne ménage pas tant son homme , il le renverse plus brusquement : voilà Démosthènes. Le vin de Champagne est plus fin, plus délicat, il amuse davantage et plus longtemps, mais enfin il ne fait pas moins d'effet : voilà Cicéron. Et comme tous les buveurs sont partagés sur l'excellence de ces deux vins, et qu'à une même table, où l'on sert de Pun et de l'autre, chacun se déclare pour son goût particulier, donnons aux lecteurs une semblable liberté sur ce qui regarde Cicéron et Démosthènes. Je finis sans façon, à l'antique. Portez-vous bien et m'aimez toujours. »
Nous ne savons plus guère de Maucroix que ce
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que nous en dit dom Grenier dans ses Recherches sur les hommes illustres de Picardie.^ Etant, dit-il, au lit de la mort, Maucroix fil remettre la traduction du Dialogue des orateurs avec quelques autres à Fabio Bruslard de Sillery, évêque de Soissons. Déjà, trois ou quatre ans auparavant , il avoit envoyé celle de VAit poétique d'Horace à madame la comtesse de Monlmarlin, fille de M. le marquis de Puisieux, et arrière-petite-fille de M. de Sillery, chancelier de France. Puis après la mort de Maucroix, l'évêque de Soissons engagea Joseph Thonilier, alors jésuite, de publier ces différents morceaux. » Tâche dont s'acquitla l'abbé d'Olivet , comme nous l'avons dit dans notre avertissement.
Du reste, les mémoires du temps se taisent sur les circonstances de sa dernière maladie 5' il est vraisemblable qu'arrivé au terme de sa longue carrière, et fidèle à la religion, dont il n'avoit pas toujours suivi les préceptes, mais qu'il n'avoit jamais cessé d'aimer et d'honorer, Maucroix s'éteignit au milieu de ce qui lui restoit d'amis, et d'une génération nouvelle qui, le voyant partir, ne comprit ni tout ce qu'elle perdoit, ni tout ce qu'emportoit avec lui de grands et glorieux souvenirs l'aimable et savant chanoine de Reims
François de Maucroix mourut le 9 avril 1708, âgé de quatre-vingt-neuf ans trois mois deux jours. 11 en avoit passé à Reims soixante et un comme chanoine de Notre-Dame, et fut inhumé
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dans la chapelle des Apôtres de l'église de Reims. « Il a fait le Chapitre de ladite église légataire universel de tous ses biens, et l'on attend son épilaphe, » dit l'abréviatenr de ses Mémoires.
Comme les pierres tumnlaires de la cathédrale de Reims ont été brisées à l'époque de la révolution, je ne sais si Messieurs du Chapitre, sensibles au reproche qui semble leur être fait ici, ont fini par honorer la tombe de Maucroix d'une inscription quelconque. La littérature rémoise, par l'organe de Thierry Jessonot, lui a payé sa dette par ce quatrain assez médiocre :
Maiicroix vient de passer l'Achéron et le Slyx, Mais ces fleuves d'oubli ne lui font point outrages:
11 est des savants le phénix.
Puisqu'il renaît enfin par tous ses- beaux ouvrages.
J'aime mieux les quelques mots d'éloge que la reconnoissance a dictés au jeune abbé d'Olivet dans la préface qui sert d'introduction aux OEuvres posthumes de M. de Maiicroix :
« Vivacité, enjouement, délicatesse, naïveté, tout cela ensemble se trouvoit dans sa conversation, et tout cela ensemble ne forme qu'une légère idée de l'art qu'il avoit de plaire aux personnes spirituelles et polies .... Sans être de l'Académie, dit le père Bouhours , il avoit tout le mérite d'un excellent académicien... Plus recommandabie encore par sa droilnre, par sa candeur et sa générosité, il ne laissoit pas, quoique son revenu fut modique, d'en
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faire part à ceux de ses amis qui et oient plus favorisés des muses que de la fortune. J'ajoute, et c'est ce qui paroitra le plus singulier, qu'il conserva toute sa belle humeur dans une extrême vieillesse, et toute sa fermeté d'esprit jusqu'au dernier soupir. »