EPITRE A DAMON
Que fais-tu, cher Damon, maintenant que ta ville Est en proie aux fureurs de la guerre civile? Que fait la belle veuve, et ta jeune moitié? Que votre triste sort est digne de pitié!
1 Damon, c'est Des Réaux (ws. de Reims). — C'est sur la communication que nous lui en avons faite que M. de Monmerqué a publie cette pièce. Voy. 2? éclit. de ToUeni., t. 10, p. 272.
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Encor si je savois en quel élal vous êtes ! Si îii n'es point blessé? quelle chère \ous fiiiSes ? Si quelquefois le pain ne manque pas ciiez loi, Et si ta cuisinière a toujours de l'emploi !
Pour nous la renommée est stérile en nouvelles, Et je crois, vers Paris, qu'on a rogné ses ailes, De peur que jusqu'à nous elle ne pût voler, Et de ses bruits divers nos peuples ébranler. Ici nous maudis:ons l'auteur de votre guerre, Et prêts à voir tomber la foudre en notre terre. De vœux contiiuielsnous fatiguons les cieux, Mais inutilement et sans espoir de mieux ; Car qui peut se ilatter de loucher le rivage, Quand il voit son vaisseau si proche du naufrage?
Un perfide étranger se baigne en notre sang, La France de ses mains se déchire le fianc; Elle-même, ô malheur! hâte ses funérailles Et de son propre fer fouille dans ses entrailles. France, de quoi te sert que tes fameux guerriers Marchent pompeusement le front ceint de lauriers, Et que par leur valeur, l'orgueilleux sang d'Espagne Tant de fois des Flamands ail rougi la campagne , Si lu n'as triomphé que pour un étranger Qu'on voit insolemment les pays ravager? Un homme que le sort a tiré de la boue, Qi'C son propre pays lui même dc.-avoue!
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El sous ce joug infâme, il se faul abaisser ! 0 honte (|ue le temps ne sauroil offacer, El dont le souvenir, quoi que la France fasse, Fera rougir encor noire dernière race!
Je m'échauffe, Damon, et plus que je ne dois. Ami, c'est mon défaut, je suis trop bon François; [.a colère m'emporte, en voyant ma patrie D'un opprobre éternel hontcusemcnl flétrie. Mais c'eî^t trop t'ennuyer de propos superflus, Laissons là l'étranger, je ne t'en parle plus. Pourvu que de bon vin ta cave soit fournie. Que de blé largement ta maison soit garnie, Et qu'au fond de Ion pol ne logent les souris Aille comme il pourra le siège de Paris.
Surtout, quand il faudra mellrelamainai-x armes, Ne sois pas des premiers ;i courir aux alarme < ; Car lu n'ignores pas qu'on dit communément Que les hommes d'esprit se hâtent lentement ; Et puis de tel que toi, c'est chose bien certaine Qu'on n'en rencontre pas quatorze à la douzaine, ÎVlaisquandtuvaudroismoins,pour([uoi se hasarder? Puisqu'on n'a qu'une vie, il la faul bien garder.
Aj>prouvc mon avis, et lâche de le suivre,
ii n'est rien de si bon à qui veullongicuips vivre.