Denkmàler , III
VOYAGE D UN EGYPTIEN EN SYRIE, ETC
Au chapitre cliv du Rituel, 1. 11, 12 et 13, il est fait une énumération des maux et des infirmités que le défunt doit éviter. C’est le chapitre qui a pour objet de ne pas laisser disparaître le corps de V homme après la mort. Les derniers articles se traduisent ainsi : que ntdle violence ne soit faite cl mon corps ; qu’il ne souffre pas, qu’il ne soit pas anéanti en ce monde à jamais. Des détails précèdent et regardent la langue, les cils, la tête, le cou et aussi l’oreille, pour laquelle
^ . Il existe une variante, (j ^ . Il s’agit évidemment de Y infirmité de l’oreille. Dans son Dictionnaire, M. Bircli a traduit sourd et privé, déficient , destitute. Je crois cpic le savant anglais a rencontré juste. M. Brugsch admet au contraire le sens dare ciurem, prêter l’oreille, écouter, entendre; et c’est au moyen de cette acception qu’il traduit le passage du Rituel que je viens de citer. Voilà bien encore un de ces prodiges do clarté auxquels mon critique nous a habitués.
il est demandé qu’elle ne soit pas
Le groupe exprime l'idée de filiation, de des-
cendcuice. Je crois que la même valeur est attachée à Un grand nombre de textes mettent l’un et l’autre de ces groupes en parallélisme avec ceux qui signifient jeune, fis, enfant; il faut dans tous les cas admettre une idée de ce genre. M. Brugsch reconnaît bien le sens enfant pour le premier groupe; mais il propose d’y voir un dérivé de la racine U donner, par le motif, dit-il, que l’enfant est ce qui est donné sur la terre ; il renvoie d’ailleurs au copte ct, ee-r, prœgnans. Il serait difficile d’entasser en si peu de mots autant d’idées bizarres et incohérentes. Mais ce qu’il y a de
REPONSE A LA CRITIQUE
plus fort, c’est que M. Brugsch s’éprend de ses définitions
, fléau, peste, con-
au point d’attribuer au groupe
tagion, calamité, le sens être petit, être enfant. A la vérité, il admet aussi les valeurs vaincre, battre, infirmité, souffrance. Qu’on essaye de rapporter ces valeurs dans les phrases qui parlent de lA<vr mêlé à l’air atmosphérique, ou dans celles qui représentent comme des les Barbares opprimant l’Égypte1, etc. Si les investigateurs qui se serviront du Dictionnaire de M. Brugsch parviennent à faire des traductions correctes, ce ne sera pas à coup sûr la faute du lexicographe.
A défaut de textes explicites, et toujours d’après les mêmes tendances à chercher directement dans le copte la valeur des groupes égyptiens, M. Brugsch trouve dans le groupe assez rare (Jzi|^ l’équivalent du copte xo£L> cemulari, selari; et comme il s’agit d’un verbe de mouvement, il donne à ces groupes les valeurs : courir avec ardeur vers, se hâter, faire des efforts avec ardeur, tâcher ardemment. Dans tous les textes qui me sont connus, le sens aller, entrer, satisfait bien mieux à toutes les conditions. Il n’y a dans le mot égyptien aucune idée d’ardeur ni de précipitation, et il n’a absolument rien de commun avec le copte x°£-
ne signifie ni instruire, comme je l’avais d’abord
pensé, ni instruit, ni sage, ainsi qu’on le traduit encore tous les jours. Comme verbe, il répond à l’idée parfaire, mener à perfection ; adjectif, il signifie parfait, achevé, complet ;
1. Dümichen, Inscript, hist., 3, 39. Voir mes Mélanges ècjijptoloç/iques, I, p. 29.
enfin, employé adverbialement, il correspond à tout à fait, complètement. L’article que M. Brugsch a consacré à ce groupe embrouille tout, et là, comme presque partout, les traductions essayées par le lexicographe sont fausses.
Ainsi, par exemple, il reconnaît bien le sens du mot étudié dans le passage de l'inscription de Bakenk lions, sur lequel je me suis expliqué ailleurs; mais il partage en deux membres différents : j'étais cicjé de quatre ans, encore tout à fait petit, la phrase unique : j’ai fait quatre années en extrême enfance (litt. à l’état de tout cl fait petit). La suite dit dans les mêmes termes : j'ai fait douce années dans la jeunesse (à l’état de jeune).
Il cite la phrase :
zi
, et en donne la singulière traduction que
voici : Puisse votre bouche ne pas se reposer en parlant, puisse-t-elle ne pas cesser parler du lieu de la perfection. O11 voit que M. Brugsch ne se fait aucune idée de la
signification des groupes composés de Jj. J b Jj^, suiyis
d’un adjectif; dans ces combinaisons, ces signes ne signifient pas lieu, mais chose. Je fais remarquer, comme une notion importante, qu’ils font passer au substantif l’adjectif qui les suit, à peu près comme les préfixes hébraïques » et n devant les radicaux, ét uqp, &t tôt, êt signifient bonté ou beauté, mal, vérité, etc., et &t ^Kp, dans la phrase citée, perfection, chose ou parole parfaite. Cette phrase se traduit sans la moindre difficulté : Que votre bouche ne cesse pas de parler, qu’elle ne manque jamais de dire des choses parfaites.
M. Brugsch attribue au groupe (
, la valeur
du copte eujTe, ferre, transferre. S’il est vrai que ce sens donne une explication admissible pour la légende du trans-
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port d’un dieu dans son petit naos portatif, il en est tout autrement dans les cas bien plus nombreux où le sens apparent du mot est émanation, écoulement , émission, émaner, faire couler, verser1 2. C’est le sens propre du mot, ainsi qu’on le voit par le déterminatif. Certains dieux sont quelquefois appelés *.uj, ou ^ujuj des dieux qui sont regardés comme leurs pères. Par exemple, Sliu est dit fils aîné d’Atum, et (j ' Ooo£>' , c’est-à-dire émanation de Phra. Évidemment le sens porter, transporter , n’a rien à faire ici. L’idée émission a pu engendrer celle de transmission.
Le groupe (j j?|l signifie le contraire de la vérité,
de la justice; c’est l’injustice, le péché, l’iniquité. étant quelquefois remplacé par son équivalent <£, ce mot peut se rencontrer sous la forme (j , *.con. Avec la première
orthographe, on trouve la phrase : Moi, je pratique la vérité, je ne pratique pas l’iniquité. M. Brugsch cite dans son Dictionnaire un texte inédit, ainsi conçu : Moi, j’aime la vérité, je déteste l’iniquité, et ici le mot est écrit sous la seconde forme. Notre lexicographe considère cependant les deux mots comme différents; à l’un il rapporte le copte oci, damnurn, qui conviendrait à la rigueur à tous les deux, puisqu’ils sont identiques; mais il fait de l’autre le thème antique du copte cwq, abomination, souillure, infection, profanation. Cette définition est absolument fausse; il faut se garder de l’accueillir. On peut voir dans le Recueil de Sharpe, série II, pl. 36, 12, que lXcq est l’iniquité, le péché commis par la parole, le mal moral en quelque sorte, et que
est l’iniquité perpétrée par les mains. Les mots