Voir t. II, p. 365-456, de ces Œuvres diverses. — G. M
voyage d’un égyptien en syrie, etc.
trouvé la source inépuisable dans l’étude des hiéroglyphes.
Ces explications indispensables feront excuser, j’aime à le croire, la longueur de cette digression, qui ne nous a toutefois qu’en apparence éloigné du sujet spécial de notre article.
Revenons aux critiques de M. Brugsch. On a vu que ce savant prétend s’être aperçu que j’avais méconnu entièrement l’arrangement du texte par moi traduit mot à mot; qu’au lieu du sommaire d’un voyage, relevé sur les notes du voyageur1, il s’agit d’une esquisse tracée rapidement d’un voyage imaginaire; en un mot, d’une exposition allégorique destinée à montrer les difficultés d’un voyage projeté. Telle est bien, je crois, la mise au clair de l’imbroglio imaginé par mon critique. En présence des égyptologues qui connaissent la clairvoyance de M. Brugsch en matière d’hiéroglyphes, je crois que je pourrais me contenter de lui adresser cette question : Qu’en pouvez-vous savoir ? Pour se former une idée juste sur un long texte, entrecoupé de lacunes et présentant au point de vue analytique des difficultés graves, il faut s’être exercé à la traduction sérieuse et à l’analyse rigoureuse des textes. Après avoir lu le Voyage d’un Égyptien, un égyptologue, beaucoup meilleur traducteur que M. Brugsch, a bien voulu m’écrire qu’ayant essayé ses forces sur le même texte, il s’était trompé dans la plupart des passages difficiles. A la vérité, ce savant n’avait pas calqué sa traduction sur la mienne. Mais il avait affirmé son intelligence des textes par des travaux justement estimés. En est-il de même, au point de vue philologique, de l’auteur des critiques auxquelles je réponds? Qu’il me permette un court inventaire de ses titres au professorat de la langue égyptienne.
1 . Telle est l’explication générale que j'ai donnée de l’intention du document.
RÉPONSE A LA CRITIQUÉ
La série débute par le Saï-en-Sinsin, sive liber metempsychosis veterum Ægyptiorum, ouvrage dans lequel l’auteur traite savamment en latin des doctrines égyptiennes sur la transmigration des âmes, mais dont le moindre défaut est que le texte traduit n’a pas plus de rapport à la transmigration et à la métempsycose qu’à l’histoire de Menés! Il n’y est fait aucune allusion à ces doctrines encore mal connues et fort différentes en tout cas des conceptions pythagoriciennes. M. Brugsch avait trouvé cependant un papyrus : Quœ prœclarum specimen veteris Ægyptiacœ metempsycliosis doctrines prœbuit. Aujourd’hui il découvre d’interminables allégories dans d’autres papyrus. C’est toujours le même mode d’investigation.
M. Brugsch a traduit ensuite Y Inscription de Rosette. Ici, le texte grec le mettait à l’abri d’aussi formidables méprises. Toutefois, sa traduction du décret égyptien est la meilleure preuve de ce fait, que l’étude de la partie grecque d’un texte bilingue ne suffit pas, à elle seule, à l’élucidation complète de la partie égyptienne. Aujourd’hui, malgré les progrès de la science, il est encore nécessaire de s’aider, dans un cas pareil, des ressources que fournit la méthode ordinaire d’investigation ; encore n’arrive-t-on pas toujours à surmonter heureusement toutes les difficultés. Il est des textes purement égyptiens dont l’analyse rigoureuse est plus facile que celle du décret de Canope.
Une grande publication avait été entreprise par M. Brugsch sous le titre de Monuments égyptiens. La première livraison a seule paru. L’auteur s’était proposé d’accompagner chacun de ses textes d’une traduction complète; les textes étaient importants, à en juger par le début, l’ouvrage par conséquent éminemment utile; mais les traductions justifiaient trop bien les défiances que faisaient concevoir les précédents du traducteur. Elles ont passé inaperçues; c’est ce qui pouvait leur arriver de plus heureux. Mais si l’on veut faire justice d’un seul coup des prétentions de M. Brugsch à la
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clarté, il suffira de lire sa version de la longue inscription de Numhotep, la pièce principale de la livraison en question. Ce n’est pas du français, et ce n’est pas davantage de l’égyptien.
M. Brugsck a aussi disséminé dans plusieurs de ses ouvrages quatre ou cinq versions du traité de Ramsès II avec le prince des Khétas, document dont j’ai moi-même fait une traduction qu’on trouvera en entier, avec un commentaire synoptique, au septième chapitre du Voyage d’un Égyptien. Ces nombreux essais peuvent également donner une idée des aptitudes de l’auteur pour l’interprétation des textes.
Puis M. Brugsch a traduit', après M. Bircli, l’inscription de Kouban, relative aux mines d’or du désert Arabique. J’ai été un peu accusé d’avoir fait des emprunts à cette traduction, que je possède aujourd’hui; je puis donc, en connaissance de cause, inviter l’auteur de cette accusation à s’expliquer sur la question de savoir à quoi le pathos de M. Brugsch pouvait me servir, si ce n’est à éviter une erreur dans la traduction de la phrase de la ligne 15 : Si tu désires un fait pendant la nuit, au lever du soleil il se produit promptement. C’est le sens véritable et littéral de la phrase. M. Brugsch en avait bien reconnu l’intention, mais non sans échapper à la grave erreur qui lui fait rattacher à la phrase suivante l’adverbe promptement, dont il fait le verbe venir. Si nous entrons en explications, je demanderai aussi une traduction en français intelligible de phrases comme celles-ci, qui ne violent pas seulement l’intention du texte, mais encore les règles de la logique dans toutes les langues du monde : « Ce que ton cœur a fait, il passe au dieu Pt ah, » qui crée les ouvrages. »
« Car, nous-mêmes étant présents, les invocations ne » sont pas exaucées, » etc.