‹ Œuvres diversesChapitre 43 sur 221 · SA VIE ET SES OUVRAGES. LXXIII · texte numérisé non relu

SA VIE ET SES OUVRAGES. LXXIII

ne plus le voir qu'en un lieu tiers. Comment, dit le mari, M. de Joyeuse prétend me tyranniser ! Il lui écrivit en colère, et depuis, lehonhomme n'eut plus lieu déparier contre le chanoine. »

Mais à force de concessions, la situation devenoil de plus en plus périlleuse pour l'époux. Madame de Brosses qui « n'étoil que coquette et qui voyoit bien le péril , » se sentit tout à coup comme prise de remords : etaumomentoùMaucroix avoit quelques raisons de se croire sûr de son avenir, elle se fit enlever par sa cousine, la marquise de Mirepoix, qui sut ainsi la soustraire aux violences de son époux et aux trop grandes douceurs de son amant.

On se figure, à cette nouvelle, la surprise et la déconvenue du pauvre abbé. Celte épigramme exprime assez bien le dépit qu'il en ressentit :

Sans doute, le plus malheureux, Parce qu'un point manque à ma joie ; Cruel caprice de mon sort, Hélas ! en cette mer faut-il que je me noie, Après avoir touché le port !

Maucroix ne fut pas longtemps sans acquérir la triste certitude qu'il étoil sacrifié. Henriette, conduite à Paris par madame de Mirepoix, se vit recherchée par tout ce que la ville avoit de plus brillant. Cette fois-ci sa fragile vertu courut le risque de plus d'un naufrage. Sa beauté, sa coquetterie, la livrèrent à des séductions auxquelles elle résista

forl peu. Maiicroix se consola de sa déconvenue en véritable poète , par des élégies et surtout par des épigranimes auxquelles nous renvoyons le lecteur.

Cependant la guerre avec l'Espagne et dont les marches de Champagne conlinuoient à être le théâtre, n'empêchoil pas les troubles intérieurs. Voici maintenant venir la Fronde. Une noblesse de robe humiliée sous Richelieu, une noblesse d'épée menacée du désœuvrement par la paix de Westphalie, se prêtoient un mutuel appui contre un minisire dont l'origine étrangère faisoit surtout le crime. Le Mazarin étoit l'objet de l'exécration publique. Paris se trouvoil en étal de siège , comme nous dirons si volontiers aujourd'hui. Si cette guerre civile a le singulier privilège d'amuser la postérité, ce n'est pas à dire qu'elle n'ait fait un grand nombre de dupes et de victimes. Elle en lit à Paris , elle en fil en province, et la Champagne en compta dans l'un et l'autre parti. — Pour mieux oublier l'infidèle, Maucroix se jeta dans la politique, comme les circonstances y convioient tous les hommes de quelque valeur. Lié par ses antécédents avec ce (|ue Paris avoit d'avocats célèbres qui tous éloient parlementaires, il n'avoit garde d'être à Reims autre chose que frondeur. Son épître à Tallemant, écrite durant les scènes du siège de Paris, peint assez bien le trouble général et l'anarchie du moment, comme aussi l'esprit qui Iravailloit les provinces. Nous y voyons que Maucroix , bienlôl dans les bonnes grâces du surintendant Fouquet, créature

Page 1