Voir Lepsius, Uebcr die zieôlfte àgypt. Dynastie
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vue d’établir un tableau complet des rois, ses prédécesseurs; il se bornait à choisir parmi ces monarques ceux auxquels il lui convenait de présenter l’hommage religieux. C’est pour ce motif que les monuments de ce genre ne nous donnent jamais ni la série entière, ni même l’ordre chronologique des règnes.
Il est un fait universellement admis, c’est que Ménès réunit sous son sceptre la Haute et la Basse-Égypte. Sur le Papyrus de Turin, il commence la série des rois, avec le double titre qui indique cette concentration du pou-
voir dans les mains d’un souverain unique. Les plus anciens monuments que nous possédons ne remontent pas jusqu’à Ménès, mais nous en avons de Khoufou (Chéops), de Menkara (Mycérinus), de Snefrou, etc. Or, ces pharaons portent le double titre; ils ont de plus une cour organisée et des fonctionnaires qualifiés d’après un formulaire qui ne cessa pas d’être employé. On y trouve les fils royaux, les amis royaux, les scribes royaux, les architectes royaux, etc., et ces titres sont écrits au moyen du mot 1 , qui désignait
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spécialement la royauté sur la Haute-Egypte. Il est conséquemment permis de conclure qu’à l’époque du commencement de la IVe dynastie et avant la construction des grandes pyramides, la soumission de la Haute-Égypte aux maîtres de Memphis n’était pas un fait de date récente. L’unité de l’Empire était depuis longtemps constituée, et l’Égypte se donnait à elle-même le nom de ffüf, pays double, par lequel elle n’a pas cessé d’être désignée jusqu’à sa chute définitive.
Cette unité a pu être interrompue par les révolutions ou par les guerres; il n’est donc pas impossible que certains Pharaons, certaines dynasties même, n’aient régné collatéralement. Mais un tel état de choses constituait toujours une situation violente et exceptionnelle; c’était l’asservissement d’une partie du pays à des usurpateurs et l’amoindrissement de l’autorité légitime. On peut donc être bien
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convaincu qu’aucun souverain de l’Egypte n’a jamais associé dans le même culte les rois de deux dynasties contemporaines. Au contraire, l’examen des tables royales tend à prouver (pie les Pharaons, dont l’autorité avait été tenue en échec, étaient eux-mêmes exceptés de l'hommage, malgré leur légitimité. C’est pour ce motif que cette riche liste d’Abydos franchit d’un seul bond tout l’espace qui sépare Amenemha IV d’Alunès Ier, rejetant ainsi dans le même oubli les dynasties qui se laissèrent vaincre par les Pasteurs, et le belliqueux Sekenen-Ra qui commença contre ces barbares une guerre heureuse, bientôt suivie de leur expulsion définitive sous son successeur.
Ainsi donc, les cinquante-huit cartouches royaux de la nouvelle table d’Abydos s’appliquent bien réellement à cinquante-huit souverains distincts ayant régné, dans l’ Ancien-Empire, depuis Mènes jusqu’à Amenemha Ier. Mais ce chiffre de cinquante-huit rois ne représente nullement la série complète, surtout à partir de la VIIe dynastie. De même (pic la liste monumentale passe entièrement six dynasties après la XIIe, elle semble ne pas tenir grand compte des cinq dynasties immédiatement antérieures, parmi lesquelles elle se borne à choisir dix-neuf noms. Les monuments nous permettent d’y ajouter en toute sécurité un certain nombre de règnes, ceux des Entef en particulier.
Au delà de la VIIe dynastie, les documents prennent plus de précision. Les listes manéthoniennes inscrivent quaranteneuf rois dans les six premières. Si les trente-neuf cartouches (pie donne la table d’Abydos pour la même période, ne prouvent pas absolument l’exactitude du chiffre indiqué par l'annaliste égypto-grec, du moins elles suffisent pour attester sa sincérité, et pour le laver des reproches d’exagération que la critique incompétente ne lui a pas ménagés.
L’étude des monuments qu’on peut attribuer à ces six premières dynasties fait l’objet d'un mémoire très intéres-
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sant et très sagement ordonné de M. le vicomte de Rongé1. Le savant égyptologue semble se défendre de tout entraînement enthousiaste, et n’employer qu’avec de minutieuses précautions les titres qu’il interroge. Aussi les résultats qu’il annonce s’imposent-ils d’eux-mêmes à la confiance des savants. On admettra donc sans difficulté son assertion que les monuments permettent d’élever à quarante-cinq noms la liste des règnes, dont la table d’Abydos ne nous donne que trente-neuf2.
Dans l’Ancien-Empire, on distingue ainsi quatre époques principales, savoir :
1° L’intervalle qui sépare l’invasion des Pasteurs de la fin de la XIIe dynastie; à cette époque appartiennent les règnes des Sevekhotep et des Neferliotep, connus par les monuments. On a la preuve que le troisième Sevekhotep gouvernait l’Égypte entière. La même autorité a été également exercée par un Pharaon, dont M. Mariette a retrouvé le colosse dans les fouilles de Tanis3. Ce monarque, dont le prénom royal est Smenkh-ka-ra, régnait très certainement avant l’invasion des Pasteurs. Si les derniers temps de cette première époque se confondent avec les débuts de la domination des Pasteurs, il est certain tout au moins qu’il en est autrement du commencement de la XIII0 dynastie. De là cette conséquence que le gouvernement des pharaons de l’Ancien-Empire s’est continué après la fin de la XIIe dynastie.
2° La XIIe dynastie, composée de huit rois, ayant régné 213 ans.
3° La période qui s’étend de la fin de la VIe dynastie au
1. E. de Rougé, Recherches sur les Monuments qu’on peut attribuer aux six premières dynasties, Paris, 1866.
2. E. de Rougé, Recherches sur les monuments qu'on peut attribuer aux six premières dynasties , p. 160.
3. Lettre à M. de Rouyè sur les fouilles de Tanis , dans la Reçue archèoloyique , nouvelle série, t. III, p. 97.
commencement de la XIIe. Nous ne possédons jusqu’à présent, relativement à cette époque, que des séries royales très incomplètes, bien que nous soyons en mesure d’ajouter un certain nombre de noms aux dix-neuf cartouches de la table d’Abvdos.
4° Enfin la durée des six premières dynasties, comprenant environ quarante-cinq règnes consécutifs.
Au moyen des documents originaux connus jusqu’ici, il n’est pas possible de tenter, avec quelque chance d’exactitude, la supputation de la durée précise de trois de ces subdivisions de Y Ancien-Empire. Les calculs fondés sur l’accord prétendu des listes entr e elles et avec les monuments exigent des remaniements et des hypothèses, dont les résultats ne s’imposent pas à la critique. Comme il n’est nullement improbable que de nouvelles sources d’information s’offriront à nous, on ne peut agir que très sagement en s’abstenant de chercher dès à présent des solutions visant à une grande exactitude.
Toutefois, il faut bien reconnaître, au moins d’une manière générale, les exigences des titres que nous avons sous les yeux. A ce point de vue, la saine critique permet d’accueillir comme probable le calcul rapporté par le Syncelle, d’après lequel Manéthon aurait attribué aux cent treize générations mentionnées dans ses trois livres une durée totale de 3,555 ans. M. de Bunsen pense que l'historien égypto-grec a ici en vue l’intervalle qui sépare l’accession de Ménès au trône, de la mort du dernier souverain national, Nectanebo II. Cette opinion est extrêmement vraisemblable. Ménès aurait ainsi régné au XXXIXe siècle avant notre ère. Le Nouvel- Empire ayant duré près de dix-sept siècles, en y comprenant lesLagides, il resterait pour la domination des Pasteurs et pour tout l’ Ancien-Empire environ vingt-deux ou vingttrois siècles. Ces chiffres ne sont que de larges approximations; ils ont besoin d’être corroborés par des preuves monumentales; mais, dans tous les cas, ils sont loin d’être les
résultats d’un parti pris, d’un enthousiasme aveugle pour l’extrême antiquité de l’Égypte. Il n’est plus permis de les combattre en refusant toute autorité à Manéthon. Cet historien peut être discuté, mais non pas repoussé hors du débat. C’est seulement avec l’assistance des monuments originaux qu’on pourra le rectifier et le compléter; quant à présent, les informations puisées à ces sources sûres, si elles le contredisent dans beaucoup de détails, justifient bien les traits généraux de son histoire, et ne permettent plus de douter de l’authenticité des documents dans lesquels il a puisé.