MADRIGAL* V POUR UNE BEAUTÉ MODESTE
Vous êtes trop modeste, et je veux vous contraindre
Vous-même à l'avouer ; Non, non, ne croyez pas qu'il soit besoin de feindre
A qui veut vous louer.
Quand vos rares vertus né seroienl point connues, Philis, l'air dont vous rejetez Les louanges qui vous sont dues.
Ne feroit-ilpas voir que vous les méritez?
i Mss. Conrart, t. 22, p. 200.
AUTRE*
Vous avez beau me quereller, Sans gronder ne me plus parler, Et ne plaindre jamais ma peine ; Je m'en dépile assez ; mais, quoi Toujours votre beauté, Climène, Fait votre paix avecque moi.
ÉPITRE
A M. CASSANDHE.
Au cher Cassandre notre inlime, l sprit affolé de la rime, Antipode du cabaret, Ennemi du blanc et clairet ', Ennemi de la douce vie, Mais ami de philosophie,
1 Ce vers manque dans l'édit. Walk.
Et l'un de ses plus forls piliers, El visiteur des ateliers.
Brave Cassandre, notre intime, De nouveau j'ai reçu ta rime, Écrite, ainsi que je le crois, Le vingt-deuxième du mois ; Au soir elle me fut rendue, Et tout sur-le-cbamp l'ayant lue, J'en trouvai les vers si plaisants, Que j'en fis part en même temps k dame de très haut mérile Et de ptété non peliie, Qui laissa, pour voir ton écrit, Son chapelet à demi diî.
Sur ce pofnt ne sois incrcilule ; Ceci soit dit par préambule.
Mainlenant, pour venir au fait,
Sache que je suis satisfait,
3Ion très aimé Monsieur Cassandre,
Du soin que tu daigne ^ bien prendre «
Dem'écrire ordinairement ^
Quel est ton diver'à.sement.
Or, ami, puisque tes délices
Sont à voir bâUr édifices,
Que pniss? Paris toul eulier
Puisse-ton ne voir par les rues Que promener engins el grue^!
Qu'il se fasse en chaque quartier Un profond étang de morlier; El que de mort soit jugé digne Qui ne bâtit en droite ligne 1
En échange de tes nouvelles, Qui ne sont que des bagalelles, Je l'envoie par rareté Des nouvelles de piété, Sujet digne d'un plus haut style.
On voit à nu dans cette ville, Le corps entier de saint Rémi, Qui de Dieu fut si bon ami.
Chacun le voit, chacun l'admire, D'aise à l'enlour chacun respire; El n'est si méchant à le voir, Qui ne sente un peu s'émouvoir.
Moi-même, par ma conscience, Je suis meilleur lorsque j'y pense.
On voit encor ses bras nerveux.
Il a jambes, lête et cheveux, Et ne lui faut, par sainte Barbe, Pas un petit poil de sa barbe, Quoique maint siècle soit l'assé.
Depuis l'an (|u'il esl trépassé.
Ce fut cet illustre saint même
Qui jadis donna le baptême
A Clovis le méchant païen,
Qui depuis fut si bon chrétien.
Sa tombe est encor révérée,
Et de miracles honorée :
Mais de miracles avérés.
C'est l'espoir des champs altérés;
Car l'été quand point d'eau ne tombe,
On s'en va prier sur sa tombe,
Et l'eau céleste en même temps
Descend à grands flots sur les champs
Voilà dans Reims, où je demeure,
Ce dont chacun parle à cette heure.
Il est vrai que d'hier il court
De paix d'Allemagne un bruil sourd,
De qui l'agréable nouvelle
Tient bien nos bourgeois en cervelle.
Nous saurons bientôt ce que c'est ;
Cependant je suis ton valet.
ÉPIGRAMMi:.
POUR UNE FILI.E QUI PLEURA QUAND ON LUI DIT qu'elle ÉTOiT ACCORDÉE
Diane à quoi servent ces larmes
Où vos beaux yeux cachent leurs cliirnies? De vos heureux deslins le ciel n'esl jioint ja'oux Kl ce que vous pleurez, el qui fait tant d'envie,
En bonne foi voudriez vous
Le garder toute votre vie?
VJ
ÉPIGRAMME*
Vieux débauché, lu te maries, El la femme est des plus jolies; Tu ferois mieux, en bonne foi.
De prendre en main les paleuôlres; Mais lu veux qu'on fasse poiu^ toi Ce que tu lis jadis pour d'autres.
QUATRAIN*
J'ai bu ))our calmer les ennuis Que ramoiir cause dans nion âme.
^lais le vin n'éleintpas ma îlamnip, J'aime, tout ivre que je snis.
ÉP{GRAMMR\
H aime à chasser à grand bruii, Le nombre seul le réjouit^ Il a le goiU si déleslable, Qu'il croil, tanl il a peu de sens !
Que cintî sols valenl mieux à table Que quatre tort honnêtes gens.
ÉPIGRAMME*
Autrefois j'aimois Isabelle, Mainlenant je n'ai plus pour elle, iNi «l'estime ni d'amitié ; La raison est qu'on dit à Rome, Que la moitié d'un vilain homme, Est une vilaine moitié.