Comparez Voyage d'un Égyptien , p. 94 et sqq
voyage d’un égyptien en Syrie, etc.
début de sa critique : c’est le résultat de son étude approfondie du Papyrus Anastasi I; c’est ce qu’il a enseigné dans sa Géographie.
M. Brugscb a bien raison; je ne lui ai rien appris, on le voit de reste. Mais aux personnes qui étudient sa Géographie, j’ai appris ce qui suit, au rebours des leçons qu’il leur donne :
Qu’il n’y a pas de ville du nom de Harnemaan, ni de
Bza . de Sésostris, ni de Tubakhi-S ad, ni de I . raj,
ni d’animaux Husmut;
Qu’on peut aller à Takliis, à Copher-Marlon, etc., sans apercevoir Keriath-Anab, et surtout sans l’apercevoir depuis Beith-Tuphar ;
Qu’on peut connaître Adullam et Tsidphot sans connaître le nom de Khanuretsa (ou Kliauretsa);
Qu’on peut aller au pays de Clieta sans voir le pays d’Aup ni Khatuma ;
Que c’est une erreur de croire que le Mohar ignorât la grandeur de cette dernière localité ;
Qu’il n’y a pas de rive de Chirbu. et que cette rive, qui n’existe pas, n’a pas de passage incomparable ;
Qu’on peut entreprendre un voyage dans le pays de Kodesli et vers Tubakhi sans rencontrer les Shasous;
Que, d’ailleurs, les Shasous ne sont pas un peuple belliqueux, etc.
M. Brugscb a entassé ici presque autant d’erreurs que de mots; telle est sa légitime part dans l’interprétation de ce texte. Que serait-ce donc si, au lieu de ces phrases si simples, mon critique eût, de son chef, abordé quelques passages difficiles? Qu’on y fasse attention, en effet : les rectifications qui précèdent sont complètement indépendantes de la tournure interrogative des phrases.
Qu’on juge maintenant si je me suis montré bienveillant ou non dans les mentions que j’ai consacrées au travail de
M. Brugsch', et si c’est dans une intention mauvaise que je m’étais abstenu des citations qu’il m’oblige à faire aujourd’hui.
Je dois maintenant au public une explication essentielle. Dans la défense qui précède, j’ai parlé de mon livre, de ma traduction, etc.., comme si l’œuvre était tout entière de ma plume. Or, tout le monde sait qu’elle est le fruit d’un travail entrepris en commun par M. Goodwin et moi. J’ai donné dans ma préface, page iv, des explications détaillées sur cette collaboration et sur les phases qu’elle a eues.
Mais on n’aura pas manqué de remarquer que la critique de M. Brugsch s’adresse à moi seul; M. Goodwin n’y est nommé que dans la seule phrase qui ne soit pas empreinte de malveillance, puisque M. Brugsch veut bien y reconnaître que les études égyptiennes sont redevables de quelque chose à M. Chabas et à son savant collaborateur anglais. Je le remercie d’avoir oublié que sa critique porte sur un point que les recherches de M. Goodwin avaient élucidé avant notre commun travail. Discuté de nouveau entre nous, ce point a été accepté dans notre œuvre collective comme préférable à toute autre hypothèse.
Il m’est infiniment agréable de voir que cet égyptologue éminent n’ait pas été froissé à mon côté dans cette brutale attaque. C’est pour ce motif que j’ai évité de le faire intervenir dans la défense. Mais il me sera permis de faire remarquer aussi que c’est un motif de plus de considérer l’agression de M. Brugsch, non pas comme un essai sérieux de critique scientifique contre le livre, mais comme un acte de rancune et d’hostilité contre l’un des auteurs.
Ceci expliqué, il est peut-être superflu que je revienne sur le prix que j’ai attaché à la collaboration de M. Goodwin.
1 . Voir ci-devant, p. [212 clu présent volume], dernier alinéa du § IV.
voyage d’un égyptien en syrie, etc.
Dans un échange de correspondance qui a duré longtemps, nous nous sommes communiqué une foule d’observations de tout genre; celles qui ont surnagé et qui ont servi pour la rédaction appartiennent à l'un ou à l’autre, quelquefois à tous les deux. En ce qui me touche, je ne réclame rien comme une propriété exclusive, sauf ce qui peut se trouver exprimé par moi dans des ouvrages antérieurs. Je me charge d’ailleurs volontiers de répondre seul à la critique. On n’a pas oublié, je l’espère, que, frappé de l’importance de quelques-unes des communications de M. Goodwin, je les ai spécialement publiées, sous son nom, dans la première série de mes Mélanges égyptologiques, en 1862. Les autres constatations scientifiques sont relativement trop secondaires pour qu'il nous vienne, à l’un ou à l’autre, l’idée de nous en disputer la priorité. Cependant je crois devoir déclarer, pour répondre à certaines observations, que c’est M. Goodwin qui a le premier proposé, dès 1861, l’assimilation des Shardana avec les Sardes ou Sardiniens; je lui dois aussi une partie des notes qui remplissent les deux pages de justification de cette assimilation, Voyage, p. 67 à 69.
A la vérité, M. Goodwin n’avait pas songé plus que moi à justifier le passage du son shuintant au son sifflant dans l’initiale du nom; si ce fait linguistique, connu de tout le monde, avait eu besoin de preuves, nous les aurions trouvées dans les travaux d'un philologue dont M. Brugsch constate lui-même la grande autorité. Je veux parler deM. le docteur Hincks, qui a collaboré à ma deuxième série de Mélanges égyptologigues et montré les différentes modifications des consonnes en question. Mais, je l’avoue, j’éprouve quelque surprise de la querelle qui m’est faite à ce sujet. La courte mention en note des deux pages de discussion, que j’ai consacrées à établir le fait en question, pouvait bien se passer d’une remarque défavorable. Mais si par hasard je ne me trouve pas d’accord avec l’auteur des Livres chez les
Égyptiens, je m’en consolerai en me rappelant que ce n’est pas la première fois que nous différons sur des sujets philologiques.
Puisqu’il ne s’agit pas de moi, il me sera permis de revendiquer la priorité de M. Goodwin dans cette importante découverte; je dois aussi rappeler que le même savant a bien reconnu que les Tenteni ou Terteni des hiéroglyphes sont les Dardaniens; l’assimilation des Shakalsha avec les Sicules, des Tursha avec les Étrusques, des Akaiauash avec les Achaïens ou Grecs, des Luka avec les Lyciens, a été signalée par M. Lauth, de Munich, dans un remarquable travail d’érudition'. En même temps qu’il adopte aussi l’identification des Terteni avec les Dardaniens, le savant professeur propose de reconnaître les Teüxpot dans les Tjekri. Mes opinions sont conformes à celles de ces deux égyptologues; mes index contiennent les mêmes constatations, et de plus admettent que les Pelasta, mentionnés par les hiéroglyphes, peuvent représenter les Pélasges. Cette assimilation est subordonnée à la découverte de nouveaux renseignements. Je sais qu’il en existe; mais on ne peut rien affirmer sans ces renseignements, même trouvât-on le nom écrit Pélaska, c’est-à-dire sous la forme la plus rapprochée possible de [TeXa^oi.
Un grave inconvénient des annales de l’ancienne Égypte que nous déchiffrons peu à peu dans les livres et sur les monuments qu’elle nous a laissés, c’est la rareté des points de contact entre cette histoire arrachée à l’oubli et l’histoire classique. Les dates reculées, les noms inconnus, la nouveauté des faits, tout devient pour le public et même pour les savants non égyptologues un sujet de doute et de méfiance. Aussi les derniers résultats que je viens de rappeler présentent-il un intérêt et une importance tout particuliers. Cet intérêt a été parfaitement mis en relief par le Mémoire