‹ Œuvres diversesChapitre 141 sur 221 · A M. CONRART · texte numérisé non relu

A M. CONRART

Conrarl, quand finiront ces guerres obstinées Qui depuis deux fois dix années Coûtent tant de pleurs à nos yeux?

Entendrons-nous toujours l'aigre son des trompettes, Et les douces musettes

Sont-elles pour jamais absentes de ces lieux?

Les obscures forêts et les antres humides,

Viuv cacher nos bergers limides,

Ont à peine assez de buissons :

De chardons hérissés nos plaines sont couvertes,

Et nos gr.inges désertes Attendent vainement le retour des moissons.

De combien de châteaux et de cités superbes A-t-on rais à l'égal des herbes Les murs jusqu'aux astres montés!

Que le glaive en nos champs a fait de cimetières î Que nos calmes rivières

Ont vu mêler de sang à leurs flots argentés!

Vain fantôme d'hoiîiicur, c'esl pour loi que i'épée

Sans cesse au massacre occupée

A mis tant de guerriers à bas.

C'est pour toi qu'au mépris des plus mortelles armes

Ils volent aux alarmes, Et semblent n'avoir peur que de ne mourir pas.

Étrange aveuglement de la race des hommes!

Pourquoi , maliieureux que nous somme ^

Avancer la fin de nos jours?

D'où se forme en nos cœurs celle brutale envie

D'abréger une vie Dont le pUîs long espace a des termes si courts?

La mort de ses rigueurs ne dispense jier^onne :

L'augusle éclat d'une couronne

Ne peut en exenipter les rois :

N'espère pas, Conrart, que ton mérite extrême

Ni la muse qui l'aime Te mettent à couvert de ses fatales lois.

Ta sagesse, il est vrai, fait honneur à r.olre âge;

Mais de quelqne rare avantage

Dont un mortel soit revêtu, Son terme est limité ; le nocher de la parque

Dans une même barque Passe indifféremment le vice et l:* vertu ^

\ stances très-souvent citées.

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