Histoire d’Égypte, pl. XIII, n
LETTRE A M. J. LIEBLEIN
neuse; il nous suffira de constater, en comptes ronds mais très approximatifs, que notre papyrus date de douze siècles avant notre ère.
Si les inscriptions monumentales de l’Egypte fatiguent trop souvent par leur style emphatique et par les comparaisons hyperboliques dont elles sont surchargées, le cas est bien différent pour les documents du genre de celui que nous allons étudier; ici nous trouvons toute la sécheresse du style commercial en usage de nos jours, toute la simplicité de la tenue des livres à partie simple; les notes sont inscrites d’une manière sommaire, selon la nature et l’ordre des opérations, et sans que le scribe se préoccupe de former des phrases bien complètes. Au point de vue philologique, ces documents ne peuvent jamais présenter un intérêt bien caractérisé; on pourrait même leur contester tout autre genre d’intérêt, s’il ne nous importait pas d’étudier le peuple égyptien ailleurs que dans les pompeux récits des triomphes et des gloires pharaoniques.
On sait combien le dépouillement des comptes des agents financiers a fourni de précieux renseignements pour l’histoire du moyen âge et pour l’histoire moderne ; les papyrus de comptabilité n’auront pas une moindre importance par rapport à la connaissance de l’état social des Égyptiens; ils nous montreront l’ordre parfait auquel étaient soumises les diverses branches de l’administration; ils nous parleront du mode de rétribution des employés publics et des manouvriers, des denrées qui leur étaient distribuées et du travail qui était exigé d’eux. Nous apprendrons peu à peu en quoi consistaient les fonctions des scribes et des autres employés publics; nous verrons comment fonctionnait le mécanisme de la magistrature judiciaire. En un mot, nous pourrons retirer de ces vieilles notes cursives une foule de faits d’un véritable intérêt. Malheureusement le nombre des documents de cette espèce, publiés jusqu’à présent, est extrêmement limité. Je ne connais que les Papyrus de Leyde, dont
LETTRE A M. J. LIEBLEIN
j’ai rendu un compte sommaire1, et les Papyrus Rollin, édités par M. Pleyte, dont j’ai parlé plus haut. Mais il en existe dans les musées un grand nombre d’inédits, dont la publication rendrait beaucoup de services, en ce qu’elle permettrait des comparaisons sans lesquelles les premiers explorateurs sont exposés à commettre des erreurs. Les comptes en écriture démotique pourront peut-être recevoir des éclaircissements spéciaux au moyen des renseignements fournis par des documents en langue grecque. Cette comptabilité ne paraît pas être tombée en désuétude, même aux plus basses époques. On en retrouve, en effet, un échantillon dans le Papyrus du Musée Borgia, publié par Schow2, quoique ce document ne contienne que des listes de noms d’ouvriers employés à la réparation des digues et des canaux.
§ I. — Explication du papyrus
Ce manuscrit présente quelques particularités qui ne se rencontrent pas dans ceux qu’il m’a été possible d’examiner jusqu’à présent. On y remarque tout d’abord que les notes relatives à un grand nombre de journées se bornent aux seules mentions : , d’une part, et ou
\ ^ i , d’autre part ; le premier groupe, Baku,
est bien connu; il signifie travail, travailler; il se dit du travail manufacturier, comme du travail de la terre et même de celui des lettres; c’est le mot propre pour l’expression taire travailler des gens, des ouvriers. Evidemment ce mot, servant seul d'indication de ce qui a été fait pendant un grand nombre de journées, signifie que la brigade d’ouvriers sur laquelle le scribe du papyrus exerçait un certain contrôle