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AVERTISSEMENT. XI

d'idées et d'opinions l'auteur l'a conçue. Est-ce que Boileau, par exemple, a débuté par ses douze satires sans solution de continuité ? Est-ce que, ensuite, il a composé de la même façon ses douze épîtres, puis ses deux grands poëmes , qu'il aura surchargés de ses deux odes et de ce que l'on appelle ses poésies légères ? Classées comme sont ces œuvres, j'avoue ne trouver qu'infiniment peu de sel à la chanson faite à Baville, à l'énigme sur la puce, au couplet à Climène, à la romance : Voici les lieux charmans... Pourquoi mettre invariablement ces choses de sa jeunesse après les œuvres de son âge mûr ? Pourquoi ne pas publier chaque pièce à son rang , c'est-à-dire dans l'ordre où toutes ont été conçues ? — Mais, dira-ton , la régularité ! la symétrie ! Puis , siéroit-il bien d'ouvrir l'œuvre d'un écrivain célèbre par ce qu'il a composé de moindre ou de plus futile ? — Oui , sans doute ! n'est-ce donc pas là la marche de l'esprit humain ? et faut-il , pour une symétrie de convention, inspirer l'ennui et jeter le désordre dans les idées du lecteur? Prenons un autre écrivain , Voltaire , si l'on veut. Je connois dans la bibliothèque de nos hommes de la Restauration un certain nombre d'exemplaires des œuvres du grand philosophe dont les feuillets ne sont pas encore coupés. C'est qu'avec l'admiration qu'ils ont puisée pour cet immortel écrivain dans les tendances et les dispositions de leur époque, ces candides adeptes n'ont pas trouvé le courage d'aborder une lecture qui s'annonce par dix volumes de tragédies pour finir par vingt volumes de lettres, classées par ordre de correspondance ! et ils en sont restés avec leur admiration de seconde main pour ce grand génie ! Maintenant, faites une édi-

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tion de Voltaire, comme, je le crois, la logique voudroit qu'elle fût faite, c'est-à-dire suivant l'ordre de la chronologie, et dès ce moment la lecture de Voltaire est abordable pour tous, intéressante au dernier point, remplie d'enseignements de tout genre. On y apprécie à sa juste valeur, avec le génie, l'esprit bon ou mauvais de l'auteur du Siècle de Louis XIV çX de la Guerre de Genève; dès ce moment, Voltaire est sans danger, môme pour les lecteurs inexpérimentés ou vulgaires ; car, à l'aide de sa correspondance judicieusement interpolée, on assiste aux foiblesses, aux passions, aux colères aveugles, comme aux inspirations véritablement belles du génie le plus riche, le plus ondoyant et le plus varié de notre littérature. Cette édition seroit, je crois, un service à rendre au pays : mais quel sera le libéral éditeur qui nous la voudra donner ?

J'ai fait sur une petite échelle un travail analogue pour le classement des poésies de Maucroix, et je crois être arrivé à les ranger dans l'ordre même où elles ont été produites , ce qui m'a singulièrement aidé pour é(ïrire l'histoire de' la vie et des ouvrages de l'auteur qu'a bien voulu couronner l'Académie de Reims.

Comme j'ai parlé ailleurs avec assez de détails de chaciine des traductions imprimées de Maucroix , je n'en reproduirai point ici l'indication , mais seulement la liste de ses autres travaux du même genre publiés depuis sa mort ou restés inédits.

On sait que quelque temps avant de mourir, Maucroix avoit fait remettre à Fabio Bru lard de Sillery, évoque de Soissons, quelques-unes de ses traductions inédites, et à M""* de Montmartin, sœur de ce prélat.

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la traduction de VArt poétique d'Horace. L'évèque de Soissons, fidèle aux sentiments d'amitié qu'il avoit eus pour Maucroix, engagea le P. TouUier (d'Olivet) à revoir ces différents morceaux et à les livrer à l'impression.

Il paroît que le jeune Jésuite ne se contenta pas de revoir ces traductions, mais qu'il les retoucha et les refit en partie pour les publier sous ce titre : Nouvelles Œuvres de M. de Maucroix'^. Puis par un sentiment qu'il m'est assez difiicile de caractériser, l'abbé d'Olivet, flatté de l'accueil fait à son édition, crut pouvoir revendiquer comme siennes les traductions qu'il venoit d'imprimer sous le nom de Maucroix. Je n'examinerai point ici la convenance et la sincérité de cette attribution, qui souleva à cette époque une sorte de polémique. Les Mémoires de Trévoux prirent part à la discussion et établirent (N° de mai 172G) que , quel que pût être le droit de l'abbé d'Olivet, le fond, pour le moins, des pièces de son édition appartenoit à l'abbé de Maucroix. A l'appui de cette assertion, ils citèrent la liste des manuscrits légués par l'auteur aux Jésuites de Reims. Voici, avec la note des critiques de Trévoux, cette liste qui trouve ici naturellement sa place:

« Puisqu'on se met à donner au public les (Euvres posthumes de M. de Maucroix, il est bon de faire sçavoir quels manuscrits l'on a incontestablement de lui à Reims; afin que s'il arrivoit encore que quelqu'un attribuât ses propres OEuvres à M. de Maucroix pour les revendiquer ensuite, quand ce nom leur auroit fait vo-

1 Paris, André Caillean, 1726, in-12.

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