A M. CASSANDRE K
Cassandre, j'ai lu ton épîlre;
Car de vouloir nommer regilre
Un gentil ouvrage de vers,
C'est parier un peu de travers ;
Registre est un mot d'écritoire,
Haï des filles de mémoire.
Mais passons. Voudrois-lu savoir
Ce que je fais matin et soir ,
Depuis la fâcheuse journée
Que la perverse destinée
M'a fait voisin de Landreci?
Je ne manque pas de souci;
Toujours je crains pour la Champagne
Les rouges escadrons d'Espagne ;
Et m'est avis que les Walons
Sont déjà dessus mes talons ;
Mais je jure, sainte Brigide,
Si devers nous ils tournent bride,
I Cette pièce se trouve imprimée dans le Recueil de Sercy, t. v, p. 317.
DE MAUCROTX. 69
Que les drôles ne m'auront pas, Si leurs chevaux ne vont bon pas; Quelque sol altendroit ces drilles, Plus malfaisants que des chenilles.
Tu vois, par ce vaillant discours, Que je me ressemble toujours, Et que mon habit, cher Cassandre, Ne cache pas un Alexandre.
Chacun a son humeur, dit-on, La mienne est d'être un peu poltron ; Cela sied bien aux gens d'église:
Aussi j'ai pris pour ma devise :
Courir bien et partir à point Sauve le moule du pourpoint.
ÉPIGRAMME
Votre miari, Philis, est bien le plus sol homme
Qui soit de Paris jusqu'à Rome;
Où diable le ciel en courroux
Vous fut-il chercher cet époux?
Cependant votre cœur lui demeure fidèle, Et jamais d'autre amour ne peut être vaincu.
Faut-il que voire époux, la belle.
Soit si sot sans être cocu ' ?
1 Imprimée dans le recueil des Poésies choisies, t. ri, p. 7.
ÉPITRE
AROSALIANE'.
A la belle Rosaliaiie, Un chanoine portanl soulane, Qui n'est pas grande nouveanlé, Écrit ces vers de gaieté ; Quoiqu'il ail souvent en pensée Sa pauvre maman trépassée. Enfin, il faut se consoler; Mes pleurs ne veulent plus conter; Et dans moi la philosophie De jour en jour se fortifie.
Rions ... Mais que dis-je, insensé!
Rire en un temps si traversé, Lorsque la petite vérole Tient Cateau la petite folle -, Et vient . contre droit et raison, Vous chasser de votre maison!
Quel malheur si cette insolente Pour la nièce avoit pris la tante, Et métamorphosé vos Us En rouges et flambants rubis !
1 C'est Mme lies Réaux.(J/s. de Reims.)
2 Nièce de Rosaliane. {Ibid.)
DE MAUCUOIX. 71
11 esl lout vrai que le chanoine De dépit s'en seroit fait moine.
Mais changeons un peu de discours.
On m'écrit que dans quelques jours Vous devez mettre en évidence Un nouvel habitant de France, Et que cet enfant fortuné Danse même avant qu'il soit né, Et fait gambades à douzaines .; Marques sans doute très certaines Qu'il sera danseur fort dispos.
Et fera la nique aux Chabots:
Tout cela, supposé qu'il vive, Et qu'à bon port sa nef arrive ; Ce qu'on ci'oit difficilement, Car vous le bercez diablement, El jamais, dit-on, femme pleine Ne fil tant que vous de fredaine '.
Que le pauvre enfant, en lout cas, Se voue au bon saint Nicolas, Plusieurs lui promettant voyage Qui ne sont si près du naufrage !
La belle, gardez-vous un peu, Ce que vous faites n'est pas jeu, 11 y va, ma foi, de la vie ; Pourtant vous n'avez pas envie
1 M"^e Des Réaux, jeune femme qui, quoique e^rosse, sautoit et dansoit toujours. (jI/s. de Reims.]
De descendre sitôt là-bas Voir si les morls ne dansent pas.
Marchez donc comme une épousée , Soyez aussi sage el posée Que dans l'hôtel de Ramboiuilet, Ou qu'une crieuse de hnt.
Si vous faites ce que j'ordonne, Nous aurons du fruit vcri, l'automne; Ce sera, je crois, vers ce temps, Que vous crierez: hélas , les dents!
Ainsi crioit une donzelle, Non pas fort sage, mais fort belle, Qui, par je ne sais quel hasard, En ce pays fit un poupard.
S'entend sans être mariée, Chose qui l'a fort décriée :
Car ici, non plus qu'à Paris, Filles ne font rien sans maris ; Comme m'apprit l'autre semaine Fille à qui je comptois ma peine.
Qui nonobstant mes yeux mourants M'envoya bien chez mes parents, Dont je fus honteux au possible ; Mais voyant la belle insensible, El s'armer d'étranges dédains.
Ma foi je lui baisai les mains.
Belle, à vous aussi je les baise.
Car il est temps que je me taise.
MADRIGAL
Oiiel(ine douce faveur que j'ai pu souhaiter, Lorsque je vous l'ai demandée,
Vous m'avez défendu même de Tespérer, Puis vous me l'avez accordée ; Il resle encor le dei-uier point :
Pliiiis, ordonnez-moi de ne l'espérer point.
STANCES * '
Quel bonheur est égal à mon bonheur extrême. Quel amanl plus que moi se pourroit dire heureux? Enfin je ne vis plus en aveugle amoureux, El grâces à mon sort, j'ai vii 'tout ce que j'aime.
J'ai vu, iLais laisouj^noits: ne le découvrons pas; Retenons ce plaisir dans un discret silence.
t Mss. Conrart, t. ii, p. 189.
0 vêtements d'Iris, que vous cachez d'appas, Et que vous en cachez bien plus que l'on n'en pense ! J'accusois bien à tort celle jeune beauté D'avoir pour mes désirs trop de sévérité Et de traiter trop mai un amant si fidèle '.
Après ce que j'ai vu, je ne l'en puis blâmer, 0 dieux ! qu'elle a raison de faire la cruelle, El que telle qu'elle est, j'ai raison de l'aimer!
MADRIGAL
Importun rival, que la flamme Cause de trouble dans mon ame ! En vain sur la foi de Cloris Je veux fonder (juelque assurance; Qui possède un trésor sans prix Ne vit jamais qu'en défiance.
l Et de porter un cœui- à mes désirs rebelle.
[Ms. de Reims.)
ÉPIGRAMME
C'en est fait, il me faiU mourir; Kien que le déirespoir ne me peut secourir: Mais puisqu'à vos bontés je ne dois plus prétendre,
Accordez du moins à ma foi
Le souhait du grand Alexandre ; Que jamais conquérant n'aille si loin que moi.
Air.
Mes vœux ne sont plus exaucés.
Si je me plains on n)e fait taire, Mais quoi ! mes beaux jours sont passés. J'ai perdu le secret de plaire.
Que sert de me consumer?
Amour, sois-moi plus équitable, Et puisqu'on ne peut plus m'aiuier, Tais que rien ne me scijîi>'ic aimable.
Ne fais point laiU l'homme délai, Car, Paul, à te parler sans feiiidre, Pou» avoir le portrait d'u:^ fat, On n'auroil (pi'à te faire peindre.
ÉPiGRAMME*.
0 mort, ô désirable mort, Viens vile terminer mon sort ; Ne fais poin! ianguir monenvie!
Iris a violé sa foi ;> 0 morl. de grâce liâ!e-toi, Vien^ me délivre»- de la vie.