‹ Œuvres diversesChapitre 212 sur 221 · SCÈNE n · texte numérisé non relu

SCÈNE n

L'EMPEREUR « , BASSIEN , PLAUTILLE.

l'emperedr.

Ma fille, vous pleurez, qui vous a pu déplaire? Qu'avez-vous ?

PLAUTILLE.

Rien, seigneur.

l'empereur.

Ce n'est pas l'ordinaire.

De pleurer sans sujet; qu'a-t-elle, Bassien? Dites la vérité.

BASSIEN.

Seigneur, je n'en sais rien.

Les femmes bien souvent pleurent de peu de chose, Elles-mêmes parfois n'en savent pas la cause.

i Septime-Sévère.

l'empereur.

Plautille a trop d'esprit pour pleurer sans raison.

BASSIEN.

Ses pleurs sont quelquefois assez hors de saison. Pour être toujours bien avecque la princesse, Il faudroit l'adorer, la révérer sans cesse ; Mais par malheur pour elle, et dût-elle en pleurer, Je ne suis pas toujours d'humeur à l'adorer.

PL.VUTÏLLE.

De tant de vanité je ne suis point capable, Et je me connois trop pour me croire adorable; Honorez-moi, seigneur, d'un traitement plus doux , Voilà le seul encens que je prétends de vous. Mes pleurs, vous le savez, coulent sans artifice. Et je ne les répands qu'avec trop de justice.

l'empereur.

De grâce, Bassien, faites-moi concevoir Pourquoi sur votre esprit j'ai si peu de pouvoir. Toujours à mes désirs je vous trouve contraire; Pour gagner votre haine, il suffit de me plaire; Je me rebute enfin de votre procédé.

Combien de fois, mon fils, vous ai-je commandé De vivre avec Plautille en bonne intelligence? Et vous n'avez pour elle amour ni complaisance ! En voyant la princesse, on cherche vainement De vos constans mépris le juste fondement ;

Car, quoi! n'est-elle pas jeune, bien faite, belle? Je n'appréhende pas d'en parler devant elle, Je sais sa modestie et que la vérité Ne peut corrompre un cœur exempt de vanité. Sur quoi donc appuyer ce méprisant caprice Dont si longlemps Plaulille éprouve l'injustice?

BASSTEIV.

Pourquoi de mes froideurs rechercher la raison ? L'amour et l'hyménée ont peu de liaison, Celte passion libre abhorre la contrainte, Et l'on n'aime jamais par devoir ou par crainte.

l'empereur.

Eh bien, ne l'aimez pas d'amour, mais d'amitié ! Et si c'est trop encore, aimez-la par pitié. Quelle inhumanité de rendre malheureuse Une jeune princesse aimable, vertueuse, Fille d'un père, enfin, dont la fidélité M'acquit et chaque jour maintient ma dignité !

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