Berlin
Bibl. égypt. , T. xi.
226 VOYAGE d’un ÉGYPTIEN EN SYRIE, ETC.
» gique , M. le vicomte de Rougé communiqua au public le » fait remarquable que le contenu du papyrus était un petit » conte égyptien, et confirma la vérité de son assertion par » une traduction de premier jet, mais seulement fragmen- » taire.
» L’essai de M. le vicomte de Rougé avait transformé le » papyrus d’Orbiney, comme on le nomme aujourd’hui, en » un document de grande valeur, dont, faute de fonds suf- « lisants, le Musée du Louvre ne put s’assurer la possession. » Comme d’ordinaire, ce trésor fragile se dirigea vers l’An- » gleterre, où les riches ressources du British Muséum per- » mirent non seulement l’acquisition du manuscrit, mais » encore la publication aussi exacte que possible d’une copie » de l’original, qui devint ainsi accessible au monde savant. » Malgré la mise au jour du vieux texte égyptien depuis » plusieurs années, le papyrus est resté un livre clos (ein » verschlossenes Bach), que personne n’entreprit de lire en ,» entier. A part le travail de M. le vicomte de Rougé et les » deux extraits anglais (englischen Aussügeri), rien n’a été » écrit qui ressemble à une traduction fidèle et complète. »
« C’est ainsi que me revient en partage le bonheur de » raconter ici, dans une version littérale en allemand, pour » la première fois après un silence de trois mille ans, un » petit conte égyptien, » etc.
Cette fois M. Brugsch est clair. Malgré ce qu’il ajipelle le court essai de M. de Rougé, et les extraits de M. Goodwin et de M. Le Page Renouf, le papyrus d’Orbiney était resté lettre close, et c’est M. Brugsch qui, pour la première fois depuis trois mille ans, a eu le bonheur de raconter le roman des Deux Frères. Mon critique est d’une belle force; il n’a pas les dents esguassées, comme dirait notre joyeux curé de Meudon.
M. de Rougé a fait espérer qu'il publierait une analyse du document en question, sur lequel il possède un droit de priorité incontestable. C’est pour ce motif que je me suis
RÉPONSE A LA CRITIQUE
abstenu d’aborder moi-même ce travail, bien qu’il m’ait été demandé itérativement par plusieurs de mes collègues. Si toutefois M. Brugsck me met en demeure de lui montrer ses cent cinquante erreurs, je serai bien obligé de le faire, à moins que M. de Rongé ne s’en charge, auquel cas je me reposerai sur lui du soin de faire justice.
Je me bornerai ici à mettre en parallèle les traductions que j’ai publiées de deux paragraphes du papyrus1, avec la version qu’en a donnée M. Brugsch.
PAPYRUS D’ORBINEY, page 8, ligne 2 et suivantes
Chabas
Son jeune frère cria vers lui, en disant :
Ainsi donc tu t’es figuré que c’était un crime; ainsi donc tu ne t’es pas figuré que c’était un acte de vertu au contraire, la chose que j'ai faite pour toi.
Oh ! pars pour ta demeure ; soigne toi-même tes bestiaux. Je n’habiterai plus un lieu où tu seras; j'irai à la montagne du cèdre.
Mais ce que tu auras à faire pour moi quand tu seras allé soigner tes bestiaux, tu l’apprendras ; (c’est) à savoir :
Des choses m’arriveront : j’enlèverai mon cœur; je le placerai au sommet de la fleur du cèdre ;
Brugsch
Et son jeune frère lui cria, tandis qu’il parlait ainsi :
Vois! tu avais tramé le mal et tu n’avais pas le bien dans l'intention pour cela. Pourtant je veux t'informer d’une chose, que tu dois faire.
Va vers ta maison ; soigne ton bétail, car je ne veux plus demeurer où tu demeures, mais je veux aller à la montagne du cèdre.
Ceci maintenant tu feras pour moi, quand tu viendras pour que nous nous revoyions. Apprends, à savoir :
Je dois me séparer de mon âme, de manière que je la place dans le sommet de la fleur du
1. Mes traductions sont justifiées par un commentaire et par une analyse rigoureuse, Mélanges èggp tolo gigues, II, p. 196 et suiv. On peut voir l’analyse d’un autre fragment, Vogage d'un Égyptien, p. 14.
voyage d’un égyptien en syrie, etc.
CHABAS
puis, le cèdre étant coupé, il tombera à terre.
Tu viendras pour le chercher ; si tu fais sept années de recherches, ne te rebute pas. Puis, bayant trouvé, tu le mettras dans une coupe d’eau fraîche, et, certes, je vivrai et je dévoilerai la trahison.
Et tu apprendras, à savoir, que ces choses me sont arrivées, t'étant donnée une cruche de bière à la main, elle fera de l’écume. Ne t’arrête pas, car pour sûr cela t’arrivera.
Chabas
Puis, au lever du soleil, le jour suivant, le cèdre étant coupé, Anepu, frère aîné de Baïta, rentrait à sa demeure; il s’accroupit pour se laver les mains.
On lui donna une cruche de bière, et elle se mit à écumer ; on lui en donna une autre devin; elle se troubla.
Il prit son bâton et ses souliers, ainsi que ses vêtements et ses outils de travail, et il se mit à partir pour la montagne du cèdre.