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LE LUTIN BURLESQUE

^^^^'ai beau tramer de grands desseins, @%|^^ Invoquer les dieux et les saints, i^^^ Et faire des vœux à toute heure, Pour rendre ma chance meilleure, Malgré Phébus, malgré mes vœux, Mon sort est toujours malheureux.

J'espérois qu'une fausse blonde, Dont on parle assez dans le monde, Ayant quitté peintre et lecteur, Ne voudroitplus donner son cœur.

Cependant je vois le contraire.

Et tous les transports de colère

Wanî point empêché que l'amour Ne soit chez elle de retour.

Il y fait encore le maître.

Et si je ne le fais connaître De vive voix ou par écrit, Mon cœur va crever de dépit, n faut donc que je le soulage Aux dépens de celle volage,, Dût-elle en changer de couleur, Dût-elle en mourir de douleur.

Je veux gronder comme un tonnerre, Pour apprendre à toute la terre En quels termes cette blonde est Avec certain jeune cadet.

Oui, blonde, je veux que l'on sache Quelle est aujourd'hui votre attache, Afin que ce bruit répandu Répare mon encens perdu.

Pour vous mon respect fut extrême, Je vous aimois plus que moi-même, Partout je vous convois des yeux, Mes pas vous suivoient en tous lieux, Et même un jour après la messe Je vous expliquai la tendresse Que mon cœur ressentoit pour vous.

Vous vous en miles en courroux ; Je pris ce mal en patience, Pensant que ma persévérance,

Mes soins et ma fidélité, Désarmeroient votre fierté.

Toujours pourtant sourde à ma flamme, Vous vous en êtes ri dans l'âme, Ne sachant pas que mes écrits Me vengeroient de vos mépris.

Mais voici la saison venue Que ma muse Irop ingénue Doit instruire tout l'univers De vos engagements divers.

Cela vous fera quelque peine, Vous vous en irez en Lorraine, Vous crirez et vous pesterez, Et pourtant rien n'y gagnerez.

Mon secret n'est su de personne, Il n'est aucun qui me soupçonne.

Je n'en suis pas moins obstiné.

Consultez cent fois le grimoire, Faites jeter un monitoire, Prenez la bague et le compas.

Tournez le bréviaire et le sas, Peignez des pieds jusqu'à la tête, L'intérêt et le principal, Cela ne me fait pas de mal.

Dieu merci, je ne suis pas moine, Abbé, chapelain ni chanoine ; Je vis sans maître, et pour valet, Je me sers d'un esprit follet,

Qui va toujours de ruelle en ruelle, Recherchant intrigue nouvelle, Pour ra'endormir à leur récit, Lorsque je me suis mis au lit.

Un des soirs de la semaine 11 vint chez moi tout hors d'haleine, Et dit d'abord en arrivant :

Tandis que je reprendrai vent, Tu peux apprêter tes oreilles, Car je vais dire des nouvelles.

Sais- tu bien q le le bel objet Que ton cœur adore en secret, Depuis que le bon père Herelle Et le peintre sont en querelle, Est tombé dans l'engagement Avec un autre jeune amant, Qui loge chez Monsieur Vuilleaume ?

C'est la personne du royaume Dont l'esprit est le moins malin.

En un mot il s'appelle Heuslin.

Heuslin ! m'écriai-je, tu railles !

L'enfer dévore mes entrailles, Reprit mon lutin irrité, Si je prête à la vérité.

La chose est même si certaine.

Que l'un et l'autre prennent peine A ménager quelques moments Pour expliquer leurs sentiments.

Poussés d'un zèle réciproque, Ils entrent souvent en colloque :

Le jour, c'est chez la Martinet Que se tient l'amoureux caquet :

La belle se met à son aise Dessus une petite chaise, Tandis qu'à ses pieds prosterné, Son sieur, toujours passionné, Lui conte mille bagatelles En épluchant pois et groiselles.

Lorsque le jour vient sur le tard, Le rendez-vous est chez Foucart.

Sa femme pitoyable et tendre A la bonté de les entendre Se cajoler en grands plaisirs.

C'est là qu'ils bornent leurs désirs, Car enfin ce couple est trop sage Pour en souhaiter davantuge.

Dans ces intervalles heureux, Ils s'entretiennent de leurs feux; Ils murmurent contre l'absence, Ils condamnent l'indifTérence.

L'un se saisit du bracelet, L'autre empoche le chapelet.

L'un veut que son meuble on lui rende, L'autre son gage redemande.

L'une dit: Adieu, je m'en vas; L'autre : Ne vous en allez pas.

Enfin, après tant de conteste, La nuit, à ces amants funeste, Leur fail quitter ces doux propos, Qu'ils prient plus que le repos ; Ils regagnent le domicile :

Mais avant que de faire Gille, Et de conclure ce départ, Ils rendent grâce à laFoucarl, Ils prennent sa main et la pressent, Us la flattent, ils la caressent, Et bras dessus et bras dessous.

Se peut- il rien voir de plus doux ?

Là, mon lutin fit une pause Dont je ne dirai point la cause, Je crois qu'on la devine bien.

Mais adieu, c'est trop d'entretien.

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