‹ Œuvres diversesChapitre 85 sur 221 · SA VIE ET SES OUVRAGES. CLV · texte numérisé non relu

SA VIE ET SES OUVRAGES. CLV

digne de lui que ces diviues homélies, qui autrefois eurent la force de consoler le désespoir d'une ville, et de persuader à un peuple voluptueux que la douleur étoit plus agréable que le plaisir? Je confesse pourtant que mon auteur a perdu entre mes mains beaucoup de ses ornements ; mais ii est si riche que quelque perte qu'il puisse faire, il seroit difficile de l'appauvrir. C'est un souverain dépouillé , qui, au milieu de sa mauvaise fortune, conserve toujours des marques de sa première grandeur. Je souhaite, Monseigneur, qu'il puisse occuper quelques moments de votre loisir et servir d'entrelien à cet esprit élevé qui en même temps se montre capable de tant d'emplois différents; qui, après s'être rempli de toutes les lumières de la théologie, monte en chaire pour disputer aux premiers orateurs de notre siècle non-seulement la gloire de l'éloquence, qui seroit peu de chose, mais celle de la conversion des âmes, qui est la plus noble fonction de la prélature... »

Mais ce qu'il y a de plus remarquable en ce début de Maucroix dans le genre élevé , et ce qui prouve sinon le mérite de sa traduction, au moins la haute considération dont il jouissoit dans le monde et parmi ses confrères, c'est l'accueil fait à son livre. Les censeurs, habituellement si sobres d'éloges dans leur approbation, n'ont pas de termes assez louangeurs pour l'illustre M. de Maucroix.

« N'est-ce pas quelque cjïose de bien hardi, dit

iMonsieur le Théologal-censeur, que de faire parler saint Chrysoslôme en noire langue? Quelques beaux esprits l'ont entrepris en nous donnant de ses ouvrages, et je veux croire qu'ils n'ont pas mal réussi. Mais quand je lis et que j'examine la fidélité, la politesse et l'éloquence françoise, dont les homélies de ce grand saint sont parées et revêtues dans cette nouvelle traduction, je ne considère et n'admire plus la hardiesse de ceux qui ont tant osé. Je doute, et avec raison, si le peuple d'Antioche recevoit plus de contentement en écoutant le grec de celle bouche d'or, que celui de France en lisant le françois de son illustre traducteur, duquel je puis dire sans crainte que la bonté et l'amitié qu'il m'a toujours témoignées me rendent suspect ; que ces expressions, si elles ne sont aussi dorées dans la copie que dans l'original, ont au moins la pureté et la blancheur de l'argent, dont parle le proverbe : eloquia casta, argenlum probatum et purgaium. Je n'ai rien ici trouvé qui soit contraire à la foi de l'Eglise ni aux bonnes mœurs. J'en demeurerai là, si on veut, ajoutant seulement que le docteur approbateur n'appréhende point d'avoir trop dit , puisque l'auteur, chanoine , son cher ami, a si dignement répondu à la grandeur de son sujet, c'est-à-dire, en un mot, à la pompe, à la magnificence de Chrysoslôme, le plus relevé et le plus majestueux de tous les Pères de l'Eglise. C'est le jugement de celui qui a autant de respect pour le maître qui a écrit, que d'affection pour le disciple qui a traduit. S^né : A. Le Vaillant. »

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