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Dans Bunsen’s Egjjpt’s Place , vol. V

voyage d’un égyptien en syrie, etc.

à trois de mes ouvrages1. Du reste, mon nom n’est pas prononcé dans cette curieuse préface; mais je ne saurais me plaindre d’un oubli qui atteint à mes côtés M. Goodwin, M. Le Page Renouf, M. Devéria et tant d’autres, et audessus de moi M. Lepsius, M. Leemans et M. S. Birch. M. Brugsch n’a pas semblé se rappeler que, dans Y extrait cinglais dont il dédaigne de nommer l’auteur, il a appris de M. Goodwin le nom du jeune frère d’Anepu et la valeur de

faire un serment; qu’il y a vu encore que l’expédition envoyée par le pharaon à la recherche de la fille des dieux fut accompagnée par une femme chargée de gagner la belle, au moyen de riches présents; il y a vu bien d’autres choses encore, sans quoi les cent cinquante erreurs qu’il n’a pas su éviter, malgré une si puissante assistance, se seraient élevées à un chiffre bien plus imposant.

M. Brugsch n’a pas su distinguer non plus le grand mérite des observations publiées à diverses reprises par M. Le Page Renouf sur un assez grand nombre de questions philologiques de grand intérêt; il s’irrite au seul titre de Miscel- Icineci. Il a de plus oublié déjà que c’est à M. S. Birch que nous devons la première bonne étude sur le rôle du scarabée, et sur la signification fort simple et la valeur phonétique du verbe que cet hiéroglyphe représente. Qui donc nous a enseigné que le groupe n’avait rien à faire avec la sainteté, et signifiait seulement esclave? A qui devons-nous

et J ? Qui nous a

la connaissance des négations appris le sens des formules TVjVf

. . . , alors

que ce sens était méconnu par tous, et surtout par 1. Papyrus magique Harris; Mélanges ègr/ptologiques, II; Voyage

d'un Égyptien.

RÉPONSÈ A LA CRITIQUE

M. Brugsch clans sa traduction de Y Inscription de Rosette? A qui est due la première version complète d’un long texte égyptien bien compris, dont rien jusqu’alors ne pouvait faire prévoir le merveilleux sujet? Le nom de M. S. Bircli ne s’échappe pas facilement de la plume de M. Brugsch. Il ne cite pas souvent non plus les Select Pccpyri, qu’il connaît trop mal à la vérité pour les citer avec à propos.

M. Leemans n’a pas eu davantage l’honneur d'être nommé, et M. Brugsch, qui paraît ne connaître les Papyrus hiératiques de Leyde que par les travaux de M. Pleyte, n’a pas un mot de souvenir pour le savant directeur du Musée Néerlandais, même à propos des Papyrus démotico- grecs qui lui ont si utilement servi. Pareil silence absolu en ce qui touche M. Lepsius, l’auteur des plus splendides ouvrages que possède notre science, le savant dont le nom doit toujours être présent à l’esporit toutes les fois qu’on écrit les mots Rituel, Todtenbuch, Kônigsbuch, Décret de Ccinope, Denkmaler ans Agypten, etc. Je l’ai déjà écrit et je le répète ici avec confiance, sans ces hommes éminents et infatigables, l’égyptologie n’eût pas cessé de croupir dans l’impuissance à laquelle elle sembla condamnée après la mort de Champollion. Je ne prétends pas que chaque constatation nouvelle de sens doive, à tout propos, être citée avec mention attributive, et je crois, comme M. Brugsch, que la tâche de rendre exacte justice à tous dans les moindres détails présenterait d’assez grandes difficultés. Mais lorsqu’il s’agit d’un inventaire général des conquêtes lexicographiques dues aux efforts de tous, on est inexcusable de passer sous silence jusqu’aux noms des premiers maîtres de la science. C’est précisément parce qu’il n’est peut-être pas possible d’être complet et parfaitement exact dans les attributions de détail, qu’il est indispensable de reconnaître au moins d’une manière générale le mérite considérable de ceux qui ont cultivé et ensemencé le champ dont on exploite les produits. M. Brugsch n’a pas cru nécessaire d’observer cette règle,

VOYAGE D UN EGYPTIEN EN SYRIE, ETC

si ce n’est à l’égard de M. le vicomte de Rougé et de M. Mariette. Il se conforme à la consigne officielle que nous avons constatée au paragraphe V de notre réponse. Agissant comme s’il avait le droit de se dispenser de rendre justice à qui que ce soit, M. Brugsch n’obéit qu’à un seul sentiment, celui de sa reconnaissance envers M. de Rougé et M. Mariette. On sait les causes de cette gratitude. A l’égard de M. Mariette, il y a un motif de plus, qui a bien sa valeur. Ce savant explorateur, qui depuis tant d’années cache à tous les yeux les résultats de ses fouilles, lui a livré sans réserve le riche trésor du Musée de Boulaq, et de plus toutes ses copies et tous ses estampages d’inscriptions. Au nombre de ces précieux documents, si impatiemment attendus par les égyptologues, se trouvent, selon l’expression de M. Brugsch, les merveilleuses stèles historiques d’Éthiopie, qui forment à elles seules un trésor d’additions au Dictionnaire 1 1 iéi'ûglyphique.

il est de fait que les citations empruntées à ces monuments sont du plus grand intérêt pour la philologie égyptienne. La stèle de Pian'khi rivalisera peut-être avec le papyrus d’Orbiney, et elle aura aussi, en commun avec ce célèbre manuscrit, l’avantage d’avoir été utilisée par les savants officiels longtemps avant de tomber sous les yeux du public. M. Brugsch est sans doute fort heureux d’avoir échappé à l’exclusion générale; il lui a été permis de puiser à loisir dans des sources fermées à tous ses collègues. Je l’en félicite d’autant plus sincèrement que je n’ai sous ce rapport aucun reproche personnel à lui adresser : il n’a jamais caché les textes dont il pouvait disposer, et ce sera là son éternel honneur; les mauvaises traductions passent, non sans rendre quelques services, mais les textes bien copiés demeurent, et livrent tôt ou tard les informations qu’on n’avait d’abord pas su en retirer.

Je ne sais jusqu’à quel point M. le vicomte de Rougé et M. Mariette se trouvent à leur aise dans la triade qui semble

RÉPONSE A LA CRITIQUE

se détacher du milieu des rangs de notre école. C’est leur affaire. Les exclus sont assez nombreux pour se consoler, et assez forts pour conserver leur réputation scientifique malgré l’étouffement officiel.

Constatons cependant que M. Brugsch a bien voulu ne pas oublier M. Dümichen, ce qui lui a donné l’occasion de nous apprendre que ce jeune égyptologue a été auditeur de ses leçons; l’élève fera beaucoup d’honneur au maître. M. Dümichen a déjà conquis une place distinguée parmi les disciples de Champollion, et possède des titres scientifiques notablement plus sérieux que celui d’auditeur de M. Brugsch .

Tel est l’esprit de justice de M. Brugsch à l’égard des personnes. Nous allons juger maintenant la question de savoir s’il rachète ses prétentions par l’importance scientifique de son Dictionnaire.

Cet ouvrage ne m’est connu que par les trois premiers fascicules. Je n’ai vu aucune des livraisons suivantes, et j’ignore même s’il en a été publié de nouvelles. J’extrais des notes un peu hâtives que j’ai relevées, en examinant les trois premières, un certain nombre de remarques, à chacune desquelles je consacrerai un paragraphe spécial pour la facilité des recherches.

Dans la préface de son Dictionnaire, M. Brugsch fait un classement des mots égyptiens d’après diverses formes orthographiques, qu’il numérote forme 1, forme 2, etc. Il considère l’une de ces formes comme la racine du mot, et les autres comme des modifications de la racine, sans s’expliquer au surplus sur la spécialité de signification de chacun de ces accidents d’un radical unique; il ne signale, par exemple, rien de comparable au rôle des lettres hébraïques la et n, préfixes du substantif, rien d’analogue aux additions caractéristiques qui forment les diverses voix des verbes.

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Quant à présent, je ne vois donc aucunement l’utilité de ce classement, qui est d’ailleurs incomplet, car il y a d’autres formes orthographiques que celles qu’a notées M. Brugsch. Par contre, je conviens aussi qu’il ne présentera pas un bien grand danger tant que la formule en restera aussi vague.

Mais il faut si peu de méthodisation pour conduire à l’erreur les inexpérimentés, que M. Brugsch est lui-même plus d’une fois la victime de ses théories, malgré toute leur flexibilité. Je n’en voudrais pour preuve que l’explication qu’il donne du groupe (j ^ r X ^ , traîner, charrier. Pour notre lexicographe, ce groupe eut la septième forme de la racine (j corde, attache , lien, chaîne, que le copte a

retenue dans funiculi .

Ce sont les légendes du sarcophage de Séti Ier qui fournissent à M. Brugsch ce radical inattendu. D’après la référence indiquée dans son Dictionnaire, on peut le trouver en A, planche 10, de la belle publication de MM. Bonoini et S harpe h

Or, on n’a qu’à recourir à l’endroit cité pour reconnaître qu’il n’existe là aucun mot delà forme donnée par M. Brugsch .

Notre habile lexicographe l’a construit en prenant le commencement du groupe (j (jv et le milieu de l’ex¬

pression Q Q aaaaaa et, peur faire ce beau miracle, il a lu son

(2 III i 1 i

texte à l'enve s ! ! ! M. Brugsch serait vraiment aimable s’il voulait bien nous mettre dans la confidence de l’analyse qu’il en a dû faire dans cette direction pour trouver le sens corde, lien, au groupe ainsi fabriqué, et si heureusement retrouvé presque intact dans le copte! On ne connaissait encore qu’une erreur de cette énormité. M. de Rongé l’a relevée, à la charge de M. Champollion-Figeac, dans la publication des Notices manuscrites de Champollion le Jeune; encore

1. The ulahaster saveophagus of Oïmeneplitah /, etc.; Londres, Longman, 1864.

RÉPONSE A LA CRITIQUE

M. Champollion-Figeac n’a-t-il à se reprocher qu’un bouleversement matériel d’un texte qu’il ne se flattait pas cle comprendre. M. Brugsch est plus fort : il explique le texte en commençant par le dernier mot, et y découvre la racine d’un radical égyptien, ramené par lui à cette fameuse septième forme qu’il a imaginée.

M. Brugsch introduit dans son Dictionnaire un groupe

traduit par dompter, sou

mettre, châtier. Il fait cette belle découverte au Papyrus Anastasi III, p. 5. Or, on trouve, à la ligne 8, non pas ce prétendu groupe, mais la phrase suivante :

q oi A*.*, ri

Il est battu comme une feuille de papyrus.

Je trouve ici l’auxiliaire e^-q, qui commence aussi la phrase suivante du passage cité. Il s’agit des misères du jeune soldat, que le contexte représente comme frappé sur diverses parties du corps. M. de Rongé, qui ne s’était point trompé sur la division des mots, avait traduit : il se trouve serré comme un volume ; mais je crois qu’il s’agit plutôt d’une feuille de papyrus à écrire que d’un volume. Et d’ailleurs le verbe gi signifie/ropper,- le sens serrer ne m’est pas connu. On sait que le papier égyptien était formé de petits morceaux joints ensemble par les bords et soumis à une forte pression, qui en assurait l’adhérence et procurait une surface lisse1. Le scribe égyptien avait trouvé une excellente comparaison.

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