‹ Œuvres diversesChapitre 196 sur 221 · GROU · texte numérisé non relu

GROU

POSTULANT l'habit DE HINIHE A SOISSONS.

Je viens, père lecteur, les yeux baignés de larmes,

Chercher à vos genoux la fin de mes alarmes,

Accuser un objet qui m'avoil asservi,

Et demander un cœur que vous m'avez ravi.

De toutes les beautés que Soissons mit au monde,

J'avois pu me résoudre à n'aimer qu'une blonde.

Elle approuvoit mes soins, elle soufïroit mes feux,

Et cela seulement me rendoit trop heureux!

Ses yeux m'ont souvent vu sous son aimable empire,

De ses plus doux chagrins faire tout mon martyre,

Etablir mon bonheur sur ses moindres plaisirs,

Et n'aspirer enfin qu'à suivre ses désirs.

Il sembloit que le ciel, pour consacrer nos flammes,

Eût produit nos amours en produisant nos âmes ;

Je l'aimois tendrement, elle m'aimoit aussi,

Et nous avions juré d'aimer toujours ainsi;

L'ingrate toutefois, passant dans votre école,

A brisé ses liens et trahi sa parole.

Et tant d'ardeur, d'encens, de soins et d'amitiés,

Ont trouvé pour jamais leur écueil à vos pieds.

Elle y va tous les jours, cette injuste maîtresse, Détester sans horreur sa première tendresse^, Et faire de sang froid mille fermes propos De rejetter mes vœux et troubler mon repos. Avec elle aujourd'hui mille charmantes filles Se rangent sous vos lois, se jettent dans vos grilles^ Où, sans avoir égard aux plus sacrés serments, Elles rompent la foi promise à leurs amants. Je voudrois, pour souffrir cette humble colonie, Que l'amour du vrai bien l'eût saintement unie, Qu'elle ouït vos leçons, sans aimer le lecteur, Et vous dit ses péchés, sans vous donner son cœur. Mais ces caresses vont se joindre au zèle austère ; On cultive un galant sous le voile d'un père ; On s'entretient de Dieu, sans perdre le bon mot. Et la dévotion plait moins que le dévot. Pour venir à vos fins, vous savez bien des routes ; Vous n'en épousez point, pour les épouser toutes. Vous leur tournez le dos, et le Parlhe imitant, Vous les blessez sans peine en vous en écartant. Votre esprit connoissant que ce sexe imbécile Porte un riche trésor dans un vaisseau fragile, Vous lui prêchez toujours de ne rien hasarder, Et de mettre en dépôt ce qu'il ne peut garder. De ce cher gage alors sages dépositaires, Vous appliquez sur lui le sceau de vos mystères, Et le cachez si bien au reste des humains, Qu'on ne le voit jamais échapper de vos mains.

Pour moi, je ne sens pas assez d'indifférence Pour vous laisser jouir du fruit de ma conscience. Je rirai disputer jusque sur vos autels, Elle reprendre même aux yeux des immortels. Donnez-moi vos habits, ou rendez-moi sa flamme : En prenant vos couleurs j'aurai droit sur son âme. Iris fera pour moi ce qu'elle fait pour vous. Et j'obtiendrai sa foi sans être son époux. Que si votre rigueur, augmentant ma torture, Me refuse ma belle ou cette couverture, Puisse le ciel un jour pleuvoir dessus vos dents ^ Des flots d'huile bouillante et des charbons ardens.

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