A M. CONRART
Conrarl, quand finiront ces guerres obstinées Qui depuis deux fois dix années Coûtent tant de pleurs à nos yeux?
Entendrons-nous toujours l'aigre son des trompettes, Et les douces musettes
Sont-elles pour jamais absentes de ces lieux?
Les obscures forêts et les antres humides,
Viuv cacher nos bergers limides,
Ont à peine assez de buissons :
De chardons hérissés nos plaines sont couvertes,
Et nos gr.inges désertes Attendent vainement le retour des moissons.
De combien de châteaux et de cités superbes A-t-on rais à l'égal des herbes Les murs jusqu'aux astres montés!
Que le glaive en nos champs a fait de cimetières î Que nos calmes rivières
Ont vu mêler de sang à leurs flots argentés!
Vain fantôme d'hoiîiicur, c'esl pour loi que i'épée
Sans cesse au massacre occupée
A mis tant de guerriers à bas.
C'est pour toi qu'au mépris des plus mortelles armes
Ils volent aux alarmes, Et semblent n'avoir peur que de ne mourir pas.
Étrange aveuglement de la race des hommes!
Pourquoi , maliieureux que nous somme ^
Avancer la fin de nos jours?
D'où se forme en nos cœurs celle brutale envie
D'abréger une vie Dont le pUîs long espace a des termes si courts?
La mort de ses rigueurs ne dispense jier^onne :
L'augusle éclat d'une couronne
Ne peut en exenipter les rois :
N'espère pas, Conrart, que ton mérite extrême
Ni la muse qui l'aime Te mettent à couvert de ses fatales lois.
Ta sagesse, il est vrai, fait honneur à r.olre âge;
Mais de quelqne rare avantage
Dont un mortel soit revêtu, Son terme est limité ; le nocher de la parque
Dans une même barque Passe indifféremment le vice et l:* vertu ^
\ stances très-souvent citées.