SA VIE ET SES OUVRAGES. LXXV
de Mazarin, n'est pas dégagé de passion et de préjugés à l'endroit du ministre italien :
Ici, nous maudissons l'auteur de voire guerre ..
Un perfide étranger se baigne en noire sang,
La France, de ses mains, se déchire le flanc;
Elle-même, ô malheur ! hàle ses funérailles ,
Et de son propre fer fouille dans ses entrailles.
France, de quoi te sert que les fameux guerriers
Marchent pompeusemenl le fronl ceint de lauriers.
Et que, par leur valeur, Torgueilleux sang d'Espagne
Tant de fois des Flamands ait rougi la campagne.
Si tu n'as triomphé que pour un étranger
Qu'on voit insolemment les pays ravager?
Un homme que le sorl a tiré de la boue,
Que son propre pays lui-même désavoue !
Et sous ce joug infâme il se faut abaisser !
O honte que le temps ne sauroit effacer,
Et dont le souvenir, quoi que la France fasse.
Fera rougir encor notre dernière race !
Puis l'auteur, arrivé au paroxisme d'indignation qui lui est si peu habituel, étonné lui-même de son emportement, revient vite à des idées plus pratiques : que lui importent après tout Mazarin et les querelles dont il est l'objet :
Pourvu que de bon vin ta cave soil fournie, Que de blé largement la maison soil garnie, Et qu'au fond de Ion pot ne logeai les souris, Aille comme il pourra le siège de Paris !
Maucroix ajoute à ce vœu chrétien , en faveur du ménage Tallemanl» des recommandations qui vont mieux à son caractère bien connu qu'à cette
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ardeur haineuse de l'étranger qui lui a inspiré la tirade qui précède :
Surtout quand il faudra mettre la main aux armes , Ne sois pas des premiers à courir aux alarmes, Car tu n'ignores pas qu'on dit communément Que les hommes d'esprit se hâtent lentement. Et puis de tels que toi, c'est chose bien certaine On'on n'en rencontre pas quatorze à la douzaine. Mais quand tu vaudrois moins, pourquoi te hasarder? Puisqu'on n'a qu'une vie, il la faut bien garder !
Mais de Paris, l'esprit de cabale et de sédition s' étoil étendu aux provinces. Dans cette conflagration générale, Reims, habituellement si soumise aux puissances de fait, ne voulut point cette fois rester inférieure à la situation : elle eut sa mazarinade. Le prince de Conti, à qui Louis de Bourbon, désormais prince de Condé, avoil cédé son litre de gouverneur de Champagne , ayant accepté le rôle de chef des Frondeurs , venoit d'être signalé aux Rémois comme rebelle et ennemi de l'Etat, et il éloiî enjoint aux autorités de lui fermer l'entrée de la ville et de n'y laisser pénétrer personne des siens. Pour le suppléer, Mazarin envoyoit une de ses créatures dévouées, le marquis delà Vievilie à qui appartenoit la terre et le château de Sy, en Ardenne. ^ous avons reproduit ailleurs les circonstances tragi-comiques qui forcèrent La Vievilie à quitter la place devant l'émeute rémoise. Il est probable que l'abbé de Maucroix, tout frondeur et tout personneHemenl dévoué au prince de Conti et qui vient