‹ Œuvres diversesChapitre 195 sur 221 · AU LUTIN BURLESQUE · texte numérisé non relu

AU LUTIN BURLESQUE

Esprit de soufre el de salpêtre, Esprit que l'eiiler a vu nailre, Espril fol, aulaui que foDet, Esprit digne d'èlre valet,

Pourquoi du centre de la terre Sors-tu pour me faire la guerre ?

Pourquoi viens-tu mal à propos Troubler l'éîat de mon repos?

Faut-il que la muse infernale A mes vœux se montre fatale ?

Faut-il que le bruit de tes vers Porte mon nom par l'univers?

Si l'amour produit dans mon âme Un peu d'eslime, un peu de flamme, S'il me donne enfin un rival, Cela te fait-il quelque mal?

Faut-il qu'un lutin s'embarrasse De mes feux et de m%disgrâce?

Faut il qu'il soit inquiété Si je suis bien ou mal traité?

Encore si celte inquiétude, Ce souci, cette noire étude, N'aîloient qu'à tourmenter mon cœur, Je le souiTrirois sans aigreur.

]\Iais hélas! sa malice extrême Ose attaquer la vertu même, L'objet le plus pur que les cieux Puissent faire voir à nos yeux.

Ah ! c'est ce qui me désespère, C'est le sujet de ma colère, C'est d'où me vient tout le chagrin Qui me ronge soir et malin;

Je peste, je frémis, j'enrage,

Et je m'en vais, au premier jour, Faire le lutin à mon tour; Il n'est ni blondin ni blondine Qui ne passe par l'étamine ; Filles, garçons, petits et grands, Ma foi, vous serez sur les rangs ; Je démêlerai vos intrigues, Je marquerai toutes vos brigues.

Je dirai tous vos rendez-vous Et vos entretiens les plus doux.

Il faut, aux dépens de ma vie.

Venger l'adorable Isménie, C'est la fleur de votre troupeau, Le ciel n'a rien fait de si beau, Son éclat efTace le vôtre ; Sa vertu ne cède à nulle autre :

Elle a l'esprit brillant et prompt, La pudeur règne sur son front ; Elle est modeste, elle est civile ; Bref, je n'en sais point, dans la ville, En qui l'esprit avec le corps Fasse de plus chi rmans accords.

N'est- on donc pas bien misérable, Et n'est-on pas pire que diable, D'insulter à tant de beautés, Et tant de bonnes qualités?

Va, je te crois sur ta parole, Méchant lutin à tête folle, Tu n'es qu'un esprit forcené, Pour mieux dire, un diable incarné.

J'avois cru que tes camarades, Pour nous faire ces incartades, S'étoient échappés des enfers ,

Après avoir rompu leurs fers ; Mais puisque ta muse novice Dit qu'elle n'a point de complice, Je te demande bien pardon De l'avoir estimé trop bon :

Remplis désormais ton envie, Suis ton penchant et ton génie.

Mon cœur ne s'en fâchera point.

Si tu me fais grâce en un point, Respecte cette jeune blonde, Qu'on doit estimer dans le monde ; Laisse ses compagnes en paix.

Porte à moi seul tes coups, tes traits ; Je me donne en proie à ta rage, Fais contre moi plus d'un outrage, Décharge sur moi tous tes coups ; Je n'en aurai point de courroux.

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