DE DEUX
En 1861, j’ai fait connaître la valeur de la mesure de poids qui a été le plus vulgairement en usage chez les Égyptiens1 2 ;
je veux parler de Yoitten, ou , qui vaut 10 kat, \
1 oonm oimn nnm
Les données qui ont servi de base à mes constatations m’avaient été fournies par M. A. C. Harris, d’Alexandrie, d’après un poids très bien conservé de sa riche collection.
Dans les recherches auxquelles je vais me livrer, j’aurai à utiliser les résultats de ce premier travail sur la métrologie égyptienne; il sera donc à propos de répéter ici sommairement la substance de ma note.
Le poids de M. Harris (voir la planche, fig. 1) est un cône tronqué, posé sur sa base la plus étroite et couronné d’une calotte sphérique; la substance est une pierre d’un gris noirâtre que M. Harris nomme serpentine du désert. Il a les dimensions suivantes :
1. Publié, en 1867, dans une brochure in-8°, vingt pages et une planche, à Chalon-sur-Saône, chez J. Dejussieu; à Paris, chez Maisonneuve et Cic. — G. M.
2. Note sur un Poids égyptien, Revue archéologique , 1861 [cf. t. II, p. 97-114, de ces Œuvres diverses].
DÉTERMINATION MÉTRIQUE
Diamètre à la base cle la calotte .
Diamètre à la base du poids .
Hauteur verticale entre les deux bases Épaisseur centrale de la calotte .
Sur la panse conique, on lit en caractères très nets :
1 rrrrm I I
Kat .5 du trésor d'On.
Pesé avec le plus grand soin, le poids s’est trouvé égal à 698 grains Troy ; M. Harris n’estime pas que la perte due à l’usure par frottement puisse s’élever à plus de 3 ou 4 grains Troy.
En évaluant à 700 grains Troy le poids à l’état de neuf, et en réduisant en grammes au taux de 0,064798, nous aurions pour la valeur des 5 kat : grammes 45,3586, et pour celle de Youten : grammes 90,717; ce serait une limite inférieure. Le chiffre de 705 grains Troy nous donnerait au contraire une limite supérieure. Dans ce cas, nous aurions :
Grammes 45,6826 pour les 5 kat;
Et grammes 91,3752 pour Youten.
On ne peut pas s’égarer en attribuant à Youten le poids de 91 grammes, et par conséquent celui de grammes 9,1 au kat' . Nous n’avons pas d’évaluation plus précise d’aucune mesure antique; le poids des sicles de Siinéon qui existent encore varie entre 256 et 271 grains.
Les signes f=q, 7= et leurs variantes, qui servent à dési-
1 . On possède plusieurs textes contenant des additions qui démontrent que l’outen vaut 10 kat. J’en ai reproduit un dans ma Note sur le Poids [t. II, p. 112, de ces Œuvres diverses].
gner Youten, représentent des morceaux de métal ployé. Telle a été sans aucun doute la forme originelle de la mesure de pesage; une bande de métal mince, qu’il était aisé de rogner et d’amener sûrement à un poids déterminé, semble en effet tout naturellement indiquée comme un instrument à la fois très simple et très exact. Toutefois, l’usage de poids de pierre et de poids de métal, de formes cylindriques, coniques ou discoïdes, et quelquefois représentant des animaux de diverses espèces, remonte à une antiquité assez reculée.
Le nom d ’outen, que j’ai dès l’abord proposé comme étant celui du poids de 10 kat, provient d’une racine égyptienne, À oiim, de même orthographe, qui signifie pesanteur ,
jJLL AAAA/W O
lourdeur, J’en ai cité d’assez nombreux exemples; Y un des plus concluants provient de l’inscription d’Amada, dans laquelle il est dit de l’un des Amen-hotep :
CÉX
/WW\A
C'est un roi pesant de bras beaucoup,
« C’est un roi dont le bras est très pesant. »
Il existait aussi un mot de forme voisine et de valeur identique, dans lequel la voyelle initiale n’est pas écrite :
c ri . Vf
c’est le groupe I /| mnn , qui est presque toujours, comme / amn , déterminé par le mortier et la pierre, signes qui
—21 MAAM #
éveillent l’idée des substances dures et grenues.
Dans les fragments du poème de Pentaour, copiés par M. Brugsch, à Thèbes, on lit, à l’adresse de Ramsès II, la phrase suivante, qui exprime une idée très analogue à celle de l’inscription d’Amada citée plus haut :
L Den/xinàler , III, pl. 65, a.
DÉTERMINATION MÉTRIQUE
fl
AAAAAA
DtXj
Ta valeur (esi) un poids sur la terre de Khcta.
Les deux groupes alternent dans les deux passages suivants, empruntés aux textes géographiques d’Edfou5. Il s’agit de certains territoires où abonde le bétail, ils sont dits :
et
mu
, lourds de bœufs , lourds de chèvres,
c’est-à-dire (pie ces animaux domestiques y sont tellement abondants qu’ils surchargent le sol du pays. Nous employons le verbe charger avec la même acception : Une table chargée de mets.
Les papyrus Rliind, cette précieuse mine de renseignements importants si bien édités par M. Birch et par M. Brugsch, nous donnent un exemple bien remarquable de l’emploi et de la valeur de ces expressions. Le prêtre officiant constate (pie le défunt, en quittant la vie, n’a fait qu’échapper à l’infirmité de la vieillesse :
Tu es arrivé à la région funéraire, et ton cœur la recherchait ,
car lourds ( étaient ) tous tes membres pour faire leur œuvre.
Au lieu de (j M 7) , -mec, le démotique donne ici le groupe
AAAAAA I I vÜ