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OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES

La decouverte que vient de faire M. le docteur Lepsius d’un décret bilingue dans les ruines de San, a ramené l’attention des savants sur l’inscription trouvée en 1799, lors des réparations du château Saint-Julien, à Rosette, près de la bouche Bolbitique du Nil.

On sait assez généralement que ce célèbre monument fut le point de départ qui mit sur la voie de la découverte de la méthode de déchiffrement; mais, seuls, les égyptologues et un petit nombre d’érudits connaissent les longs tâtonnements et les efforts souvent infructueux qui, même depuis la divulgation du texte bilingue, ont précédé, accompagné et suivi cette belle découverte, l’une des plus glorieuses conquêtes de l’esprit humain.

1. Publiée eu 1867, eu une brochure in-8" de 124 pages et deux planches, chez Dejussieu, à Chalon-sur-Saône, et chez Maisonneuve, à Paris, sous le titre : L’Inscription hiéroglyphique de Rosette analysée et comparée à la Version grecque , . . . accc deux planches et un Glossaire èggpto-grcc . — G. M.

l’inscription hiéroglyphique de rosette

Le problème était à la vérité des plus ardus; l’antiquité classique ne l’avait pas abordé. Si quelques auteurs grecs ou romains avaient connu et signalé certaines valeurs symboliques de plusieurs signes, aucun d’eux ne s’était douté que ces mêmes signes sont souvent employés avec des valeurs tout autres. On analyserait en vain l’ensemble des renseignements échappés au naufrage de la littérature classique pour y trouver une idée quelque peu exacte du mécanisme de la langue et des écritures de l’ancienne Égypte. Le célèbre passage des Stromales ne servait lui-même qu’à égarer les investigateurs. On ne retrouve eu effet nulle part l’indication de ce fait fondamental que le système graphique des Egyptiens se compose d'une forte proportion de signes phonétique-; accidentellement mêlés à des signes idéographiques.

Aussi, toutes les tentatives antérieures à la découverte de la pierre de Rosette peuvent-elles être regardées sans exception comme des œuvres de pure imagination; même les meilleures d’entre elles ne présentent d’intérêt qu'au point de vue de l’étude philosophique des égarements dans lesquels l’esprit humain peut se laisser entraîner, lorsqu’à défaut de faits positifs et de règles fondées sur l’observation directe des faits, il s’abandonne à la pente glissante des hypothèses, des systèmes préconçus, et au leurre des étymologies et des analogies linguistiques.

Personne ne se faisait illusion sur le néant des résultats obtenus, et tout espoir paraissait perdu, lorsque le monument bilingue lit son apparition sur la scène du monde savant. On y lisait, à la dernière ligne de la partie grecque, la prescription de faire graver le décret « xo!ç xe kooïç /.xi biy wp'.o'.z '/.xi sX Àr, v.'/.oi; ypxjxuxxiv, 611 CCU'Clctèt'CS SCLCf'CS , loCClUJ’ et grecs ». On acquérait ainsi la certitude que les trois inscriptions qui couvraient la pierre contenaient un seul et même texte, celui dont le grec faisait connaître la teneur. Il ne s’agissait donc plus que de décomposer les deux textes

l’inscription hiéroglyphique de rosette

conçus en langue égyptienne, d’en distinguer les mots et d’en reconnaître les lettres, ce qui, au premier abord, paraissait possible à raison de la répétition des noms propres. Plusieurs savants se mirent à l’œuvre avec ardeur, et prirent pour texte de leurs recherches l’inscription démotique, qui semblait mériter la préférence; elle est en effet demeurée presque complète sur la pierre, dont elle occupe le milieu, tandis que, de la partie hiéroglyphique qui couvrait le haut du monument, il ne reste que moins du tiers. On s’imaginait d’ailleurs que l’écriture démotique, dans laquelle l’œil ne saurait distinguer aucune ligure régulière, devait être entièrement alphabétique, tandis que les hiéroglyphes étaient regardés comme exclusivement symboliques. Le démotique devait conséquemment fournir les moyens de retrouver l’alphabet et de reconstituer les mots de la langue égyptienne par comparaison avec les mots coptes.

Parmi les savants qui s’engagèrent sur cette voie, Ackerblad se distingue d’une manière toute particulière; il fit preuve d’une sagacité et d’une pénétration rares, et sut reconnaître un certain nombre de noms et de mots dans l’inscription démotique; mais il s’exagéra singulièrement l'importance des résultats qu’il avait obtenus :

« Voilà, dit-il dans sa lettre à Sylvestre de Sacy, à peu » près toutes les lettres égyptiennes qui répondent à celles » de l’alphabet copte. Il se rencontre bien dans notre ins- » cription quelques autres figures que je n’ai pas insérées » dans l’alphabet; mais je ne crois pas que ce soient des )) lettres nouvelles, et d’autant moins que le nombre de » celles que nous avons retrouvées cadre assez bien avec » celui qu’indique Plutarque. Ces figures sont ou des lettres » dont la forme varie beaucoup, selon qu’elles se trouvent » au commencement, au milieu ou à la fin des mots, et que » je n’ai reconnues que dans une de ces places; ou bien ce » sont deux, peut-être même trois lettres groupées ensemble » et dont les traits, par cette réunion, sont quelquefois de-

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l'inscription hiéroglyphique de rosette

» venus méconnaissables. Si je ne les ai pas insérées dans » mon alphabet, c’est que j’ai mieux aimé rendre celui-ci » incomplet que d’assigner une valeur arbitraire à des lettres » qui ne me sont pas encore bien connues'. »

Ackerblad croyait ainsi avoir ramené dans le cadre étroit des vingt-cinq lettres de Plutarque5 les signes de récriture démotique, qui sont aussi multiplies que ceux de l’écriture hiéroglyphique. Son point de départ était complètement erroné et devait inévitablement l’égarer. On se rendra compte des erreurs dans lesquelles le savant suédois est tombé, en examinant sa transcription du groupe qui représente l’expression hiéroglyphique J , dont les éléments phoné-

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