XXXII MAUCROIX
fut arrivé, Henrielte à son insu se trouva fiancée au marquis de Lénoncourt, jeune homme plein d'espérances, seul el dernier rejeton d'une illustre maison de Lorraine qui naguère avoit fourni un archevêque à la ville de Reims, puis un cardinal à. la chrélienté. C'est alors que pour la première fois de sa vie Maucroix dut maudire le destin qui lui avoit refusé la naissance, à l'aide de laquelle on trouve place dans ce monde de vanités qu'il han toit. Présenté par son père, accueilli par sa mère, Henriette ne pouvoit repousser un prétendant si légitimement accrédité. Lénoncourt fut donc agréé ; mais le titre de gouverneur de Lorraine dont il venoit d'être revêtu lui faisoit un devoir, au commencement de l'année qui s'ouvroit (1643) et des hostilités qui venoient d'éclater sur les frontières, d'aller prendre le commandement qui lui étoit dévolu. Le mariage fut ajourné, mais la célébration des fiançailles éteignit tout espoir dans le cœur du pauvre amant. Maucroix, éconduit, fit ses apprêts de départ. De nouvelles humiliations dévoient lui être intligées. Lénoncourt, dont l'orgueil nobiliaire ne pouvoit soupçonner un rival dans le jeune avocat, prit Maucroix pour confident : à la veille d'une absence que l'on supposoit devoir durer au moins l'année, Lénoncourt, pour mieux engager le coeur de la belle Henriette, voulut dans ses adieux lui laisser un souvenir durable de l'amour qu'il lui avoit juré : daiis cette idée, il pria Maucroix de lui composer quelques vers qui fussent à la fois l'expression de son amour et la preuve de son génie