SA VIE ET SES OUVRAGES. LXV
Tallemant raconte de si plaisantes facéties ; puis, le fils de la belle comtesse de Moret, ce brillant de Vardes, que ses nombreux succès auprès des femmes ont rendu célèbre dans les fastes de ce temps. La marquise placée entre son époux, indigne d'elle, et des adorateurs plus nombreux et plus pressants qu'il n'eût fallu pour sa vertu, revint au souvenir du bien-aimé Maucroix. La résignation de celui-ci, son changement d'état l'avoienl profondément touchée, car elle se flattoil d'y être pour quelque chose.
Avec l'ardeur qu'elle meltoit à tout, la marquise informa le nouveau chanoine du plaisir (pi'on auroit à le revoir. Des difficultés survenues entre son père et son mari au sujet de l'exécution des clauses du contrai de mariage rendoient sa présence utile à Saint-Lambert. La marquise vouloil revoir son ancien ami; elle avoit besoin de ses conseils, de ses consolations surtout !
Maucroix, no ivellement enchapilré , lutta quelque temps contre sa propre inclination. La voie dans laquelle on l'attiroil étoit périlleuse et pleine d'écueils. Il eût voulu s'y dérober : mais la raison et la vertu lui faillirent en même temps. Nous en trouvons l'aveu de sa propre bouche dans le sixain suivant :
Oui, c'est trop consulter sur un dessein fidèle.
Couroiis où le sort nous appelle.
Et dussions-nous perdre le jour,
Suivons dans ce péril extrême
L'ordre fatal de mon amour, Qui m'attache à ses lois et m'arrache à moi-même.
Maucroix revit donc Henriette. Tallemant ne nous laisse pas dans l'incertitude sur les suites de ce rapprochement : « Notre avocat, «dit-il, «étant devenu chanoine de Reims, la belle, qui l'aimoit toujours, le renflamma bien aisément. Le mari ne se doutoit de rien , car le galant avoit eu l'adresse de se mettre admirablement bien avec lui. » On comprend que, dans ces conditions, les choses durent aller lestemoil leur train. L'abbé une fois dans le courant , et au milieu des entraînements d'une vie toute de périls pour sa vertu, eût facilement succombé, mais Henriette y mettoit de la coquetterie. Entre tous les petits vers échappés à Maucroix en cette rencontre, je citerai ce joli madrigal :
Quelque douce faveur que j'ai pu souhaiter,
Lorsque je vous l'ai demandée, Vous m'avez défendu même de l'espérer,
Puis vous me l'avez accordée.
Il reste encor le dernier point :
Philis, ordonnez-moi de ne l'espérer point.
En effet, Maucroix ne fut pas de prime-saut si conquérant. Tallemant nous fait assister à ses débuts dans cette nouvelle |)hase de ses amours ; nous citerons encore ce passage, car c'est de l'histoire, et malgré la frivolité du sujet nous ne pouvons nous décider à en priver notre récit :
M La première faveur qu'il en eut, ce fut de lui baiser la main ; et quand elle vit qu'il ne lui demandoit que cela, car il lui portoit beaucoup de respect : « Ah! lui dit-elle , de tout mon cœur. »